‹ Documents inédits pour servir à l'histoire de BourgogneChapitre 48 sur 51 · BAILLIAGE DE CHAROLLES · texte numérisé non relu

BAILLIAGE DE CHAROLLES

Information touchant les dégâts commis par les écorcheurs dans le Charollais depuis la paix d'Arras, faite par Girard Dagoneaul, notaire et commissaire, et commencée le 27 décembre 1444. A (Arch. de la Côte-d'Or.)

Noble homme Jean, sgr de Busseul et de Molin , écuyer, capnedeMontcenis, 36 ans... — Dit que depuis le traité d'Arras les routiers sont entrés plusieurs fois en Charollais , où ils ont fait mille maux « comme de prandre prisonniers , murtrir gens, violer églises et femes, ransonner hommes et femes , et aussi le bestail, brûler maisons et gerbiers, brûler et gaster les blés et plusieurs autres innumérables maux. . . Et dit lui estre raccord Dec. que , sept ans peuvent estre environ , le bastard de Bourbon et plusieurs autres capitaines, des noms desquels il n'est à présent raccord, accompaignés , comme l'on disoit, de quatre mils hommes à chevaulx, sesjournèrent audit comté de Charolois, comme lui semble, environ neuf ou dix jours, » pendant les quels ils pillèrent et rançonnèrent le pays; ils passèrent près de Molin , et rompirent et pillèrent l'église de Poisson. 9 Juin « Dépouse en oultre que l'an mil cccc trente-huit, le lundi avant la feste du Corps nostre Sgr, environ heure de prime, il qui parle estoit en sa dite forteresse de Molins, et sous umbre dudit traitié de paix, et aussi pour ce qu'il n'estoit lors mention

i L'information du Charollais diffère, pour la forme, de celle d'Autun, en ce que les témoins sont réunis par séries , représentant des cnâtellenies et certaines circonscriptions territoriales. Le sgr Jean de Busseul est le seul dont la déposition ait été rédigée séparément.

de gens d'armes oudit comté ne ez marches à J'entour, et ne faisoit faire garde en icelle forteresse , illec céléemenl vindrent environ quarante hommes à chevalx, entre lesquels estoit ung nommé... de la Perdus, Jehan d'Armeuse, Barthélémy leBret, du villaige de Pomiers en Foroys, et plusieurs des gens de Pierre Seurre, lors capne de Pereuil en Beaujolois , et autres du pays de Bourbonois , Beaujoloys et Foroys, lesquels entrèrent en icelle forteresse et, par manière de ennemis, prindrent à lui qui parle entre ses autres meubles ceux qui s'ensuivent : c'est assavoir, deux aquenées qui pouvoient bien valoir deux cens escus d'or, et trois troutiers qui pouvoient bien valoir six vinsescus d'or ; environ quarante mardis de vaisselle d'argent, tant en aguières, tasses que goubelez ; trois calices pesant environ six marchs; environ dix robes, tant d'orne que de femme, tant de drap d'argent, de soye, d'escarlateque autres, fourrées de martres, gris et menuières, qui furent depuis vendues à Montbrison, comme depuis l'a sceu il qui parle ; plusieurs huques et chapperons d'orfèvreries où y pouvoit avoir dix ou douze marchs d'argent doré, qui pouvoient bien valoir quarante escus d'or; deux chameis d'or pesans environ ung march d'or, garnies de croix et burletes; plusieurs autres menus joyaulx et bagues, comme dyamans, saphyrs, rubis , verges d'or; plusieurs beaulx linges de lin et autre; or et argent monoies, livres, romans; un tablier de cyprès garny d'argent ; chambres et tapis veluz , et plusieurs autres biens et meubles en la valeur et estimation de deux mils escus d'or, oultre la perle des biens des retraians lors estans en ladite forteresse, en laquelle furent rompues trois cens arches ou environ qui estoyent ez bonnes gens du retrait, laquelle perte il qui parle ne sauroit estimer : lesquels biens furent butinés en la chastellenye de Pereuil en Beaujolois. n Janv. Despouse en oultre qu'il ara un an environ la prochaine feste St-

Anthoine, Messire Gile de St-Symon et Lescrat, accompaignés, comme l'on disoit , d'environ mil et cinq cens hommes à cheval,

ET DOCUMENTS. 4ï)9

furent logiés près de Marcigny-les-Nonains , à Anzy, Sarrie et autres prochains lieux alentour, et y sesjournèrent environ cinq ou six jours, » pendant lesquels ils ravagèrent le pais , tuèrent un homme à Varenne en Brionnais, et rompirent une seconde fois l'église de Poisson.

Huit témoins de Paray-le-Monial. — Disent qu'au mois de

Septemb. septembre 4 437, le bâtard de Bourbon , un nommé Boisson et

U37. pjerre Seurre , avec mille chevaux , vinrent autour de Paray et

et logèrent un jour et une nuit à Vitry, Montceaux et autres

Dec. villages. Il y a six ans environ, vinrent au comté Gaudifer de

Malerey, Jehan Dolon et autres capnes, avec '2,000 chevaux

environ , qui , pendant cinq jours , prirent tout le bétail auquel

ils coupaient les jambes quand ils ne pouvaient ni le rançonner

22 Févr. ni l'emmener. Environ les brandons 1438, le bâtard de Bourbon,

Pierre Seurre , Boisson , Pierre Louvain , Chapelle , Rolin , Bertrand , Floquet, Brusac , le sgrde St-Prix, Mathelin et Jehan Dauchié,avec 8,000 chevaux, vinrent en Charollais où ils séjournèrent sept ou huit jours, « et lors feirent très grands et innumérables maulx, excès et domaiges , carilsapprisonnoient tous ceulx qui pouvoient rencontrer, les ransonnoient et apprisonnoient dedans les arches, leurs chauffoient les pies et les bastoient très fort, violoient les églises et les femes qu'ils prenoient, et dientque, du temps de la guerre qui darrier fut entre le Roy nostre sire et Mgr le duc de Bourgne, l'on ne faisoit point plus grans maulx, excès et domaiges oudit comté. » Ils vinrent à Paray et essayèrent de forcer la porte de la Ray, où ils tuèrent trois hommes et en rançonnèrent d'autres , ainsi que le bétail. « Depuis, et seront cinq ans ou Mai prochain mois de mai , furent logiés ez marches dudit comté sur la rivière d'Arroz, Anthoine de Chabanne, le Roncin, Tempeste, Jehan Dosse, ledit Gaudifer de Mauleray, Jehan Dolon, Lespinace, Gonjehan et plusieurs autres capitaines,» qui séjournèrent deux jours et firent toutes sortes de maux. Il y a eu environ sept

10 Août ans à la fête de St-Laurent, un nommé Barthélémy Paulmier et 1437' autres serviteurs du sénéchal de Bourbonnais, détroussèrent près de Marcigny 14 marchands et les menèrent prisonniers au Don- Février jon. Il y aura deux ans au prochain carême, trente-six hommes à cheval vinrent autour de la Motte St- Jehan et de Digoin , où ils firent des prisonniers qu'ils emmenèrent en Forez. Il y Sept, aura deux ans aux vendanges , 50 hommes à cheval vinrent à Somery, près de Pregny-sur-Lesé, où ils détroussèrent Charles de la Brosse, écuyer, qui faisait ses noces , ainsi que 40 gentils hommes et gentilles femmes qu'ils devestirent complètement. 22 Janv. u y aura un an à la St -Vincent, 60 hommes à cheval passèrent

à Paray , Sauvement et Perrecy , et firent un bon butin, «. pour ce que en icelluy temps l'on faisoit plusieurs noces au plat

Févr. pais. » Un mois après revinrent Pierre Louvain, Tourneboule , Robinet, Petit-Loup, avec cinq mille chevaux, qui restèrent pendant 17 jours en Charollais, où ils firent bien des dégâts, et pillèrent la forteresse du Sauvement. Pendant ce temps, des gens de Gilles de St -Simon et de Lescrat, qui étaient près de Marcigny, vinrent courir sous les murs de Paray.

Noble homme Jehan de Rocheforl , écuyer, capne de Perrecy ,

Févr. 43 ans, et 4 habitants de Perrecy — Il y aura sept ans à

carême-prenant , le bâtard de Bourbon et un nommé Tempeste, avec 8 ou 9,000 hommes de pied et à cheval , vinrent en Charollais , où ils restèrent 8 jours ; et lors Tempeste logea à Perrecy avec 80 personnes, pendant une nuit qui lui suffit pour ravager la ville et rançonner plusieurs habitants à \ 2 saluts , 6 saluls , ou 4 francs. « Et le matin , le dit Tempeste et ceulx de sa compaignie feirent semblant d'eulx en aler, et meirent le feu ez maisons dudit Huguenin de Clessy et de Girard Villard , lors les compaignons qu'estoient retrait oudit chastel de Perrecy, issirent hors pour voloir recouvrer lesdites maisons qui brûloient; adonc une partie de ceulx de la compagnie dudit Tempeste, qui s'esloient embuschiés en l'église

parochial dudit Perrecy, saillirent à coup d'icclle église et s'efforcèrent de prandre ledit chastel ; » mais ils ne purent

5 Avril prendre qu'un retrahant qu'ils pendirent. A Pâques suivant, Anl. de Chabanne, avec mille chevaux, logea à Perrecy et aux environs durant cinq jours; pendant lesquels temps il mit tout à rançon , même le grand étang de Perrecy qu'il

28Nov. taxa à vingt saluts d'or. Vers la St-Simonet St-Jude suivant, le même Chabanne, avecMathelin, Blanchefort, Brusac, Floquet et autres, et 5,000 chevaux, restèrent sur la frontière du comté pendant seize jours ; Chabanne et sa compagnie logèrent alors à Perrecy, y firent mille maux, et rançonnèrent

2 Févr. à 120 saluts les retrahans du chastel. A la Purification dernière, Pierre Louvain , Brusac, Lestevenot, Tourneboule et autres capues, avec environ 6,000 chevaux , séjournèrent pendant treize jours en Charollais et y firent « très grans et innumérables maulx. » Lestevenot et Brusac vinrent alors à Perrecy, où ils brûlèrent cinq maisons et firent plusieurs prisonniers qu'ils rançonnèrent, « rompirent l'église parochiale dudit Perrecy et les deux estangs d'icelluy lyeu , et fut gasté et perdu le poisson d'iceulx estangs. » Ils firent prisonnier et rançonnèrent le frère du curé de Dompierre. Quant à la valeur des dommages, « ils sont si grantque ceux qui parlent ne les soroienl estimer. Mars Six témoins de Toulon-sur-Arroux. — Il y aura sept ans au

prochain carême, le bâtard de Bourbon, Louis -le-Beuf, Mathelin et autres capnes, avec 8,000 chevaux, vinrent en Charollais où ils restèrent cinq ou six jours, faisant d'innumérables ?naw#; le bâtard vint alors logera Toulon, avec mille cinq cents hommes, « dès mardi au matin après les bordes jusques au dimanche suyvant, que ledit bastard et sa compaignie se deslogèrent. » Pendant ce temps , ceux de la forteresse n'osaient sortir dans la crainte d'être tués ou rançonnés. Le montant des rançons faites alors dans la terre de Toulon montèrent à plus de 2,000 saluts d'or, sans les autres dommages ; seize maisons

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y furent brûlées. La plus grande partie des maisons de la terre de Montmort , appartenant à nobles Philibert, Louis et Girard de Barnaux, furent aussi brûlées. Il y eut quelques Mai morts et un grand nombre de prisonniers. Au mois de mai 1438. sujvant, Ant. de Chabanne, Blancheforl, Chapelle, Mathelin , Brusac, le Bourg de Panesac et autres capnes, avec 7 à 8 mille chevaux, logèrent au Charollais pendant neuf à dix jours, et y firent les ravages accoutumés. Mathelin et ses gens prirent d'assaut une tour appelée la Tour-du -Bois , appartenant à Simon du Fraisne , et firent prisonniers tous ses habitants. Blanchefort logea à Toulon pendant huit ou dix jours avec 800 chevaux. Les habitants, retirés au château, n'osaient sortir. «Ettenoientbien cinquante prisonniers et trois mille chiefs de grosses bestes. Durant lequel logis vint ledit Chabanne devant ladite forteresse, disant qu'il avoit esté destroussé , et que l'on feist savoir à M. le bailli de Charolois que luyavoit esté fait, et recquéroit Dieu que, qui ne le feroit, il mettroit la duchié de Bourgne à feu et à flambe; et qu'il ne partiroit du pais, qu'il prendroit ung prisonnier auquel il baltroit tant la plante des pies qu'il lui paieroit dix ou douze mille escus ; et tantost après il print le sgr de Pesmes. » Deux jours avant l'arrivée de Blanchefort, Chabanne avait dîné en passant à Toulon ; on apprit depuis qu'il avait fait pendre, près du châtel de Labolée, un serviteur de Regnaut de Thoisy. Chabanne, après sa détrousse, rencontra un laboureur près de la Tour-du-Bois-sur-l'Arroux, et le tua de son épée. Il 28Nov. y a eu six ans à la fête de Sl-Symon, Antoine de Chabanne, 1438' Brusac, Blanchefort, Mathelin, avec 7 ou 8 mille chevaux, logèrent en Charollais pendant environ 17 jours , durant les quels il renouvelèrent leurs ravages, «faisant presque tous les maulx que l'on scet dire. » Chabanne vint loger une nuit à Toulon, avec mille chevaux ; aussitôt après son départ, arriva, avec 600 chevaux, Moudon de Monchens, qui resta cinq jours et fit plusieurs prisonniers rançonnés à 16 saluts. Il y aura un

2 Févr. an à la Purification, Pierre Louvain , Tourneboule, Brusac, 1 " Lestevenot et autres capnes, avec 4,000 chevaux, vinrent au comté de Charollais et y séjournèrent quinze jours environ, où ils firent de grands maux et excès. Pierre Louvain et sa compagnie de 800 chevaux logèrent alors à Toulon, où ils se mirent à détruire les maisons, « et n'eust maison audit Tholon qu'ils n'y feissent très grant dommage. » Us avaient un tarif pour les rançons qui était d'un écu pour un cheval, un franc pour une jument, pour un bœuf six gros, et une brebis deux blancs; « et disoient, lesdites gens d'armes, que d'icelles ransons fere ils avoient mandement patent du Roy notre sire, toutefois ne le voulsirent monstrer. » Du bélail qu'ils tenaient en prison , il en mourut 420 têtes par famine. Us détruisirent les moulins de Toulon.

Avril Trois habitants de Sanvigne. — Il y aura sept ans à la fin 1438# d'avril, Blanchefort, Brusac, Chapelle et Mathelin de Lescot, avec 700 chevaux, séjournèrent cinq jours à Sanvigne, pendant lesquels ils firent des prisonniers , et rompirent l'église où ils logèrent leurs chevaux : ils rançonnèrent les retrahans du château à cent saluts d'or. En quittant Sanvigne , ils allèrent à Maseray emmenant cent bêtes à cornes. Vers la 1» Nov. Toussaint suivant, Mathelin et Chapelle, avec 700 chevaux, revinrent à Sanvigne, et y restèrent 17 jours. Us firent alors tous les maux qu'on peut imaginer, rompirent une seconde fois l'église pour y loger leurs chevaux, et firent prisonniers les hommes, les animaux et les femmes qu'ils violèrent. Tout bétail non rançonné était mis à mort. Les retrahans, qui n'osoient sortir du château, payèrent une rançon de 300 saluts d'or. Ces écorcheurs allèrent à St -Berain , où ils tuèrent un homme et brûlèrent une femme dans sa maison. Deux jeunes femmes, gardées toute la nuit, furent renvoyées au matin, moyennant 5 saluts et un baril de vin Cinq jours après leur départ, arriva inopinément Brusac et sa bande, qui enleva tout

29 Sept, ce qui restait. Il y eut trois ans à la St-Michel , le capne Lelièvre , avec 200 hommes, vint subitement à Sanvigne, en criant châtel gagné ; mais , n'ayant pu le prendre , après quelques heures, ils partit emmenant du bétail. Les témoins estiment les pertes de la châtellenie à plus de 4,000 saluts , « oultre les multres et efforcements des femmes. »

Févr. Sept habitants du Sauvement. — A carême prochain seront

sept ans , le bâtard de Bourbon, Brusac , Robinet leMayre, vinrent en Charollais où il restèrent cinq jours , commettant tous les excès. Robinet vint alors au Sauvement avec 3,000 hommes, et y resta une nuit, pendant laquelle il tua plusieurs hommes et brûla plusieurs maisons, et gâta dans la châtellenie la valeur de trois mille chevaux chargés de blé et 80 bichets d'avoine ; « amenèrent devant le chastel sept ou huit femmes toutes liées ensemble et plusieurs hommes de Monditsg', lesquels ils batoient très fortement afin que l'on les ransonnât: violèrent lors les églises parochiales de Poilloux et de Ciry, et y logèrent leurs chevaux. » « Dépouse Michel Crestienot qu'il avoit une petite chamberière qui n'avoit plus de dix ans, laquelle ils violèrent et en tant quelle en mourut; et quelque jeune femme qu'ils 5 Avril trouvassent lors la violoient. » A Pâques suivant, 60 hommes 1438' vinrent et rançonnèrent les retrahans à 80 saluts. A la Toussaint 1er Nov. suivant , Chabanne , Brusac , Blanchefort , Mathelin , mre Piètre 1438' de More et autres capnes, avec 7 ou 8 mille chevaux, vinrent en Charollais , où ils restèrent M jours, y faisant tous les maulx « que l'on sorait deviser. » Piètre de More logea dans la châtellenie du Sauvement avec 700 chevaux. Le jour de St-Vincent dernier passé, 50 hommes, conduits par Pierre Louvain, arrivèrent subitement sous le château , trouvèrent tous les meubles des paysans dehors et en emportèrent pour 1 ,400 francs. Huit jours après, Pierre Louvain , Brusac, Robinet, Tourneboule et Le Loup , revinrent avec mille chevaux et ravagèrent de nouveau la châtellenie pendant huit jours. « Ils asseillirent par deux fois

ledit chastel de Saulvement , dont le premier assault dura dès le soleil levant jusques à deux heures après midi ou environ, et à l'autre assaut ils feirent semblant d'eulx en aler, et laissèrent embusches en aucunes maisons près dudit chastel, et, par traison, cuydèrent prandre icellui chastel, et entrèrent en la basse court en laquelle ils brûlèrent et gastèrent lors environ huit cens chevaulx chargiés de blés1 ; et quant ils veirent qu'ils heurent faillis, ils asseillirent le chastel bien l'espace de deux heures : auxquels assaulls furent tués quatre des retraians et blécés bien environ cinquante. » Ils brûlèrent dans la châtellenie 10 maisons , détruisirent 6000 charges de blé, et les dommages montèrent à 20000 francs.

Noble homme Jehan deMartigny,écuyer. — Quand le bâtard de Bourbon vint à Mont-St -Vincent avec 600 chevaux, il y resta cinq jours et commit toutes sortes d'atrocités. Il faisait prendre les hommes et les conduire, le licol au cou , au pied du château pour les rançonner. Quand il fut parti, le témoin se rendit à Perrecy, où il trouva le capnc Tempête , qui tenta de prendre le château par trahison , et, ne l'ayant pu, pendit un homme à un arbre, auquel le témoin ne put assez tôt couper la corde. A Pâques suivant, Jehan Dolon , lieutenant d'Ante de Chabannes, vint à Perrecy et rançonna les retrahantsà BOsaluts, que le témoin les empêcha de payer. Le grand étang fut lors rançonné à 80saluts. Pendant ce temps, Blanchefort, Mathelin, Brusac et Chapelle, avec 8 à 900 hommes, étaient à Sanvigne, et rançonnaient les retrahants à cent saluts, comme le lui ont dit Blanchefort, Guillemin deRamilly, capne de Sanvigne, et

I On désignait sous le nom de cheval chargé de blé, la quantité de blé que pouvait porter un cheval: on disait un cheval de blé, une charge ou même une chevalée. C'est ainsi que, dans le Maçonnais et la Bresse , on nommait et on nomme encore âne'e la charge d'un âne.

Jehan de Suilly, écuyer, qui en fit le payement. Le témoin rend compte des faits relatés plus haut touchant Sanvigne et Sauvement.

Six témoins de Palinges et sept de St- Bonnet. — En carême 1 437-8, deux chefs de chambre, nommés le Gouverneur et Pierre Louvain , de la compagnie du bâtard de Bourbon , vinrent à Palinges avec 500 chevaux et y restèrent un jour, pendant lequel , entre autres excès, ils rançonnèrent ceux qu'ils purent prendre, pillèrent l'église, violèrent les jeunes femmes, tuèrent deux hommes, et s'en allèrent après avoir brûlé dix maisons. Huit jours après, le bâtard passa avec sa compagnie 28Nov. el brûla huit autres maisons. Vers la St- Simon, Florimont, 14 * homme de Chabanne, vint à Palinges avec environ mille hommes, et y resta dix-sept jours; lors recommencèrent les désordres, les meurtres et les viols ; l'église fut violée pour servir d'étable aux chevaux, et les rançons montèrent au moins à mille saluts d'or. Les témoins de St- Bonnet disent que, pendant ce 14I3Y lemPs > 'eur v>^aoe f"1 aussi pilté. Depuis , vers la Purification darrier passée, le sgr des Ayes et Régnant Cambet, capne des Escoussois, avec 2000 hommes, logèrent à Palinges et à St- Bonnet pendant neuf jours , où ils commirent tous les désordres, et rompirent les deux églises pour y loger leurs chevaux et le bétail qu'ils avaient pris ; ils brûlèrent toutes les maisons qui ne furent pas rançonnées , et dans l'une un enfant. Ils pendirent un homme par les pieds , puis se mirent à le battre avec un maillet jusqu'à ce qu'il eût promis une rançon, qui fut de deux saluts d'or. D'autres furent pendus par les bras « par manière de question. » Ils mirent encore en œuvre d'autres et plus atroces supplices, et se retirèrent après avoir détruit environ mille charges de blé. A St- Bonnet , pendant ces neufs jours , furent brûlées soixante maisons. Il n'y en resta que trois pour lesquelles on paya rançon. « Et dit, ledit Julien Meschin , qu'ils se meist à rançon à trois saluz, et laissa en hostaige ung sien fils

en l'eage d'environ douze ans; lequel fils lesdits gens d'armes pandirenl par les espaules, pour ce que icellui Julien n'apportoit incontinent ladle rançon, et après qu'ils l'eurent despendu le étachèrent en ladte église de St-Bonet et ly meirent de la paille dessoubs, et, pour ce que son dit père ne apporloit ladte rançon , meirent le feu en la paille qui estoit soubs son dit fils , et tant qu'il fut fort brûlé au dos. » Les témoins de Palinges estiment leurs pertes à 3,000 francs, « et lesdits parochiensde St-Bonet nysoroienl faire autre estimation feur qu'ils ont tout perclus. »

Févr Cinq habitants de Génelard. — Il y aura sept ans au prochain

1437-8. carême, tandis que le Gouverneur et Pierre Louvain séjournaient à Palinges, ils vinrent à Génelard où ils tuèrent ou rançonnèrent plusieurs hommes et violèrent six femmes. A l'époque

28 Nov. de la fête de St-Simon , Pierre Florimont et le sire de St-Prix , de la compagnie du bâtard de Bourbon, vinrentavec 300 hommes loger à Génelard pendant dix-sept jours , durant lesquels ils firent mille maux, « et dient que , durant ledit logis , les aulcuns d'eulx et d'aultres estoient retraits ou clochier de l'église parochiale dudit Génelard, et si deflendoient l'espace de quatre jours , et pour ce qu'ils veirent que lesdites gens brûlèrent lors la maison de Huguenin Galoys ; lequel Iluguenin lors avoit ung valet qui fut prins par les dites gens d'armes et batu très fortement, et, pour ce qu'il ne se peut rançonner, lièrent de la paille sur lui, y meirent le feu et après le feirent courir, dont il

2 Févr. fut très malade. » A la dernière fête de la Purification, Adam Richart, l'un des capnes des Écossais, avec 200 hommes, logea à Génelard. C'est alors que fut brûlée la maison de Langure, dont Emard de Busseuil était seigneur, et autres maisons; Perrot Chevalier, qui avait donné déjà 14 saluts d'or à Florimont, paya cette fois 48 saluts : tout le bétail fut rançonné. Le dommage causé par les écorcheurs est estimé par les témoins à 2000 francs.

N. Girard de la Faye, lieut'du capne deMont-Saint-VinccnL Discrète personne Messire Jehan Lepy, presblre. Honorable homme Jehan de TheseiU, et Philibert de Louasse, bourgeois de Mont-Saint-Vincent, et deux habitants de Gourdon. — Il y aura sept ans aux bordes, le bâtard de Bourbon et le petit Blanchefort logèrent au Mont-Saint-Vincent avec 600 chevaux, Mars du samedi , veille des bordes , au mardi suivant, et firent dans

la châtellenie toute espèce de maux ; ils battaient ceux qui ne se rançonnaient pas, et en pendirent quelques-uns après les avoir battus sous les murs du château. Us brûlèrent au Monl- Sa i nt- Vincent 2 /esZres ou maisons, à Sielle 40 , à Chenans16, aux Molins 8, à Marry 7, et gâtèrent, dans la châtellenie, plus de cinq mille chevaux chargés de blé. Plusieurs maisons ne furent sauvées que moyennant une rançon. Vers la fin d'avril, plusieurs capnes, dont étaient Chapelle et le lieut1 de Brusac, revinrent au comté avec mille chevaux , logèrent à Genoudly et àMazeray pendant trois semaines , et y firent plusieurs prison- 29 Nov. niers. A la fête de Saint-Simon , Blanchefort , mre Piètre de More, Brusac, Mathelin de Lescot et autres capnes, avec mille chevaux, revinrent dans la châtellenie de Mont-Saint-Vincent et y logèrent environ 15 jours, y firent mille maux, brûlèrent 4 0 maisons à la Belleville , et 10 au Monceau de Marry. Et depuis , vers la St-Michel 1 441 , le capne Lelièvre, avec 200 chevaux, vint de nuit à Gourdon , où il brûla une maison. Vers 2 Févr. la Purification dernière, un très-grand nombre d'écorcheurs H33-4. vjnrent au pavs et Y firent des dégâts, quoiqu'ils y restassent peu de temps. Les pertes de la châtellenie, depuis le traité d'Arras , sont évaluées à 2000 francs.

Sept témoins de Vandenesse. — Au mois de mai 1438, Jehan Dolon et sa compagnie forte de 800 chevaux logèrent à Vandenesse pendant cinq jours , et rançonnèrent tout ce qu'ils purent prendre , hommes et bétail. Ils assaillirent le châtel de Collongc situé dans celte paroisse , appartenant à Claude du Blé,

et, s'étant emparé de la grande porte et de la poterne, ils entrèrent dans le château et emportèrent tout ce qu'ils y trouvèrent. Pour le racheter du feu , on promit encore 20 saluts d'or, pour lesquels on donna des otages ; mais ceux-ci s'étant échappés, la rançon ne fut pas payée. La perle faite alors est estimée à 2000 francs.

INFORMATION CONTRE LES SEIGNEURS DE l'aUXOIS QUI ONT FAVORISÉ LES ÉCORGHEURS ' .

Messire EstienneBonival, chapelain deGuilledeBeauffremonl, sgr de Scey, à Somhernon. — Le lendemain de Quasimodo dernier passé, Stevenot, neveu de Lahire, vint à Sombernon avec mille chevaux, « et fit, ledit Stevenot et ses compagnons, plusieurs maulx et énormes dommaiges, tant en l'église dudit Sombernon , qui fut rompue comme entièrement. » M. de Scey lui parla de la fenêtre de son château , et le fit consentir à s'éloigner, moyennant un cheval harnaché du prix de cent saluts

i Arch. du Nord, a Lille. — Cette information commence par les Mémoires et articles sur lesquels fault faire information, à la suite desquels est insérée la commission du maréchal de Fribourg, donnée en vertu des lettres du Duc, datées du dernier mai 1439, par laquelle sont nommés commissaires Etienne de Salins , Jacques de Rochefort et Jehan Poinsot , procureur du Duc au bailliage d'Amont. L'enquête, qui dura pendant une parlie des mois de juin et juillet 1439 , contient les dépositions de soixante-quatre témoins, dont nous nous contentons de donner l'analyse. Nous avons retrouvé nous-même cette enquête dans les archives de la chambre des comptes de Lille , et nous en devons la transcription à M. Jules Leglay, auquel nous sommes heureux de renouveler ici nos remercîments.

et des vivres. Il se rendit aussitôt à Vitteaux. Cinq ou six jouis après, Jean de |St-Berain , capne de Monsaugeon , amena à Sombernon le petit Blanchefort avec neuf ou dix écorcheurs. Il logea en l'hôtel de J. Voisme, où M. de Scey vint le visiter et se plaindre de ses déprédations. Le lendemain , il le fit conduire à Arnay-le-Duc ou à Nolay. Il ne sait rien de plus , sinon qu'il .a ouï dire que le sgr de Scey était allé à Vitteaux, vers le grand Blanchefort, avec lequel il avait joué aux dés et mené grande chair. Vers le carême passé , Guiot Costait avait amené de Dijon à Sombernon Gaudifer l'écorcheur, et l'avait conduit de là, secrètement à La Motte, chez M. de Ternant-

Perrin Messon, valet de Jean de Voisine. — Mêmes faits. Il ajoute qu'au départ de Stevenot, le seigneur de Scey lui dit : « Or, Messieurs , je vous prie que doires en avant ne me faites aucun domaiges en ma terre qui desjà est presque déserte , et sans nulle faulte l'on ne vous fera aucun dommaige en ma compaignie, ne par mon moyen. Lequel Stevenot lui respondit, que voirement n'y feroienl-ils aucuns dommaiges, ains s'en yroient loigier autre part. » Lorsque le sgr de Scey vint voir le petit Blanchefort, celui-ci était au lit; il se leva et lui dit : « Monsieur de Scey, je me rends à vous et en vostre mercy; lequel sgr lui respondit que, nonobstant qu'il luy eust fait plusieurs dommaiges, toutes voyes ne lui feroit-il ou souffrir faire aucun desplaisir en sa compaignie. » Bien plus, le soir, le petit Blanchefort fut prié d'aller coucher au château. Le sgr de Scey paya les dépenses des écorcheurs , montant à quatre francs et deux gros. Du reste, ils se qualifiaient euxmêmes d'écorcheurs. Le lendemain, Blanchefort et ses compagnons montèrent à cheval, et le sgr de Scey les conduisit en personne jusqu'à Arnay. Il ne dit rien de plus sur le passage de Gaudifer.

Jehan de Monteville, châtelain de Sarmoize. — Il a oui dire que les sgrs de Scey et de Plancy vinrent à Vitteaux pendant

que les écorcheurs y étaient, pour recouvrer le bétail pris dans leurs seigneuries, « comme pour aidier à faire le traitier des habitants duditViteau dont iceulx escourcheurs ont eu environ m |c salus. » Chaque fois que vinrent les écorcheurs au pays, MgrdeScey trouva le moyen de faire garder, par les écorcheurs eux-mêmes, sa terre de Marcilly, qui échappa ainsi aux dévastations.

Roubert Hugot, de Marcilly-les-Vitteaux. — Pendant que le grand Blanchefort était à Vitteaux, il s'était retiré au château, d'où il vint en l'hôtel où était ledit capitaine qu'il trouva en compagnie des sgrs de Scey, de Varembon et de Plancy, de Jehan de Rochefort et du bâtard de Pecquigny. Le sgr de Scey jouait aux dés avec le grand Brusac et autres écorcheurs; leur jeu dura jusqu'à minuit, et le sgr de Scey perdit cent écus d'or. En s'en allant il emmena le grand Blanchefort et le bâtard de la Tremoille. Deux écorcheurs restèrent malades chez le curé de Vitteaux.

Pierre de Morges , écuyer, demeurant à Vitteaux. — Les écorcheurs séjournèrent à Vitteaux pendant dix jours, durant lesquels il alla plusieurs fois vers le grand Blanchefort et Brusac, maréchal de Limousin. Ils s'informèrent de lui si le sgr de Scey jouait volontiers aux dés, et, sur sa réponse affirmative, ils écrivirent à ce seigneur, qui vint de Sombernon avec trois autres , et ne tarda pas à commencer le jeu , où il perdit trois cents saints d'or contre le sgr de Pénessac, Brusac et plusieurs autres. Il fut obligé d'emprunter 60 saluts au petit Rochebaron. Pendant que M. de Scey était à Vitteaux, il apprit que la seigneurie de Mgr de Charny, son frère , avait été ravagée ; mais il obtint la restitution du butin , malgré le grand Blanchefort qui lui dit : « Malgré Dieu, beau sire, nous avons ja tant fait pour vous et à votre requeste qu'il devroit souffire, et avons laissé votre Sombernon pour venir loigier en ceste ville, dont vous devriez eslre contant sans tant faire de requestes. ïoutevoyes ,

h- ri NOTES

je vous prie que ayez mon frère le petit Blancheibrl , qui est demeuré malade derrière, pour recommandé. » Ce que promit le sgr de Scey. Vint aussi à Vitleaux le sgr de Varembon , qui y resta un jour et obtint de Brusac une sûreté pour les hommes de sa terre de Montfort. Le sgr de Plancy, dont les écorcheurs avaient dévasté la terre de Verchisy, se fit restituer une partie de ses bagues ; « mesmement un beau aubergeon , qui autreiïois lui avoit esté donné par Mgr le Duc, comme il disoit. » Peu avant de partir, Brusac fit conduire à Corcelles , appartenant au sgr de Jonvelle, quelques écorcheurs malades , qui y furent reçus par le bâtard de la Tremoille; celui-ci disoit, en parlant du traité des gens de Vilteaux : « Hé ! mort Dieu , ces villains n'ont-ils encoires composé? et toutevoyes les habitants dudit Vilteau se confioient entièrement d'icellui traitié oudit bastard. » Le nommé Gaudifer, «qui portoit le collier de Made de Vaudemonl, » fut mené avec cinq autres au château de M. de Ternant, lequel, à ce qu'il croit, était alors en Flandre. Brusac et Blanchefort reçurent un message secret apporté par un messager vêtu de gris et portant les armes de Mre Claude de Chaslellux, et le lendemain Blanchefort, le sgrde Pénessac, et un nommé Le Moisne avec vingt chevaux , allèrent s'ébastre du côté de Mont-St-Jean , où le témoin ignore quelle réception leur fit le sgr de Chastellux. Le petit Rochebaron blâmait fort les écorcheurs de Picardie, sujets du Duc, disant « que c'estoit mal fait et grant honte à eulx de ainsi grever et destruire le pays de Mondit sgr, et que une foys icellui sgr leur monstreroit ou feroit monslrer qu'il n'en seroit pas content; dont iceulx Picard ne tenoient compte. Et lors icellui Rochebaron dist à luy qui parle : Or, veez vous ce Picard , en lui démonsttant ledit grand compaignon , par la mort Dieu , il a ung frère ou un sien prochain parent, n'est recors lequel, qui est grandement avancé en l'hoslel de Mgr de Bourgoigne, se fait comme les autres ; mais, se Dieu plaît , je le diray une foys à Mgr. » Le

sg1 de Vitteaux restait enfermé dans son château , d'où il aurait pu facilement fondre surlesécorcheurs et les faire prisonniers, à cause du peu de soin qu'ils mettaient à se garder.

Jehannin Normand. — Quand les habitants de Vitteaux eurent traité avec les écorcheurs, auxquels ils donnèrent 700 saluts d'or, le témoin fut chargé de les conduire à Brunet, enMorvans, où ils arrivèrent sans faire halte, sauf pour se faire donner à boire par ceux du châtel de Liénart, app1 à Monsgr de Nevers. Ils désiraient alors passer à la Motte-de- Choisy, pour y voir Lespinace et quatre autres écorcheurs malades, et annonçaient l'intention d'aller en Allemagne pour les moissons. Le témoin les entendit dire à leurs gens : « Or, ribaudelles , gardez bien que vous ne soyez si osés, ne si hardiz de faire aucuns malxs , ne domaiges sur les sgrs de Mirebeau , de Scey, de Varembon et d'Espery, car ce sont notables sgrs et savent Lien garder leurs terres et seignories. Et pareillement leur vit faire déffense à son de trompette, que semblablement y n'y eust homme si hardy en la compaignie de faire aucun dommaige sur la terre et seignorie du sgr de Jonvelle. »

Jean Daugy. — Mêmes faits. Vers Noël dernier, un peu avant que les écorcheurs ne s'en allassent en Lorraine, il ful envoyé à Saulieu par le sgr de Vitteaux son maître, et y vit le sgr de Scey en compagnie du grand Blanchefort, qui occupait alors les faugbourgs.

Messire Girart Millot, curé de Vitteaux. — Il s'était retiré ^u château; à son retour, il trouva installés chez lui deux écorcheurs malades , auxquels il donna ses soins.

Jean Viart , page de Mathieu Chaul, maître d'hôtel du grand Brusac. — Il dit n'avoir pas pris part aux grands désordres commis par les écorcheurs en Bourgogne, ce qui ne l'empêche pas d'être arrêté comme tel à l'issue de son interrogatoire.

Thomas Gauthier, de Bourges. — Depuis dix ans, il n'a pas quitté les compagnies du grand Blanchefort, d'Antoine le

Bourguignon et de Perrin des Bois, capitaines d'écorcheurs, avec lesquels il est venu deux fois en Bourgogne ; il ne donne aucun renseignement précis et est arrêté.

Noble homme messire Pierre, sgrde Dyo en Charollais. — Il ne sait rien sur la désobéissance dernièrement faite au gouverneur de Bourgogne par l'abbé de Cluny.

Guillaume de Farcy , écuyer d'écurie de M. le Duc. — 11 sait que les écorcheurs ont fait bonne chair à Mont-St- Jean , chez M. de Chastellux, et à Corcelles , chez M. de Jonvelle. Il n'a rien entendu dire de pareil des sgrs du Charollais, sauf que Claude de St-Julien a pu sauver sa terre en recevant les écorcheurs dans son château de Baleure. « Dit outre que, environ vers la Pentecoste derrein passée, à certain jour dont il n'est recors , il qui parle fut présent quand messire Pierre de St-Julien dist et rapporta à M. le gouverneur, de par lequel il avoit esté envoyé par devers l'abbé de Clugny, que icellui abbé lui avoit dit et répondu, nescio vos, qu'il avoit assez de gens avec lui pour garder sa ville , et qu'il n'y laisseroit entrer quelque personne que ce fust, de par Mds le gouvr ne autre. »

JofFroy d'Auxerre, écuyer, sgr de Presles. — Floquet passant devant sa maison-fort demanda à boire , menaçant de brûler la basse-cour, elle força ainsi de lui donner du vin. Dernièrement, les écorcheurs vinrent à Vielchâtel , où le châtelain leur fit bonne chair, et en obtint la sûreté de plusieurs villages. Floquet envoya au témoin un malade qu'il fit soigner dans sa maisonfort de Beauvoir.

Jehan de Dyo, écuyer. — Ne sait rien touchant la conduite des sgrs du Charollais.

Jean Gelin. — Il vit à Sombernon Lespinace, lieut1 d'Antoine de Chabanne. Il fut pris et mené à Charny, où il vit huit ou neuf écorcheurs , « lesquels avoienl esté rués jus par le sgr de Mirebeaul et ses compagnons , » qui furent relâchés à la requête de Chabanne.

Jean de St-Berain, demeurant à Montigny. — Pendant leur séjour à Viiteaux , les écorcheurs vinrent un matin à Montigny qu'ils ravagèrent, et se retirèrent en emmenant tout le bétail. Le témoin fut chargé par les habitants de Montigny et de Villeneuve de traiter de la rançon, qui fut de 72 saluts d'or, pour lesquels il se porta caution auprès de Blanchefort II parle de marchands qui achetaient comptant, à Vitteaux, le butin fait par les écorcheurs. Thil-la-Ville fut aussi préservée en faveur du sgr de ce lieu.

Jehannin Lardelet. — Pendant l'occupation de Vitteaux, deux écorcheurs du bâtard de Bourbon vinrent à Montfort. Le sgr de Varembon envoya par eux une haquenée audit bâtard , en payement de 150 saluts que devaient les habitants de Montigny, « pour le rachat du feug que icellui bastard vouloit bouter audit Montigny. » Le témoin ne sait rien de ce qui s'est passé à Montfort , lorsque les officiers refusèrent l'entrée aux sgrs Geoffroy de Thoisy et Antoine de Vuillafant, envoyés parle gouverneur de Bourgogne. II ajoute que « son maître a fait ordonnance et deffense expresse à son chastelain et à ses autres officiers dudit Montfort , sur peine d'estre penduz et estranglez, qu'ils ne fussent si osez ne si hardiz de laissier entrer aucune personne, de quelque estât qu'il feust, audit Montfort , sans en avoir mandement ou licence de luy. »

Jean Chalyot, serviteur du sgr de Jonvelle. — Il est allé souvent avec le bâtard de la Trémoille, neveu de ce sgr , auprès des écorcheurs pour chercher à préserver la terre de Corcelles. Il alla de Vitteaux à Semur avec son maître, qui envoya quelques écorcheurs malades à Corcelles, où ils moururent. Le bâtard obtint pour cette terre une sûreté de Blanchefort , Brusac et Floquet.

Guillaume le barbier, demeurant à Semur. — Il fut envoyé de Semur à Corcelles par le bâtard de la Trémoille, « qui pour lors estoit audit lieu de Semur, et aidoil pour la composition

et traictié des habitants d'illec, dont Flocquet, led1 Bastard et autres desdits escorcheurs eurent la somme de cccc saluz. » Il visita un malade qui, «nonobstant son gouvernement», alla de vie à trépassement. Maître Mille, médecin de Semur, gouverna les autres pendant quinze jours. «Il vit ledit bastard, qui reçust, pour sa porcion dudit traitié de Semur, la somme de cl salus, «lontll y avoit environ ce fr. , monnoie courant ou pays de Mds; auquel bastard il oyt dire semblables parolles : Malgré Dieu, de ceste monnoie, je n'en liens compte un hurelu. Ne scet en quelle entencion il le disoit, se c'estoit ou contempt et mesprisement de Mondit segr . »

Anceau de Bayole, de Semur. — Il a vu les écorcheurs à Corcelles pendant que le sire de Jonvelle, sgr dudit lieu , était à Dracy-St-Loup.

Jehan Conteur, de Montigny-lez-Montfort. — Pendant que les écorcheurs étaient autour de Châtelneuf, il se relira à Montbard , où il vit Huguenin de Chissey, capne de Monlbard, amener le bâtard de Bourbon, qui logea chez Guille Rémont. 11 se souvient qu'à laSt-Martin dernière, lorsque les écorcheurs allaient en Lorraine, ledit bâtard ravagea les environs de Montigny , prit hommes et femmes, chercha à mettre le feu , et enfin rançonna Montigny à 150 saluls, pour lesquels le seigneur de Varembon , qui s'était porté caution, donna une hacquenée. Pendant le temps que le bâtard resta à Montbard , le sire de Varembon vint le chercher pour le mener à Montfort, où il attendit deux jours son payement.

Philippe de Bussy, écuyer, dl à Vielchâtel. — Une douzaine des écorcheurs de Floquet vinrent garder Vielchâtel à la requête de Le Bourg de Charderay, capae dudit lieu , où ils restèrent six jours et reçurent 100 écus. Il a ouï dire que Joffroy d'Auxerre a reçu Floquet avec seize écorcheurs, dans son château de Beaulvoir, où ils firent bonne chair. Il accuse Le Bourg d'avoir eu de grandes accointances avec les écorcheurs, qui lui donnèrent un beau coursier.

Jehannette, femme de Perrin Ressonère. — Un des éeorcheursqui moururent à Corcelles donna au curé duditlieu deux pièces d'or « pour le remède de son ame. »

Jehan de Syphon, châtelain de Vielchâlel pour Bertrandon de la Brocquière. — Pierre Andras , le petit Gascon et autres de la compagnie de Floquet vinrent à Vielchâlel , qu'ils gardèrent pendant dix jours; on leur paya cent écus pour leurs dépenses. C'était Le Bourg, capitaine de Vielchâtel , qui les avait fait venir malgré le témoin et sous prétexte de préserver le pays. Le Bourg fut depuis chargé de la garde de Mailly.

Jean Bievry , gouverneur de Fley pour le sgr de Talemet. — ïl reçut inopinément une lettre de sûreté du grand Brusac pour la terre de Fley. Mais , en dépit de cette lettre , 30 ou 50 écorcheurs vinrent fourrager cette terre, où ils firent de grands dégâts. Le sgr de ïhil avait aussi pris une sûreté des écorcheurs. Un des morts de Corcelles fit son testament et donna au curé 10 francs, plus 10 autres pour la réparation de son église. Un autre lui donna son cheval et une vieille cuirasse.

Jehan de Villers, de Semur. — Huit jours après le départ des écorcheurs de Semur, arrivèrent Jeoffroy de Thoisy et Antoine de Vuillafans , qui montrèrent « certaines lettres et niand1 de M. le gouvr à eulx adressans, pour prandre et mettre en la main de M. le Duc tous les escourcheurs qu'ils pourroient trouver. » Le témoin les accompagne à Montfort. Arrivés à Chandoiseau, il fut chargé d'aller au château « sans faire semhlant, » ce qu'il fit avec adresse et succès. Pendant ce temps , les sgrs de Thoisy et de Vuillafans vinrent aux portes et en demandèrent l'ouverture, qui leur fut refusée. Le témoin, qui était à la cuisine, simulant l'étonnement , vint demander de quoi il s'agissait; Antoine, le capitaine, lui parut très effrayé des ordres que le sgr de Thoisy lui avait montrés, mais décidé à n'y point obéir. Le témoin lui dit qui faisait mal de désobéir ainsi au gouverneur de Bourgogne , ce qui le mettrait lui et le

sgr de Varembon dans un mauvais cas. Mais le capitaine n'en tint compte, et Humble-requête , poursuivant du sire de Varembon, ajouta : « Par la mort Dieu , se M. le gouverneur et Made sa femme y venoient, ils n'y entreroient ja, se nostre maistre ne les y boutoit. » Enfin , les sg™ de Thoisy et de Vuillafans furent forcés de se retirer sans avoir rien obtenu.

Messire Estienne Chenart, prêtre, demeurant à Semur. — Les écorcheurs firent bombance au château de la Motte, appartenant à M. de Ternant.

Guillaume Grosley, de Semur. — Il alla à la Motte, où il trouva Gaudifer et Argenteau , poursuivant d'armes de Blan chefort , qui lui demandèrent de les conduire secrètement jusqu'à Chinon , ce qu'il refusa. Il sait qu'un nommé Bourbon , neveu de M. de Ternant, avait aidé Gaudifer à emporter hors de Bourgogne de grandes sommes provenant de « ses butins et ranconnements. » Les habitants de Semur se rachetèrent du feu moyennant 400 saluts.

Discrète personne et saige maistre Mille Ancelot, licencié en médecine , à Semur. — Il fut chargé par le bâtard de la Tremoille de visiter deux gentilshommes de la compagnie de Jehan Daichey, malades au château de Corcelles. Il leur bailla médecine le mieux qu'il put, mais « nonobstant sa physique , ils sont allez de vye à trespassement. »

Jehan Testart , de Semur, sergent de Mds. — Il vit Lespinace malade à la Motte, lequel avait « une bonne et grosse bouge plainne d'or. » M. de Ternant était en Flandre.

Jehan leGuyn, serviteurdu capitaine deSaulieu. — «Quant Flocquet , Boniface , Barrette et plusieurs autres escorcheurs , ou nombre de mille chevaulx, furent loigiés aux forbourgs dudict Salieu, plusieurs marchans de Troyes , comme l'on disoittout communément, furent par devers lesdits escorcheurs audit Salieu , auxquels ils apportèrent de l'artylerie, arbalestes, salades et autres chouses, pour le paiement des quelles iceulx

escourcheurs leur baillèrent plusieurs bestes et autres bagues, comme lesdts escorcbeurs mesme le disoient. Et dit que, pour la grant desplaisance que sondit maistre avoit de ce, il se travailla de prandre et ruer jus secrètement lesdits marchans, mais ils luy échappèrent franchement. » Les gens de Saulieu donnèrent cent saluls d'or pour le rachat du feu : du reste, les écorcheurs ne purent entrer dans la ville.

Jehan dit Béatas, serviteur du sgr de Thil. — « Environ la Saint-Martin d'iver derrièrement passée, et alors que les escorcheurs tyroient ou pays de Lorraine, led1 sgr maistre de lui qui parle print une sûreté et saufconduit du grand Brussac, de Blanchefort, du sgr de Pénessac et de plusieurs autres desdits escorcheurs, pour préserver d'eulx sa terre et seignorie, et, moyennant ladte seurté, passèrent oultre sans lui faire aucun mal ne dommaige. » Néanmoins , au retour des bandes en Auxois, Stevenot ravagea et rançonna la terre de Thil.

Jehan Arbolel, clerc du comte de Joigny. — Il vint à Dracy -St-Loup , app1 au sgr de Jonvelle , où il trouva le neveu de Brusac et cinq autres écorcheurs, qui gardaient cette terre pour ledit seigneur. Le neveu de Brusac dit au déposant. « Je regnye Dieu et sa glorieuse mère , si je ne puis jamais recouvrer par deçà, et oudit pays de Bourgogne, je bouterais les feugs par tout , et y feray du saglant pis que pourray, en despit de ce que l'on a rué jus deux de ma compagnie : et disoit ces chouses tout haullement. »

Guillaume Bonot. — Appelé à Charny par le sgr de Mirebeau, il y trouva, oulre ce sgr , Estiennede Salins, Nicolas de Joui , Humbertd'Arles etplusieurs autres, qu'il guida jusqu'à Normier prèsSt-Thibaut. Ils firent la chasse aux écorcheurs et en prirent neuf ou dix qu'ils rendirent trois jours après à Blanchefort. De là le témoin alla à Mon t-St -Jean , où il trouva le sgr de Scey, le sgr de Pénessac , le grand Blanchefort et Antoine de Chabanne avec 40 écorcheurs. Au départ, ils donnèrent à Claude de

Chastellux une sûreté pour sa terre et sirie de Mont-St-Jean. Merchy, app' à M. de Chissy, fut aussi gardé par quatre écoreheurs de la compagnie de Chabanne.

Guiot-Noirot , de Mont-St-Jean . — Stevenot , neveu de Lahyre , vint à Mont-St-Jean , où il trouva les barrières fermées. Claude de Chastellux lui donna de l'avoine et des vivres , et il se retira , sans faire de mal, pour aller à Misserey. Brusac et le grand Blanchefort écrivirent aux habitants de Mont-St-Jean d'envoyer à Vitteaux des députés pour traiter de leur rachat. Ceux-ci , effrayés , supplièrent M. de Chastellux d'y pourvoir. Ce seigneur écrivit donc aux capitaines, au nom de sa femme, pour leur recommander sa terre, qui avait déjà été rançonnée par le petit Blanchefort. « Et se c'esloit leur plaisir de venir veoir les dames, l'on leur feroit bonne chiere oudit Mont-St-Jehan. » Conformément à cette invitation, Blanchefort, Brusac, le sgr de Scey, le sgr de Pénessac, Antoine de Chabanne, Stevenot et autres, vinrent au châtel de Mont-St-Jean, visitèrent en amateur les lieux d'alentour, et surtout une montagne voisine, « pour ce qu'il y a beau regart et souffisant pour veoir tout le pays de l'Auxois ; » puis « ils se jouèrent ung peu avec ladite dame et les damoiselles qui pour lors estoient audit Mont- St-Jehan, et en la saule d'illec, et puis s'en retournèrent où bon leur sembla. » Le témoin ignore si M. de Chastellux leur donna de l'argent.

Estienne Boutelle, prévôt d'Arnay-le-Duc. — Guillaume de Beaufremont, sgr de Scey, vint à Arnay, et lui demanda un guide pour conduire le petit Blanchefort jusqu'à Nolay. Après dîner, Blanchefort partit, et M de Scey retourna à Sombernon. Il sait que le seigneur de Jonvelle a obtenu du grand Blanchefort, Brusac, Antoine de Chabanne, Chapelle, Mathelin et autres, un saufconduit pour sa terre de Dracy-St-Loup, qui fut gardée parles écorcheurs eux-mêmes. Le témoin a fait restituer plusieurs bêtes appartenant aux gens d'Arnay. Certains

écorcheurs prétendaient être des gens de M. de Richemont, sgr d'Arnay. Henry de Lournoy, mtre d'hôtel de ce sgr , étant venu dans cette ville , fit prendre plusieurs écorcheurs et les mit en la main de Mgr le Duc. Quelques habitants n'ont frayé que malgré eux avec les écorcheurs, et s'en sont entièrement soumis au jugement de leur seigneur.

Jehan Regnard, d'Arnay. — Guillaume de , fds du Sgr

de Monville-en-Auxois , a conversé avec les écorcheurs, et Jehan Du Verne-lez-Monlay, écuyer, est parti avec eux.

Huguette , femme Oudot-Galabriet, d'Arnay. — Lorsque dernièrement les écorcheurs étaient à Couches et aux environs, le Sgr de Scey vint, avec le petit Blanchefort , dîner en son hôtel. Il partit après dîner, laissant à Blanchefort un varlel, qui le reconduisit, dit-on, à Nolay. Pendant son séjour il envoya chercher Geoffroy de Thoisy, avec lequel il eut une conférence secrète.

Guyennot Bressande, d'Arnay , sergent du Duc. — Il vit le seigneur de Scey avec le petit Blanchefort, qu'il fut chargé par Regnaut Foucher, bailly de Mgr de Richemont, de conduire à Nolay. Il a ouï dire, à Nolay, que Oudot de Marchiseuil a repaire et conversé avec les écorcheurs , quand ils furent à Marchiseuil et à Champeculion.

Raignauldin Maignien , de Pommard , clerc du tabellionnage. — Au temps où les écorcheurs étaient dans PAulunois, il alla avec messires Pierre de la Baume, Sgr de la Roche, et Guillaume de Grenant et autres , à St-Romain. Arrivés à la barrière du châtel , Mrs de la Roche et de Grenant demandèrent qu'on ouvrît la porte, conformément à une lettre de placard du gouverneur de Bourgogne, ordonnant que tous les châtels et forteresses leur seraient ouverts. Deux habitants répondirent que , leur châtelain étant absent, il fallait attendre qu'ils aient consulté les gens réfugiés dans la place. En conséquence, le témoin entra seul dans le château pour recevoir la réponse, « aux-

quels habitons le déposant monstra de rechief et leust bien au long ledit mandement, et leur dist que, s'ils estoient refusant de faire ouverture à M cl1 Sgr le gouverneur et à sesdils comis, qu'ils ne feroient oncques si grande folie, et en porroient ainsi avoir à faire comme ceulx de Beaulne. Et, ce fait, lesdits habitans lui dirent gue vraymenl ils n'y laisseroient entrer personne quelconque , fust Mds le gouvr ou autre , car ils estoient assez gens pour garder la place ; et se icellui Monsgr le gouvr y estoit, ou ses gens, ce seroit pour eulx destourber ; et aussi ils ne cognoissoient lesdtes lettres et les armes dont elles estoient scellées. Et ainsi se départirent et s'en retournèrent lesdts messires Pierre et Guillaume de Gfenant, et lui qui parle , sans aultre chouse faire. » 11 ne vit aucun gentilhomme dans la place. Pierre Vidal, le châtelain, était absent; mais il vit bien que la réponse fut faite sur l'avis de son neveu, lieutenant de la châlellenie. Interrogé « s'il n'oyt point lesdits habitans user de haultain langaige, ou touchant matière de rébellion , dit que un peu avant lad. réponse, comme dit est, il oyt bien aucuns desd. habitans qui dirent ausdts messires Pierre et Guille de Grenanl et autres de leur compaignie , estant devant ledit chastel , semblables parolles : Messires , retrayez-vous arrière , ou se non vous porez bien avoir quelque chose et du trait de céans ; et en vit ung qui desjà avoit et tenoit son arbaleste bandée. » Ils refusèrent même des vivres. Le château est très -petitement réparé ; les échiffes , les chaffaults, la tour et une partie de la muraille sont près de tomber, et cependant ils étaient en bon état quand Pierre Vidal fut nommé châtelain.

Huguenin Coulon, de St-Romain. — Il assistait à la scène racontée par le précédent, et en attribue la faute à Jehan Mercier , lieutenant , qui se cacha et feignit d'être malade. Lorsque Vidal, natif du Limousin, vint à Si-Romain, le château était en bon état, aujourd'hui il est en ruine, et la tour va

tomber avec les échiffcs et les murailles. Et cependant le châtelain, qui touchait les revenus, devait employer aux réparations 50 livres par an. La grange où l'on retrayait le bétail a été démolie, et le châtelain en a brûlé les bois pour son usage. Il tient au château une concubine et s'empare de tout ce qu'il peut prendre.

Jean Berrelet et Jean Bollereau , de St-Romain. — Mêmes faits.

«Nous, Jacques de Rochefort, escuier, et Jehan Poinsot, procr démon très redoubté et puissant Sgr Monsgr le duc et comte de Bourgoigne au bailliage d'Amont, commissaires en ceste partie, certifiions à tous que, par ordonnance de Mr le gouverneur esdit pays de Bourgogne, nous sommes au jour transportés devant le chastel de St-Romain, duquel nous n'avons peu avoir ouverture, pour ce que Pierre Vidaul, chastellain d'icelluy lieu , n'estoit pas au lieu , comme il nous a esté certiflîé par sa chambelière et sa cocubine. Et en absence dudit chastellain , et pardevant plusieurs de St-Romain , avons veu et visité par dehors ledit chastel , lequel est très-petitement maintenu et fortiffié , et tellement que, se brièvement ny est porveu, la grosse tour , les eschiffes , les chaffaults et murailles dud. chastel slen yront par terre , et viendront du tout en ruyne. Et quant à la grange estant devant led. chastel , elle est destruite et inhabitable , à la coulpe et faulle dud' chastellain , comme nous l'avons sceu et trouvé par la déposition de plusieurs desd. habitans. Tesmoings nos sceings manuels cy mis, le un* jour de juillet, l'an mil 1 ii|c xxxix. »

Etienne de Salins , écuyer , âgé de 28 ans. — Au mois d'avril dernier, tandis qu'il était en compagnie de Mgr de Fribourg , gouvr de Bourgogne, Guillaume de Rufîey vint auprès de lui, de la part de Mre Jean de Beaufremont, Sgr de Mirebeau, réclamer des secours pour une entreprise qu'il voulait tenter contre les écorcheurs. Le gouverneur chargea le

témoin de celle expédition et lui confia trente hommes de cheval , qu'il conduisit de Gray à Mirebeau , où le Sgr de Mirebeau lui apprit que l'entreprise était rompue , et le pria d'aller avec lui autour de Charny pour y faire la chasse aux écorcheurs. Ils partirent donc pour Sombernon , où ils trouvèrent Jehan de la Périère qui avait déjà couru sur les écorcheurs avec 80 ou 100 chevaux, mais sans vigueur, « pour doupte que led1 Sgr de Scey n'en fut mal contant , et qu'il ne feist faire restitution de tout , s'ils gaignoient aucune chouse , dont icelui de la Périère estoit moult courrocié. » Bientôt le sire de Mirebeau , le témoin, Nicolas de Tout, Humbert de Viau , Humbert d'Alay, Guille de Ruffey, Jehannin Morel , Jehan Lu taux , Pierre d'Ynory , écuyers , partirent de Charny et ruèrent jus 9 ou 40 écorcheurs de la compagnie du grand Brusac et de Blanchefort. Ils en prirent 8 autres qu'ils ramenèrent à Charny , où on ne tarda pas à les relâcher avec leurs bagues et chevaux. Pendant ce temps, Stevenot , neveu de Lahire , vint avec quatre autres , dîner tranquillement à Charny, et retourna à Missery , où il logeait. Le grand Blanchefort, le Sgr de Pennesac et autres écorcheurs passèrent aussi à Charny avec M. de Scey, qui les conduisit d'abord à Mont-St- Jehan , où ils trouvèrent Antoine de Chabannes , en compagnie de Claude de Chastelux et sa femme, qui lui firent bonne chaire. De là il les accompagna à Vitteaux , où ils étaient logés. Peu après ils repassèrent par Charny; mais le témoin ignore ce qu'ils devinrent, parce qu'il revint alors auprès de Mgr le gouverneur qui était logé à Pommard. A peine était-il de retour que M. de Fribourg le chargea d'aller, avec quatre hommes de cheval , du côté d'Ygornay, pour savoir ce que taisaient les écorcheurs. Il était porteur de lettres de placard adressées aux châtelains pour qu'ils lui fissent ouverture et lui donnassent des vivres. En passant près de Molinot , craignant de tomber entre les mains des coureurs,

il demanda à entrer dans le château , en présentant ses lettres ; mais le châtelain et les hahitants du pays qui s'y étaient réfugiés « lui dirent tout haultement que luy desposant ne autre n'y entreroyent jà , car ainsy leur avoit ordonné et deffendu Monsr de Charny, leur Sgr et maître. » Il lui fallut donc passer outre. Bientôt après, le témoin, avec le Sgr (1rs Preys, Guill0 de Grenant et plusieurs autres, allèrent à Montcenis pour vaquer au rebouiemenl des écorcheurs. Ils montrèrent leurs lettres au châtelain et aux habitants, les priant que, dans le cas où ils en auraient besoin, ils voulussent bien ouvrir le château , mais ils n'obtinrent aucune réponse. « Mais que pis est, comme il dit, incontinent que Anthoine de Chabannes fut, par lui dépousant et les dessusdits , rué jus et détroussé , icelluy Anthoine et plusieurs de ses compagnons si alèrent retraire aud. Montceny, où ils repaissèrent et ils eurent vivres tout à leur aise. » Tandis que les Sgrs de Salins , des Preys et de Grenant, au retour de cette détrousse, ne purent obtenir aucuns vivres , « ains leur dirent lesd. habitans de Monceny que, s'ils en vouloient avoir, ils les acheteroient autant et pour tel pris comme avoient fait lesd. escorcheurs. » Il a su que le Sgr de Scey accompagna lui-même le petit Blanchefort , de Sombernon à Arnay, d'où il le fit conduire à Nolay.

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