‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 28 sur 113 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

Des missions de 5* Jean de Tripoli et de S^ Paul de Damas,

52. — Puisque nous avons fait voir en France .les éloges des Pères qui sont décédés sur la fin de l'année 1653, l'un à Tripoli et l'autre à Damas, qui étaient seuls des prêtres de notre Compagnie, chacun en sa mission, je ne crois pas qu'on demande des fruits de l'arrière-saison, du moins aux lieux où il n'y a plus d'ouvriers (1).

53. — Après le décès du feu Père Jean Amieu, supérieur de Tripoli, notre Frère Pierre Bescherel se trouva employé à faire un autel de menuiserie à des religieuses dont nous avons déjà parlé (2), ouvrage qu'il a parachevé, au contentement de ces saintes filles, et avec l'admiration de tout le pays, tant pour sa beauté et sa gentil-

( 1 ) L*ôloge da P. Amieu, mort à Beyrouth, est au tome I des Documents^ p. 422. Nous donnerons plus loia celui du P. Quejrot. (2) Cf. Documents I, p. 422.

lesse, que pour ce qu'ils savent qu'un remerciement a payé l'ouvrier, et. ce qui est véritablement beaucoup à priser de sa part, l'édification très grande pour les mœurs de ceux qui ont conversé avec lui, tant religieux qui demeurent sur les lieux, que séculiers du pays.

54. — Un autre Frère lui a tenu compagnie, tant qu'il n'y a pas eu de Père en cette mission-là, c'est-à-dirè pendant le peu de séjour qu'y a fait le Père Adrien Greslon, dont nous avons parlé au chapitre premier, qui, à son retour du voyage à Hiérusalem, y demeura quelques mois, attendant son passage à la Chine, et y a laissé, comme partout où il a été, l'odeur d'un vrai jésuite. Il ne faut pas taire deux réconciliations signalées, qu'il a ménagées avec grande prudence, l'une du consul des Français, qui était lors à Tripoli, et do celui qui l'avait précédé en cette charge. Ils en étaient venus à de grandes extrémités ; car outre le dommage qu'en recevait la nation, le négoce en était troublé et là et à Seyde pour la correspondance. L'un fut fait prisonnier des turcs et bâtonné ; l'autre déposé par les mêmes ; et tous deux à de grands frais, qui allèrent dans la bourse du turc. Un grand de France, qui passa lors en cette ville-là, n'y put réussir, quoique seigneur d'esprit et d'assez bonne langue ; les religieux résidents n'y étaient pas ouïs ; et Dieu fit la grâce à ce Père, le jour de la Conception de la Vierge, de les voir s'embrasser en notre chapelle, par un accommodement qui a duré, et leur parla, dit-on, en cette conjoncture, en apôtre. Suivirent d'autres moindres pacifications des particuliers, en sorte que ce fut une paix générale.

55. — Il en avait fait une guère moins considérable, passant à Baruth, entre des marchands Français, qui s'appuyaient des grands du pays, de part et d'autre, en danger d'éclater. Le consul de Seyde y avait travaillé comme à une chose de sa dépendance, et des personnes de condition séculière et ecclésiastique ; mais Dieu en avait réservé la conclusion au même Père ; ce qui a fait qu'il a laissé, en ces lieux de passage, beaucoup de regret de ce qu'il ne s'y est pas arrêté, et de consolation du fruit qu'il a fait (1).

( 1 ) A quelquo temps de là, le P. Greslon partit pour la Chine. Ejus a nobls absceiêus pro Stnts^ dit le P. Poirresson dans la relation latine qu'il adresse à Rome, tam untversis fuU augmenlum dolorts^ quam prœsentia coruolattonis erat.

56. — Quant à Damas^ les exercices du feu Père Hiérôme Queyrot ont été continués par son successeur, le Père Adrien Parvilliers, qui se trouva à Damas comme par miracle, ainsi que nous avons remarqué en son éloge, lui a succédé en la connaissance des langues arabe et grecque, de sorte que d'abord il est entré ea estime, y est en crédit et fort consulté, et a adouci les regrets du décès de son prédécesseur, et plutôt accru que diminué le nombre de la jeunesse qu'on instruit en cette ville-là avec grand succès.

57. — Le vicaire général du patriarche grec absent, qui est uq archevêque nommé Gérasime, étant venu visiter notre maison, avec les plus honorables du clergé, en témoignage de la bienveillance qu'ils ont pour des religieux étrangers, qui enseignent gratuitement leur jeunesse le grec et l'arabe, et de plus la foi catholique romaine, — ce sont les termes qu'on m'écrit, — le Père pour faire honneur à ces prélats, et ensemble leur faire voir quelque essai du profit que ces enfants, la plupart grecs, faisaient, commanda à six petits écoliers des mieux instruits de la Doctrine du cardinal Bellarmin de s'en interroger l'un l'autre, et d'expliquer leurs réponses : ce qu'ils firent avec tant de satisfaction que le vicaire général du patriarche prenant la parole, après avoir loué le feu Père Hiérôme Queyrot, qui a donné commencement à ce petit séminaire, et avoir dit qu'ils le tenaient parmi eux comme un saint, il ajouta ; a II est vrai que l'ordre que tient Rome est admirable pour inspirer à toutes les nations la foi catholique romaine, vous envoyant, mes Pères, par tout le monde, enseigner la jeunesse, plus susceptible que des personnes âgées pour prendre de bons sentiments de la vraie foi. » Voilà un témoignage illustre, cc»mrae cet emploi, quoique bas devant les hommes, gagne leur estime et leur cœur.

58. — Le Père a introduit de lire le psautier arabe en littéral et non pas en vulgaire, comme il se pratiquait jusqu'ici ; en quoi il a eu beaucoup d'opposants dans la ville. Mais les plus sa-

li ajoate : Vir qui omnibus quibus in Syria notus fuli, tn amortbus ; vuUusfH" rante affabilitatem, jyrudentiam^ imo et plelatem . . .

Le P. André Greslon était né à Périgneux, le 27 avril 1618. Il entra prêtre au noyiciat de Toulouse le 1°' juin 1643, et partit en 1647 pour les missions du Canada. Revenu en France, (août 1650), il partit pour les missions de Chine où il arriva en 1657.11 mourut à Kan-tohou-Fou, (marBl697).

yants Vont soutenu publiquement à Téglise, disant tout haut à ceux qui en murmuraient que nous avions raison, et qu*il n*y avait que des ignorants qui nous y pussent ni dussent contraindre.

59. — Le Père Parvilliers vint d*Alep à Damas, où nous avons dit le grand bien qu'il y a fait, parlant du secours donné à ceux du pays, et pour encourager ceux que Notre-Seigneur toucherait de venir donner du secours à une mission déserte d'ouvriers en chacune maison, en ayant déjà quitté une, savoir Tripoli, et étant sur le point de quitter celle-ci même de Damas.

60. — J'ajouterai aux signes du changement prochain de religion, que j'ai dit être arrivés en Syrie l'an passé, ceux qui sont encore arrivés en Damas même, capitale de cette partie de l'empire turc. Le premier est d'un grand déluge d'eaux descendues des montagnes du Liban autour de cette grande ville, et qui ont monté jusqu'à une pierre noire, de temps immémorial remarquée pour fatale au mahométisme, lorsque les eaux arrivaient jusque-là : ce qui, en effet, a donné tant de terreur au peuple qu'un des principaux maronites, notre ami, vint trouver les Nôtres à la maison, et leur dire qu'à la ville on disait hautement que si les Vénitiens venaient là-dessus à avoir succès, on ferait aussitôt main basse sur tous les Francs qui sont à Damas.

61. — L'autre est un feu qui, le même hiver, a embrasé un grand quartier de la même cité, proche la grande mosquée, jadis cathédrale de Damas, et ce, dit-on, par un coup de tonnerre, en pleine nuit, dont les boutiques des plus riches marchands, attachées à un côté de cette mosquée, ayant été brûlées, elles ont laissé à découvert une porte de cette grande basilique, sur le frontispice de laquelle on lit ces mots grecs : ^ ^aGikèioc oroy, Xpiarl , (îadtXsCa Tcàv- Twv Twv aJwvcov, xal ■?) BedTcoTsCa gqu èv %A(rf\ ysvsa. Regnum tuum, Christe, regnum omninm sœculoriim, eu cet. qui est un verset du psaume 144. L'eau et le feu sont les avant-coureurs de la colère de Dieu, qui se terminera à rendre à Notre-Seigneur ce qui n'est sorti de son domaine que par une injuste usurpation.

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