‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 26 sur 113 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

Des fruits êe la Mission de Notre-Dame (TAlep :

19. — Nous commencerons par les souffrances, comme fait le Père qui m'en a envoyé la relation. Je me servirai de ses paroles mêmes, hors d'en retrancher pour la brièveté. L'amour des souffrances, dit-il, est un des beaux ornements d'un maitre évangélique. Le zèle qui ne trouve point d'opposition est imparfait. Nous nous plaignons tous à notre Maitre de ne nous avoir jetés dans des occasions d'endurer quelque chose pour lui.

Notre logement est composé de trois petites chambres, grandement susceptibles des incommodités de la saison. La chaleur, qui a été si extrême cette année, nous a si maltraités qu'aucun des trois que nous étions n'a pu éviter d'en être malade ; et on a été sur le point d'en renvoyer un à Tripoli pour y trouver quelque soulagement. Mais ces mêmes chaleurs, qui l'avaient grandement abattu, furent cause que les médecins ne l'osèrent exposer à la conduite des caravanes, qui marchent quelquefois dans le plus grand chaud du jour. L'hiver ne nous a pas été plus favorable, nos chambres ne prenant le jour que parla voûte, dans le haut de laquelle est la fenêtre. Car ce ne sont que des magasins à la façon turquesque, où nous sommes réduits depuis que nous avons été chassés de notre maison. Nous avons eu une bonne partie de l'hiver les pieds dans l'eau, et pour le reste du temps nous pouvons dire que nous avons été dans les ténèbres. Nous avons cherché moyen, plusieurs fois, de prendre une autre maison ; mais notre pauvreté ou l'envie de quelques particuliers encore, ou, pour parler plus chrétiennement, la Providence de Dieu, qui veut que nous vivions dans les souffrances, ne nous l'a pas permis.

21. — Les affronts que les Turcs font aux missionnaires, quand ils vont visiter les pauvres chrétiens, sont le traitement ordinaire du pays. Un Père des Nôtres, (1) passant un jour dans la grande place de Judaïdé, (qui est comme un grand faubourg où ils logent, la plupart), fut attaqué par un soldat Turc qui voulut enlever son chapeau, et lui, en faisant quelque résistance, reçut un bon nombre de coups de bâton sans se plaindre et sans faire autre chose que de prier Dieu qu'il lui pardonnât cet outrage. Un chrétien de sa connaissance présent lui dit : ô mou Père, quand viendra le temps auquel les Français, étant maîtres de ce pays, traiteront aussi mal les Turcs que les Turcs traitent maintenant les chrétiens? — A quoi le Père repartit : jamais ! mais le temps viendra bientôt auquel les chrétiens publieront avec liberté devant les Turcs la patience insigne du Fils de Dieu qui, étant sur la croix, pria pour les bourreaux qui l'y avaient attaché. Un des Nôtres (2) accompagnait par

( 1 ) C'est le P. Gilbert Rigault« comme nous rapprenons de la m>''mo relation adressée en latin au P. Assistant de France auprô.^ du P. Général de la Compagnie de Jésus à Rome.

(2) Le F. Bernard Saies, ^^'apl•ès la même relation latine.

la ville un Français de grande condition, qui était venu de France pour voir les Saints-Lieux et la Turquie, reçut des mains des Turcs un coup de poing sur le visage, dont il porta plusieurs jours la marque, parce qu'il avait relevé deux ou trois pains que ce Turc avait laissés choir, sans faire autre chose que de les rendre à son maitre. In autre (1) étant poursuivi longtemps par un soldat, qui avait son cimeterre nu à la main, et étant atteint par le même, ne voulut jamais lever la main au ciel, qui est une marque de reniement, quelque menace que lui fit le soldat de le tuer ; il espérait dans cette rencontre avoir la couronne du martyre ; mais Dieu, qui fut content de sa bonne volonté, le réserva pour lui rendre quelque service et pour recevoir, quelques jours après, des coups de pierre des mains de quelque jeune Turc, qui voulait avoir de lui trois ou quatre écus pour acheter de Thuile, disait-il, pour les lampes de la grande mosquée.

C'est une chose fort commune aux Turcs de nous cracher au visage, quand ils nous rencontrent dans les rues. Ces accidents non seulement ne nous rebutent pas, mais, par la grâce de Dieu, nous animent, par l'usure avec laquelle notre Maître les paie. Et ne faut pas croire que toute sorte de Turcs nous ait ainsi en horreur. Les habitants, et particulièrement les marchands, sont plus débonnaires ; ils sortent ordinairement de leurs boutiques pour nous donner moyen d'évader en ces rencontres de Turcs soldats ou reniés, qui sont plus outrageux.

22. — Je joins à ces petites persécutions de plus grands périls. Comme la vertu et le pouvoir des Français, qui font ici profession d'aimer les gens de bien, nous sont un grand appui pour faire nos fonctions avec assurance, ainsi la malice de quelques autres de notre nation a pensé nous mettre dans l'interdit de tous nos emplois, jusqu'au danger d'êtro bannis de la Turquie, ou pour le moins d*y être maltraités ; la même intelligence qui était entre nos Français ayant obligé, il y a quelques années, un de nos Pères de refuser l'absolution à un de ceux qui étaient des plus échauffés à la vengeance et des moins portés à la réconciliation, celui-ci n'a laissé, depuis ce refus, de mal parler de nous et de nos ministères. Sa colère a pourtant plus éclaté au sujet qui s'ensuit. M. de Pic-

(1) Le P. GUbert Rigault ( ibid. )

quet, Consul d'Alep, ayant préféré les services d*un autre à ceux de cette personne-là en la médecine, et celle-ci croyant que c*étaient les religieux d'Alep, — à qui M. le Consul témoigne beaucoup de bienveillance à cause de sa piété qui lui fait aimer tous ceux qui la professent, — qui étaient les auteurs de cette préférence, a vomi contre leur innocence tant d'impostures qu'elles seraient capables de les faire brûler, si elles étaient véritables, et firent dire à un Turc présent : tu devrais avoir honte de dire de ces religieux ce qu'un diable n'en saurait penser.

23. — Mais il porta bien sa passion plus avant, pour une autre bien légère occasion, et alla trouver le secrétaire du Bascha et lui déchargea tout ce qu'il avait sur le cœur contre les religieux Français, et surtout les noirs, disait-il, à dessein que quand le Bascha serait revenu de la guerre qu'il faisait aux Turcomans du désert, il lui fît le rapport et le portât à faire venir devant lui le Consul, faire lire les Capitulations, dans lesquelles ne pouvant faire voir que les religieux eussent le pouvoir de demeurer dans Alep, son maître eût sujet de les chasser et de faire une grosse avanie à la nation Française.

Nous avons pourtant appris de bonne part que ce secrétaire répondit à cet imposteur : tu es en colère ; que t'ont fait ces religieux ? Ils sont connus pour tels qu'ils n'ofifensent personne. Ne sont-ils pas par tout le monde ? Et après que notre ennemi fut parti de sa maison, il dit à un serviteur : que veut dire ce fol ? qu'on ne le laisse plus entrer ici.

24. — Les religieux d'Alep, avertis du danger, après le recours à Dieu, cherchèrent leur assurance en dépouillant leur chapelle tous les matins après la messe dite à bonne heure, et, ayant protesté ensemble devant M. le Consul contre leur accusateur, en cas d'avanie ou d'emprisonnement, de plus ils tirèrent une attestation de tous les Français, à la réserve de trois ou quatre, qu'on eut juste soupçon de croire être des adhérents de notre accusateur : ce qui fut exécuté en notre faveur avec plus de promptitude que. nous n'eussions pu espérer.

25. — Le Bascha est arrivé dans cette ville depuis plusieurs mois, et nous avons maintenant sujet de croire que le danger est passé, et de rendre un million de grâces à Dieu, qui nous a conservés dans des périls d'où nous ne fussions jamais sortis, si Lui, qui conserva un prophète dans la caverne des lions, n'eût encore con-

serve ses serviteurs dans la barbarie des Turcs, plus acharnés à la proie que les bêtes les plus farouches ; quand pourtant ceux qui nous voulaient exposer à leur rage eussent eu succès, la persécution pour la justice nous eut tenu lieu de récompense. Aussi n'avons-nous pas laissé, après ces bourrasques passées, de reprendre nos exercices, par l'assistance que nous donnons aux chrétiens du pays et aux étrangers.

26. — Et certes, si le secours n'est jamais mieux donné qu'à ceux qui en ont plus de nécessité, je ne sais s'il en est au monde qui en aient davantage de besoin que ceux de ce pays, où les enfants de l'Eglise reçoivent toute sorte de mauvais traitements. Il y en a ici qui ont reçu plus de mille coups de bâtons, sur les pieds, sur les épaules et sur le ventre ; il y en a d'autres qui ont été contraints de permettre que leurs enfants se fissent turcs, pour ne pouvoir payer les sommes qu'on leur demandait ; il y en a d'autres qui ont demeuré enfernckés dans leurs maisons des mois entiers, faisant cependant courir le bruit qu'ils étaient allés en Perse ; d'autres qui ont été dépouillés de tous leurs biens, quelque adresse qu'ils aient apportée à se défendre d'une injuste violence. Et n'est-ce pas une action bien agréable à Dieu que les consoler dans leurs détresses présentes et les encourager dans le danger de perdre la foi pour la crainte de l'avenir ?

27. — C'est un des emplois de ceux de notre Compagnie, en cette ville, de les secourir par quelque assistance, sans leur refuser même les remèdes temporels que leur pauvreté les rend incapables d'avoir. Un de nos Pères, qui a une parfaite connaissance de l'arabe, les est allé visiter dans leurs maisons, où souvent il a eiTectivement confirmé des personnes que la nécessité et l'oppression turquesque mettaient en danger de quitter Jésus-Christ avec toute leur famille ; d'autres fois, n'y allant que pour les consoler, a trouvé moyen de confesser des personnes que la crainte *de la mort n'avait pas même persuadées de se découvrir à leurs prêtres, et qui, après leur confession, bénissaient mille et mille fois Dieu d'avoir inspiré au Père de se rendre dans leurs maisons ; d'autres fois, prenant des maisons pour des autres, il entrait dans des lieux où il ne connaissait aucun, là où cependant Dieu le conduisait pour la réconciliation, pour divertir de mauvais desseins de quelques méchants chrétiens, qui ne s'accusent que trop souvent aux officiers de la justice des Turcs, pour convertir quelque hérétique mourant, et autres

fortunées rencontres, mais effet d'une l^Providence spéciale sur ces personnes.

28. — Il y a des chrétiens qui consultent des devina et sorciers, à qui ils sont si fortement attachés que ce n*est pas une chose facile de leur persuader de quitter cette sorte de pratique diabolique. Il s'en est trouvé qui ont dit qu'ils aimeraient mieux perdre leurs enfants que leurs amulettes, et qui, par un juste jugement de Dieu, ont perdu leurs enfants et leurs amulettes et leur santé. Le Père en a obligé plusieurs de recourir à Dieu, et espérer plus de sa bonté. Le changement le plus notable de tous est celui d'une femme qui avait à son col plus de cinquante amulettes, qu'elle brûla à la persuasion du Père, et la justice divine, qui récompense toutes les bonnes actions comme elle punit tous les crimes, lui rendit la santé que toute la' puissance des enchanteurs n'avait pu lui donner.

Les veilles des bonnes fêtes, on est allé dans les maisons pour administrer le sacrement de pénitence à bon nombre de personnes, et particulièrement les femmes, que les missionnaires ne confessent jamais dans les églises, de peur d'offenser les prêtres du pays, qui ne s'irritent que trop souvent qu'on les quitte pour des étrangers, dont ils devraient accuser leur insuffisance.

29. — Il est incroyable combien de profit on a fait à l'occasion d'un Père et d'un Frère qui entendaient la médecine et la pharmacie. Les pauvres chrétiens les ont appelés quasi tous les jours, et on ne leur donnait aucun remède pour guérir leurs corps, qu'après avoir guéri leurs âmes par la confession. L'expérience nous a fait connaître que Dieu donne ici une bénédiction toute particulière aux remèdes que les Nôtres présentent aux malades, pour avoir occasion de les tirer du vice et les mettre au train de la vertu.

30. — De trois congrégations que nous avons ici, il en est une qui est entièrement réservée aux gens du pays, qui y font toutes les mêmes fonctions que celles qu'on fait aux congrégations de France. Les chrétiens s'y assemblent tous les dimanches, à midi, et, après quelque prière, on leur fait une exhortation. Les Nôtres ont fait et procuré des^aumônes à beaucoup de chrétiens.

31. — Ce serait un crime délaisser [sous silence] la constance d'une pauvre chrétienne qui, étant sans mari et sans biens, mais avec nombre d'enfants, disait un jour à un de nos Pères : je suis

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affligée de tous côtés ; mes parents m'ont abandonnée ; le pain même me manque pour mes enfants; ceux qui me devraient secourir sont ceux qui me persécutent; on me promet que je changerai de fortune si je veux changer de foi. Mais quand, persistant fidèle, je saurai devoir mourir de faim avec ma famille, et en abandonnant Jésus-Christ, j'aurai assurance d'être princesse et tous mes enfants des rois, je ne quitterai jamais la religion de mes pères. On l'a pressée longtemps dé^ donner quelqu'un de ses enfants à des turcs de grande condition; mais elle n'y a jamais voulu consentir, appréhendant qu'on n'abusât de leur âge et de leur ignorance.

II y a eu des familles entières qui se sont faites turques pour avoir de quoi ne pas mourir de faim. La charité de M. de Picquet, consul de France en Alep, sera à jamais recommandabïe, puis-^ qu'elle empêche souvent de semblables malheurs. (1)

32. — Il y a en cette ville un grand nombre d'esclaves Français, Italiens et particulièrement Polonais, que la seule violence retient dans la profession du mahométisme. Quoiqu'il soit grandement dangereux de ieur parler de changement, et plus encore de leur fournir les moyens de se sauver, aussi ne laissons-nous pas de nous jeter dans ces hasards pour la gloire de notre Maître, qui nous donne Tassurance dans les périls. Et effectivement, on a procuré, cette année, à quelques-uns le moyen d'évader.

33. — Un jour, à la campagne, un jeune esclave Polonais étant rencontré d'un des Nôtres, lui donnant bien à connaître par son visage et sa douceur que sa naissance n'était ni commune ni de ces pays^ et bien plus, quand il salua le Père en ces termes : Sacerdos Christi, orapro me, A quoi le Père repartit: orabo ut perstes firmus infide usque ad mortem, et ajouta, après avoir appris que son conducteur ne savait pas le latin, en la même langue, que s'il voulait dire son nom et son pays, il écrirait à des personnes qui le feraient savoir à ses parents. A cela, le pauvre esclave répondit: habeopatrem nobilissimum sed crudelissimnm; puis le quitta disant: è pericolo per vostrà paternità di parlar più longamente^ et piqua son cheval, laissant le Père dans un regret mortel, qui lui dura plusieurs jours,

(1) Toaa les missionnaires sont unanimes à louer la charité et le zèle de ce digne consul. (Cf. nos Documents I, 95 et 450... Cf. aussi, La Syrie et la Terre Saïnte au XVllo siècle, par le P. J. Besson, et la Vie de Mcsstre François Pie^uet).

Tobligea de rôder par les rues où il se persuadait qu*il pourrait le rencontrer, pour lui faire ce qu'on fait tous les jours à d'autres de moindre mérite.

34 — C'est pourtant un grand obstacle pour la réduction des esclaves qui sont chez les grands que le bon traitement que leur font leurs maîtres, de peur de les perdre ; les habits les plus pompeux sont pour eux; ils sont plus caressés que les enfants de la maison; ils n'héritent que trop souvent des biens de leur patron, et c'est une chose fort commune qu'ils épousent les filles de leur maître. Que si à ces attraits on ajoute la liberté qu'ils ont de leurs vices, on jugera facilement de la peine à les ramener à l'Eglise, quand avec la liberté ils ont perdu la foi.

35. — Mais me voilà, comme sans y penser, venu aux chrétiens Européens, après ceux du pays. La ville d'Alep est placée en un passage si favorable que les caravanes de Constantinople, d'Egypte, de Perse, des Indes, de la Tartarie, s'y rendent en quantité, et y apportent des marchandises de tous les royaumes d'Orient: ce qui fait y aborder les Européens en nombre, pour l'avantage du négoce. Il y a, dès longtemps, des consuls de France, et nous donnons à toutes ces nations le secours, selon les occasions, ainsi que nous avons dit en la dernière relation, comme tous les religieux Français qui s'y trouvent.

36 — Ce qui est de particulier, cette année, est que nous avons tous fort travaillé à la réunion des Français avec leur consul, division qui est allée jusqu'à l'emprisonnement de quelques marchands. Ce fûmes nous qui fûmes médiateurs en cette intrigue de négoce, et qui allâmes demander et obtînmes la liberté de trois de ces messieurs, qui avaient été emprisonnés.

37. — Nos assemblées de congrégation n'ont pas reçu petit accroissement depuis la venue de M. de Picquet, consul Français, qui est un des plus assidus confrères, et qui, pour sa digne piété, a été préfet par les suffrages de tous, sans en excepter un seul. Quoique quelques Français libertins ne cessent de mal parler des fonctions et des coutumes de la congrégation, plusieurs n'ont pas laissé, essuyant toutes ces moqueries, d'être reçus avec toutes les formalités qu'on y garde en chrétienté ; et quand on les raille de ce qu'ils ont fait, ils répondent qu'ils ont fait ce qu'eux devraient faire, et qu'ils seraient bien aises à la mort d'avoir fait.

38. — Un des Nôtres, outre le soin qu'il a de cette congrégation, a prêché le même carême de cette année dans la chapelle du consul; et Thi/er suivant, il rendit un service à Dieu, qu'il espère lui avoir été d'autant plus agréable, qu'il a été accompagné de plus de péril. M. notre consul, qui cherche toutes les occasions de servir au salut des âmes, ayant appris que le chapelain d'Alexandrette était atteint d'un mal de cette plage-là, qui est une espèce de peste et plus incurable, et qu'il 'était incapable, en cet état, de secourir un nombre considérable de malades, ses paroissiens, et d'administrer les sacrements, aux fêtes de Noël, aux personnes saines de six vaisseaux Français qui étaient lors en ce port-là, pria le même Père de s'y transpprter pour rendre les assistances nécessaires à ce grand nombre sain et malade: ce qu'il fit d'autant plus volontiers qu'il sentait dans son cœur, depuis son séjour en Alep, de fortes inspirations de secourir, dans l'occasion, les malades d'Alexandrette, qui meurent souvent sans confession, faute de confesseurs, comme il est arrivé à quelques-uns, l'année dernière. Tous les Français le reçoivent avec démonstration de joie et de reconnaissance. Il y administra les sacrements à tout le monde; il leur prêcha la parole de Dieu; il y réconcilia le consul et quelques marchands : ce qui se fit avec d'autant plus de solennité que ces accords se firent dans un vaisseau choisi à ce dessein, où le capitaine n'épargna pas l'artillerie et la bonne chère. Dieu, qui ne veut pas être vaincu par ceux qui le servent et s'exposent pour les âmes, donna tant de consolation au Père que pour seconder ses faveurs et y correspondre par quelque reconnaissance, il fit vœu de condescendre toujours aux prières de ceux qui ont le gouvernement en main, lorsqu'ils lui demanderont d'aller secourir le prochain dans ce lieu, qu'on peut appeler le tombeau des Français, pourvu que les supérieurs ne lui en fassent expresse défense (1).

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