‹ Documents inédits concernant la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 18 · DB CE QUI EST DIVIBS» EN ESPAGNE BT EN PORTUGAL · texte numérisé non relu

DB CE QUI EST DIVIBS» EN ESPAGNE BT EN PORTUGAL

DE NOS COUSTVHES.

r Puisque je viens parler immédiatement du traitement avec lequel ils recréent les hostes. En Espagne on lave rarement les pieds , ce que toutefois on nous fit à Sarragosse et Girone, mais en Portugal ils le font toujours, combien qu'en Espagne avec de l'eau pure et en Portugal avec de Teau mesléé d'eau rose. En Espagne ils ne présentent ny chemise à changer , ny bonnet, ny pantoufles ; en Portugal , on présente tout cela comme en Italie et en France. Pour la table on commence à donner des fourchettes en Espagne. S'ils présentent du Tostyj tout est cuit au four, et rien n'est lardé, et la portion du rosty est toujours servie devant le potage et le bouilly , et pour l'ordinairCy saltein en temps d'hyver, les rostis est chair de pourceau. En Arragon et Catalogue, ils ne donnent point d liuiie pour la salade, quoiqu'ils en ayent abondamment, ains au lieu d'huUe ils donnent un petit plat de miel. Us présentent force cardes à manger avec du sel et poivre, et partout, en la salière, il y a aussy du

poivre. En Arragon et Catalogne ils présentent pour entrée de table des pesches confites, et partout on nous a toujours servy des melons de reserve. En Espagne la portion est de cinq onces et demie seulement, mais c'est tout mouton , et tous les jours une entrée. £n Portugal point d'entrée , si ce n'est aux jours extraordinaires , mais la portion est un peu plus grosse et consiste en pourceau , bœuf et mouton ; les jours maigres en Espagne point de poisson , ou bien salé et bien cher, et la portion est de trois œufe. En Portugal , ils foisonnent en poisson et donnent une entrée le caresme. En Espagne on met du vin sur table pour tous; en Portugal pour les novices point, point pourles juvenes, point pour les philosophes, un verre pour les théologiens qui ne sont prestres, aux prestres et coadjuteurs de mesme qu'en France : et voila la raison pourquoj Coninibre , qui a presque 200 bouches , ne despense que soixante pièces de vin , et chaque pièce est la charge de deux hommes. Tous les jours, oranges et limons ne manquent pas parce qu'ils en ont à jetter. En Espagne et Portugal la nappe est jour et nuit sur les tables, néantmoins tout y est bien net. Il y a de l'eau apprestée pour ceux qui veulent boire hors des temps, et le congé est général , j'entends qui indigent et qui impetrent. En Espagne eiiam domi nostrœ on

mange ie saniedy les ilespoiiilles du nioutoii. Levons nous de table. Par toute l'£spagne et ie Portugal , il vaudroit mieux n'avoir point de barbe ([u en avoir, parce qu'on rase horriblement. A Lisbonne on nous accommoda tellement que nous semblions vieillis , chaque quinze jours; et la couronne, particulièrement eu Portugal, est comme des Evesques de France. Nulle part ils n'ont l'usage des pantoufles, ains des souliers seulement qui sont £siits à la guimbarde. £n Portugal les bonnets sont ronds et haults quasi d'une palme : les soutanes ne sont fendues par devant suiou jusque sur l'estomac pour entrer la teste , de mesme que les aubes. Se trousser tant soit peu n'est chose honneste; c'est pourquoj^ ils marchent bellement au possible et mortifient bien fort mon ardeur. Leurs promenades petites et plus pesantes à mon jugeuient que grandes. Car ils vont si lentement que l'on ne peut dire. Les grosses robes sont en drap et minimes; les manches de la soutane sont larges. Us n'ont l'usage de caleçons. Leur linge est partie toile, partie coton. Les licts sans paillasse, les chambres toutes nues, une croix et une image. Touchant la discipline , je n'ay esté si long temps en Espagne, que j'en puisse dire mou advis, mais à Gonimbre touty est très-bien réglé : force pénitences, mesme pour les jours de communion au matin ; et

— sole P. Ministre donne un billet et les laultes par escripty aussy bien que le livre de bénédicité et des grâces, que le credencier présente aux PP. qui ont à dire. Plusieurs mangent journellement à terre; disciplines au réfectoire sont de moindre durée que les nostres; mais ils recompensent aux chambres, chacun trois fois la semaine, plusieurs tous les jours et longtemps; force ceintures et haîres, leur contenance est grandement humble. £n Espagne ils n'ont point de juvénat; en Portugal ils Pont de trois ans. Nos jeunes Frères estudient, qui en grammaire, mais peu; qui en rhétorique , qui eu philosophie. Tandis qu'ils sont Juvenes, ils tiennent les bras dans les manches de la grosse robe. On donne souvent des prix, à ceux, soit juvenes, Pères ou autres, qui composent mieux en vers, et pour exciter; et quand cela se fait , on donne Targument. Les dernières disputes de philosophie se nomment tables, et soustenir est hacer las mesas, faire des tabler, parce qu'ils ont une table devant eux quand iJs soustienneni. Rarement et quasi jamais n'advient que celuy qui a commencé sa théologie n'achevé les quatre ans. Ils prennent le degré de .docteur. Nous sommes phis hardis qu'eux à enseigner aux Universités. A Conimbre pour ne faire crier les académistes, ils n'enseignent la théologie publiquement, le pouvant faire, mais seulement aux nostres.

Ils n'ont voulu procurer d'avoir la chaire publique de théologie^ où enseignoit Suarez, et les Pères Dominicains n'en ont fait de mesme.

Quant aux estudes , les humaoités fleurissent plus en Portugal qu'en Espagne; et en Espagne ils mettent le latin plus bas et au fond i car ils ont plus de peine de le tirer. Les escholiers externes portent tous la soutane noire et le grand manteau noir et le bonnet rond, et le tournent dessus leur teste , qui d'une façon y qui d'une autre; ils chantent force ^irs de...? avec le sistre; quelquefois ils ont querelle et frappent durement , et tous les ans quelqu'un passe la barque. Ils nous portent assez de respect , on leur parle eu classe , et non hors, à qui que ce soit, sinon avec particulier congé du Recteur , lequel rarement l'accorde. Jjes escholiers déclament la teste nue; ils ont bonne voix. Laissons les estrangers dehors. Au noviciat de Lisbonne , on nous invita à la quinta , car ainsy appelle-t-on les maisons des champs ; nous y fusmes traités royalement et religieusement. Les novices , après un chapitre de Gerson, chantèrent niusique durant la table; et sur le tard ils hrent le colloque des confesseurs et martyrs. Les martyrs , le dos tourné contre le tronc de l'arbre et embrassant le mesme tronc par le bras» comme s'ils estoient liés, la teste nue, regardant le ciel, dirent ce qu'un martyr pourroit

dire en tel accessoire ; et les confesseurs font des colloques , rendant leur âme à Dieu : et cela est si dévot qu'ils tirent les larmes. £t quoi que cela se fasse par une sainte récréation , néantmoins elle est trés-auguste. Les novices sont a toto génère ^ plus jeunes que les nostres. Us entrent à quatorze ans et devant. Us sont quasi toujours la teste nue, et parmy les nostres , il y a peu d'usage de bonnet de nuit : quelques-uns prennent une coiffe. La fausse porte du noviciat s'ouvre assez peu souvent. Contra in collegUs, A Barcelonne on me dit qu'un jeune homme philosophe , poussé du drsir de se marier , importuna tant qu'il fallut le licencier. Licencié qu'il fut 9 comme aux plus grandes chaleurs il se baignoit avec ses compagnons, un loup marin, avec un coup de dent, luy fit une blessure qu'on regarda comme une manifeste punition de Dieu; les compagnons accourant le tirèrent mort sur la rive ^ Sa mère, damoiselle riche, de Barcelonne, vint raconter son désastre au collège et ne pouvoit se consoler.

Je ne me souviens plus d'autre chose , sinon que

les litanies des Saints se disent avant le souper, et que le souper est vers sept heures et demie. Tout

* Vix ingressum in inaie squalus illuiu eviravit el moneotem ex boc viiloere sodi acoepeniiit.

est plus tard d'une heure ; aussy se lève-t'on à cinq heures. Pour ce qui est des collèges en général , ils ont plus de frères coadjuteurs et de serviteurs que nous; V. g. Gouimbre a soixante sejrviteurs et qua* tante frères coadjuteurs, qui sont tous nécessaires; car ils font tout par eux-mesmes , et puis nos frères sont dans les métairies et les font valoir, et pro ra* tione lociy hoc est necessarium. Au reste, s*i] y a quelque chose de reste , nos Pères me semblent sùni Israelitœ, et verissinù adoratores. Ils se ressentent grandement dè la charité que nos Pères leur ont monstré en France, tant à la mort du P. Fran^ çois de Mendosa , procureur de la province , qu'en la réception de nos Pères , qui s'alloient faire toucher du Roy.

Le P. Sousa , qui fut à la Flesche, à Rouen et k Paris, vit encore aujourd'huy, plein de sauté, guery parfaictement, exemple vrayment de vertu. Il m'a dît merveille de la charité de France. Omnia ad ma* Jorem Dei gloriam.

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