‹ Documents inédits concernant la Compagnie de JésusChapitre 2 sur 18 · A LISBONNE, EN 1617 PAR LE P. DOMINIQUE LEJEUNEHOMME · texte numérisé non relu

A LISBONNE, EN 1617 PAR LE P. DOMINIQUE LEJEUNEHOMME

Mon RBVBREnD Fers,

Pai Chrïsti.

Sans préambule , car je ne scay si j'aurois assez

de papier pour tout ce que je veux dire. Donc après

avoir salué tous nos Pères et Frères , je tliray comme

de la Flesche nous allasmes à pied jusqu'à la Ferté :

arrivé à Paris on m'envoya à Saint-Germain, où le

Roy estoity pour me faire présenter au Roy par le

P. Suffren, mais je feis auprès du P. Suffren ce que

les autres y font, sçavoir est, je n'eus seulement le

crédit de voir Saint-Germain. La Province me

fournit ce qui m'estoit nécessaire, deux cent francs,

et Monseigneur de la Rochefoucauld vingt escus.

Je partis de Paris au coche de Chalon-sur^Saone.

A Dijon je fus très-bien receu du P. Nicau , et le D. 4

p. Segiier et Maistre Cavelier c^ue j'avois cogiieu à Rouen me firent toutes sortes de caresses. Passant par Troj'es en Champagne, j aliay voir et saluer Monseigneur de Troyes * , parce que le jubilé e&toit à Troyes, et tous ceux du coche désiroient de le gaigner : ledit Mon&eigneur fut fort édiOié et me permit de les confesser et administrer le Saint-Sacrement, et commanda qu'on m*apprestast sa chapelle et qu'on me monstrast les reUques. 11 me pria de prendre son logis , mais je m*escusay à cause de la Compagnie que j'avois. Par le mesmé chemin , je rencontray M. Patrode escuyer ordinaire de la Reine , et Madame sa femme ; ils me firent toutes sortes de courtoisies et me traitèi^ent trois jours entiers que^ je fus en leur Compagnie. A Lyon je rencontray un mien compagnon nommé Pierre Arnaud. Nous aliasmes en Avignon prendre l'autre, nommé Estienne Faber. De là à Marseille , où nous louasmes une barque qui se preparoit pour Lisbonne y a un teston par jour , portés et nourris. En trente jours que nous (Aismes) à Marseille, deux fois nous nous embarquasmes , et toutes les deux fois les vents contraires nous repoussèrent à Marseille, avant fait chaque fois environ quinze lieues.

* René de Breslay. Il avait voulu établir la Compagnie h Troyes, et en avait clé enipëché par ropposition de son Chapitre. {JSouv, Ecclés. anit. 17/^3 , p, ikk»)

Là dessus arrivèrent sept Pères italiens, morfondus, deffaicts , maigres et de tout points misérables. Us avoient esté sur les galères de Gênes qui portoient le Cardinal Tretius, autrement Panisperna , et beaucoup d'autres seigneurs d'Espagne , sans que jamais il leur fiist faict aucune faveur sur les galères, voire d'un verre d'eau. Ils payoient tous les jours un escu par teste. Enfin nous prismes tous le chemin par terre et à pied; car les italiens estoient pauvres, ayant despensé plus qu'ils ne pensoient dans les galères, qui furent quasi un mois de Gènes à Marseille pour le mauvais temps, chemin ordinaire de 24 heures. Nous allasmes donc à pied jusques à Perpignan , peu s'en Éaut. Ils mirent leurs bagages sur mer. Or pour particulariser nostre voyage , nous allions tous dix ensemble : un napolitain fiit créé notre supérieur par le P. Michaelis. Nous arrivasmes en une grande plaine auprès d'Arles , qui a sept lieues de tour, toute pierreuse , et nous arrivasmes en un temps que les pierres estoient attachées par la glace , et les chiens deschaisnés pour nous mordre. Deux de nos Pères sont à Arles qui nous recourent avec M. de Maillane de Porcelets, que le P. Recteur cognoist, plus que trés^haritablement. Nous louasmes un bateau trois escus jusques à Montpellier , et iceiuy Monsieur le paya.

A Aîgiiesmortes , nous nous estions séparés ^ les lins restant au bateau , les autres ayant pris par terre. J'allay voir M. le gouverneur, le prier de ne fermer si tost les portes. Il me receut avec un honneur indicible et fit veiller toute la nuit les sentinelles, par où nos trois compagnons debvoient arriver; mais ils n'arrivèrent pas que jusque au matin. Arrivé à Montpellier, j'allay voir M. de Yalencé, le fils duquel nous avons eu aux pensionnaires à Bour- • ges, et maintenant il est à Tunis prisonnier, des Turcs. Il nous fit toutes sortes de caresses et nous donna par aumosne six pistoles , et M . de Villegaignon , un de ses capitaines, qui a vendu une maison à la Maison professe, nous donna deux pistoles, et vint \uy mesuie nous saluer à rhostellerie, avec un de nos Pères qui demeure là.

Auprès de Narbonne il estoit nuict, et n'y avoit , point d'bostellerie. Un bonneste gentilbomme nous prît en sa maison et nous traita très amiablement. A Narbonne ,j'aUay voir M. de Narbonne , religieux de S. Dominique \ line se peut dire combien le bon vieillard fiit aise de nous voir tous ensemble. Le tbéologal , qui actuellement preschoit Tadveut, nous avoit invité et en retint quatre à sa table ( car

* Louis de Vervios, oominé Archevêque eo 1600, ei mort le 8 février 1S2S.

il m'a chargé de saluer de sa part le R. P. Bouvet, autrefois son maistre). £t TArciievesque voulut avoir les autres six ; il les traita magnifiquement ^ et au bout, deux pistoles. J'oubliois que durant la table il fit lire la vie de nostre B. P. S. François- Xavier , et que quand le lecteur failloit , il le reprenoit luy -mesme. Il nous laissa avec béuédiction et louange de la Compagnie.

Sortant de là , nous vismes Leucate , dernière ville de cette coste-là : Leucate signifie oison , et les Espagnols y ont ba^ une forteresse tout voisin , qu'ils nomment saisa comme seroit dire, sauice pour i oison. Nous entrasmes dans la forteresse , quatre qui allions devant , et ce à la faveur d'un de nos Pères , qui attendoit là un certain seigneur qui venoit d'Italie. Devant que d'entrer , le capitaine supplia que si nous estions François nous eussions à tirer pays; mais pour lors j'avois grand faim* et estoisfort las pour passer outre; sous le nom Italien j'eutray; je fus caressé plus que les autres. Nous mangeasmes avec le capitaine don Fernandez; don Pedro et don Hurtado estoient à mes cotés. Le capitaine luy-mesme, pour monstrer plus d'amitié , fit la sauice et mit sur le rot des espiceries. Nous tirasmes pays le mesme soir j deux heures de nuit nous arrivasmes à Perpignan. 11 ne fut possible de faire ouvrir la porte, comme nous l'eussions pu

faire à Âiguesinortes , quoique ce Père qui estoit à Sake uQus eust devancé et prié les gardes de Perpignan.

Perpignan est une ville du Comté de Roussillon , plus grande et plus forte que peuplée. £lle est as* sise en fort bon terroir. J'y trouvay un mientcompatriote Lorrain qui m'en dit merveille , oultre ce que j'en voyois dire. Le Collège est de dix personnes j sans exercices de lettres publiques ; Fespérance est pour Tad venir. De là nous passasmes les Pyrennées , environ le 20 décembre : il n'y avait ni neige , ni froidure , ains grande chaleur. En deux jours nous fusmes à Girone, latine Gerunda, ville d'une jolie assiette, mais sans peuple. Notre Collège a 40 personnes, séminaire de nos Frères rhétoriciensy et quelques cent externes. Icy nos Pères ayant esté chassés à coups de pierres , il y eut quelques Religieux (vous en pouvez conjecturer) qui publiquement prescherent que ces mauvais garçons estoient meus du Saint-Esprit. Le collège et l'église sont trés-bien bastis et avec excellence. De Girone en deux jours , sçavoir est la veille de Noél , ayant mis quinze jours à faire cent lieues, nous entrasmes à Barcelone.

Barcdone est chéF de Catalogne, scitué au 14* degré, pays fort plantureux sur le rivage de la mer Mediterrannée. Le port n'y vaut rien ; la ville est

grande et assez marchande , riclie et plus peuplée qae pas une, que j'aye vue en Espagne, hormis Madrid , Yoire plus belle et plus spacieuse que Madrid, si elle avoit Te Roy. Tout le monde, comme en toute i'Ëspagne, va habillé dé noir; ies femmes avec un crespe noir ^ les hommes avec un manteau noir jusqu'aux talons , dessoubs le pourpoint noir quelques-uas portent habit de couleur; ils ont les moustaches grandes , et le reste rasé , et ce par toute TEspogna. Ils portent Tespée soubs le grand manlean et gardent fort bien la gravité; leurs carrosses sont des carrioles tirées par deux mulets, et cecy sert de parade, et est fort ordinaire. Les femmes se font porter dans des chaires à bras. Notre Collège est de quarante-cinq ou cinquante personnes. Ils ont théologie et philosophie pour les Nostres ; et cas de conscience pour les externes seulement. Nous sommes au faubourg, fort bien bastis^ et neantmoins îk veulent aller dans la ville. On me monstrale lieu où saint Ignace s'apparut resplendissant.

Icy nousattendoient nos bateliers qui nousavoient laissés k Marseille. Car huit jours après notre départ vint le bon vent. Pour avoir les paquets qiii estoient à la douane 9 jaçoit que nous n'eussions rien qui deubt péage au port , neantmoins nous payasmes un escu , et de la en avant nous payasmes tous les jours de nouvelles gabelles pour nos bénits paquets,

et nous n'en fnsnies quittes jusqu'à Lisbonne pour gueres moins de vingt escus d'or. La raison est celle-cy. En Espagne il y a plusieurs royaumes et principautés, qui de vray sont soubs la couronne d'£spagne , mais ils ne sont tellement unis qu'ils ne retiennent leurs droicts et officiers particuliers. Il faut payer à l'entrée et à la sortie , ^4 ^ntrée et à la sortie aussy de plusieurs villes, mix ponts et rivières, qu'un grand estomac pourroit avaler, s'il estoit grand assez* Que si vous voulez contester que vous ne portez rien qui doibve gabelle , il faut perdre plus d'un jour pour ouvrir les paquets , et vous fouilleront dessus vous, comme ils ont fait à quelques uns de nos Pères qui s'opiniatrèrent de ne vouloir rien donner. Nous avons donc toujours payé et aux maistres des gabeUes, qu'ils appellent généraux, et aux gabeleurs qu'ils nomment gardes delà milice, et non seulement pour les paquets,' mais aussy pour les mules qui nous portent, et pour l'argent que nous avions, uu pour cent. Si on eust trouvé argent sur nous, plus que nous n'avions dédaré, il estoit saisy et confisqué.

Pour retourner à notre voyage , nous trouvasmes deux Castillans , un Pere et un Maistre destinés à notre mission. Notre nombre estant accru, nous prismes douze mules à louage jusqu'à Madrid, chemin de cent lieues. Le prix fut de douze escus par

teste : nous lusuies dix sept jours en cheiiiin parce que nous nous arrestasmes deux jours à Sar-

ragosse.

Icy j'ay trois choses à raconter. La première est pour les hostelleries, eUes sont par toute la Catalogue quasi semblables à celles de France et assez bon marché ; si par adventiu^ on ne recognoit que vous estes françois ; car sur ce soupçon nous payasmes une fois sept réaux, et les étrangers n'eu payèrent que trois et demy; change de ce qui arriva à un religieux espagnol, en une hostéllerie de Languedoc , sur les conûns d'Espagne. Car iceluy s'estant joint avec nous au souper, le lendemain on nous demanda à nous qui parlions François quatre réaux pour l'ecot et à l'espagnol six. Fallut en passer par là, quoique le bon religieux sceut dire , et Thoste respondit : l'our vous aultres , mes Pères, qui estes françois, je vous crois gens de bien , je ne veux prendre que vingt sols de vous ; mais pour le Frère espagnol , j'en veux trente et les auray : et puis ils vous en feront autant eu Espagne, dit-il, ce qui arriva. D'où je viens à conclure semper bella in pace finitimorwn. Je disois donc que les hostelleries de Catalogne sont assez pourvues; il n'est pas de niesme en Arragon, Castille et Portugal : car on prend du lit un réal; du service que Ton vous rend c'est à dire du feu de la cuisine

et (Je la nappe , demy réal, vous vous servez et faites votre cuisine vous-mesines. Au reste je m'estonne fort du P. La Bauchère * , qui despensoit tous les jours une pîstole en Espagne ; pour moy, je n'y ay jamais despensé, pour ma bouche, plus de deux ou trois réaux , et quand je Teusse voulu, je ne l'eusse sceu faire. La seconde chose que j*ay à dire est que dans les hostelleries de Catalogne et d'Arragon, pendant votre souper, on vous vient demander Taumosne, qui pour la miséricorde , qui pour la confrairie du Saint-Sacrement, qui pour celle du rosaire, etc. Ce sont gens honorables en apparence, et ce seroit incivilité de ne donner; mais donnez ce qu'il vous plaist , jamais ils ne répliquent ; et un jour, en une bourgade un homme jà aagé et hon« neste s'assit devant nous , couronné de fleurs , deux enfants à ses costés tendoient le plat. La troisiesme chose que j'ay à dire est gentille. Le monde qui nous voyoit estoit tout en peine, aucuns disoient que nous allions fonder un collège , autres que nous allions au chapitre, autres demandoient si nous menions Je Général, et plusieurs me saluoient comme tel. Lin quidam nous ayant longtemps considéré : Je n'en vois point, dit-il, de vieillard. Tous nous saluoient : Loué soit le très Saint Sacrement , et il faut res-

' Alain de la Bauchère, mort aux l^des eu 1634*

pondre : Et la Vier^c-mère conccue sa/is jjéc/ié. Un jour que nous estions à rhostellerie , on demandoit de quelle nation nous estions , parce que l*ou eutendoit diverses langues. Un petit quidam avec son grand manteau et son espée à Tordinaire, dit que facilement il diroit de quelle nation nous estions, car j'entends, disoit-il, toutes les langues que peut entendre Notre-Dame du rosaire. Ainsi il s'accoste de nous; nous parlions, les uns françois 9 les autres italien , autres castillan et catalan , autres latin ; et oyant cette confusion , il prononça que nous estions grecs.

Je retourne au voyage. Après avoir esté traités à Barcelone et bien receus par le P. Marc- Antoine (de Larco) qui autrefois a esté longtemps à Paris , nous prismes la route au Montserrat , qui est à une journée de chemin. On monte une lieue de montagne. Le couvent est riche de quatre vingt mille escus de rente : ce sont Bénédictins , gens de bien , et ils traitent trois jours tous les pèlerins gratis pauvres ou riches. L'église est très-belle , riche en lampes d'or et d'argent ; bastie par feu Philippe 111 de bonne mémoire. Il y a une chapelle dédiée à notre saint par la dévotion d'un particulier. Ce n'est plus l'église, là ou saint (Ignace) pendit ses armes; seulement il y a un tableau assez chétif avec une inscription de marbre : Icj' autre/dis fut

Ignace de Loy ola , etc. On nous mit en la chambre de Charles-Quiut , et après avoir dit la messe , dous nous en allasines. Nbus passasmes par le village ou notre saint donna ses habits et prit le bourdoo. Mais estant en si grand nombre et en hyver, nous n^eusmes le moyen d'aller à Manrese, nommément que nous uous destournions allant au Montserrat ^ et notre muletier estoit fascheux.

Nous arrivasmes enfin le premier jour de l'an à Lerida , autrement Ilherda , auprès de laquelle César deffit les enfants de Pompée. U y a un collège de la Compagnie i nous y fusmes receus cette nuit. Peu après nous vinmes à Sarragosse, en latin Cœsaraugusta , chef d'Arragon , grande ville , en lieu très-fertile, non trop peuplée; elle est sur le fleuve Herus et d'un quart de lieue esloignée de Tancienne Numantia. Le collège et l'église sont bienbastis : nous y fusmes receus admirablement , comme je dira y cy-après ; le P. Becteur nous chargea de vivres en sortant et nous fit tout ce que ton peut dire. De là nous allasmes à Calatayud en latin Bilbilis, patrie de Martial ; je n'eus le loisir de voir, si ce qu'il en dit est vray ; le lieu me semble beau. 19'ous disnasmes à notre collège, qui est très excellent pour l'ouvrage , mais il a peu d'escholiers. Nous vismes là de grandes fenestres de curritoire de pierres diaphanes et fortes : elles sont

de Tespaisseur de trois testons , quasi autant trans*

parentes que du gros verre. Je ne sçay si elles ne seroient point de talc. Icy finit la province d'Arragon.

Nous entrasmes en Alcala, en latin Complutum. Le jour d'auparavant nous avions logé à Saguntum, ville tant renommée, maintenant ce n*est proprement qu'une bonne bourgade. £n Alcala il y a une belle université , et nos Pères y ont une église la plus belle que j'aye vue en toute l'Espagiu' ; elle est de brique et couste 35 mille escus et encore n'est achevée. La maison des nostres n'est pas bastie. On nous receut icy très charitablement et on nous contraignit de passer un jour. Le P. Mariana est enterré icy . Jamais il ne gouverna chez nous , et jamais ne fut employé en chose qui concernast le gouvernement, comme homme, à ce que l'on me dit , toujours passionné. Il fut en prison séculière pour ses livres JJe ponderibus et meiisuris * ;

* Si le P. Mariana s^est fait mettre en prison, oe n*e8t point ponr ce traité De PanderUnts et menswris, M. Ija Sema Santander nous raiBrme pièce en main , ayant sous les yeux la copie manuscrite du procès Mariana.

Voici la noie de iM. La Sema, extraite de son calaiogue, t. IV , n° 6425 :

« Processo dcl Padre Mariana, in-folio. Ms. sur papier de « pages, contenant une copie exacte du terrible procès criminel, « intenté au célèbre P. Jean de Mariana, par le Fiscal Doa Lilimon

et cette prison estoit en la maison d*un évesque de

l'ordre de saint François, lequel feuilletant en ses papiers trouva les cayers escrits qu'il publia contre la Compagnie, et que l'inquisition a censurés en Espagne et deffendu de lire. Depuis cette prison séculière I il fut constitué prisonnier en notre maison par ces mesmes juges, et le pauvre homme l'a bien payé, vivant ainsy dans des desplaisirs et finis-

% de la Mota en 1610, par-devant 0. François de Lofisa, Evéque des « Canaries, jage à ce délégué par le Nonoe apoetoHqiie.

« Ce n'est pas le traité De Panderilm et mensuris, qvà attira œ « désagrément au P. Hariana, comme pliisîenrB Font cra mal à « propos. Les principaux cheb d'accusation de ce procès criminel « sont fondés sur divers passages tirés de récrit de moneta muta- « Hone , qui se trouve inséré dans Touvrage intitulé : Joan. Maria- « me tractatus septem de adventa B. Jacobi in Hispaniam , etc. « GoionîQ, 1609, in-folio» annoncé ci-devant, num. A360, de « ce catalogue.

« Dans le rapport du Fiscal, à charge du P. Mariana, cet Illustre

« auteur est accusé de crime de lèse-majesté pour avoir osé affîr- « mer dans son traité ((r inonetœ miitalionc , sans aucun égard au « respect dû à S. M. el à ses ministres, que le changement o[)eré « dans la valeur de nionnoye porloil un coup pernicieux au crédit « de Tétat, el que les représenlans de la nation n'envisagcoienl « que leur intérêt particulier, se souciant peu des calamités \\w- « bliques, pourvu qu'elles leur procurassent la grâce du l'rincc. « Picriquc coi'um rcbus gcrendis parum sunt idonei^ (piippc « soj'tc ducti ^ levés fiomiîws irigcnio vœmdi , nihilque prtT oculis « habentes prcù cnpiditatc ex publica caLamitalc gratiam Prin- « cipis promcrendi^ ex ea Inrrum captandi , pag. 193, col. 2. «' Que plus bas au XIII chapitre dudit traité il déclame injurieuse- « meut contre le gouvernement, Tincuipant de vénalité. Verum

sant ses jours en la seule consolation que sa conscience luy pouvoit donner.

D'Alcala eu neuf heures nous arrivasmes a Madrid j qui est situé en une plaine plutost sur un ruisseau que sur uuc rivière ; elle seroit plus belle , si elle avoit des carrières; elle est de briques pour la pluspart ; la place publique est excellente, estant en quarré et tout alentour des galeries dessus et dessoubs tré&-bien pratiquées , desqueUes on voit quelquefois la course des taureaux et bestes fu-

¥ qmd vulgo fama fcrt, plane est miser abile^ nulLuni hoc tem- « pore in Provincia Hagistratum, nullam procuratUmem ^ ne « sacerdotia quidem et Episcopatus mentis darif ctincta esse m venatta^ etc.

tt Décrété de prise de corps ensuite de ces accusations , le P. Ma- « riana fut mis aux arrêts dans le couvent des religieux franciscains m de Madrid, ot il s'occupa à faire une ferme et vigoureuse dé- « fense, dans laquelle il dit entre autres choses, qu*àgé de 78 ans, « quand îl s^attendait à recevoir quelque rétrittulîon pour les noro- « breuses fatigues, qu*il avait endurées Tespace de 56 ans, employés « au service de la religion et de l'état. Il ne trouve pour toute « récompense que la rigueur d^ne prison. Cette défense est datée « du 3 novemlwe iS09, â*où il suit, que site P. Mariana est mort « le 17 février iG2U , comme le dit le P. Sotwel , ce fui âgé de 87 « ans et quelques mois.

« Par une lettre de Sa Majesté Catholique, adressée à D. François ¥ de Castro, dont copie se trouve insérée dans ce manuscrit, il « consle que Sa ditte Majesté donna ordre de faire aclietter et « recueillir avec soin, et sans faire de bruit, tous les exemplaires « de cet ouvrage, avec injODClion expresse de les faire biûler. »>

Il parait que le P. Mariana avait mordu bien avant dans le vif?

rieuses. Aux quatre coins de ladite place il y a

quatre tours ou grands cabinets très- beaux. On dit que les palais du Roy sont plus beaux par dedans que par dehors; pour moy , je n*ay eu le bien que d'entrer dans la cour seulement : je leur ay donné une œillade. La ville est trés-peuplée pour sa grandeur ; les églises riches , principalement en argenterie; car, comme j'ay dit, les bastiments y sont trèsFchers et n'y peuvent estre de pierre massive , sinon avec une despence trop grande. Elle a le corps du bienheureux Borgia , et quelques belles statues pour toutes richesses. Le noviciat est médiocre , et le collège, quant à l'habitation, assez bien basty ; l'église manque. On tient que le Roy veut doter le collège par dessus tous les collèges de la Compagnie; ou m'a dit qu'il avoit douze mille escus , voire quatorze, mais c'est peu, car tout y est cher, et les pierres, de quoy ils bastissent leur église, plus que toute autre chose. Je vis icy les PP. Florentia, Hurtado, Salazar, Lacerda, Alvarez et Alcala Sancius. Nous ne fusmes que deux jours en ce collège, et nous payasmes dès le second jour chacun un teslon; c'est pourquoy, allons, allons. Comme nous estions près de partir, voicy des lettres de Lisbonne, par lesquelles on mande que les ofEciers du Roy ne pouvoient admettre dans les navires des Indes, plus de huit personnes. C'est pourquoy le procureur

général des Indes , le P% Golasso en arreste deux , scavoir : les Castillans , comme ceux qui pouvoient plus aisément retourner eu leur province j et ceux que l*on désiroit moins qu*ik passassent; car ny les Portugais ne désirent les Espagnols en leurs Indes, ny nos Pères Espagnols aussy ne désirent donner nos subjets pour les Indes orientales, parce qu'ils ont besoiug de gens pour les Indes occidentales , et partant nous partismes dix comme nous estions venus de Marseille. De Madrid , le premier collège fut Talora, petite ville et petit collège, et peu d'escholiers : nous en tirasmes un disner. De là nous allasmes le niesnie jour à Oropeza, petite ville et grand collège ; nous fusmes bien venus.

Enfin nous vinsmes à Ebora en Portugal. Belle académie , collège très-bien basty par Henri V, dernier Roy de Portugal. Le P. Recteur du collège est Recteur de l'Université et tient rang comme TEvesque, ou plus y ayant sa jurisdiction, ses officiers et quasi le tout dépendant de luy en cette ville-là. Le collège possède quinze et quelquefois seize et dixsept mille escuSy belle église et beau collège , beaux jardins d'orangers et limons et citrons. Il y a un séminaire et un hospital pour les pauvres escholiers, très beau et bien renté. Mais les escboliers de ce pays-là ont trop de courage pour s'y faire porter.

L église d'Ebora est grandement riche, et les cha- D. t

noines sont comme Evesques , et plus riches que plusieurs Evesques : deux mille escus pour chacun, pas un moins , les autres plus , et i'Evesque soixante mille escus.

Nous rencontrasmes icy des Percs qui avoient esté procureurs à Rome , et passé par la France , qui nous firent touf ce qi£on peut faire en charité et honnesteté . Nous visines aussy le P. Apollinaris Almeyda designé evesque pour TEthiopie. Je par* leray de luy cy-après et du traitement qu'on nous fit en ce collège. Enfin au 1 2*^ jour de Madrid , uous arrivasmes le dernier jour de janvier à Lisbonne , ville telle que l'on srait, la plus grande et plus peuplée, et plus riche de la chrétienté après Paris : elle est arrosée du Tagus du costé du midy et orient ; la mer est vers l'occident. La ville est très-plaisante, au . bord de la rivière, très-longue au reste; elle s'estend sur des montagnes et vallées; les édifices sont de pierres massives , et à bon marché se font les bastiments , pour la commodité des pierres. Il y a deux forteresses, l'une sur une montagne qui commande une partie de la ville; l'autre, qui est à l'entrée du port , toutes deux gardées par les espagnols , et euxmesmes souvent par les portugais. Notre maison professe, dite de Saint-Roch est très-belle, sur la montagne, a une église plus belle de toutes celles que j aye vues en Espagne, de la Compagnie. lia

Bacristie est une pièce rare, opus mttgnorum et piarum regum. \jà noviciat est très-beau et tout neuf, tel que je n'eu ay vu : il est hors de la ville , sur une petite colline regardant le fleuve et la mer. Notre collège à demy basty; ils font une église; ils ont douze mille escus de rente et n'en doibvent guères moins de cinquante mille; car ils sont contraints de faire de grands frais. Le collège s'appelle de Saint^Antoine. Nous n'avons esté à liabotineque huit jours , à cause qu'après les trois jours on paye chacun un teston par teste , et cela est niécessaire pour la grande multitude des bouches surnuméraires : nous estions donc dix de iiostre voyage, et le P. Sébastien Viereyra procureur du Japon en amena autrestrois de Rois et les deux Castillans , qui estoient retenus à Madrid , qui font quinze , et cinq qui dès le mois de septembre estoient attendant pour aller à Congo, qui font vingt eu tout. Tout cela estdéparty en deux collèges d'£bora et de Conimbre. Je vins donc à Gonimbre avec huit autres, partie à pied, partie par eau , de quoy le P. Provincial fut fort fasché. Gonimbre est une ville située sur une montagne, arrosée par le bas de la rivière Monda. Toute la ville est une académie : il y a vingt monastères d'hommes, trois ou quatre de femmes. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin n'ont pas moins de soixante mille escus de rente ;

mais ik out quetqaes charges ^ comme de payer

quelques ilocteursde Tuniversité; ils nous délivrent tous les ans six mille escus. Notre collège est riche de vingt-cinq et quelquefois vingt-sept mille escus de rente; mais il est endebté de cinquante mille escus, dont il paye l'iaterest : cette despense si grande s'est feite à bastir une église et entretenir deux cent des nostres; maintenant ils ne sont pas plus de iSO. Ce collège a esté basty pour le séminaire des Indes; c'est pourquoy ceux qui sont de relaiy qui attendent la navigation , s'entretiennent à Conimbre jusqu'à ce qu'on les appelle. Les basti- ' ments du collège sont admirables pour leur solidité; les murs n'ont pas moins de quatre pieds de largeur; il y a quatre estages, un pour lesestables, le second pour les offices , les deux autres pour la demeure. Le bastiment est grossier, mais hault au possible, les curritoues larges, les chambres belles et spacieuses. Pour leur jardin, ils ont la descente d'une montagne assez mal plaisante ; mais ils se récompensent en belle vue, de leurs chambres et curritoires. Ils n'ont pas achevé la moitié du dessein ; ils n'ont comme point d'église : on en bastit une àprésent. Le réfectoire est une pièce rare , qui contient en largeur 50 pieds et en longueur 106. Il y a aussy deux chaires, l'une pour les fautes, l'autre pour TEcriture-samte et lecture^ dix grandes fenes-

tres dessoubs et douze petites en hault ; bref les tables de pierre et le dossier verny en très beaux carreaux. Le dessus, c'est à dire la voûte est fort haulte et de bois, non encore peint. J'ay esté voir la cave qui n'est pas en lieu si prof ond que les nostres, et a peu de tonneaux. Mais on fn*a assuré que nos Pères qui sont cent-trente-neiif , sans les estrangers, ne boivent que soixante tonneaux, et le tonneau est tel que deux hommes le peuvent enlever sans force; j'en diray cy-après la raison. Joints à la cave, les moulins roulent toujours; ce sont trois mulets qui tournent chacun sa meule. On fait trois sortes de pain , un pour les Pères, l'autre pour les serviteurs de considération, Tautre de millet pour les autres valets, puis un qiiatriesme pour les chiens. Toutes les semaines il liaut quarante moutons , dix bœufs, quelques pourceaux. Il ne faut pas oublier que la rivière de Monda au »3 de janvier , jour où les régents du collège , après avoir célébré la feste de sainte Elisabeth, s'estoient allé recréer en la maison de recréation , que la rivière, dis-je, desborda tellement qu*elle emplit le jardin et la maison d*eau , et cède nuit. Ils s'éveillent là-dessus, montant qui sur le toict, qui sur les arbres, n'attendant que leur ruine : le jour venu , et Teau montée jusqu'au toitc et les pressant, il y eut un bateau qui se bazarda : il les tira tous à plusieurs fois; carils estoieut 25,

et le P. Recteur donna vingt escus au batelier, sans qu'il luy demandasl : mais luy eslaot offerte, il ne fit point de difficulté de toucher Targent des Apostres. Iji maison eust renversé sans les murailles du jardin y contre lesquelles Teau rompoit sa fîirenr ; jamais on n'avoit vu tel déluge. G*est assez parlé de Conimbre.

GMAPITHË PtlËMIËR.

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