ET L'EGLISE GRECQUE CATHOLIQUE
1724-1760(1) (suite)
L'ANdREZEL, Ambassadeur de France a Constantinople,
AU Ministre a Paris.
Constantinople, 23 juillet 1725,
(Ministire des Aflfalrds Etrangôiva à Paris, Correspondance diplomatique, Turquie, Tome 70, f. 236.)
Sommaire : I Les commandements de 1684, 1689 et 1693, en faveur des Jésuites. — 2. Zèle trop ardent des missionnaires. Les Arméniens a:cusent les missionnaires. — 3. Persécutions de 1701 et 1708, excitées par les Arméniens. — 4. Le patriarche grec de Jérusalem fait exiler, en 1723, deux grecs catholiques de Damas. — 5. L'ambassadeur de Bonnac, ne put pas obtenir leur retour ; menace du grand Vizir. — 6. Les Jésuites s'habillent comme les prêtres Arméniens et Syriens. En note, remarques sur Tavanie de 1709.
1. — Des trois commandements représentés par les Pères Jésuites missionnaires en Syrie, l'un a été donqé du temps du Sultan Mehemed, à la réquisition de M. Guilleragues, en Tannée 1096 de
(1) Cf. Documents inédits T. I, p. 545-596
THégire, revenant à Tannée chrétienne 1684 ; le second a été donné du temps du Sultan Soleïman, à \sl réquisition de M. de Ghâteauneuf, en Tannée 1 101 de THégire, revenant à 1689(1); et le troisième a été renouvelé par Sultan Ahmed, à la réquisition de mon dit sieur Chàteauneuff en Tannée 1104 de THégire revenant à 1693.
Gomme ils sont les uns comme les autres, et qu'il n*y a que la date de changée, il suffira de joindre à ce mémoire la traduction du dernier, depuis lequel il y a eu doux empereurs ottomans qui se sont succédé, et trois ambassadeurs entre M. de Chàteauneuf et M. d'Ândrezel, du temps desquels il n'a pas été possible de faire renouveler pareil commandement en faveur des dits missionnaires Jésuites.
2. — Tous les drogmans et les catholiques les plus sensés, qui ne se laissent pas entraîner à un zèle outré, comme la plupart des missionnaires, prétendent que ces mêmes commandements ont été causes des persécutions qui se sont élevées contre les catholiques depuis 30 ans, et cela parce que ceux entre les mains desquels ils ont été remis, ne s'en sont point servi avec le ménagement et la discrétion quMls devaient ; le zèle trop ardent, mal réglé, et à contre-temps fit ouvrir les yeux d'abord -aux Arméniens, qui accompagnèrent de quantité d'argent et de présents les représentations réitérées qu'ils firent aux ministres de la Porte, parceque les religieux Francs, sous prétexte d'exercer la médecine, se travestissaient et allaient dans les maisons des rayas pour les pervertir, (ce sont leurs termes), en les obligeant de changer de vie et en les faisant catholiques ; qu'ils leur défendaient de fréquenter les églises arméniennes et les tirer par là de la juridiction de leur patriarche, qui n'était plus maître d'eux, et ne pouvait plus recouvrer les droits qu'ils étaient obligés de lui payer (2) ; qu'enfin les rayas devenant catholiques ou papistes, ils se tiraient de la dépendance de leur légitime prince pour en reconnaître un autre (3).
(1) Cf. le texte de ce firman dans les Doc. T. I, p* 122.
(2) Les nouveaux convertis continuaient à pajer les droits queleschefe des églises leur réclamaient.
(3) Confusion évidente et voulue par les hérétiques, pour exciter les susoeptibilités des autorités contre les catholiques ; on i«etrouve oette calomnie au fond de toutes les avanïei d^autrefois.
3. — La grande persécution des catholiques et des missionnaires commença en l'année 1701. Àvedik, patriarche des Ârmé- ' niens, fit de si vives représentations à la Porte, que peu s'en fallut que les missionnaires ne fussent chassés des états du Grand Seigneur, qui donna un Katcherif fulminant contre les Arméniens catholiques, avec ordre de le faire publier par toute la Turquie.
Dans le premier feu, plusieurs missionnaires furent obligés de se cacher ; la crainte a diminué dans la suite, mais elle n'a jamais cessé, et il n'a pas été possible d'en obtenir la révocation (1).
En l'année 1708, le Grand Seigneur, aujourd'hui régnant, à la réquisition des dits Arméniens, envoya à Âlep un nouveau commandement très rigoureux contre les missionnaires, portant ordre de les chasser de la ville, et nommément ceux qui se travestissaient et qui allaient dans les maisons des rayas. Abdi Pacha, qui était pour lors gouverneur d'Alep, fit appeler le député qui faisait les fonctions de Consul, et lui en fit faire lecture; apràs quoi il lui dit qu'il fallait que tous les missionuaires sortissent de la ville, parce qu'ils pervertissaient les rayas ; et sur ce qu'on lui représenta que la nation ne pouvait pas se passer de religieux, il répondit qu'il permettait que deux ou trois au plus restassent dans la ville, pour le service des Français ; que cela suffisait ; que les nations Anglaise et Hollandaise, qui étaient aussi nombreuses que la Française, n'avaient chacune qu'uu prêtre, et que cette dernière n'en avait pas besoin de quarante, comme il y en avait à Alep. Après bien des allées et venues, et quelques présents, le Pacha se relâcha sur le contenu du commandement, et dit au député, dans une audience qu'il lui dotina, que le premier qu'on trouverait dans la maison d'un raya, il le ferait pendre sur-le-champ en place publique, et qu'en suite il le lui enverra dire.
Depuis que ces commandements ont été donnés en faveur des missionnaires, il y a eu deux Grands Seigneurs, Sultan Mustapha et Sultan Ahmed, aujourd'hui régnant, et il n'a pas été possible de les faire renouveler ; Les turcs sont trop prévenus contre les religieux Français, et on ne discontinue point de les maintenir dans cette prévention.
(1) Cf. Doe. T. I, p. 126, le martyre de der Gourmidaa (7 novem" bre 1707).
4. — La preuve de cela c'est qu'il y a environ 16 ou 18 mois que le patriarche grec de Jérusal^o fit exiler de Damas deux grecs catholiques, qui étaient au service des Pères de Terre-Sainte qui sont à Damas, et l'un était leur procureur (1), et Tautre leur drogman, et cela sous prétexte qu'ils tâchaient de faire aussi catholiques les autres grecs ; les religieux de Damas donnèrent avis de cela au Père Commissaire d'aujourd'hui, et lui marquèrent de ne rien négliger pour obtenir un commandement contraire à celui du patriarche des grecs, et que ces gens-là pussent revenir de leur exil et les servir comme auparavant.
5. — M. le marquis de Bonnàc sentit la chose très difficile, et ce fut avec beaucoup de peine qu'il se détermina à faire présenter une requête au grand Vizir, et encore ne le fit-il qu'aux fortes sollicitations du Père Commissaire. Il chargea le sieur Fonton de la dresser, par laquelle il remontrait au grand Vizir que les deux personnes en question étaient depuis longtemps au service des reli-
( 1 ) Je trouve sur ce procureur les détails suivants dans une lettre adresée le 1*' mai 1724 par le Pore François-Ludov, de Bussy s. j., supérieur de la mission de Damas, au discrétoire de Jérusalem {Arch. Soc. Jesu) :
« Nuper venit ad me Osta Mansour, Terrae Sanctse Damasci œconomus, rogans ut de sua vita et moribus testimonium dicerem. Ego quidem ipsius petitioni bénigne aunuens, intuitu persecutionis quam il le tam gloriose cum bonœ mémorise Ëpiscopo Sidoniensi sustinuit, littei'as ipsi quam potui honorificas dedi, sigillo domus nostrie munitas. Sed cum postea audierim quosdam his meis litteris abuti velle« quasi approbassem quidquid egit Osta Mansour, prœsidente R. P. Thoma di Campaja, sioque indirecte laudasaem dicti Patris agendi rationem, necesae habui per hano epistolam PP. VV. declarare nuliatenus me intendisse testimonium ferre de lis quae, me absentOi ante duos annos facta sunt ; quo tempore, si quid a dioto Osta Mansour, jussu memorati Patris actum est prseter ordinem et modum, hoc abuude ab ipso reparatum, et glorioso pro fide exilio expîatum fuisse, nihilque impedire quominus ille vorus Chi'isti confesser haberi posait ....
Has turbas, divina aspirante gratia, ipsius [Patris Thomœ] successor, R. P. Joseph a Galilœa maxima cum prudentia conpoauit, et unionem et concordiam cum missionariis fovet mirum in modum. Jam in meliorem statum assurgere videtur nostra missio ....
Cette pièce porte les signatures suivantes : Fr. Ambrosius Rhbdonensis miss. Cap. sup. indig. — F. Barthol. a Monteforti, Cap. — CLAUDros Gk- RIN s. j. — Pbtrus Fr. Petitqurux s. j. — Gabriel Chabbrt s. j.
gieux de Terre-Sainte, qu'il était absolument nécessaire qu'ils eussent des gens du pays sachant la langue franque, pour faire leurs affaires ; que le patriarche grec, animé contre le Francs, les avait fait exiler sans fondement ; que, si cela avait lieu, tous les gens du pays qui étaient au service des Francs, les quitteraient pour éviter la persécution du patriarche ; et plusieurs autres choses semblables. La requête fut communiquée au Aéis Efendi qui, après ravoir lue, dit au dit sieur Fonton, d'un ton fier, qu'il ne pouvait point se mêler de ces sortes d'affaires ; le dit sieur Fonton lui demanda s'il pouvait la présenter au Divan ; le Réis Efendi lui dit qu'il n'avait qu'à le faire.
Le lendemain, le dit sieur Fonton fut au Divan avec le sieur Barestreli, procureur de Terre-Sainte. Le Vizir, après avoir lu la requête, s'emporta et la jeta au nez du dit drogman, en lui disant que les religieux ne cherchaient qu'à pervertir les rayas ; que, si les Pères de Terre-Sainte avaient besoin de gens, ils n'avaient qu'à se servir de ceux de leur maison, et non pas chercher occasion de vouloir faire Francs tous les rayas ; il ajouta que ces religieux n'avaient qu'à demander aussi des turcs pour les servir, afin de les faire ensuite chrétiens ; et, en renvoyant le dit sieur Fonton, il jura par le nom de Dieu que, si les religieux ne se tenaient point dans les termes du devoir, il les chasserait tous.
Il résulte de tout ce mémoire que si les missionnaires s'aheurtaieut présentement à demander le renouvellement de l'ancien commandement dont copie sera ci-jointe, ils courraient grand risque de se faire tous expulser, les turcs n'y étant dcyà que trop portés et ne demandant qu'un prétexte.
d'Andrezel
6. — Nota que les religieux qui se travestissent sont les Jésuites à Alep et dans toute la Syrie et la Palestine ; ils s'habillent comme les prêtres Arméniens et Syriens, et. portent le turban comme eux, pour avoir un libre accès dans les maisons, et le commandement n'était que contre les dits Jésuites. Ils avaient voulu faire entrer dans la dépense les autres missionnaires d'Alep, qui refusèrent de le faire, disant que ce n'étaient point eux qui avaient
donné occasion au commandement. Les Jésuites voulurent faire supporter par la Nation d'Alep trois ou quatre cents piastres qu'ils donnèrent au Pacha ; elle refusa de les payer ; Taffaire fut renvoyée par devant M. de Ferriol, qui partagea le différend par la moitié (1)
d*Andbrzel
( 1 ) Il n^entre pas dans notre plan de donner notre avis sur les jugements des auteurs de nos documents. Les textes s'expliquent les uns par les autres. Ainsi les Jésuites ne se travestissaient pas en portant le costume des prêtres du pays. G*est la règle de leur Ordre ; ils l'avaient observée longtemps avant les incidents dont parle TAmbassadeur.
Inutile de faire remarquer les points de vue différents où se plaçaient les ambassadeurs et les consuls d*un côté, et de Tautre les missionnaires. Les premiers ne voulaient pas d'affaires ; les derniers avaient comme objectif la conservation des catholiques, et le retour des dissidents à Tunité de la foi. Jamais ils n'ont entrepris de les soustraire à Tautorité du pajs, ni oondamnô leurs rits légitimes.
Sur Tavanie de 1709 (et non 1708) voici quelques détails pris dans les archives du Ministère des Affaires Etrangères, (Affaires relig. et missions du Levant : carton 4) et qui rectifient les assertions de M. d'Andrezel.
Le 29 avril 1718, le Père Fleuriau s. j., procureur des Missions du Levant à Paris, écrit au Ministre. Après avoir rappelé le prétexte de Tavanie, riQ«* nocence des missionnaires et leur extrême pauvreté, il ajoute :
(( Il n'y a à Alep que deux missionnaires Jésuites ; ils ont cinquante écus chacun pour toute leur subsistance» vivant du reste d^aumône. La lettra de notre Père Général vous a fait connaître leur misère.
« Les missions du Levant doivent d*ailleurB ici plus de deux cent mille francs . . .
(c J*ai entre les mains plusieurs ordonnances de 600 I. pour les patriarches des Maronites et des Syriens, dont les sièges sont vacants depuis quelques années ... Si vous avez pour agréable de demander au Roi Tapplioation des ordonnances qui me restent pour le payement de Tavanie, ce sera ua expédient. »
Extraits du Mémoire joint à la lettre : « Article 6 de VOrdonnance du Roi : S^il est justifié de Vtnnocence des particuliers et qae le prétexte de Vavame est injuste, elle sera réputée avanie faite à la Nation, et comme telle, supportée par elle :
Or I, Vtnnocence des missionnaires est prouvée : 1) par le procès verbal de M. Le Maire, consul à Alep ... — 2) par l*avis de M. Arnoul, intendant du commerce de Marseille, du 12 novembre 1710 .. .
II, L'injustice du prétexte est prouvée : 1) par le même procès verbal. — 2)
M. LE Comte de Maurepas. Ministre et secrétaire d*Etât,
 PÈLBRÂN, CONSUL A AlBP
le 28 octobre 1725 {Ministère de la Marine 5', 122^/, ^^8)
Sommairo : Mesures sanitaires ; conduite à tenir avec les missionnaires ; renseignements à adresser au ministre.
Les réflexions que vous faites sur Tordre qui vous a été donné, de même qu*à tous les autres consuls des échelles du Levant et de Barbarie, de défendre aux marchands de la Nation de mettre dans leurs paquets de lettres pour France des échantillons de
par une lettre adressée d^Alep, le S novembre 1709, par M. Le Maire, à M. l'Ambassadeur, dont voici le texte :
« Depuis ma lettre écrite, il est arrivé un cas des plus tristes au R. P. Pagnon, sapé rieur des Jésaites. — (Suit le récit de Tavanie) — La sédition populaire nous a été suscitée par le moufty et ses deux frères, depuis le mauvais ti*aitement qne Ëmer Efendi, Tun des trois frères, fit à notre nation, il y a quelques années, en donnant plusieurs coups de bâton à sept ou huit de nos marchands, sans aucun sujet. Il a toujours cherché le moyen de se venger des plaintes qu'on avait faites contre lui à la Porte. Ils ont attendu de trouver un prétexte sur la petite maison que j^avais achetée pour loger ces Révéï'ends Pères. Abdulrhman Chebly, muteully du camp, enragé de ce qu'ils en sortaient, a fait tout ce qu'il a pu sourdement auprès des cherïfs et du cadi . . • J*ai su de bonne part que la nuit du 29 au 30 du passé, les eherifs avaient assemblé, à la grande Mosquée, la plus grande partie des grands du pays, pour les engager à soulever le peuple, sur le fondement que de cette maison ou voulait faire une église, à quoi on n*a jamais songé. . »
3) par Pattestation suivante :
« Nous, soussignés, nous attestons que l'an 1709, sur la fin d*octobre, lorsque le cadi fit prendre le R. P. Pagnon, supérieur des Jésuites, dans une maison nouvelle, que M. le Consul avait achetée pour les dits Pères, il n'y avait point dans la dite maison ni église, ni chapelle» et que les turcs accusèrent faussement les dits Pères d*avoir fabriqué une église ou chàppelle.
Alep, le 10 septembre 1709. F. Georges de Ybndosmb, Capucin custode ; F. Ferdinand de S^* Lidwine, vicaire des Carmes ; F. Jo^ph de Reuillt, Capucin ; F. François d'Aubterre, Capucin ; F. Juste de S. Marcel, Carme.
draps, de mousselines ou autres^ susceptibles de contagion, m'obligent de mander aux intendants de la Santé de Toulon et de Marseille, que comme quelques-uns de ces marchands pourraient, nonobstant les défenses, continuer d'envoyer de pareils paquets à l'insu dos consuls, ils doivent, à l'arrivée des bâtiments, faire faire l'ouverture de ceux des dits paquets, dans lesquels on soupçonnerait qu'il y eut autre chose que des lettres, et dans le cas qu'il s'y trouvât des échantillons, de m'envoyer les dites lettres, pour prendre les ordres du Roi sur le châtiment de celui qui les aura écrites,
Tout ce que vous me mandez sur ce que je vous ai informé des représentations faites par les religieux de Terre-Sainte, suffit. Vous tiendrez seulement la main à ce que les nationaux ne manquent pas aux égards qu'ils leurs doivent, suivant la justice et les usages observés. Quant aux différends qu'ils peuvent avoir avec les autres missionnaires étrangers, dans l'exercice de leur fonctions, vous ne vous en mêlerez qu'autant que votre caractère pourra vous le permettre, pour les accorder, s'il est possible, et vous laisserez à la Congrégation de Propaganda Fide à en décider.
Par l'extrait de la lettre du Carme de Bassora, il semblerait qu'en effet le sieur de Gardane n'aurait point péri à Ispahan, comme on l'a présumé ; je le souhaite aussi ; mais il serait un peu extraordinaire que, depuis près de quatre ans, il n'eut trouvé aucune occasion d'écrire son sort, et cette lettre n'en disant rien de positif, on en peut douter.
Vous devez continuer de m'informer non seulement de tout ce que vous apprendrez des révolutions et des événements de la Perse, des pays voisins et de ceux où vous êtes, et de tout ce qui pourrait d'ailleurs avoir quelque rapport à l'histoire, à la religion, aux coutumes singulières et aux mœurs des peuples, aux nouvelles découvertes en physique, en antiquités, de même sur les météores et phénomènes extraordinaires qui peuvent paraître dans le ciel et sur la terre, ainsi des monstres, poissons, oiseaux et autres animaux rares, et en faire des mémoires particuliers pour les joindre à vos lettres. Je vous demande ces choses parce que vous êtes capable de les recueillir, et que je pourrai en faire usage.
Le Ministre a l* Ambassadeur
le 14 novembre 1725 (^Ministère de la Marine, B", iipf. )sf)
Sommaire : Il approuve Taccord entre Sylvestre et l'Ambassadeur ; on verra dans la suite si le patiiarche est sincère.
Le sieur Le Maire, consul à Seyde, me marque que le commandement que vous lui avez envoyé sur l'affaire du capitaine Bonnafoux, qui a été maltraité par les commandants des caravelles du Grand Seigneur^ a produit tout le boa effet qu'on en pouvait attendre.
J'ai vu les pièces jointes à la dernière de vos lettres et le mémoire des points sur lesquels vous avez conféré avec le patriarche Sylvestre, nommé au lieu du patriarche Séraphim, et qui ont donné lieu à la persécution des missionnaires latins de Damas. Sur le compte que j'en ai rendu, le Roi a fort approuvé que vous vous soyez conciliés sur tous ces points pour rétablir la tranquillité des églises de la Palestine de l'un et de l'autre rit, en convenant des ordres que vous et lui devez donner pour la conduite que les uns et les autres devaient tenir réciproquement, pour éviter à l'avenir tout sujet d'inquiétude, sur l'exercice du ministère de chacun, en les renfermant dans les règles qui leur sont prescrites. Je ne doute pas que vous n'en ayez informé le sieur Le Maire et les supérieurs des missions, en prescrivant à ces derniers de se conformer à vos avis, et au dit sieur Le Maire d'y tenir la main. Vous verrez dans la suite si le patriarche Sylvestre a été de bonne foi dans ce qu'il vous a marqué de ses dispositions pour assurer la paix dans la religion et les églises du Levant, et prendrez les mesures que vous estimerez convenir, en cas qu'il eût voulu vous dissimuler ses véritables intentions.
Le Ministre a Pelbran, Consul â Alep
le 14 novembre 1725
(^Ministère de la Marine, 5% ii^ f. )J4)
Sommaire : Protéger la religion sans' exposer la Nation à des avanies. Suivre les ordres de PAmbassadeur au sujet de l'accord convenu avec Sylvestre.
J'ai reçu vos lettres du 2 juillet et 23 août dernier, et avec la première, la relation qui vous a été faite par le custode des Capucins de Seyde de la persécution qu'ont soufferte les religieux de Damas, à l'occasion du patriarche Séraphim, qui a été obligé d'abandonner son siège au patriarche Sylvestre, nommé à sa place. Il est bon que vous continuiez à protéger la religion autant que votre caractère pourra vous le permettre. Mais il convient, en même temps, que vous évitiez d'entrer dans les cabales de partis, qui puissent donner la moindre occasion aux turcs de se prendre à vous ou à la Nation des désordres qui pourraient en arriver. M. d*Ândrezel vous aura sans doute informé qu'ayant eu une conférence avec le patriarche Sylvestre, ils étaient convenus ensemble de la conduite que les religieux de l'un et l'autre rit devaient tenir pour le rétablissement de la tranquillité de leurs fonctions. Vous n'aurez pas manqué de leur en faire part, s'il ne l'avait pas fait directement aux supérieurs des missionnaires latins de yotre département.
Je suis bien aise de l'audience favorable que le Pacha de Seyde vous a donnée à l'occasion de se confirmation. Vous tâcherez de maintenir ses bonnes dispositions pour la Nation.
L'AMBASSADEUR AU MiNISTRR
Constantinople, le 15 novembre 1725 (^Aff, Etr. Corresp, dtploniat, Turquie T. 70, /. 21S)
sommaire : Après 5 mois de démarches, il a enfin reçu une lettre du drogman du Réis Efendi, lui faisant savoir que les missionnaires n'étaient pas compris dans le commandement. Mécontentement de l'Ambassadeur ; jl ajoute :
Il est certain que les patriarches grecs ont, à force d'argent, mis de leur parti tous les ministres de la Porte, et les ont extrêmement indisposés contre nos missionnaires de Damas, qui en auraient été chassés, si je me fusse opiniâtre. Leur réplique était toute prête ; le Réis Efendi Ta répété au drogman : Damas n'est pas un ancien établissement ; il n y a pas de nation ; il n'est pas nécessaire d'y souffrir des religieux.
Les turcs entendent par ancien établissement les lieux où les Francs avaient des églises avant que les turcs ne s'en fussent rendus les maîtres, comme Gala ta, Smyrne, Seyde, Alexandrie, dont il est fait expressément mention dans les Capitulations, et que tous les autres, ce n'est que par tolérance qu'on y souffre des religieux Francs, autant qu'ils s'y tiennent dans les bornes delà modération. Ils avaient déjà été une fois chassés de Damas, il y a environ trente ans.
Lb p. CLA.UDE GeRIN S. J. AU P. GÉNÉRAL S. J.
Damas, le 20 décembre 1725
(^Arch. Soc. Jesu)
Somxnalre : i. Persécution exercée par les grecs contre les missionnaires et les catholiques ; si jusqu'ici le sang de ces derniers n'a pas été versé, nous le devons à la bonté divine qui a rendu les cœurs des musulmans moins durs que ceux des hérétiques. — 2. Ferveur des catholiques et et patience dans les épreuves. — 3. La haine des hérétiques s'est surtout portée contre les missionnaires Jésuites, coupables d'avoir instruit les enfants, prêché et confessé ; ils n'épargnent rien pour les chasser de Damas ; ils les ont obligés à faire beaucoup de dépenses et les ont fait jeter' en prison. — 4. Un ouvrier qui travaillait à réparer leur maison tombe et se tue ; les hérétiques leur suscitent une avanie à cette occasion, et le procureur de leur maison est en prison. — 5. La fureur des grecs ne s'apaise pas et les Jésuites ne passent pas un jour tranquille. — 6. Gros embarras financiers où ils se trouvent. — 7. Sur Tordre de TAmbassadeur, ils ont cessé la mission, depuis cinq mois, ne fréquentent plus les grecs, ont renvoyé de l'école les enfants grecs, et pourtant la fureur des hérétiques est tous les jours plus violente. — 8. Demande de prières et de secours pécuniaires ; comment peuvent-ils payer mille écus pris à intérêt quand la
mission de Damas ne reçoit de France, tous les ans, que deux cents écus pour subsister (i)
1. — Ab octo circiter mensibus très litteras ad V**" scripsi Paternitatera, exposuique accurate ac diligeuter, quantum lu me fuit, quidquid in hac civitate gestum est tum contra nos, tum contra catholicos. Haec fuit ista persecutio qualis non fuit antea ; adeo ssevierunt haeretici ad versus catholicam fldem sectantes ! Carceres, vincula, jactura bonorum atque etiam verbera repetita non defuerunt ; et si caedes quorumdam noa subsecuta est, non ipsorum est saevienti voluntati tribuendum, sed potius divinae Clémentine ac bonitati, quae corda gentium reddidit placatiora mitioraque.
2. — In hac taata hujusce persecutionis procella, istud nobis est mirae consolationis, atque etiam laetitiae, nimirum fervor catholicorum patientiaque in istis perferendis calamitatibus.
3. — Sed haereticorum furor adversus nos impriinis exardescit, nec quiescit unquam, utpote palam dictitantes nos imprimis, tum in ediscendis pueris, tum in concionibus faciendis, et in audiendis confessionibus, multum ipsis afferre detrimeuti ; atque idcirco omnes sues conatus adhibuerunt ut expellerent nos ex ista civitate. Hucusque frustra laboraverunt ; sed ad minimum istud consecuti sunt quod suis iniquis falsisque criminationibus, jacturam pecuniarum non parvam fecimus ; et quidem, ut scripsimus ad P™ V™, in carcorem fuiinus detrusi, ex quo nonnisi pecuniarum ope evasi-
# mus.
4. — Deinde ex urgenti necessitate ab intègre reflciendi et reœdificandi aedes nostras ex parte labentes et ex parte collapsas, cecidit ex tecto muralis structurae opifex, qui post quintum diem efflavit spiritum. Hanc subito scliisaiatici arripuerunt oocasionem nobis inferendi domnum ingens, atque idcirco ad gubernatorera pecunias inhiantem advolarunt, rem totam exposuerunt, multa
(1) Cette lettre intime, adressée par le supérieur des miasiounairea Jésuites de Damas, au Supérieur général de l'Ordre à Rome, met les choses au point, et réfute les accusations de l'Ambassadeur à leur endroit. On n'y voit pas que les missionnaires agissent avec autant d'imprudence et de zèle outré que l'Ambassadeur veut bien le croire et le dire.
insuper commentitia faedaque crimina nobis intentantes ut nostram inurerent famam et gubernatoris iracundiam in nos provocarent ; quapropter in carcerem detrusus est qui tune vicem procuratorîs nostri gerebat, neque eum liberare ex carcere potuimus, ueque sedes nostras servare incolumes nisi dando plus qoam septingentorum nummorum summam.
5. — Necdura quiescit furor schismaticorum ; verum pluries totis conati sunt viribus ut nostras destruerent aedes radicitus ita ut toto illius temporis cursu, ne quidera unus dies illuxit nobis serenus : sed semper undique pavor et metus, undique procell» et jactura pecuniarum ; atque hodie quid eventurum sit plane ignoramus.
6. — Ex dictis videre est quod passi fuiraus jacturam raille nummorum in retundendis hcereticorura conatibus ; prseterea in construendo aediflcio mutuo accepiraus mille nummos ;' atque idcirco haec domus ses alienum contraxit duo millia nummorum. Hsec habui exponenenda P^ V^ ut pro sua prudentia tum domui nostraB ad extremas redact8e angustias, tum reî missionis undique periclitantis provideat.
7. — Et quidem non cessavit persecutio ; et quamquam jussu legati regii, missionem a quinque abhinc circiter mensibus, propter periculum imminens interrupimus^ nullo pacte audentes grsecos apud nos admittere nec ipsorum acdes adiré ; atque etiam graecorum adolescentulos e schola nostra inviti expellerê coacti sumus ; at nondum cessavit baereticorum furibunda ssevities ; sed in dies magis âc magis exardescit, minasque evertendarum aedium nostrarura quotidie intentant.
8. — Quapropter nos omnes atque etiam cliristiani catholici enixe a P^^ V^ petiraus ut, si quid supersit remedii, quamprirauui afierat. Sed precibus, in istis angust.is ad quas redacta est doraus nostra Damascena, postulamus a P^® V^ ut nos adjuvet et scribat ad R. P. Fleuriau ut cito resarciat pecuniarum jacturam quam fecimus, absque nostra culpa, in conservanda ista missione ; neque ènim possible est nos solvere mille nummorum summam cum ducentis nummis quos ipse ad nos quotannis mittit, victitandi causa ; et qui nobis bas pecunias partira mutuo dederunt, non possunt multum expectare temporis ; alias vero fœnore accepiraus ; fœnus vero in istis regionibus grave est, quod sine ingenti detri-
mento non valemus sustinere. Sed praesertim Pis y» sanctissimis precibus indigemus, quibus possimus has tantas procellas paupertatemque nostram ferre patienter, ad majorem Dei gloriam nostraeque incrmentum perfectionis.
Commendo me enixe SS. SS etc.
Claudius Gerin s. J.
l'ambassadeur au ministre.
CoQstantinople, le 29 janvier 1726
( Aff, Etr, Corresp. dipL Turquie, T, 73,f. ij8 ).
Somm&ire : Renseignements relatifs au Commandemeui expédié contre les missionnaires.
J'ajouterai seulement une réflexion sur les commandements expédiés ; c'est qu'il vaut encore mieux qu'ils aient été envoyés partout, que s'il n'y en avait eu seulement que pour Damas, attendu qu'on aurait pu m'alléguer l'ancienne raison de dire que ce ne serait point agir contre les Capitulations, n'y ayant à Damas nî nation, ni consul ; au lieu que je suis en droit de me récrier sur l'atteinte que leur exécution, si elle avait lieu à Smyrne, Scio, Seyde, où nous avons consul et nation, porteraH aux dites Capitulations ; et c'est pourquoi je n'ai eu garde de parler nommément pour les religieux de Damas, quoique je sois persuadé que tout ce vacarme n'a qu'eux pour objet. (1).
( 1 ) Nous ajoutons les notes que nous avons résumées d*api*è8 les dépêches conservées au Ministère, au sujet du cooimandement en question. Il portait la date du milieu de la lune de Rabih I de Tan 1138 H. (fin novembre 1725) et accusait les missionnaires de pervertir les sujets du Grand Seigneur, en lea faisant Francs et sujets du Pape (corresp. dipl. T. 71, f 25 et T. 73, f. 123). Le grand vizir avait voulu en faire un Katchérif ( corresp. dipl. T. 73. f. 151 ).
Dans une dépêche du 31 janvier 1726 ( ibid. T. 73, f. 107 ) rAmbas» sadeur rapporte au Ministre que tous ses efforts pour obtenir un commandement en faveur des mi.^sionnalres dans les termos des Capitulations avaient échoué ; tout cependant semblait rentrer dans le calme, quand un incident vint exciter les animosités turques :
« L'archevêque catholique de Sophie fut accusé par les gi*6ca « de vouloir
Pbleran, Consul a Alep, au Ministre
Alep, le 26 mars 172Ô ( Aff, Eir. Corresp. Consul. : Alep et Alexandrette ).
Sommaire : Emotion à Alep parmi les catholiques à l'arrivée des commandements qui les concernent.
J'apprends qu'un capigi de la Porte est arrivé ce matin à Alep avec un ûommandemeut (1) qui enjoint au Pacha et au Cadi de cette ville de faire d'exactes perquisitions de ceux des sujets du Grand Seigneur qui auraient embrassé la religion des Francs, de faire exiler ceux qui en seront convaincus et de confisquer tous leurs biens au profit de Sa Hautesse...
Le Pacha là-dessus a mandé le patriarche des grecs,, le patrie arche des suriens, l'évéque des arméniens et l'archiprétre des nmronites, avec quelques-uns des principaux de chaque nation pour
Boaatraii'e de robôissanoe du Grand Seigneur tous ses snjets grecs et arméniens, en leur faisant inspirer la foi du Pape par qnatre prêtres par lui établis, qui allaient continaelieinent de village en village lire Tévangile. » C'étaient les propres termes des dits mémoires calomnieux, qui parvini*ent, dit-on, jnsqu^au Grand Seigneur, et sur lesquels le grand vizir, par son ordre, fit fouiller. dans les archives de la Chancellerie de la Porte pour prendre une exacte connaissance des anciens consulats de la nation Française, en réso- Intion d*abolir tons les établissements faits depuis les Capitulations. »
On tint les commandements secrets jusqu'après leur expédition. L'Ambassadeur a pu cependant s'en procurer une copie. « Il consulta ~ des personnes sages qui lui conseillèrent de prandre garde par des démarches trop vives à cabrer gens qui seraient capables d'aller aux extrémités. »
(1) L'Ambassadeur avait agi auprès du grand vizir pour obtenir le retrait du commandement contre les missionnaire. On lui avait répondu par de bonnes paroles. Il écrit au Ministre en date du 18 février 1726 ( Aff Etr. oorresp. dipl. T. 73, f. 2Ô3 et 308 et T. 75, f. 95 : « Le grand vizir a donné ordre au Réis Effendi d'expédier un commandement qui annule celui donné contre les religieux. Le Réis Effendi me flatte que le premier n'aura eu que du bruit sans aucune mauvaise suite. Cependant le P. Hyacinthe écrit à la Cour que la mission du Diarbékir en a grandement souffert. » Et le 26 juin 1726 ( ibid. T. 74, f. 199 ) l'Ambassadeur écrit : « Le commandement [ qui doit annuler celui contre les religieux ] n'est pas encore expédié. On me renvoie d'un jour à l'autre.»
leur signifier ces ordres, et il leur a donné trois jours de terme pour faire la recherche de ces prétendus Francs et de les lui dénoncer. Ensuite il les a renvoyés chez le Cadi pour faire publier le commandement et le faire enregistrer.
Les maronites qui suivent réellement la religion latine, craignant d'être la victime des trois autres nations, viennent de m'envover deux de leurs procureurs pour me prier d'empêcher nos missionnaires de recevoir dans leurs écoles-les enfants maronites qui y vont ordinairement, et d'aller eux-mêmes chez eux, jusqu'à ce que l'orage qui les menace soit dissipé. Dès que j'aurais fini ma lettre, j'envoyerai appeler les missionnaires pour leur en parler.
Lbondios, métropolite et procureur du Patriarche d' Antioohe, au Drogman de la Porte
Damas, le 3 avril 1726 (Aff. Eir, Corresp. dipl. T. 74, f. 12)
Bésumé : Il blâme les missionnaires qui se plaignent des grecs et c'est grâce aux grecs que les missionnaires, emprisonnés pendant le séjour ivi capigi-hasst^ Oi\X été délivrés. Us nous traitent, dit-il, d'hérétiques, et empêchent les chrétiens de venir dans nos églises et de nous fré4uenter. Il ajoute que la division est dans les familles, \ts églises sont abandonnées :
« Onde nasca che in Damasco si ritrovano certe familie délie quali il marito coltiva il rito latino, e la moglie il greco, altri poi sono ambidue del rito latino e gli loro figli coltivano il greco, cosi che l'una parte tratta l'altra da heretica..
In chiesa non vengono giorni festivi, ma si radunnano in compagnie nelli campi et giardini per far i lori devotioue, e poi se ritirano nelle loro case, ove spesse volte fanno il stesso accompagniati delli loro preti. Bisognarebbe che si trovasse qui un altro profeta Gieremia per piangere il popolo di Uio, 0 altro Elia per monstrare il suo divino zelo.
Noi, per restare con loro paciflcamente, gl'havemmo proposto tre conditioni : 1, e che loro non volessero accettare i christiani nelle loro chiese ; 2, che non girassero le case delli christiani ; 3, che non insegnassero i piccoli figlioli delli nostri christiani le loro lettere...
Âirhora che il Passa Thaveva imprigioDe« havendoli deman^ dati per quai causa voi guastate e corrompete il popolo, questi risposero come non erano venuti in queste parti per restare nello loro stanze, ma pure per carainare e predicare la verita. (1)
Lb Ministre a L'Ambassadeur
le 10 avril 1726.
( Ministère de la Manne, B'^, ^^j,/. i2j )
8omina<r6 : H faut détruire les préjugés qui font croire aux turcs que suivre la religion du Pape, c'est se soustraire de l'obéissance du Grand Seigneur. Approbation de la conduite de l'Ambassadeur. Conduite à tenir si les turcs voulaient supprimer certains consulats, contrairement aux Capitulations. Les missionnaires doivent agir avec prudence dans ces conjonctures.
J'ai reçu toutes les lettres que vous avez pris la peine de m'écrire depuis le 6 mai jusqu'au 20 décembre de l'année dernière, avec les pièces et mémoires qui y étaient joints sur les troubles excités dans la religion en Palestine depuis la mort du dernier patriarche grec de Damas, à l'occasion de l'élection de l'évêque Séraphim en sa place, par les prêtres et religieux du rit latin. Sur le compte que j'en ai rendu à Mgr le Duc, et de tous les mouvements que vous vousêtes donnés pour empêcher l'effet du commandement di^ Grand Seigneur portant ordre aux Pachas de Syrie et de Palestine de dissiper entièrement la religion des Francs, S. A. S. m'a marqué que le Roi avait fort approuvé votre conduite et les moyens que Yous avez tentés avec le patriarche Sylvestre, nommé au lieu de Séraphim, pour concilier les religieux de son rit avec les catholiques, en leur prescrivant la manière d'exercer leurs ministères et de se renfermer dans les fonctions qui leur appartiennent, sans anticiper sur celles des uns et des autres et, par là, ne donner aucun sujet aux turcs de prétendre que les religieux Francs ne
( 1 ) Ce docamdnt dont nous avons reproduit textuellement les principaux passages, montre bien l'état d'âme des grecs. Les missionnaires sont coupables d'ouvrir leurs églises et leurs écoles aux chrétiens du pays et d*enaeigner la vérité catholique. Rien de plus.
cherchent qu'à induire les chrétiens sujets du Grand Seigneur à sa soustraire de son obéissance pour devenir sujets du Pape, ainsi qu'ils marquent le craindre.
Sa Majesté espère que vous aurez fait tout ce qui vous aura été possible pour détruire ces préventions dans l'esprit du Grand Vizir et du Réis Efiendi, et les amener au point de la révocation du commandement du mois de février 1725, en ce qu'il peut avoir de contraire aux Capitulations renouvelées avec la France, et d'injurieux à la religion et à la nation. Mais elle juge en même temps que les poursuites que vous avez à faire pour l'obtenir doivent être extrêmement ménagées.
L'avis en chiffres, qui vous a été donné par M. le prince Ragotski, des recherches qui ont été faites, dans les archives de Constantinople, pour avoir connaissance des anciens consulats de la nation Française, dans le dessein d'abolir les établissements qui ont été faits depuis par la nation dans les échelles, peut n'être pas fondé . Vous en avez eu un pareil peu de temps auparavant, et il est à présumer que ce qui peut en avoir été dit, n'a été qu'en vue de connaître l'attention que vous j feriez ; et l'on peut croire que comme vous n'avez point relevé le bruit qui a pu s'en répandre, il n'aura été pris aucune résolution sur ce sujet. Ella serait entièrement contraire aux Capitulations, qui maintiennent les évêques dépendant de la France et les autres religieux Francs, de quelque nation qu'ils soient, en possession des lieux de leurs anciens établissements. Or on ne peut entendre par ce terme à^anciens établissements, que ceux qui étaient subsistant lors des mêmes Capitulations.
Cependant la question ayant quelque délicatesse. Sa Majesté estime à propos que vous évitiez de l'agiter, et qu'en cas qu'elle vous soit proposée, vous tâchiez d'en éloigner la discussion, en vous contentant de représenter qu'il a toujours été entendu par S. M. et les Ambassadeurs que les religieux Francs, établis sous sa protection dans le temps des Capitulations et de leur renouvellement, devaient y être maintenus en sûreté, pourvu qu'ils restassent dans leur devoir, condition à laquelle vos prédécesseurs ont toujours tenu la main, ainsi que vous le ferez de votre part.
S'il n'y avait pas trop à risquer d'informer les religieux missiounaires de ces menaces, peut-être qu'en étant instruits, ils
en craindraient Teffet, pour se conduire dans la modération qui leur a été jusqu'à présent recommandée inutilement. Mais, en le faisant, ce serait peut-être donner un prétexte aux turcs de s'en prévaloir, s'ils en avaient connaissance, et il est mieux de ne leur en rien marquer, à moins que vous ue puissiez le faire avec des expressions qui, sans dire la chose, la leur fit assez sentir. Au reste, s'ils s'obstinent à vouloir continuer de fréquenter les maisons des grecs, sujets du Grand Seigneur, pour les instruire des vérités de la religion catholique, par un zèle indiscret et imprudent dans la conjoncture présente, sur ce que vous m'en manderez, je prendrai les ordres de S. M. pour en faire part à la Congrégation de Prapaganda Fide, pour y apporter elle-même les remèdes nécessaires pour les contenir, et prescrire aux supérieurs des missions les tempéraments qu'ils doivent observer dans l'exercice de leur ministère.
PÈLERAN, Consul a Alep, au Ministre
Alep, le lô avril 1726 ( Aff, Eir, Corresp. Consul, Alep etAkxandrctte)
Sommaire : Quelques catholiques on été jetés en prison ; ils en ont été délivrés à prix d'argent. La visite du capigi a coûté six mille écus aux chrétiens d'Alep.
Les maronites et les arméniens, au bout des trois jours de terme que le Pacha leur avait donnés, furent lui déclarer qu'ils n'avaient trouvé aucun Franc dans leurs nations, que tous étaient bons sujets du Grand Seigneur, et suivaient la religion de leurs pères. Les grecs et lessuriens, plus envenimés contre nos missionnaires, dénoncèrent six ou sept personnes de leurs nations, qu'ils accusèrent d'être Francs, et qu'ils livrèrent entre les mains du Pacha afin d'intimider les autres. Le Pacha les fit mettre en prison; mais comme ils étaient tous des misérables, ils en sortirent huit ou dix jours après, moyennant environ cent écus qu'il en a coûté à chacun d'eux.
Le capigi ayant fini sa commission en cette ville, est parti, il y a quelques jours, pour Damas. Sa visite a coûté six mille écus aux quatre nations chrétiennes d'Âlep, par la seule animosité du patriarche grec contre ceux de sa nation qui n'ont pas voulu souscrire à
la profession de foi erroimé(3 qu'il a publiée ici et que je vous envoie. (1)
Le Ministre au Nonce
le 17 avril 1720 ( MinJst, de la Marine, 5', 126, f, i^j)
Sommaii^e : Résumé des nouvelles relatives aux troubles religieux de Syrie. Le Roi, protecteur de la religion, a donné à TAmoassadeur des ordres pressants. Mais il faut que les missionnaires cessent toute relation avec les grecs.
Ayant rendu compte à Mgr le Duc des troubles survenus en Syrie et en Palestine par rapport à la religion, Son Altesse Sérénissinie m'a marqué que le Roi jugeait à propos que V. E. en fût informée.
Il y a quelques années que le Grand Seigneur donna un commandement qui interdit à ses sujets toute fréquentation avec les missionnaires de ces provinces. M. de Bonnac s'était conduit, par les ordres de Sa Majesté, envers les patriarches grecs qui l'avaient sollicité, à l'occasion du zèle outré et peu prudent de ces missionnaires, de manière qu'il avait comme éteint le feu, qui s'était élevé aussitôt que ce commandement eut paru ; et ils n'étaient plus inquiétés. Mais les mouvements qu'ils se sont donnés depuis la mort d'Athanase, patriarche d'Antioche, pour mettre à sa place le sîeur Séraphim, ont changé cette disposition ; et les catholiques du pays qui l'ont fait élire à force d'argent auprès du Pacha de Damas, ont donné lieu non seulement à faire renouveler les défenses portées par le dit commandement, mais encore à des ordres précis d'arrêter, emprisonner ou envoyer en exil tant le dit Séraphim que les principaux de ceux qui ont contribué à sou exaltation sous le nom de Cyrille, ce qui a entièrement dérangé les mesures que M. d'Anrezel, successeur de M. de Bonnac, aurait pu prendre auprès des patriarches de Constantinople et de Jérusalem pour ménager les esprits ; et il a été donné un nouveau commandement portant ordre
( 1 ) La profession de foi en question publiée par Sylvestre, résume tontes les erreurs connues des grecs.
aux Pachas de Syrie et de Palestine de dissiper entièrement la religion des Francs.
Tous les missionnaires de ces provinces ont eu recours à M. d'Andrezel pour en empêcher l'effet ; et il n'a négligé aucun soin pour y parvenir, et s'est servi du nom du Roi, protecteur de la relicriou dans le Levant, et du crédit de son caractère personnel, pour demander la révocation d'un pareil commandement, en ce qu'il peut avoir de contraire aux privilèges accordés à la religion et aux B'rançais par les Capitulations, faites et renouvelées entre les R(Âs de France et les Empereurs Ottomans. Il y a trouvé beaucoup de difficultés, et pendant ses poursuites, il a eu une conférence avec le patriarche Sylvestre, nommé par le Grand Seigneur au lieu de Cyrille, dont le résultat a été une convention que M. d'Andrezel manderait aux religieux missionnaires de Dam^-s et de Syrie de se contenir dans leurs fonctions, sans vouloir se mêler'd'enseigner les grecs pour les attirer dans les sentiments de l'Eglise Romaine, de ne point fréquenter leurs églises, ni de communiquer chez eux ; et que le patriarche, de sa part, donnerait des ordres à tout son clergé de ne point inquiéter les religieux Francs, et de vivre en paix et dans l'union d'une vraie charité. M. d'Andrezel leur a écrit pour leur inspirer cette conduite, et, par ses dernières lettres, il marque espérer d'obtenir la révocation qu'il sollicite. Mais il est à craindre qu'elle ne devienne inutile, si les missionnaires ne se contiennent ; leur conduite ne se règle point selon les circonstances; et lorsque les ambassadeurs de Sa Majesté leur ont recommandé de la modération, ils ont mal interprété le sens de ce terme et continué d'agir par un zèle inconsidéré.
Le Consul d'Alep a ci-devant marqué la peine qu'il avait de retenir ceux qui y sont établis, et je reçois actuellement une de ses lettres, dont je vous envoie la copie, par laquelle vous verrez les mouvements qui se font dans cette échelle à l'occasion de l'arrivée du patriarche Sylvestre, l'indiscrétion d'un religieux et le risque qu*y court la religion, si des discours imprudents éclatent.
Il est permis simplement, par les Capitulations avec la France, aux religieux Francs de lire l'évangile et faire les fonctions de leur rit, dans les lieux de leurs anciens établissements; ce qui ne suppose aucun droit en leur faveurd'aller dans les maisons des sujets du Grand Seigneur pour les induire à quitter leur religion pour embrasser la latine, et encore moins dans les échelles où, s'étant
nouvellement introduits, ils ne sont restés que par pure tolérance de la part des turcs, qni se forment l'idée qu*un grec du pays, fait catholique, est en même temps devenu sujet de Sa Sainteté.
Comme Sa Majesté a des sentiments très tendres pour le maintien et la protection de la religion, elle a renouvelé ses ordres très pressants à son ambassadeur de faire en sorte d'appaiser, par tous les moyens, le trouble qu'on lui cause dans les échelles du Levant. Mais afin qu'elle ne puisse se reprocher d'en avoir négligé aucun pour le succès, elle a cru devoir vous instruire de l'état des choses, afin que Votre Excellence ait, s'il lui plaît, agréable d'en informer la Congrégation de Propaganda Fide, qui jugera peut-être nécessaire d'envoyer ses ordres aux supérieurs des missions dans les échelles où ils sont établis, de se contenir et de ménager leur zèle suivant les occurences, et d'avoir attention aux avis et aux exhortations de l'ambassadeur de Sa Majesté.
Le p. Fromage S. J. a L'Ambassadeur
d'Antoura, le 16 mai 1726 {Aff. Eir, Corresp, dipL Turquie, T, 74, f. 86)
sommaire : Eloge flatteur de l'Ambassadeur ; la mission de Damas lui doit beaucoup. Avanies à l'occasion de la chute d'un ouvrier qui travaillait à la maison des missionnaires.
Après avoir rendu à Dieu les actions de grâces que nous lui devons d'avoir relevé une mission qui était sur le point de sa perte, nous devons témoigner notre reconnaissance à Votre Excellence, puisque c'est à elle, après Dieu, que nous devons la conservation de notre mission de Damas.
Le capigi, qui portait l'arrêt de notre exil, y était arrivé^ après avoir publié en chemin qu'il allait en chasser les religieux Francs; et ce fut alors, pour me servir des termes du saint homme Job, que croyant notre mission tombée et perdue pour jamais, nous la vîmes se relever plus brillante que l'aurore, et nous appliquâmes à Votre Excellence le pieux éloge que le peuple reconnaissant fit de l'incomparable libératrice d'Israël. Oui certes, dîmes-nous, Son Excellence est la gloire de Jérusalem, l'allégresse d'Israël, l'honneur de notre peuple ; il s'est comporté avec un courage viril, et son cœur
s*est roidi contre tous les obstacles ; la main du Seigneur Ta soutenu et il sera béni à jamais.
Votre maison de Damas, Monsieur, car c'est le nom nouveau qu'elle doit prendre, se voit à la fin délivrée de ceux qui avaient juré sa perte ; mais les plaies qu'ils lui ont faites saigneront longtemps, si Votre Excellence n'y apporte un remède que je crois être entre ses mains. Voici le fait nuement et brièvement exposé.
Obligés que nous fûmes, l'an passé, de rebâtir notre maison de Damas qui croulait, un des ouvriers tomba du haut du toit et mourut de sa chute. Quatre ou cinq jours après, l'avanie, qu'on nous obligea de payer pour cela, est montée à mille piastres. Une pareille chose arriva à Alep du temps que M. de Pèleran le père y était consul : une fille arménienne, servante de M. de l^èleran, tua malheureusement dans la cuisine un jeune arménien qui servait d'aide au cuisinier. M. le Consul, avec toute son habileté, ne put parer à une grosse avanie. Mais S. B. M. de Bonnac déclara que le commerce devait payer cette avanie. Le cas où nous nous trouvons n'est-il pas le même, et peut-être plus gracia ble que le premier? Quoiqu'il en soit, j'en ai écrit au R. P. Fleuriau, qui attendra sur cela le jugement de Votre Excellence.
Depuis cette avanie, notre maison de Damas est devenue comme une proie où la justice turque croit pouvoir quand il lui plaît mettre la dent. Il n'y a pas encore un mois qu'on nous a fait payer à deux reprises vingt - cinq piastres ; et actuellement j'apprends que la femme de l'ouvrier qui se tua à notre bâtisse veut nous appeler en justice et nous y obliger à lui faire une pension viagère.
La justice turque a cru pouvoir trouver de nouveaux sujets d'avanie en visitant notre maison plusieurs fois pour y trouver une chapelle. Elle a eu le déplaisir de n'y trouver rien qui eût l'air de ce qu'elle cherchait.
Nous supplions Votre Excellence de procurer à cette mission un barat qui mette cette maison avec notre échelle dans sa première tranquillité. Elle sait que le capigi qui vint ici, il y a plus d'un an, pour agir contre les missionnaires, nous a enlevé le barat qui était en faveur de notre échelle de Damas.
Le p. Claude Gerin S. J. au R. P. Général S. J.
Damasi le 17 mai 1726
SomxDaire : La persécution sévit contre les missionnaires. A Alep, fureur du patriarche schisraatique grec contre les catholiques. A Damas, les hérétiques ne parviennent pas à faire tout le mal qu'ils veulent. Remerciements pour aumône reçue.
A pauois abhinc diebus ad me perlatae sunt litterœ P's V« omnino consolatoriae, quippe quae non parum juvarunt in istis perferendis calamitatibus procellisque in quibus a quatuor aunis demersi sumus, nec taraen devicti, gratia et auxilio divinœ bonitatis. Non cessavit persecutio, quin imo in dies exardescit. Aleppi, ubi patriarcha schismaticus magis ac magis quotidie Scevit furibundus in christianos catholicos, non parcens ipsorura bonis, nec carceribus, nec vinculis. Damasci vero, quamvis hœretici semper religiouis Nostrorumque intendant perniciem, hodie tamen tara acriter tamque veheraenter in nos non valent insurgere ; neque istud prodigium tribuendum videtur nisi patrocinio divi Pauli Apostoli ; et haec spes nostra est maxiraa quod futurum^ sit ut brevi cesset ommino persecutio, Deoque juvante, et zelo Legati Regii qui est Constantinopoli, vires infrlngantur haereticorum eorumque penitus retundatur audacia.
Intérim P» V® nos omnes quam plurimas agiinus gratias pro pecuniis ad nos ab ipsa missis. Statira atque pervenerint, non parum nobis proderunt in bac nostra urgenti miserîa. Nos vero, quamvis indigni, indeflnenter, ut par est, deprecamur divinam bonitatem pro sainte P»s V» quae tam accurate invigilat conservationi missionis Damascenae, ut ista missio deinceps vere dicenda sit missio Nostri Patris.
Vestram iterum enixe rogamus Paternitatera ut domum nostrum corruentem rursus commendat R. P. Fleuriau. Magni nobis erit subsidii si partes nostras velit acriter amplecti, quem ad modum fecit, et iterum sine dubio faciet.
Patres nostri et carissimus F. Philîppus Brouet sese commen-
dant SS. SS. P'« V» , necnon et ego, qui sum, cum omni animi
demissione, P»» V» humillimus etc.
Claudius Gbrin s. J.
Le Ministre a l'Eveque de Scio
le 22 mai 1726 (Ministère de la Marine, 5', 12 j. f. i6y)
Sommedre : Le P. Stanislas JustiniaDi nommé chapelain du Consul de France à Scio. Le minisire recommande une grande prudence, à cause des troubles excités contre les catholiques en Syrie.
J*ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 19 janvier dernier, sur le satisfaction que vous avez de ce que le Roi a nommé à la chapellenie du consulat de France dans Tile de Scio le P. Stanislas Justiniani. Ce que vous marquez de son zèle etde rédification de sa conduite ne fait que confirmer ce qu'on en avait assuré à Sa Majesté, et qui lui a donné lieu de lui accorder cette préférence à d'autres religieux. Il y a lieu d'espérer, sur des témoignages si avantageux, qu'il continuera à engager d'avoir pour lui la même estime. Mais vous ne saurez trop lui recommander^ dans les circonstances particulières des troubles excités contre les missionnaires et les catholiques de Syrie, de garder une telle modération que les grecs de l'ile ne puissent avoir aucun prétexte de lui attirer et aux autres catholiques qui y demeurent, quelques persécutions. On ne doit pas le craindre, si vous voulez bien y donner votre attention.
Le Ministre au Sieur Rouoeau, Consul a Scio
le 22 mai 1726
( Minist. de la Maâne, B^, i2j,f. 168 )
Sommaire : Recommander la prudence dans les troubles actuels de la Syrie.
J'ai reçu vos lettres, et j'ai appris avec plaisir que tout paraît tranquille dans l'île de Scio, par rapport à la religion, depuis que le religieux Dominicain en est sortie et qui y attirait des discussions. Vous n'aurez qu'à suivre les instructions que M. d'Andrezel vous a données pendant le séjour que vous avez fait à Gonstantiûople sur la conduite que vous devez tenir à cet égard ; et vous y
aurez appris les troubles excités par les grecs contre les missionnaires de Syrie^ la difficulté de les appaiser et la nécessité de garder la modération nécessaire, jusqu'à ce que ce feu soit calmé. Vous y exciterez les religieux qui sont dans la dépendance de votre consulat, afin qu'ils se contiennent de telle manière dans leurs fonctions et leurs discours, qu'il ne puissent donner aucun prétexte de les inquiéter, ni les catholiques de l'île.
Lb Ministre au Sieur Pèleran, Consul a Albp
le 22 mai 1726 (Mimst, de la Marine, B"^, i2j,f. i6j)
Sommaire : Le patriarche Sylvestre avait promis d'agir avec modération, il n'a pas tenu sa promesse. L'ambassadeur espère obtenir un commandement annulant ceux que les grecs avaient obtenus contre les catholiques.
J'ai reçu votre lettre du 20 décembre dernier (1) qui m'informe des troubles que le nouveau patriarche grec d'Antioche, Sylvestre, a causé à la religion, à son arrivé à Alep, par ses excommunications contre les prêtres catholiques de sa nation et tous ceux qui reconnaîtraient pour patriarche Séraphira. M. d'Andrezel m'a informé qu'ayant conféré avec lui à Constantinople, avant son départ, ils étaient convenus que pourvu que les missionnaires Francs s'abstinssent d'aller dans les maisons des grecs, comme ils faisaient auparavant. Sylvestre ne ferait plus aucune démarche qui pût inquiéter les catholiques. Il ne tient pas exactement les promesses qu'il a faites de se conduire avec charité et modération à l'égard des missionnaires et de ceux qui suivent le rit. Mais comme les grecs ont su se servir de l'autorité des ministres de la Porte pour se soutenir et faire rejeter le patriarche Séraphim, il a été impossible à M. d'Andrezel de faire changer leurs dispositions, tant ils ont été prévenus par les grecs contre les catholiques.
Cependant, par ses dernières lettres, il me marque espérer pouvoir obtenir un commandement portant révocation de tous ceux accordés en faveur de ces schismatiques, qui tendent à la destruction de la catholicité en Levant ; et je lui ai mandé, par ordre du
(x) Cf. Doc, T. I, p. 586
Roi, que Sa Majesté désirait qu'il n'épargnât aucun soin pour y parvenir. Et lui ayant rendu compte de tout ce que contient votre lettre à ce sujet, Elle a fort approuvé les précautions que vous avez prises d'assembler les missionuai^res d'Alep pour les informer de la situation des choses et leur inspirer la nécessité de retenir leur zèle et leurs discours, pour éviter tout prétexte au patriarche Sylvestre d'attirer contre eux les puissances du pays, qui pourraient leur imputer des contraventions aux commandements dont il s'était muni et qu'il a fait enregistrer chez le cadi, jusqu'à ce qu'ils aient pu être anéantis par celui que M. d'Andrezel peut avoir obtenu ou qu'il obtiendra.
Et comme ils pourraient ne pas se conformer aux exhortations que vous leur avez faites, ainsi qu'ils vous l'ont promis, j'ai, par ordre de Sa Majesté, fait part à M. le Nonce de tout ce qui s'est passé depuis le commencement de ces troubles jusqu'à présent, en lui remettant une copie de votre lettre, pour ce qui regarde eu particulier les missionnaires d'Alep. Il doit en informer la Congrégation de Propagauda Fide, afin qu'elle leur envoie elle-même les instructions qu'ils auront à suivre pour le maintien et la liberté de leurs fonctions.
J'approuve, au surplus, que vous ayez usé de politesse à l'égard du patriarche, pour lui ôter tout sujet de penser que vous protégez les partis qui lui sembleraient contraires parmi ceux de sa propre nation. Vous userez avec cette prudence jusqu'à ce que, par le changement des conjonctures, vous puissiez en agir autrement sans aucun inconvénient, et suivant ce qui vous en sera mandé par M. d'Andrezel, à qui vous continuerez défaire part de tout ce qui se fera à Alep sur ce sujet.
Le Ministre a L'Ambassadeur
le 27 mai 172Ô
( Mnist. de la Mcirine, B'', 12;, /. 1^4 ).
Sommaire : Jean Abdalia, député des grecs de Syrie, demande le rétablissement du patriarche Séraphim. Le Roi recommande à l'ambassadeur de faire, avec prudence, ce qui sera possible.
Il a paru ici un nommé Jean Abdalla d*Alep^ qu'on prétend avoir été député par les catholiques de Sjrie à Rome, d'où il a été
adress(5 par le Pape au Nonce, pour demander au Roi, par son moyen, le secours de la protection de Sa Majesté pour le rétablissement du patriarche Séraphim au lieu de Sylvestre.
Dans les circonstances où Toa est en Syrie par rapport à la . religion, à laquelle l'élection de Séraphim a causé des troubles, qu*il paraît que vous avez eu, jusqu'à présent, beaucoup de peine à apaiser, Sa Majesté n'a pas pu promettre autre chose sinon que je vous écrirais, par ses ordres, de faire ce qui vous serait possible en faveur de ce prélat et de son parti catholique, afin qu'il pût être rétabli dans son siège et son autorité sur les catholiques du pays, ou au moins obtenir que ni lui ni son parti ne seront plus persécutés par celui des grecs.
S'ilyatropde difficultés à parvenir au premier, comme Sa Majesté en est persuadée. Elle serait bien aise qu'on accordât l'autre ; mais elle n'entend vous presser sur un pareil sujet qu'autant que les conjonctures vous donneront lieu de penser que vous pourrez tenter la chose avec quelque succès, et sans déranger les mesures que vous pouvez avoir prises pour la concilier.
Vous verrez par le mémoire qui m'a été remis et que je vous envoie, qu'on demande encore un secours d'argent pour Séraphim, que Sa Majesté n'est point en état de lui donner; et tout ce qu'Elle a pu, a été d'accorder une gratification de 500 1. au député, quoi qu'Elle n'ait point été prévenue de sa mission par aucun consul. Vous pourrez vous en faire informer par ceux des échelles de Syrie et en savoir le juste motif (1).
Le sieur Pèleran m'a écrit que le patriarche Sylvestre, à son arrivée à Alep, s'est servi des commandements qu'il a obtenus de la Porte pour intimider par ses excommunications tous les catholiques du pays. Il vous avait prorais d'en user plus modérément. Je ne doute pas que ce consul ne vous ait rendu compte de tout ce qui s'y est passé, pour régler les démarches que vous aurez eu à faire pour calmer la violence de ces mouvements.
(1) Dans la correspondance diplomatique de Turquie, T. 76, f. 196, j'ai retrouvé la requête de « Jean Abdoulla Faad (sic) natif de Seyde, député du patriarche et de la nation Melchite pour implorer le secours de S. M. contre les persécutions que souffrent, en Syrie, los catholiques du pays.... Il supplie S. M. de donner ses ordres pour que ce patriarche soit rétabli sur la siège d*Antioche dont il a été chassé. »
Le Consul d'Alef au Ministre
Alep, Je 6 juin 1726 ( Aff, Etr, Correspondance consulaire : Alep et Alexandrette).
Sommaire : Tyrannie de Sylvestre contre les catholiques ; il leur a extorqué 30000 écus, a emprisonné plusie^urs, etc. Réponse que fait Abdalla Zaker à la profession de foi de Sylvestre.
Monsieur d'Andrezel m'a fait part de !« conférence qu'il avait eue avec le patriarche Sylvestre^ avant son départ de Constantiuople pour Alep. Ce patriarche n'a pas tenu la parole qu'il avait donnée à Son Excellence de travailler à son arrivée au rétablis-, sèment de la tranquillité parmi les chrétiens de ces pays. Il est si animé contre les missionnaires qu'il n'y a rien qa-'il ne mette en usage pour ruiner entièrement les catholiques.
J'informe régulièrement de tout ce qui se passe là-dessus M. l'Ambassadeur, et je tâche de contenir nos missionnaires et de leur faire attendre en patience des conjonctures plus favorables. Un d'entr'eux me vint dire, il y a un mois, qu'on lui mandait de la montagne du Kesrouan qu'on devait lui envoyer une réponse qu'on y avait faite à la profession de foi que le patriarche Sylvestre a publiée ici, et qu'on le priait de faire en sorte de m'engager à envoyer moi-même par un drogman cette réponse au patriarche et à lui en demander la réplique, s'il y voulait faire, afin qu'on pût la réfuter au plus vite, comme s'il s'agissait d'ouvrir une controverse entre lui et moi dans toutes les formes.
Je m'excusai à lui de me charger de cette commission, en lui faisant entendre que ces matières n'étant pas de ma compétence, je ne pouvais ni ne voulais m'en mêler ; que cela n'aurait fait qu'irriter davantage le patriarche, puisque l'écrit dont il parlait était, disait-il, l'ouvrage du chammas Abdalla Ibn Zaker, que je savais assez bon catholique, mais fort empressé, puisque dans sa réfutation du dernier conciliabule de Constantinople, il s'était oublié jusqu'à traiter le fou patriarche Athanaso d'infidèle et d'excommunié, ainsi que j'en ai rendu compte dans ce sens à Votre Grandeur ; que si Abdalla avait ménagé si peu le patriarche Athanase, qui était fort doux et porté de bonne volonté pour les catholiques, comment
devait-il traiter Sylvestre, hérétique fameux et envenimé contre les catholiques.... Le Père en demeura d'accord, mais cela ne l'empêchera pas de faire tenir au patriarche la réponse.
Ce patriarche se prépare à partir dans 7 ou 8 jours pour Tripoli, Seyde et Damas, où il se propose de traiter les catholiques de sa nation encore plus mal qu'il n'a fait ici. On m'a assuré que, dimanche dernier, il s'en était expliqué publiquement dans son église, et qu'il avait dit que Jésus-Christ, pour avoir voulu, pendant qu'il était en terre, attirer à lui les hommes par la douceur, n'avait été reconnu qu'à peine par une poignée de gens, au lieu qu'à son avènement dernier il subjuguera toute la terre, parce qu'il viendra dans toute sa gloire et toute sa puissance; que lui aussi, patriarche, avait tenté, dans les commencements, de ramener sa nation par la douceur, mais qu'il voit qu'il faut y employer la force.
En effet il a auprès de lui un chaoux de la Porte, qui n'est occupé qu'à emprisonner ceux que le patriarche lui livre, à leur donner la bastonnade et à exiger les amendes arbitraires que le patriarche leurs impose applicables à lui-même. On dit qu'il a extorqué par cette voie plus de trente mille écus à sa nation.
Le MiNiSTiiE AU SiEuii RouGE.vu, CoNsuL A Sno
lo 26 juin n>6
(Jilhiislèrc de la Marine, 5", i2j,f. i^6)
Sommaire • Les cérémonies du rosaire pourraient être prétexte à persécution de la part des grecs contre les catholiques : agir avec circonspection.
J'ai reçu votre lettre du 6 février ; celle que vous marquez m'avoir écrite le 15 janvier précédent sur les troubles que pourraient causer les fonctions du rosaire dans l'église de Scio, en vertu du bref du Pape accordé aux Dominicains, ne m'est pas encore revenue. Lorsque je l'aurai, je verrai apparemment mieux que par ce que vous me mandez, le fondement de vos craintes. En attendant, j'approuve que vous en ayez fait part à M. d'Andrezel, et que vous vous soyez concerté avec Tévêque de Scio sur la manière d*en agir pour l'exécution de ce bref, tant de sa part que de la part du Dominicain envoyé de Rome.
Les nouveaux troubles excités dans la religion de la part des grecs schismatiques, en Syrie et en Palestine, demandent que les catholiques et les religieux qui les dirigent gardent beaucoup de mesure et de précautions dans leur 'conduite. Je vous ai marqué quelle devait être la vôtre particulière, et que vous deviez suivre les avis et les ordres que vous recevriez de M. d'Andrezel, auquel le Roi a mandé de continuer à faire tout ce qui lui serait possible pour faire cesser cette persécution.
L'Ambassadeur au Ministre
Constantinople, le 26 juin 1726
{Aff, Etr, Corrcsp. diplom. T. 74, f* 201)
son-imaiP9 : Conférence entre Tambassadeur et le patriarche grec de Jérusalem sur les tro bibles de Syrie. Le patriarche s'y montre fort modéré ; il promet d'agir auprès de Sylvestre dans le même sens.
X Extrait de la conservation que j'ai eue avec M. le patriarche de Jérusalem, le 26 juin 1726.
Le patriarche de Jérusalem ayant, par l'entremise du Drogman de la Porte, demandé permission au grand Vizir de me rendre une visite, au retour d'une absence de deux ans, pendant lesquels par conséquent je ne l'avais pu voir, s'est aujourd'hui rendu chez moi sur les neuf heures du matin, suivant que j'en étais convenu avec lui. Après plusieurs compliments faits de part et d'autre avec les plus grandes démonstrations d'amitié, je lui ai demandé s'il trouvait bon que je lui parlasse de la conduite irrégulière du patriarche Sylvestre qui, en suivant les mauvais conseils d'un certain Léondios, cause tous les jours de nouvelles peines à nos catholiques. Le patriarche m'a répondu que si je le lui permettais, il commencerait par me dire que M. le Drogman de la Porte lui avait envoyé un mémoire en italien, où étaient déduites plusieurs plaintes des missionnaires d'Alep contre le patriarche Sylvestre. Voici, ui'a-t-il dit, de quoi ils se plaignent, entre autres choses :
1°, Ils accusent ce patriarche d'avoir excommunié le Pape, et de l'avoir fait publiquement dans les églises. Mais je vous réponds que cette accusation me paraît très fausse, qu'il est même impossible que Sylvestre se soit porté à un tel excès. Si cependant le
fait était vrai, ce que je ne puis croire, il faudrait dire que cet homme a perdu Tesprit et la raison ; car un tel procédé est inexcusable et contre toutes les règles.
2°, Il ne paraît pas vrai non plus, comme on en accuse ce patriarche^ qu'il ait jamais excommunié ceux qui dans les salutations emploient ces paroles : Que le saint nom de Jésus soit glorifié ! Cette accusation ne peut avoir aucun fondement, et il faudrait n'être pas chrétien pour parler de la sorte.
J'ai interrompu alors M. le patriarche de Jérusalem et je lui ai dit que je n'avais point envoyé ce mémoire à M. le Drogman de la Porte, que je l'avais seulement donné au si&ur Le Noir, un de mes interprètes, avec ordre d'en communiquer la substance à ce Drogman ; mais que celui-ci l'avait arraché des mains du sieur Le Noir, en disant qu'il n'avait qu'à le lui laisser, et qu'il n'en ferait pas de mauvais usage. Au reste, je ne vous dissimulerai point, Monsieur, ai-je dit au patriarche, que Sylvestre a poussé les choses trop loin, et qu'il en agit tous les jours avec une vivacité qu'on ne peut excuser. Je veux croire cependant qu'il suit moins en cela le mouvement de sa propre volonté que les mauvais conseils de Léondios. Car, lorsqu'il vint me voir ici, nous parlâmes ensemble des troubles qui agitaient la Syrie au sujet de la religion, et il me promit qu'il donnerait des ordres précis pour que les chrétiens vécussent ensemble désormais dans la paix et dans la bonne union qui doit toujours régner parmi eux. Enfin, Monsieur, pour vous dire franchement ce que je, pense, si les grecs ne veulent pas reconnaître notre Saint-Père le Pape comme le chef de l'Eglise Universelle, ils doivent au moins le regarder comme un pontife et comme un prince, dont l'autorité est respectable pour le spirituel et pour le temporel, et par conséquent ils doivent parler de lui avec tout le respect et toute la considération qu'il mérite.
Rien de plus juste "que ce que vous dites, m'a répliqué M. le patriarche ; tous ceux qui sont bien instruits de la religion chrétienne regardent le Pape comme prince et comme grand prêtre de l'égUse ; ils ont pour sa personne et pour son caractère tout le respect et toute la vénération que doivent avoir des chrétiens^ orthodoxes. Pour moi, quoi que l'on dise que nos Eglises sont divisées, je n'en reconnais qu'une seule, et je ne mets aucune différence entre la primitive Eglise et celle d'aujourd'hui. Il est vrai qu'il s'est glissé dans celle-ci quelques superstitions ; mais ce n'est que
parmi le peuple qui est incapable de raisonner. Tous ceux qui sont véritablement chrétiens honorent et révèrent le Pape. Nous sommes tous obligés de respecter les puissances séculières auxquelles il a plu à la divine providence de nous soumettre, et pour parler de moi en particulier, quoique je sois sous la domination d*un prince infidèle, dont le joug est dur et pesant, je me ferais un grand scrupule de m'éloigner en rien du respect que je lui dois, parce qu'il est mon souverain : tels sont mes sentiments.
Je ne sais pas quels sont ceux du patriarche Sylvestre ; mais il aurait le plus grand tort du monde s'il parlait du Pape d'une manière aussi indigne qu'il en est accusé ; et, encore une fois, je ne puis croire qu'il soit capable d'une telle faute. Je vous prie cependant de me donner le temps de vous écrire sur ce sujet, et je vous rendrai un compte fidèle de tout ce qui pourra' venir à ma connaissance. N'ajoutez aucune foi à tout ce qu'on pourrait vous écrire d'ailleurs, et faites-moi la grâce de me communiquer toutes les nouvelles que vous recevrez. Je n'aime rien tant que la paix, et je puis vous dire ici, qu'avant que j'eusse parlé à votre prédécesseur, il revenait tous les jours de Jérusalem les mêmes plaintes qui reviennent aujourd'hui de Syrie. Mais dès que nous eûmes parlé ensemble, et que tous deux agîmes de concert, les esprits se réconcilièrent ; tout se pacifia, et une heureuse tranquillité règne aujourd'hui et régnera encore longtemps, comme je l'espère, parmi les chrétiens- de Jérusalem. J'ose me promettre que Dieu m'accordera encore la même grâce dans cette occasion, et qu'ayant eu l'honneur de connaître vos bons sentiments, je rétablirai la paix et la tranquillité parmi ceux qui, depuis quelques années, vivent dans le trouble et la désunion.
C'est ainsi que m'a parlé M. le patriarche.
Je n'ai pas manqué de lui répondre que je n'épargnerai rien pour procurer cette paix qu'il souhaitait comme moi, qu'il était de notre intérêt, aux uns et aux autres, d'empêcher à l'avenir les turcs de s'ingérer dans les affaires et les démêlées des chrétiens, ce qui est le déshonneur du christianisme et la ruine des chrétiens mêmes, qui par là sont exposés à mille avanies, dont ils ne peuvent se garantir que par des sommes considérables, ainsi qu'il est arrivé depuis peu à Damas.
Si tout le monde pensait comme moi, a reparti M. le patriarche, jamais il n'arriverait rien de semblable, et l'on verrait régner
partout cette union et cette charité fraternelle qui doivent animer •tous les chrétiens, et qui animent aujourd'hui ceux de Jérusalem. Quoi que je sois très-content, a-t-il ajouté, de la conduite des Pères de Terre-Sainte, je vous prie cependant de leur écrire de temps en temps, comme je ne manque pas moi-même de le faire à mes religieux, et de leur recommander d'éviter avec soin tout ce qui pourrait altérer la paix que nous avons rétablie parmi eux.
J'ai assuré M. le patriarche que j'avais déjà écrit plusieurs fois là-dessus aux Pères de Terre-Sainte, que je le ferais encore, et que j'engagerais le Père Commissaire de leur Ordre à leur recommander la même chose.
Après cet entretien, nous avons parlé encore quelque temps de choses indiilérentes ; j'ai fait venir le café, le sorbet et le parfum ; ensuite de quoi, M. le patriarche s'est retiré et m'a parut très content de la réception que je lui ai faite. Depuis ce temps-là, il m'a envoyé une grande croix de Jérusalem, quantité de chapelets et plusieurs autres clioses saintes, le tout était accompagné de quelques porcelaines. Mes enfants ont aussi eu part aux libéralités de ce patriarche. J'ai tâché de répondre à cette politesse en lui envoyant des liqueurs, des confitures et plusieurs sortes de vin.
Lk Consul d'Alep au Ministre
Alep, le 27 juin 1726
(^Affaires Etrang, Corrcsp. consulaire : Alep et Alexaiidrette)
Sommaire : Le patriarche Sylvestre envoie des émissaires à la porte de l'église Latine. Plaintes du Consul. Le Pacha pjnit le chaoux, et menace le patriarche.
Le 20 de ce mois, jour de la Fête-Dieu, sur les 8 heures du matin, le patriarche Sylvestre s'avisa d'envoyer le chaoux qu'il avait de la Porte et son tils, accompagnés de deux procureurs de sa nation, pour tâcher de surprendre quelques grecs dans notre église. Les procureurs entrèrent pour cela dans notre église même, et le chaoux et son fils restèrent à la porte du khan, prêts à saisir ceux qu'ils leur dénonceraient, supposé qu'ils y trouvassent quelques grecs ; mais heureusement il n'y en avait aucun.
Ja fus informé de tout cela dans le temps que j*allais à la messe avec toute la nation, et en entrant dans le khan de la paroisse, je vis le chaoux, son fils et les deux procureurs qui en sortaient. Je m'arrêtai sur le seuil de la porte pour faire dire aux janissaires qui m'accompagnaient que, si quelqu'un de ces gens avait l'insolence de remettre le pied dans le khan pendant l'offlce, ils l'arrêtassent pour le mener au Pacha ; que notre église était autorisée par des commandements du Grand Seigneur, et que je voulais savoir par ordre de qui on venait ainsi nous interrompre dans nos prières, sous prétexte d'y chercher des grecs. Le chaoux prit la parole et dit qu*il avait des ordres de la Porte pour faire la recherche qu'il était venu faire, et qu'il ne se mêlait uniquement que des grecs, à qui Sa Hautesse avait défendu la fréquentation de nos églises. Je lui fit répondre que le patriarche n'avait qu'à les contenir comme il l'entendrait, mais qu'il ne lui apartenait pas de les envoyer saisir à main forte, pour ainsi dire, dans notre église et que c'était une insulte dont j'aurai raison.
J'entrai ensuite dans l'église, où il y avait plusieurs gens du pays, mais pas un grec, et je trouvai tout le monde dans une grande épouvante, pensant que cette visite avait été faite par ordre du Pacha et du Cadi, qui seuls dans ce pays-ci pouvaient l'autoriser. En effet, c'est une affaire capitale, en Levant plus qu'ailleurs, de faire de telles vii>ites en perquisition dans une église ou dans une maison, sans ordre de la justice ou du gouverneur.
J'en envoyai faire mes plaintes le lendemain au Pacha, que j'avais pris la précaution de faire prévenir de l'atfaire par Osman Efendi, grand douanier d'Alep. Je lui fis dire que j'espérais qu'il me ferait avoir satisfaction en cette occasion et qu'il ne me mettrait pas dans la nécessité de m'adres^er à Monsieur l'Ambassadeur pour s'en plaindre à la Porte. Le Pacha me fit dire de lui donner un mémoire sur ce qui s'était passé et qu'il me rendrait justice. Je le lui fis présenter et il envoya sur-le-champ appeler le patriarche, le chaoux, son fils et les deux procureurs. Le" patriarche se défendit d'avoir eu connaissance de ce qu'avait fait le chaoux, et le chaoux Soutint qu'il avait des ordres de la Porte qui autorisaient ce qu'il avait fait. Le Pacha demanda au chaoux à qui ces ordres étaient adressés, et s'il était permis de croire que le Grand Seigneur prétendit que dans un pays où il y avait un vizir et vm
moulla de 500 aspres, un malheureux comme lui se chargerait, sans leur attache, de l'exécution des ordres de Sa Hautesse ; que ces ordres, dont il n'avait Jamais eu connaissance, ne portaient pas sans doute de visiter l'église des Francs et de faire un affront au Consul qui représentait ici la personne de l'Empereur de France, ami de la Porte ; qu'il n'en fallait plus que ce qu'il avait fait pour rompre la bonne intelligence que la Porte prenait à tache de maintenir avec nous ; et, s'em portant là-dessus, il ordonna qu'on donnât des coups de bâton en sa présence au chaoux et à son fils. Mais un Aga qui était avec lui le supplia de différer le châtiment du chaoux, et le Pacha l'envoya en prison au château, où il fut détenu avec son fils jusqu'au 24 de ce mois, que le fils du Pacha de Damas obtint leur relâchement. ... On dit que le Pacha a mangé six mille écus au patriarche pour lui accorder grâce, car il voulait le faire mettre aussi au château.
Le Consul d'Albp au Ministre .
Alep, le 2 juillet 1726 (^Aff, Eir. Corrcsp, consulaire : Alcp et Alcxaiidrctte)
Sommaire : Procédure contre le patriarche Sylvestre, qui obtient, à prix d'argent, de n'élre pas jeté en prison. 11 a dépensé 12000 piastres.
J'eus l'honneur d'informer Votre Grandeur, par ma lettre du 27 du mois passé, de l'afl'aire qui s'était passée entre le patriarche grec et moi, et que le chaoux'de la Porte, au lieu d'aller à Damas, comme on l'avait fait entendre au Pacha, était, dit-on, allé à Constantinople pour se plaindre de l'avanie qu'il prétend que le Pacha avait faite au patriarche en cette occasion.
Cette nouvelle ayant été aux oreilles du Pacha par le canal de quelques-uns de ses officiers, à qui je l'avais fait savoir par manière de confidence, il m'envoya dire avant-hier qu'il était bien aise que les plaintes que je lui avais portées contre le patriarche fussent prouvées juridiquement, et qu'il nie priait de lui envoyer pour cela les témoins que je devais avoir des afi*aires, dont il voulait faire dresser un huget ou acte, qu'il enverrait à la Porte, pour la justification de sa conduite. Le Kéhaya ajouta en particulier au sieur Drapery, premier drogman, qu'après cette formalité le Pacha
ferait mettre le patriarche au château jusqu'à la réponse de la Porte.
J'envoyai hier matin les drogmans chez le Pacha, avec les cinq janissaires qui m'avaient accompagné à l'église le jour de la Fête-Dieu. Ils y trouvèrent le patriarche, en présence duquel ils rendirent témoignage au Pacha que, lorsqu'ils entraient avec moi dans le khan de l'église, ils en avaient vu sortir le chaoux, son fils et deux procureurs de la nation grecque qu'ils nommèrent, et un desquels était présent, et que le sieur Drapery ayant demandé, par mon ordre, au chaoux de quelle autorité il venait ainsi dans notre église, il avait répondu qu'il l'avait fait en vertu des commandements qu'il en avait de la Porte.
Le patriarche récusa ces témoignages, en prétendant que ces janissaires étaient mes domestiques ; mais le Pacha lui-même lui répondit qu'ils étaient soldats du Grand Seigneur préposés à ma garde lorsque je sortais, que leurs témoignages étaient recevables, et il ordonna au naîb ou lieutenant du Cadi d'écrire leur déposition. Le patriarche se retrancha à dire que c'était sans sa participation que le chaoux avait fait cette visite, et qu'il n'en était pas responsable. Sur quoi, le sieur Drapery produisit sept ou huit grecs qui rendirent témoignage que la veille de la fête, se trouvant au pala.is patriarcal, un nommé Basile Boiiabigi, espion du patriarche, était venu lui dire que le lendemain était une grande fête parmi les Francs, et que s'il voulait envoyer surprendre dans leurs églises les grecs qui y priaient, il y en trouverait sans doute beaucoup ; que le patriarche avait répondu en leur présence : « Hé bien, allez en donner l'ordre vous-même au chaoux de ma part. »
Le. patriarche récusa leur témoignage, parce, dit-il, qu'ils étaient Francs, ce qu'il prouverait par cent témoins. Le Pacha lui répondit qu'il était bien informé que sous ^ ce prétexte de Franc, il avait ruiné sa nation, qu'il ne pouvait comprendre ce qu'on entendait par Franc. Et se tournant vers le naïb^ il lui demanda si le témoignage d*un ghiaour, ou infidèle, était recevable contre un autre ghiaour, et le naïb ayant répondu que oui, il fit écrire la déposition de ces grecs et ordonna qu'on dressât du tout un huget qu'il enverrait lui-même à la Porte ou qu'il me remettrait si je voulais, pour l'envoyer à l'Ambassadeur, à qui il écrirait en même temps afin qu'il pût faire voir sa lettre au Grand Vizir,
Cependant le ptriarche, ayant dit un mot au kéhaya, au sortir du Divan, c'est-à-dire lui ayant offert quelques bourses pour le Pacha et pour lui, on a suspendu jusqu'à cette heure l'expédition du huget. On dit même que le patriarche, ayant attroupé quelques prêtres hérétiques et quelques gens qui lui sont dévoués, vient d'aller avec eux chez le Cadi pour témoigner que les grecs, qui avaient déposé contre lui par-devant le Pacha, sont des voleurs avérés, des gens de mauvaise foi et qui suivaient la religion des Francs. Le Cadi, moyennant près de mille écus, lui en a donné acte; mais on assure qu'il ne lui en a pas voulu délivrer l'expédition, parce que le Pacha le lui a défendu ; c'est-à-dire que le Pacha prétend encore quelques bourses pour cela, et son prétexte est que c'est une injure que le patriarche lui a faite d'appeler de son jugement par-devant le Cadi ; et qu'il aurait dû faire par-devant luimême cette dernière procédure.
Le patriarche ne sait plus où donner de la tête. On compte qu'il a dépensé jusques à présent douze mille piastres, et l'on assure qu'il est enfin déterminé à faire la paix avec moi. Je l'attend;? de pied ferme, et je tâcherai de mettre à profit la conjoncture.
J'informerai exactement Votre Grandeur et Monsieur d'Andrezel de tout ce qui se sera passé là-dessus (1).
Le Ministre a l'Ambassadeur
le 31 juillet 1726 (Ministère de la Marine, B\ I2j,f.. 214)
Sommaire : Recommande Jean Abdaila Phaad, allant à Constantinople.
Le sieur Jean Abdaila Phaad [sic], qui a été député à Rome par
(1) Sylvestre adressa au Drogman de la Porte de vives plaintes contre le Consul d'Alep et les missionnaires. Il n'aurait dû son salut qu'à l'intervention du Consul Anglais, et l'avanie lui aurait coûté 15 bourses. (Cf. Corresp. diplom. Turquie, T. 75, f. 41, 54). De son côté, Léondios, vicaire patriarcal de Damas, se plaint du P. Thomas de Compaya, religieux de Terre- Sainte. Ce dernier exerçait la médecine ; quand les janissaires s'adressaient à lui dans leurs maladies, il leur répondait, au dire de Léondios : « Je ne vous guérirai point, parce que Léondios Ta défendu. » Les Janissaires, furieux, venaient injurier Léondios chez loi. (Ibidem T. 75, f. 100)
les catholiques de Syrie pour les affaires de la religion, et celle en particulier du patriarche Séraphim, ayant marqué qu*il n*osait retourner en son pays, dans la crainte que les schismatiques n'excitent contre lui quelque nouvelle persécution, et que, pour s'en garantir, il voulait se retirer à Constantinople jusqu*à ce que les troubles de Syrie sur ce sujet soient cessés, le Roi m*ordonne de vous dire que Sa Majesté trouvera bon que vous lui accordiez les secours de votre protection dans les besoins qu'il pourrait en avoir.
L'Ambassadeur au Ministre
Constantinople, le l septembre 1725
{Aff, Etr. Corresp, dipL Turquie, T. 7J,f. 124)
Sommaire : Les patriarches de Constantinople et de Jérusalem prennent en main la cause de Sylvestre.
J*ai reçu plusieurs lettres du sieur Pèleran... Il me marquait que le 20 juin dernier, jour de la Fête-Dieu, il fut averti^ allant à la messe, qu'il était entré dans Téglise des Pères de Terre-Sainte, qui est la paroisse des Français, deux grecs qui allaient de banc en banc reconnaître les gens au visage, et qu'il y avait deux turcs à la porte du khan de la dite église, postés pour saisir ceux que les dits deux grecs leur dénonceraient, qu'il ne s'y en trouva aucuù, et que le dit sieur Pèleran, ayant effectivement vu ces deux turcs à la Porte du dit khan, dont l'un était chaoux, leur fit demander par le drograan ce qu'ils faisaient là ; à quoi ils répondirent qu'ils y étaient par ordre ; que le dit sieur Pèleran, sans la participation duquel se faisait la dite recherche, croyant que le seul Pacha pût être en droit de ce faire, lui en fit porter ses plaintes par le sieur Drapery, drogman ; que le Pacha s'étant iixformé du fait comme n'en ayant point eu de connaissance, et ayant appris que c'était le patriarche Sylvestre qui, de sa propre autorité, avait ordonné aux deux grecs d'entrer dans l'église, et au chaoux d'exécuter ce que ces derniers lui diraient, avait fait arrêter le dit chaoux et menacé le dit patriarche du même sort, qu'ils n'évitèrent qu'au moyen de plusieurs bourses qu'il en coûta au patriarche et aux grecs.
Voilà, Monsieur, la cause de l'aigreur contre le dit sieur Pèleran et le sieur Drape ry, que le Drogman de la Porte a ressentie jusqu'au vif. En quoi, d'un côté, le patriarche s'était comporté avec beaucoup d'imprudence, parce qu'il aurait pu faire la même chose avec moins de risque, s'il se fût muni de l'autorité du dit Pacha avant que d'envoyer le chaoux, et de l'autre, le Consul aurait pu ne point pousser la chose jusqu'à faire comparaître le drogman du Roi devant le Pacha, pour lui prouver, par le témoignage de quelques grecs, que le patriarche avait envoyé d*office le dit chaoux à la porte de la dite église ; car les pauvres grecs ont été sacrifiés par l'exil que le dit patriarche leur a imposé, au nom du même Pacha' qui, pour de l'argent, lui avait accordé des certificats contraires au dit témoignage, contre la parole qu'il avait donnée au Consul ; le dit Pacha a tiré par là de l'argent de toutes parts, ce qui fait grand mal au cœur aux grecs.
L'on m'a assuré que le patriarche, étonné du coup et ayant peur que le dit sieur Pèleran ne m'eût prévenu pour en parler à la Porte, avait d'abord fait quelques pas pour se réconcilier avec le Consul, et^que ce dernier avait répondu à quelques marchands grecs, par qui l'accommodement avait été proposé, qu'il le ferait volontiers et qu'il ne souhaitait rien tant ; mais qu'un négociant Anglais, nommé Scharmen, ayant fait dire au patriarche qu'il se brouillerait pour toujours avec lui s'il faisait quelque démarche envers le Consul Français, il n'avait pas osé passer outre.
Cependant les patriarches de Jérusalem et de Constantinople, venus ensemble, et qui font tout ce qu'ils peuvent pour faire entrer le Drogman de la Porte dans leurs intérêts, demandent, par la voie du kéhaya, qu'avant toute négociation de paix, je fasse retirer le sieur Drapery, sur qui ils rejettent toute la faute ; mais je tâcherai de terminer cette discussion à l'amiable...
Nota : C'est le même Scharmen, sur le chapitre duquel j'ai entretenu souvent l'ambassadeur d'Angleterre, comme d'un homme qui, depuis longtemps, s'est ouvertement déclaré ennemi du rit Latin, embrassant en toute occasion la querelle des grecs, traversant tant qu'il peut nos religieux, et ne cherchant qu'à leur causer des avanies de la part des turcs. Le dit ambassadeur en a même écrit, mais jusqu'ici très inutilement.
Le Consul d'Alep au Ministre
Alep, le 6 septembre 1725
(^Aff, Etr. Corresp. consulaire : Alep ci Alexandrctte, et Corrcsp. diplom, T. 7 j, /. i^y)
Sommaire : Fuite du patriarche Sylvestre, qui s'est rendu à Tripoli chez le Consul d'Angleterre. Les grecs d'Alep, ruinés par ses extorsions et ses tyrannies, demandent justice.
J*ai reçu la lettre que Votre Grandeur m'a fait Thonneur de m'écrire le 22 mai dernier.
Le patriarche grec Sylvestre partit furtivement de cette ville le 19 du mois passé à l'entrée de la nuit. On ne savait d'abord de quel côté il était allé; mais j'apprends aujourd'hui, par une lettre de Tripoli de Syrie, du premier de ce mois, qu'il s'y est réfugié chez le Consul d'Angleterre.
Ce que j'avais prédit à nos missionnaires, que ce patriarche travaillait lui-même à sa ruine par les violences qu'il exerçait contre les catholiques de sa nation, s'est ^nfin accompli ; et s'il m'est permis de le dire, j'y ai donné la dernière main, sans violence et sans éclat, en portant doucement mes plaintes comme je fis au Pacha le 21 juin, au sujet de la recherche que ce patriarche s'était avisé d'envoyer faire la veille dans notre église, par le chaoux qu'il avait de la Porte, et par les deux procureurs de sa nation. J'ai rendu compte de cette affaire à Votre Grandeur le 27 juin et le 2 juillet. J'ai eu l'honneur de lui mander que le Pacha m'avait promis d'écrire là-dessus à la Porte. 11 faut qu'il m'ait tenu parole, car on assure que ce sont les lettres que Sylvestre a reçues à ce sujet du patriarche de Jérusalem qui est aujourd'hui à Constantinople, qui lui ont fait prendre la résolution de s'absenter d'Alep.
Quoiqu'il en soit, le 19 du mois passé, le patriarche Sylvestre ayant été dans un jardin près de la ville avec deux ou trois de ses amis sous prétexte d'y souper, s'y travestit et sortit sans bruit par une porte de derrière qui donnait dans la campagne, où il trouva des chevaux et une escorte qu'un marchand Anglais, nommé Sherman, son zélé partisan, ou plutôt ennemi chimérique du Pape,
y avait envoyés pour le prendre et le conduire à Lattaquié, d'où il s'est rendu à Tripoli.
Les grecs, profitant de la conjoncture, furent dès le lendemain chez le Cadi, au nombre de quatre ou cinq cents, déposer que « Sylvestre, leur patriarche, depuis le jour de son arrivée à Alep, leur avait extorqué des sommes considérables, qu'il s'était appliquées à lui-même ; qu'il usait à l'égard de ceux d'entre les chrétiens grecs qui ne lui donnaient pas de l'argent, autant qu'il en demandait, de tous les moyens les plus injustes et les plus violents pour les y forcer, comme excommunications, emprisonnements, exils, confiscations de biens et coups de bâtons, leur reprochant qu'ils suivaient la secte des Francs et les faisant, sous ce prétexte, rançonner encore par les gens qui avaient en ce pays-ci la puissance en main ; que plusieurs de la nation grecque avaient abaudonné leurs maisons et leurs familles, et s'étaient éloignés de ce pays pour se délivrer de sa tyrannie ; et qu'eux, qui n'avaient plus la force de supporter ses violences, ses injustices et ses calomnies, demandaient qu'informations en fussent prises tant des turcs que des prêtres grecs témoins et bien instruits des faits avancés, pour sur leurs dépositions être dressé acte par la justice. »
Ce sont les termes du huget dont j'ai la copie. Sur quoi, 48 turcs et 13 prêtres grecs, ayant confirmé l'exposé ci-dessus par leur témoignage, le Cadi en a dénué acte aux requérants qui, en sortant de chez lui, allèrent chez le Pacha se plaindre que le métropolite de Damas, appelé Timothée, que le patriarche avait nommé son vicaire quelques jours avant sa fuite, avait détourné du trésor de l'église pour environ 9000 piastres d'ornements et d'argenterie, comme ils venaient de le vérifier sur les registres qu'ils en avaient.
Le métropolite, cité là-dessus par le Pacha, avoua qu'il avait pris les ornements et l'argenterie de l'église qu'on lui demandait, mais qu*il les avait remis au patriarche qui les avait fait passer chez le sieur Sherman, marchand Anglais, en nantissement de quelqu'argent qu'il avait emprunté de lui pour ses besoins particuliers. Le Pacha leur fit dresser deux hiigets ou actes de la déclaration du métropolite, qu'il fit mettre sur le champ en prison, les
fers aux pieds et au col, et il y est encore actuellement (1). Enfin le Pacha et le Cadi ont donné chacun un ilam ou représentation du tout à la Porte et qu'ils concluent par demander des ordres pour faire punir exemplairement Sylvestre. Je joins ici la traduction de l'acte du Pacha. Celui du Cadi est mot à mot la même chose. Je n'ai rien épargné pour avoir l'un et l'autre (2). Les grecs ont nommé trois personnes d'entr'eux pour, au nom de leur nation, aller porter à Constantinople toutes ces informations contre Sylvestre et demander un autre patriarche à leur choix, ou que celui-ci aille résider à Damas, où est son siège patriarcal, et qu'on leur rende leur évêque. nommé Hiérasimos, qui fut exilé d'ici, il y a quelques années, pour la religion catholique qu'il professe.
Ces députés doivent partir demain avec un officier que. le Pacha leur a prorais pour les accompagner. Ils sont munis de lettres de recommandation de tous les grands de ce pays-ci ; il y a tout lieu d'espérer qu'ils auront un heureux succès dans leur entreprise. J'informe de tout ceci Monsieur le Vicomte d'Andrezel qui, sans doute, mettra à profit la conjoncture. Il ne me convient pas. Monseigneur, de dire moi-même combien j'ai aidé les grecs par les conseils que je leur ai donnés et par l'arrêt favorable que mes insinuations leur ont procuré auprès des grands, que j'ai su ménager et mettre dans leurs intérêts par de petits présents qui ont soutenu mes bons offices, surtout le grand douanier qui, j'ose le
(1) Un mîssioiina ire Jésuite d^\lep écrit vers la même date» au supérieur des Jésuites de Constantinople : « Le lendemain de la fuite de Sylvestre» révéque de Hama, qu*il avait nommn pour' tenir sa place, a été emprisonné et mis aux fers ; il a déclaré qae son maître avait laisse entre les mains de M. Sherman, Anglais, une partie du trésor de Téglise avec les clefs. Une vingtaine de schismatiques dos plud entêtés sont aussi en prison ; d*autres n^osont paraître. Ceux «les prêtres catholiques qui, dans le temps de la persécution, avaient lu le formiihiire schismatique, se sout rétractés publiquement. Deux ou trois nouveaux prêtres ont fait profession de la foi catholique ; en un mot, les choses sont aujourd'hui sur un pied fort consolant pour la religion.»
(2) l/llam en question est daté du commencement de la lune de moharram 1139. Le Pacha fait connaître à la Porte les injustices commises par Sylvestre; les plaintes unanimes portées contre lui et sa fuite précipitée. Il demande qu'on se saisisse de lui partout où on le trouverait, qu'on lui fasse rendre les biens volés, qui dépassent cent bourses, et qu'il soit sévèrement puni. (Cf. Corresp. consulaire : Âlep et Alexandrette, à la même date.)
dire, est fort de mes amis, et que j*âi eu beaucoup moins de peine à disposer en leur faveur que je n'en ai eu à contenir le zèle à contretemps de quelques-uns de nos missionnaires. Voici^ l'extrait de l'acte d'assemblée où je fis appeler les quatre supérieurs de ceux-ci à ce sujet, le 27 du mois passé. Votre Grandeur remarquera qu'ils ne voulaient pas signer leurs réponses à mon exposé, parce que deux d'entr'eux, qui vraisemblablement pensent autrement de ce qu'ils furent obligés de dire en cette occasion, pour ne pas se distinguer des autres, allèguent qu'en signant le résultat de cette assemblée, ils ne prétendaient pas obliger les religieux de leurs Ordres, qui peut-être n'étaient pas de leur opinion, qu'il fallait laisser un chacun libre de se conduire suivant ses lumières, et que, pour eux, s'étant engagés de parole, ils jugeaient inutile de le faire encore par écrit (1).
( 1 ) Le Consul envoie, en môme temps, le compte-rendu de la oonférence dont il s'bgit. En yoîci le texte :
Le R. P. Gardien de Terre-Sainte loi présent, vint avant-hier accompagné de trois religieux de son Ordre, pour me dire que ceux des prêtres et des séculiers grecs qui avaient été séduits par le patriarche, ayant publiquement reconnu le scandale qu'ils avaient causé, eu souscrivant à la profession de foi erronée qu*il a publiée dans sa nation, Payant abjur^^e en présence de plus de cinq cents personnes, il jugeait, ainsi que toute sa communautéy que c*était une satisfaction aussi ample qu'on en pouvait attendre en ce pays-ci, et qu'il ne ferait aucune difficulté de relever ces personnes de la censura qu'ils avaient encourue ; mais qu'il avait ouï dire .que quelques autres R. Pères missionnaires en jugeaient autrement, et pi'étendaient que ce§ gens-là ne pouvaient être absous de leur péché qu'après Ta voir oonfeaaé publiquement une seconde fois, en pleine église et la corde au col. 11 ne m'appartient pas. Mes Révérends Pères, de juger sur de semblables matièi^es, qui ne sont pas de ma compétence. Je sais seulement qu'il conviendrait qu'il n'y eût point de diversité de sentiments entre nous sur cet article, et que, dans la conjoncture présente, vous deviez agir avec plus da prudence et de circonspection que jamais. C'est à quoi je prends la liberté de voua exhorter, vous suppliant de mettre ici, pour ma décharge, vos résolutions par écrit.
Signé : Pèlbran
Lesquels dits Rév. Pères ont tous été du même sentiment, que pour à présent, ce que les grecs ont fait suffit ; et qu'ils se contiendront d'*aller chez les grecs et d'en recevoir chez eux ; et les dits Rév. Pères n'ont pas voulu signer, jugeant qu'il n'était pas nécessaire.
Signé : Lullibr, chancelier»
P. S. du 9 septembre 1726 :
Je viens de recevoir une lettre de Monsieur Leraaire de Tripoli du 2 de ce mois par laquelle il me mande «que le Patriarche Sylvestre; étant arrivé à Lattaquié le 25 août, y avait nolisé un bateau pour le passer à Chypre, qu'un corsaire lui ayant donné chasse à demi-canal, il l'avait pris et ensuite renvoyé avec le bateau qui avait abordé à Gebely, d'où le patriarche, escorté par quatre cavaliers, était arrivé à Tripoli depuis trois jours, et avait été loger chez Monsieur le Consul d'Angleterre; qu'il paraissait publiquement, et que le même jour de ce mois il avait prêché dans l'église des grecs ; qu'il devait passer à Seyde, mais qu'on avait assuré Monsieur Lemaire que le Mutsellem ou commandant, en l'absence du Pacha de Tripoli, lui avait fait demander une caution de sa personne, sans quoi il se saisirait de lui. »
Tout cela semble se contredire. Si le patriarche se sent criminel, comment ose-t-il se montrer en public ? Et s'il n'avait rien sur son compte, pourquoi le Mutsellem lui demanderait-il une caution de sa personne pour le laisser sortir de Tripoli ? Quoi qu'il en soit, tout ce que j'ai eu l'honneur de mander à Votre Grandeur de l'évasion de ce patriarche et des suites qu'elle a eues, est trèsvéritable. Les gens, que la nation grecque a députés à Constantinople, partirent hier matin avec le kuget et les arrêts qu'ils ont obtenus contre lui.
Le Ministre a Fontenu, Consul a Smyrne
le 25 septembre 1726 (Marine ïï^, 12 j, f, 4^^ )
Sommaire : H faut protéger les Arméniens catholiques, mais avec prudence. L'ambassadeur agit à Constantinople pour obtenir la révocation des commandements obtenus contre les catholiques.
Quand je vous ai marqué, par ordre du Roi, de protéger, autant qu'il dépendrait de vous, les Arméniens catholiques pour la liberté de l'exercice de leur religion, l'intention de Sa Majesté n'a pas été que vous vous y employiez jusqu'à compromettre votre caractère et la Nation. Comme ils sont devenus depuis sujets du Grand Seigneur par ses conquêtes en Perse, vous ménagerez davan-
tage votre conduite à leur égard, pour ne point fournir aux turcs de prétexte de se plaindre que vous vous mêlez d'affaires qui ne regardent point la Nation.
Je suis informé depuis longtemps de la persécution qui a été excitée de la part des grecs schismatiques contre les missionnaires et religieux Francs, qui ont des établissements en Levant. J'ai écrit fortement, par ordre de Sa Majasté, à M. d'Andrezel, d'agir avec toute la vivacité et toute la prudence nécessaires pour la faire cesser. Je ne doute pas qu'il n'y parvienne, parce que les commandements surpris, et en vertu desquels la plupart de ces religieux ont été chassés de leurs couvents, sont contraires aux privilèges accordés par les Capitulations. Et comme il est difficile aux missionnaires de se contenir dans de pareilles occasions, j'ai mandé aux Consuls de les exciter à la patience et à la modération, jusqu'à ce qu'on ait pu obtenir le rétablissement de la liberté de leurs fonctions, qu'ils portent souvent trop loin et excitent la jalousie des grecs. Vous tiendrez la même conduite à l'égard de ceux qui sont à Smyrne.
Le Ministre au P. Fleuriau s. j.
procureur des mission.^ du Levant à Paris. -
le 17 octobre 1720
( Marifie, B"^, 12^, f. 402)
Sommaire : Dans les circonstances actuelles, il n*est pas prudent de laisser le P. Justiniani, sujet du Grand Seigneur, chapelain du vice- consul de Scio.
Je reçois une lettre du sieur Rougeau, vice-consul à Scio, par laquelle il m'informe que depuis les commandements qui ont été donnés par le Grand Seigneur, à la sollicitation des giecs schismatiques, et qui ont excité des troubles et des persécutions aux chrétiens catholiques des provinces de la Palestine et de la Syrie, le P. Justiniani, qui a été nommé chapelain de ce vice-consul, n'est regardé à Scio qu'avec jalousie de la part des turcs, parce qu'étant sujet du Grand Seigneur, ils s'imaginent qu'il s'est soustrait de son obéissance pour se soumettre à celle du Pape ; que le frère de ce religieux a été obligé de se tenir caché pour éviter qu*ils
n'entreprissent sur lui, et qu'étant à craindre qu'ils n'attentent sur la personne même du P. Justiniani, il conviendrait, pour la tranquillité de la religion dans cette ville, de lui ôter cette chapelle, et d'y nommer à sa place un Jésuite Français, à l'occasion duquel on n'aurait pas le même risque à courir. Comme il marque qu'il est pressant d'y pourvoir, j'ai cru devoir vous en faire part, et vous prier de me faire savoir si vous avez un autre religieux à proposer, pour en rendre compte au Roi.
Le Ministre a Pèlkhan, Consul a Alep
le 8 octobre 1726 {Mar'me.B:, 12^, f, ^86)
^ Sommaire : L*a!nbassadeur travaille à la révocation des commandements obtenus par les grecs.
Je suis bien touché de la persécution que souffre la religion catholique dans quelques parties du Levant, où plusieurs chrétiens, grecs et maronites, en font profession. M. d'Andrezel, suivant les ordres qui lui en ont été donnés, m'a marqué qu'il travaillait à faire révoquer les commandements, sollicités par les grecs schisraatiques, et qui ont excité ce trouble. J'espère qu'il y parviendra^ par la raison que ces commandements sont contraires aux Capitulations...
Je ne crois pas, ainsi que vous l'estimez, qu'il convienne aux deux Capucins chassés de Diarbékir d'y retourner, après l'incident qui leur est survenu en blessant d'un coup de pistolet un des janissaires du pays qui voulait les insulter, quelque sûreté qu'on voulût leur donner.
Je suis étonné que le sieur de Gardane n'étant point mort, ainsi qu'on l'a mandé plusieurs fois, ne m'ait envoyé aucune de ses lettres, ni au Conseil de la Marine, depuis plus de quatre ans, pendant que vous me marquez que des religieux et des particuliers en reçoivent, sans cependant qu'on m'ait fait part d'aucune.
Je suis bien aise des marques d'estime que vous vous êtes attirées de la part du Pacha d'A^lep. Je suis persuadé que vous saurez les maintenir et vous en prévaloir dans les occasions où la Nation et la religion pourront en avoir besoin.
Le sieur Barbet m'écrit que plusieurs négociants Français d*Alep lui ont voulu confier leurs affaires de facturage à Alexandrette, et que ses prédécesseurs ont eu la liberté de remplir cette sorte de commission. Vous examinerez si ce fait est vrai, et s*il n*y aurait rien dans cette usage qui fût contraire au caractère et aux fonctions de ce vice-consul.
L'Ambassadeur au Ministre
Constantinople, le 17 ootobre 1726 ( Aff. Etr. corresp, diplom. Turquie, T. 7J, f, ipy)
Sommaire : L'Ambassadeur voudrait profiter des conjonctures présentes pour faire nommer un patriarche catholique. Il ajoute :
Mais comme c'est le Grand Seigneur ou le Grand Vizir qui nomment aux dignités de l'Eglise grecque, elles ne se confèrent jamais, si je l'ose dire, qu'au plus offrant et dernier enchérisseur : en quoi'les schismatiques, qui ont infiniment plus d'argent que les catholiques, ont encore un grand avantage sur ces derniers.
Le Ministre a Benoit Le Maire, Consul a Skyde
le 21 octobre 1726
(Ministère de la Marine, B', i2j,f. 407).
Sommaire : Ne pas laisser les chefs maronites venir à la Cour. Protéger les pauvres catholiques persécutés.
Je vous recommande de continuer, en toutes occasions, à détourner les projets qui pourraient être de la part des missionnaires du Kesrouan, ou de tout autre, pour envoyer quelques chefs des maronites à la Cour, sous prétexte d'apporter des présents à Sa Majesté, parce que ces sortes d'envoyés ne peuvent que causer de l'embarras et une dépense inutile (1).
( 1 ) Cette remarque est relative « au cheikh Nacif El-Kazeu de Bainit qui demandait au Roi, par rentremise du P. Fleuriau s. j., la permission de venir en France, sous prétexte d*amener quatre chevaux arabes et quelques étoffes de Damas pour Sa Majesté. » Le Ministre fait savoir au P. Fleuriau
Vous pouvez garder la médaille et la croix de l'Ordre de S. Lazare, qui avaient été données au sieur Marmagon, maronite, puisque vous les avez retirées et achetées de sa succession (1).
Le sieur Pèleran m'a informé des persécutions et désordres que le patriarche Sylvestre a causés aux chrétiens catholiques, pendant le séjour qu'il a fait à Âlep. Sa Majesté en a été très touchée et a donné de nouveaux ordres à M. d'Andrezel pour tâcher de faire révoquer les commandements sollicités par les grecs schisma tiques, qui ont causé ces nouveaux troubles. Par ses dernière lettres, on le lui avait promis. Vous continuerez, de votre part, à donner tous les secours qui pourront dépendre de vous, aux pauvres chrétieus du pays qui souffrent cettç persécution, en vous servant des bonnes dispositions que le Pacha peut avoir pour vous pour l'arrêter, observant toujours néanmoins d'agir avec prudence et de ne point compromettre votre caractère.
Le Consul d'Alep au Ministre
Alep, le 20 novembre 172Ô ( Aff, Etr, Corresp,consulatre : Alep et Alexandrcite )
Sommaire : U ne sait rien de Jean Abdalla. Il sera difficile d'établir Séraphim patriarche. Son caractère d'ailleurs est peu propre à concilier les esprits.
M. l'Ambassadeur m'a recommandé de m'informer de Jean Abdalla d'Alep, qui avait paru à Paris sous le titre de député des catholiques de Syrie à Rome, pour solliciter l'établissement de Séraphim sur le siège patriarcal des grecs à Antioche. Quelques perquisitions que j'aie faites pour cela jusqu'à cette heure, je n'ai pu rien apprendre ni de son caractère, ni de la mission dont il a dit être chargé.
Quant à Séraphim dont on demande l'établissement, je crois
que S. M. n*a pas cm devoir donner cette permission, parce que ces sortes d*étranger8 ne font qae causer des dépenses inutiles et latiguer par des demandes qu*on ne peut leur accorder sans inconvénients. » ibid. f. 421.
( 1 ) Sur ce personnage, cf. de la Roque, Voyage de Sjrie et du Mont Liban T. Uf p. 281 etc.
— 37fi —
qu*il est de mon devoir de vous représenter que son caractère trop hautain et trop violent n'est point du tout propre à concilier et à ramener solidement les esprits, que sa concurrence avec Sylvestre a si fort aigris. Ce Séraphim est neveu d'Eftimios, évêque de Seyde, que son zèle outré, dirigé par les missionnaires de Damas, avait brouillé avec le patriarche de Jérusalem, sous la juridiction duquel il était ; ce qui adonné naissance aux troubles qui régnent encore parmi les grecs ,* et il est de notoriété publique que Séraphim est encore plus véhément que son oncle.
D'ailleurs, Séraphim est trop connu à la Porte pour un élève de Rome, et il y a eu tant de commandements expédiés contre lui et qui l'obligent de se tenir caché à la montagne de Kesrouan, qu'on ne peut se déclarer en sa faveur sans exposer les missionnaires au péril certain d'être chassés de l'Empire Ottoman, comme seuls auteurs des divisions qu'il y a entre les sujets du Grand Seigneur.
Le parti qui s'oppose à Séraphim est autorisé par les ordres du Grand Seigneur et toujours le plus fort, quoique tous les grecs d'Alep se soient déclarés depuis peu contre' Sylvestre... Les gens qu'on a députés à Constantinople pour demander la révocation de Sylvestre écrivent ici que leurs instances à ce sujet ont été favorablement reçues à la Porte, et qu*ils espèrent terminer bientôt heureusement leur commission.
L'Ambassadeur au Ministre
Constantinople, le 20 décembre 1726
( Ajff. Etr. Corrcsp. diplom. Turquie, T. 7^. /. ^y ),
Sommaire : Le patriarche Sylvestre a étc destitué par le Suhan ; on dit que les grecs d'Alep ont obtenu que leur diocèse fût détaché du patriarcat d'Antiojhe. Destitution et mort du patriarche de Constantinople.
La fuite du patriarche Sylvestre a eu les suites les plus favorables pour le bien de la catholicité. Sur la dénonciation du Pacha d'Alep, qui avait présenté un arz ou mémoire, signé de plus de deux milles personnes, tant grecs que turcs, parmi lesquels plus de 250 émirs, le Grand Seigneur a destitué le dit patriarche, et a ordonné qu'il fût traduit de Tripoli de Syrie au dit Alep, pour y être confronté avec les plaignants, et lui a conjoint de restituer
tout ce qui aura été justifié indûment exigé, pour ensuite être mis en prison, d'où il ne sortira plus.
On ajoute que les grecs d'Alep ont trouvé le moyen de détacher le territoire d'Alep du patriarcat d'Antioche, où un métropolite indépendant sera nommé.
Le patriarche de Constantinople a aussi été changé. Il n'était point moins haineux que Sylvestre.
P. S. J'apprends que le patriarche de Constantinople dépossédé vient de mourir en prison. On soupçonne qu'il y a eu ordre de le faire mourir. C'était un très ignorant et fort méchant homme (1).
Le Ministre a Pèleran, Consul a âlep
le 18 décembre 1720
{Ministère de la Marine, B^, I2j, f. 44"/) Sommaire : H approuve la conduite du Consul à l'égard de Sylvestre.
J*ai lu tout ce que vous me mandez des suites de la visite que le chaoux de la Porte a prétendu faire dans Téglise de la Nation, le jour de la Fête-Dieu dernière, et j'en ai rendu compte au Roi. Sa Majesté a fort approuve^ la conduite que vous avez tenue pour .vous opposer à cette visite, et faire sentir au Pacha les raisons que vous aviez de vous en plaindre et qu'elle n'avait été entreprise qu'à l'instigation du patriarche Sylvestre. La manière dont ce Pacha les a reçues et qu'il a procédé contre le chaoux et le patriarche, fait espérer que M. d'Andrezel en tirera de l'avantage pour faire revenir les puissances de la Porte des préventions que les grecs leur avaient données contre les missionnaires et les religieux latins, pour surprendre d'eux les commandements, en vertu desquels ils ont été persécutés dans la plupart des échelles de Syrie et de Palestine, et pour les faire révoquer. Je sais quels sont les mouvements qu'il se donne depuis longtemps pour y parvenir ; mais ces derniers traits du caractère de Sylvestre en détermineront apparemment le succès, et j'attends de ses nouvelles avec quelque impatience sur ce sujet.
( 1 ) L'Ambassadeur ajoute ailleurs qu'il est en bons termes avec le nouveau patriarche de Constantinople.
Lb Consul d'Alep au Ministre
Alep, le 21 décembre 1726 (Aff, Etr. Corresp, consulaire : Alcp et Alexandrette)
Sommaire : Déposition de Sylvestre et du patriarche de Constantinople. Démembrement d'Alep du patriarcat d'Antioche.
Un des députés que la nation grecque d'AIep avait envoyés à Constantinople pour demander la déposition du patriarchç Sylvestre, ainsi que j'en ai rendu compte à Votre Grandeur par ma lettre du 6 septembre dernier, en est de retour en cette ville depuis ce matin. Il vient de me dire qu'ils avaient obtenu leurs demandes, que Sylvestre a été déposé, et qu'un divan-chaoux a apporté un commandement au Pacha pour faire comparaître devant lui ce patriarche, lui faire rendre compte de ses extorsions et lui faire restituer tout ce qu'il a pris injustement à sa nation ; que les deux autres députés (1) étaient restés à Constantinople pour attendre l'expédition des ordres que le Grand Vizir leur avait promis pour le démembrement d'AIep dn patriarcat d'Antioche ; qu'ils avaient dorénavant un métropolite indépendant, comuie il y en a un en Chypre (2) ; et qu'il y avait tout lieu d'espérer que la religion jouirait moyennant cela, de quelque tranquillité en ce pays.
Ce même député a aussi apporté la nouvelle que le patriarche grec de Constantinople avait été déposé ; tout son bien, qu'on fait monter à des sommes considérables, confisqué au profit du Grand Seigneur, et lui exilé de Constantinople ; qu'un de ses parents qu'on avait désigné son successeur, en était mort de joie en, 24 heures ; et que celui qui a été élu à sa place, est un homme paisible, dont on sera content ; que le siège d'Antioche est encore vacant, et que le Grand Vizir ayant demandé aux députés d'AIep de présenter quelqu'un pour l'occuper, ils avaient répondu
(1) Les trois députés s*appelaient : Chukrallah (ou Ghukry) Bitar, Az.ir ibn Âtallah Agiari et Nesrallah ibn Youaaef Coussa. (Annales manuBcrîtea des religieux Basiliene Ghouéirites, texte arabe)
(2) Il s*appelait Grégoire, évéque d'Hiéraclée (ibidem)
que c*était aux grecs de Damas à le Taire, puisque c'était à Damas que le patriarche devait résider dorénavant.
Je crois fort que les Damasquins préféreront pour cela Seraphim ; mais je ne sais s'il sera agréé par la Porte. J'informerai de tout cela Votre Grandeur, quand j'en saurai quelque chose de positif. J'informe nos missionnaires de se contenir en cette occasion plus qu'ils ne firent lors de l'élection de Sylvestre, contre lequel ils s'étaient si ouvertement déclarés que ce patriarche ne le leur a jamais pardonné, et qu'il a cherché tous les moyens possibles de se venger d'eux, en persécutant les catholiques, ainsi que j'en ai rendu compte à Votre Grandeur.
Il serait selon moi très nécessaire. Monseigneur, que Votre Grandeur donnât ses ordres à ceux qui ont la direction de ces missionnaires à Paris, afin qu'ils en écrivissent ici dans ce sens-là.
L'Ambassadeur au Ministre
Constantinople, le 18 février 1727 (Aff, Etr. Corrcsp. diplom, Turquie, T. 77, f. 72)
Sommaire : Les grecs de Conslanlinople travaillent au rétablissement de Sylvestre, en se chargeant de ses dettes.
Les patriarches de Constantinople et de Jérusalem font des tentatives pour le rétablissement de Sylvestre, qui se serait évadé de Tripoli et serait actuellement caché à Constantinople.
Ils cherchent à étouffer les plaintes des grecs d'Âlep, et ils ont commencé par installer un métropolite au dit Âlep, qui serait dépendant à l'avenir du patriarche de Constantinople. Ils ont donné ordre de faire restituer toute l'argenterie et ornements des églises grecques, avec un accord, dont les principaux des grecs de Constantinople sont caution, de payer dans trois ans tout ce qui serait dû aux particuliers d'Alep. Ils ne doutent pas d'y 'pouvoir réussir moyennant une quête que Sylvestre irait lui-même faire en Valachie et Moldavie, en sorte que les Alépins n'ayant plus rien par là à démêler avec Sylvestre, l'on pourrait rétablir ce dernier patriarche et il ferait sa résidence à Damas. Ce serait une nouvelle semence de troubles et de persécutions...
P. S. J'ai appris depuis que Sylvestre s'était réfugié chez le
Consul Anglais [de Tripoli] fort lié d'amitié avec le Consul Anglais d'Alep qui, de concert avec le nommé Shermen, négociant de la dite nation, avait prêté de Targent à Sylvestre. Le dit Shermen est ce même dont j'ai déjà écrit comme d'un ennemi déclaré du rit latin et que toutes les lettres à lui écrites par M. Stanjan (1), à ma prière, pour ne point prendre parti ouvertement contre les grecs catholiques, en se joignant aux grecs schimatiques, ne peuvent engager à laisser nos catholiques en repos. Ce serait un grand coup si on pouvait l'obliger à repasser en Angleterre.
Le Consul d'Alep au Ministre
Alep, le 24 mars 1727 (Aff. Etr, Corresp, consulaire : Alep et Alexandrette) Sommaire : Le nouvel évêque d'Alep rétablit les prêtres catholiques.
On a démembré Alep du patriarcat d'Antioche, et on l'a érigé en évêché dépendant du patriarcat de Constantinople. Le nouvel évêque vient d'envoyer un staticon^ c'est-à-dire une espèce de lettre pastorale, par lequel il rétablit tous les prêtres catholiques que Sylvestre avût interdits, et suspend tous ceux que Sylvestre avait ordonnés. La tranquillité qui depuis tant d'années était bannie de la nation grecque semble se rétablir.
Le Ministre a Louis Le Maire, Consul a Tripoli
le 26 mars 1727
(Marine, B\ 128, f, 38)
Sommaire : Réparation obtenue du Pacha et tranquillité des missionnaires.
J'ai reçu votre lettre du 10 novembre dernier qui m'informe que l'affaire qui vous avait été excitée et à la Nation de Tripoli de Syrie, a été terminée par les ordres que M. d'Andrezel a fait en-
( 1 ) Ambassadeur Anglais à Constantinople.
vojer au Pacha, ensuite desquels il vous a traité avec distinction dans l'audience qu'il vous a donnée à cette occasion. Vous ferez en sorte de vous en attirer la bienveillance et de vous le rendre plus favorable qu'il ne l'a été par le passé, et à la Nation.
J'apprends avec plaisir que les troubles causés à la religion dans votre échelle sont entièrement terminés , et que les missionnaires et autres religieux y exercent leurs fonctions avec tranquillité.
FONTENU, GÉRANT DE l' AMBASSADE DE CoNSTANTlNOPLE (1),
AU Mlnistre
Constantinople, le 19 juin 1727 (AJf. Etr. Corrcsp. dip. Turquie, T. yy,f. 162), Sommaire : H n'y a pas espoir d'établir Séraphira patriarche.
La nécessité qu'il y a d'éviter les instances inutiles et celles dont le succès est trop incertain, m'engage à ne point suivre celles qu'on avait commencées en faveur du patriarchô Cyrille (2), qui n'a aucun des moyens réels qu'a employés son compétiteur Sylvestre pour se maintenir dans le patriarcat de Damas, et éluder l'exécution des commandements qu'on avait obtenus contre lui.
Le Ministre a Fontenu, gérant l'Ambassade
le 2 juillet 1727 (Marine E^, 128, f. 70)
Sommaire : Il ne faut pas espérer de trouver en Sylvestre des désirs de paix, lui qui a manqué à ses promesses passées.
Il paraissait que sur les plaintes qui ont été faites des extorsions et de la mauvaise conduite qu'a tenue à Alep le patriarche Sylvestre, tant contre les chrétiens catholiques- que contre les grecs du pays, sa déposition devait en être une suite prochaine.
( 1 ) d^Andrezel était mort à Constantinople le 26 mars 1727. Fontenu fut chargé de l'intérim jusqu'à l'arrivée de Villeneuve.
(2) Séraphim Tanas avait pris, à son élection, le nom de Cyrille.
Cependant vous marquez qu'il se soutient par le moyen des donatives qu'il s'est mis en état de fournir. Il importerait peu pour le bien de la religion qu'il subsistât ou qu'un autre schismatique fût nommé à sa place, pourvu qu'on pût prendre avec l'un ou l'autre les mesures nécessaires pour le repos des missionnaires et le libre exercice de leurs fonctions. Mais on ne doit pas espérer de pareilles dispositions dans Sylvestre, puisqu'il a manqué à tout ce qu'il avait promis à cet égard à M. d'Andrezel.
Le Ministre a Pèlbran, Consul a Alep.
le 23 juillet 1727 (Marine B\ 128, f. 80)
Sommaire : L'Ambassadeur espère obtenir le commandement promis.
Vous aurez pu apprendre par le sieur de Fontenu, chargé de suivre à Constantinople les affaires de l'Ambassade de France, depuis la mort de M. d'Andrezel, la situation de celles qui concernent la religion et le patriarche Sylvestre. Suivant les derniers avis, la déposition de ce patriarche n'était pas sûre, parce qu'on prétend qu'il est protégé et qu'au moyen de donatives considérables qu'il était en état de faire, il pouvait bien être maintenu. Dans ce cas, il est à présumer que le Grand Seigneur ne refusera pas le commandement qui avait été promis à M. d'Andrezel pour rétablir la tranquillité de la religion dans les échelles, et la liberté aux missionnaires d'y exercer leurs fonctions.
Je ne puis au surplus qu'approuver que vous ayez informé feu M. d'Andrezel du caractère d'esprit de Séraphim, en faveur duquel les catholiques du pays sollicitent pour le faire nommer au lieu de Sylvestre, parce que si, comme vous le marquez, il est capable de jeter la religion dans de nouveaux embarras, il est bon qu'il ne soit pas écouté, et que le choix tombe sur un sujet plus paisible et moins entêté.
Lb Consul d'Albp au Ministre
Alep, le 2 août 1727 (Aff. Eir. Corresp. consulaire : Alep et Alexandrette)
Sommaire : On essaie en vain de réconcilier les Alépins avec Sylvestre. Le nouveeu métropolite est attendu.
Lé nommé Chukrj Bitar, député de la nation grecque, qui est encore à Constantinople, écrit qu'un prêtre hérétique d'ici ayant mandé au patriarche de Constantinople que tous les grecs d'Âlep, excepté trois ou quatre papistes du nombre desquels il met ce député, étaient tout disposés à faire la paix avec Sylvestre, moyennant qu'il rapportât les ornements de l'église, qu'il a divertis, et qu'il payât ce qu'il leur doit, le patriarche avait envoyé appeler le député et qu'il l'avait vivement pressé de s'accommoder avec Sylvestre ; mais qu'il avait tenu bon contre* toutes les menaces du patriarche ; et que s'en étant même plaint à Feizoulla, moulla cadilesker dé Natalie, et à Mohamed Ëmine aga, capikéhaya du Pacha d'Âlep^ ils avaient fait savoir au patriarche que s'il s'ingérait d'avantage dans les affaires des grecs d' Alep contre Sylvestre, ils le rendraient responsable lui-même de tout le mal qui pourrait s'en suivre. Chukry ajoute qu'il espère partir de Constantinople avec le nouveau métropolite d'Alep, aussitôt après les fêtes de Pâques prochaines.
Le Consul d'Alep au Ministre
Alep, le 20 octobre 1727 (Aff. Etr. Corresp. consulaire : Alep et Alexandrette)
Sommaire : Le patriarche de Constantinople veut imposer aux prêtres catholiques d'Alep une profession de foi hérétique. Expédients employés par Tévêque pour ne pas froisser la conscience de ces prêtres et contenter le patriarche.
Sylvestre n'a pas été dépossédé du patriarcat d'Antioche, mais Alep en a été démembré, et est aujourd'hui gouverné assez tran-
quillement par un évêque dépendant du patriarche de Constantinople. Sylvestre viendra résider à Damas, sans nulle juridiction sur Alep, après qu'il se sera acquitté des engagements qu'il a pris pour se maintenir sur sa chaire ; ce qui, dit-on, ne sera pas de quelque temps.
J'ai eu l'honneur d'informer Votre Grandeur par une lettre du 4 juillet dernier que le nouvel évêque grec d'Alep avait été chargé par les patriarches de Constantinople et de Jérusalem, à la sollicitation de celui d'Antioche, d'une profession de foi pleine d'hérésies, qu'il avait ordre de faire signer à dix ou douze prêtres catholiques que Sylvestre avait désignés ; et que cet évêque, connaissant l'impossibilité qu'il y avait à faire souscrire cette profess'on à ces prêtres, et le danger que courrait la nation grecque s'il ne donnait quelque satisfaction là-dessus aux patriarches, avait imaginé de faire lire à ces prêtres une autre profession de foi, dressée par le patriarche Athanase, et intitulée comme celle dont il est porteur, et d'envoyer ensuite un certificat aux patriarches contenant que tels et tels prêtres avaient lu et confessé en sa présence la profession de la sainte Eglise Orientale, orthodoxe et universelle.
Ce certificat n'ayant pas contenté les patriarches que Sylvestre ne cesse d'obséder, ils lui envoyèrent ordre, le mois passé, d'obliger les prêtres en question de signer eux-mêmes leu-r acceptation de la profession de foi au bas de la profession de foi même. Cela causa de nouveaux troubliis dans la nation grecque qui, je crois, auront des suites, quoique l'évêque se flatte de les faire cesser par le nouvel expédient qu'il propose, qui est de faire écrire et signer par les prêtres catholiques ces paroles-ci, au bas de la profession de foi envoyée par les patriarches : « De la part de tel prêtre de la Sainte Eglise, déclare et confesse que ceci est la croyance de l'Eglise Orientale. » Vous ne certifiez pas par là, dit l'évêque à ces prêtres, que ce soit votre croyance ; vous rendez témoignage à la vérité en disant que c'est là la croyance de TEglise Orientale qui, pour les catholiques, est reconnue schismatique et hérétique.
Les prêtres à qui on veut faire signer cette déclaration, après avoir consulté l'évêque maronite d'Alep, qui leur a répondu qu'ils pouvaient le faire en conscience, vinrent me prier de prendre aussi là^essus l'avis de nos missionnaires. Je les fis assembler et leur
exposai le fait. Ils disputèrent longtemps entre eux, et enfin le résultat fut que les Cordeliers et les Carmes furent pour l'affirmative, les Jésuites et les Capucins pour la négative.
Ce partage de sentiments entre nos missionnaires a causé un schisme parmi les prêtres qui les ont consultés. Quelques-uns, sur la foi des Cordeliers et des Carmes, ont signé la déclaration. Les autres, s*en tenant à l'avis des Jésuites et des Capucins, se sont cachés pour ne la pas signer. Et cette division de ces prêtres qui dans le plus fort de la persécution de Sylvestre avaient toujours été unis, fait murmurer et ébranle fort les catholiques de leur nation.
Lb Ministre a Benoit Le Maire, Consul a Seydb
le 21 janvier 1728^ (Marine 5^ i^i/. p) Sommaire : L'état de la religion est tranquille à Seyde.
L'état de la religion et la tranquillité dont jouissent les missionnaires qui sont dans l'étendue de votre consulat me font plaisir. Je vous recommande d'entretenir cette disposition autant que vous le pourrez.
Le Ministre a Pèlbran, Consul a Alep
le 21 janvier 1728 (Marine, B\ ^31, f^ 9)
Sommaire : Profiter des bonnes dispositions du nouvel évéque pour le maintien de la religion et des privilèges des missionnaires ; mais ne pas se mû 1er des affaires de doctrine.
J'ai lu ce que vous mandez ... de l'envoi à Alep d'un évêque grec chargé d'une profession de foi de l'Eglise Orientale, avec ordre de la faire signer à un nombre de prêtres catholiques désignés par Sylvestre. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, et des bonnes intentions dont fait preuve cet évêque, S. M. espère que vous en saurez profiter pour concilier sa conduite et celle des missionnaires,
de manière que ces derniers puissent exercer leurs fonctions pour le bien de la religion, avec la même tranquillité dont ils jouissaient avant les désordres que Sylvestre y avait attirés. Quant à la profession de foi, quelque hérétique qu'elle soit^ vous ne devez point vous en mêler ni prendre de parj;i, mais seulement interposer dans les discussions les offices' qui appartiennent à votre caractère, pour le maintien de la religion et des privilèges dont doivent jouir les missionnaires en Levant, suivant qu'il a été convenu par les Capitulations.
PÈLERAN, Consul a Alep, au Ministre
Alep, lo 19 mars 1728
(Aff, Etr. Corresp, consul. Alep et Alexandrette)
Sommaire : Bonnes dispositons de Tévéque grec. Indulgences ax:cordées par le Pape ; les grecs en profitent et viennent nombreux dans les églises latine et maronite. Les grecs catholiques paient régulièrement les droits de Tévéque.
L*évêque grec, qui a succédé au patriarche Sylvestre à Alep, continue à se conduire avec douceur et modération envers les catholiques de sa nation.
Le Pape a accordé des indulgences aux chrétiens orientaux qui pendant le carême assisteraient aux offices et aux prédications des missionnaires . . Les grecs surtout s'empressent de les gagner, en venant tous les dimanches en grand nombre à notre église ; d'autres fréquentent assidûment l'église des maronites pour entendre les sermons de l'évêque de cette nation qui passe pour un habile prédicateur, et qui est en grande vénération parmi tous les catholiques (1), de manière que dimanche dernier, l'évêque grec, ayant voulu officier pontificalement, ne trouva que peu de monde dans son église. Il s'emporta fortement et menaça sa nation de se retirer à Constantinople^ puisque tous les grecs de sa nation s'étaient ouvertement déclarés Francs. Les prêtres et les principaux de la
(1) Germanoa Farhat
nation eurent assez de peine à l'apaiser. On lui promit que Von ne s'absentera plus le jour où il y aura offrande pour lui . . .
J'en ai parlé à quelques-uns de nos missionnaires, qui m'ont assuré que les grecs catholiques qui fréquentent nos églises, sont les plus réguliers à payer les droits de l'évêque, des prêtres et de l'église, et qu'eux-mêmes, missionnaires, le leur ordonnaient expressément.
PÈLERAN, Consul a Albp, au Ministre
Alep, le !•' avril 1728
(Aff, Etr. Corresp. consul. Alep et Alexandretk)
Sommaire : L'évoque grec n'inquiétera pas ses ouailles pourvu qu'on lui paie ses droits. Elias Fakr schismatique plein de haine.
On m'assure que l'évêque grec est un homme simple, qui de lui-même n'inquiétera jamais ses ouailles sur le fait de la religion, pourvu qu'on lui paie largement ses droits et qu'on évite l'éclat. II supprima dimanche dernier, à la sollicitation des catholiques, la commémoraison que les schismatiques fout ce jour-là de Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, et substitua à sa place Grégoire le théologien. Cela lui attira des reproches et même des menaces de la part d'un nommé Elias Fakr, grec, drogman du Consul d'Angleterre à Alep, qui, après avoir passé pour catholique dans l'esprit des missionnaires de Tripoli de Syrie, où il était établi il y a quelques années, jusque-là qu'ils engagèrent le feu Pape Clément XI à lui envoyer un bref fort honorable, des médailles et l'ordre du chevalier de l'Eperon d'or, est devenu le plus envenimé hérétique qu'il y ait parmi les grecs de ce pays-ci. Cet Elias a menacé l'évêque d'informer le patriarche de Constantinople qu'il changeait ici le rit des grecs, et qu'il souffrait que sa nation se fit Franque. Ce démêlé n'a pas laissé que de faire de la peine à l'évêque et à tous les catholiques.
Le Ministre a. Pèlbran, Consul a Alep
le 28 jaUlet 1728 (Marine, J5^ 131, f. 40)
Sommaire : Le Consul doit user de son influence pour éviter toute querelle entre catholiques et schismatiques.
Je ne puis qu^approuver la conduite que vous avez marqué avoir tenue jusqu'à présent avec l'évêque des grecs d' Alep; et je ne doute point que les égards que vous lui témoignez, joints à la modération observée par les missionnaires, n'aient beaucoup contribué à l'engager d'en user comme il fait avec les catholiques de sa nation. Je suis bien aise de savoir que la brouillerie survenue à l'occasion du concours de ceux-ci à l'église des Cordeliers et a celle des maronites n'ait point eu de suite ; et je compte que s'il arrivait de nouvelles querelles entre les catholiques et les schismatiques, vous trouveriez le moyen de les apaiser et de concilier les esprifâ par le crédit que vous avez sur les uns et les autres, sans cependant vous mêler de ce ([ui regarde la doctrine dans leurs discussions.
Instructions données au Marquis de Villeneuve, nommé ambassadeur a constantinople
le 11 août 1728
(Affaires Etr. Corresp. diplomatique, Turquie, T. 78./. 84) Résumé da chapitre relatif à la religion ( 1 ) :
« Il y a trois grands objets dans la Turquie pour l'avancement de la religion : la conversion des turcs, la réunion des schismatiques grecs et arméniens et l'extirpation des erreurs et des hérésies que l'ignorance ou la grossièreté a fait glisser insensiblement dans ces deux églises. »
Au sujet du premier point relatif à la conversion des tares :
( 1 ) Nous donnons ce résumé tel que nous Tavons dans nos notes.
« Les lois des turcs sont si sévères sur ce point . . que les Papes ont jugé à propos, avec beaucoup de raisons, de défendre aux missionnaires de leur en parler. »
Pour le 2« et 3*^ point :
« Les grecs et les arméniens . . sont entretenus par leurs chefs dans une espace d'horreur des latins »
Ils persécutent les catholiques qae TAmbassadeur dn Roi doit protéger. Gomment pourra-t-il 8*acquiter de cet office ? Il y a deux méthodes pour protéger les catholiques : V Re :ourir à la Porte ; — 2° Gagner les chefs des églises.
La l*"" méthode, est délicate et dangereuse :
« La protection générale que les Sultans ont consenti que les Rois de France donnassent à la religion chrétienne ne regarde que les établissements que les îatins avaient dans l'Empire Ottoman lors des premiers traités. »
La 2* méthode est préférable :
« Ménager les chefs des églises grecques et arméniennes ; leur persuader qu'on n'en veut point directement à leur autorité ni à leur rit ; qu'aucune vue d'intérêt temporel n'entre dans notre conduite ; mais que touchés de l'ignorance où un long esclavage entretient leurs peuples, le Pape et les missionnaires n'ont d'autre but que de nous approcher insensiblement les uns des autres, en adoucissant les obstacles qui nous séparent, afin de conduire les choses à une réunion si désirable pour les différents partis et à une intelligence qui, bien ménagée, peut contribuer à procurer aux uns et aux autres plus d'égards de la part des turcs. »
Pblbran, Consul a Alep, au Ministre
Alep, le 23 octobre 1728 ( Aff. Eir, Corresp, Consul, Alep et Alexandrette )
Sommaire : Il y a, à Alep, dix prêtres grecs catholiques pour 12000 grecs catholiques.
Les grecs catholiques d'Alep continuent à être contents de leur évéque qui laisse aux missionnaires pleine liberté... Ils se plaignent seulement de ce qu'il ne veut ordonner aucun prêtre qui n'ait
préalablement lu la profession de foi apportée de Constantinople. Cela est cause qu'ils ne peuvent avoir autant de prêtres catholiques qu'il leur en faudrait. Ils ne ont que dix qui ne peuvent suffire à plus de douze mille catholiques qu'on assure qu'il y a parmi les grecs d'Alep.
Le Ministre au Marquis de Villeneuve, Ambassadeur a
Constantinople
le 29 juin 1729
( Marine, B\ i^J,/» 182 )
Sommaire : Il faut protéger les religieux de Naxie contre les grecs qui les persécutent.
Le mémoire que vous trouverez ci-joint m'a été remis par M. le Nonce de la part de la Congrégation de Propaganda Fide, à laquelle les religieux de Naxie se sont adressés pour demander protection contre les persécutions qu'ils souffrent en cette île de la part des grecs schismatiques. Vous y verrez que leur situation est telle que si vous n'obtenez incessamment les ordres dont ils ont besoin, non seulement pour se trouver à l'abri des effets de la haine de ces grecs, mais encore pour se faire restituer les terres et les revenus qu'on leur a enlevés, ils seront obligés de quitter ces établissements. Le Roi désire qu^ vous fassiez tout ce qui dépendra de vous pour obtenir les commandements qui leur sont nécessaires pour pouvoir y demeurer avec tranquillité, et pour qu'on les remette dans l'état auquel ils étaient précédemment.
L'Ambassadeur au Ministre
Conatantinople, le 15 janvier 1730 (1).
( Aff. Etr. Corresp, diplom, Turquie, T. 82. f, /p )
Sommaire ; Il serait très difficile et inopportun de travailler à rétablissement de Cyrille comme patriarche d'Antioche.
J'ai reçu avec la dépêche dont vous m'aviez honoré le 27 sep-
( 1 ) Toate cette dépêche est chiffrée.
tembre dernier, la copie du Bref du Pape au Roi et celle du mémoirô concernant les religieux établis dans le Naxivan, province de la grande Arménie. Lorsque les deux Dominicains, à qui vous avez remis une lettre pour moi, seront arrivés en ce pays-ci, j'agirai de concert avec eux pour faciliter, autant qu'il sera possible, le succès de leurs démarches en y gardant cependant les ménagements nécessaires en pareilles matières, et dont il convient d'autant moins de s'écarter dans les conjonctures présentes qu'outre la jalousie que les turcs ont lorsqu'on veut se mêler des peuples qui leur sont soumis, les ministres qui gouvernent aujourd'hui ne sont nullement disposés en faveur des catholiques latins.
A l'égard du Bref du Pape par lequel Sa Sainteté réclame la protection du Roi pour le rétablissement de M. Cyrille dans le patriarcat d'Antioche (1), j'aurai l'honneur de vous dire que peu de temps après mon arrivée en ce pays-ci, quelques évêques grecs catholiques de Syrie et de Palestine, aussi bien que quelques missionnaires m'écrivirent sur le même sujet, en me représentant que je ferais un grand bien pour la catholicité dans ces deux provinces, si M. Cyrille était remis en place ; et ils me priaient de me charger de cette bonne œuvre.
Comme je n'avais pas entendu parler de cette affaire, je voulais, avant que de prendre aucune détermination et de vous en écrire, savoir de quoi il était question. Par les éclaircissements ({ui me furent donnés, j'appris que M. Athanase, qui remplissait le patriarcat d'Autioche, étant mort pendant l'ambassade de M.
(1) Le Bref de Benoit XIII au Roi est du 12 août 1729.
En voici les principaux passages :
« Insigni quidem consolatione diuturnum dolorezn hujus sanctœ Sedis leniverat divina Benignitas, cum Antiochenae Ëcdesisa schismatiois patriarchis Bubjeotse, post ducentos demum et amplius annos, Yen. Frater Gyrillus catholicus patriarcha electus, certisque adjectis pro animarum tranquillitate conditionibus confirmatus a nobis est. Sed schismaticorum malitia et pravitate ad versus gratise opéra bellum gerente, fructus quos sperabamus ex légitima et optatissima electione, intercipi et perire deflemus. »
Le Pape continue en décrivant les persécutions dont les catholiques sont les victimes et exhorte vivement le Roi à les protéger et à obtenir la reconnaissance de Cyrille (Aff. Etr. Corresp. dipl. T. 79. f. 85).
Chauvelin^ garde des sceaux, communique le bref à Tambassadeur, sans insister. Ailleurs il écrit : « Le Roi souhaite qu^il paraisse par les effets que S. M. TOUS a fait agir conformément à ce que le Pape a désiré d'elle, ït
d*Andrezel, les grecs catholiques avaient élu M. Cyrille pour lur succéder, et que cette élection avait été favorisée par le Pacha de Damas, au moyen de quelques bourses d'argent qui lui avaient été données ; mais que les grecs schismatiques s'en étaient plaints au patriarche de Constantinople, à qui le droit de nommer à ce patriarcat appartient, de même qu'au Grand Seigneur qui doit confirmer pareilles nominations pour qu'elles soient valables, l'élection de M. Cyrille avait été annulée, et que le patriarche de Constantinople avait conféré cette dignité à M. Sylvestre, avec l'approbation de la Porte ; que ce nouveau patriarche étant allé à Alep, et les tyrannies qu'il avait exercées contre les gens du pays y ayant causé une espèce d'émeute, le Grand Seigneur avait rendu deux commandements, l'un pour le destituer du patriarcat, et l'autre pour le contraindre à restituer les sommes considérables que Ton prétendait qu'il avait prises ; que Sylvestre ayant eu connaissance de ces commandements, s'était enfui d'Âlep, et avait resté caché pendant quelque temps ; mais qu'ayant ensuite fait agir ses amis et distribuer de l'argent aux ministres de la Porte, il avait été rétabli dans le patriarcat, malgré les oppositions des grecs catholiques soutenus par M. d'Ândrezel, qui avait présenté au grand Vizir plusieurs mémoires pour se plaindre que le patriarche avait violé nos privilèges en laissant entrer dans l'église française d'Alep un chaoux pour surprendre des grecs ; et que depuis le rétablissement de Sylvestre tous les mouvements que l'on s'était donnés pour révoquer ce dernier commandement et faire revivre les deux rendus contre lui avaient été sans effet.
Dans cette situation, je crus qu'il était inutile de vous rendre compte de la proposition qui m'avait été faite par ces évêques et par ces missionnaires, ne me paraissant pas praticable de hasarder en faveur de M. Cyrille aucune démarche dont on ne peut espérer le moindre succès, à moins qu'il ne survienne quelque changement dans le Ministère présent.
Mais, après vous avoir représenté les difficultés que j'entrevois au rétablissement .de M. Cyrille, en supposant même que Ton peut parvenir à les surmonter, je ne sais si la religion y gagnerait autant que l'on a voulu le persuader au Pape. Voici quelles sont mes raisons d'en douter :
Je conviens que M. Sylvestre est ennemi déclaré des latins et ^ue M. Cyrille est bon catholique et soumis au Saint-Siège. Mais
on doit penser en même temps que le zèle de ce dernier pour la religion, connu de tous les grecs schismatiques, sera toujours un motif pour les animer contre lui ; que ceux-ci sont soutenus du crédit des patriarches de Constantinople et de Jérusalem et du Drpgman de la Porte, et qu'ils ont, de. plus, trente ou quarante mille écus à distribuer, qu'ils trouvent avec facilité parmi eux lorsqu'il s'agit de défendre leur rit, tandis que la pauvreté des latins les met hors d'état de se procurer de pareilles ressources. Il est donc certain que M. Cyrille ne pourrait être rétabli dans le patriarcat d'Antioche sans grandes agitations de la part des grecs, qui, selon moi, seraient plus nuisibles à la religion qu'elle ne retirerait d'avantages des bonnes intentions et du zèle de M. Cyrille.
Pour en être persuadé, il suffit de se rappeler le commandement obtenu par les grecs en 1725, par lequel il est ordonné de faire sortir nos missionnaires de tous les états du Grand Seigneur, à l'exception des lieux de la résidence des consuls.
Nous avons à la vérité trouvé le moyen d'en empêcher l'exécution ; mais oh n'a pas pu jusqu'à présent le faire révoquer ; j'ai déjà pris quelques mesures pour y parvenir ; je ne sais si elles me réussii'ont ; il est cependant très essentiel d'éviter qu'il ne survienne des tracasseries entre les latins et les grecs.
Je dois vous ajouter encore que selon la connaissance que j'ai acquise depuis que je suis ici sur les affaires qui concernent la religion, il ne me paraît pas que ce ^oit un moyen pour l'augmenter dans les états du Grand Seigneur que de placer dans les patriarcats des catholiques attachés au Saint-Siège, surtout lorsqu'ils seront reconnus pour tels. Je crois au contraire qu'elle fera plus de progrès lorsque ces dignités seront remplies par des grecs modérés, et que nos missionnaires voudront bien ne pas se livrer aux mouvements de leur zèle. Je me le persuade de même avec d'autant plus de raison, que les patriarches qui peuvent avoir assez d'autorité pour nuire aux latins ou pour empêcher que les grecs ne leur suscitent certaines avanies, n'en ont pas assez pour les protéger ouvertement ; et que lorsqu'il s'est trouvé des patriarches qui ne se sont pas ménagés à cet égard, il leur en a coûté leur destitution ; et il n'en est revenu d'autre avantage aux catholiques que le mérite d'avoir souffert de plus grandes persécutions.
Ce qui me confirme encore davantage dans cette opinion, c'est présentement l'état de nos missions en Levant. Quoique le patrie
arche de Constantinople soit le premier en dignité, la considération que s*est acquise le patriarche de Jérusalem le rend le maître absolu du gouvernement de toute l'Eglise Grecque, bien qu'on ne saurait dire que ce dernier ne soit attaché à sa doctrine ; mais comme il est d'un caractère paisible, il contient tous les grecs, de façon que depuis quinze mois que je suis ici, il ne m'est revenu de nul endroit qu'il eût causé du trouble à aucun de nos missionnaires. Ceux même que nous avons dans les villes de Damas et de Diarbékir, dépendantes du patriarcat d'Antiocbe, dont les fonctions sont exercées aujourd'hui par un métropolitain nommé par M. Sylvestre, jouissent d'autant de tranquillité que partout ailleurs. Il est vrai que j'ai tâché d'y contribuer en insinuant à nos missionnaires, dans toutes les lettres que je leur ai écrites, de se conduire avec modération, en engageant le patriarche de Jérusalem d'exiger la même chose des grecs. Je crois que c'est la seule manière de travailler utilement dans ce pays-ci pour le bien de la religion.
Vous trouverez peut-être que je me suis trop étendu sur cette matière. Mais elle m'a paru assez importante, surtout par rapport aux suppliques qui peuvent être présentées à la Cour de Rome et renvoyées en France, pour ne pas vous faire part de toutes mes réflexions et vous présenter les choses telles qu'elles me paraissent.
L'AMBASSADEUR AU MiNISTRB
Constantinople, le 15 avril 1730
( Aff. EU\ Corresp. dipL Turquie, T. S2,f. ^j )
Sommaire : Les Hollandais agissent contre le catholicisme et la France. Le Gouvernement turc supprime les consulats de l'Archipel et des Dardanelles.
J'ai su que les ministres de la Porte ont reçu de fortes impressions d'un mémoire qui leur a été présenté, dont l'objet était de leur persuader que les Français nuisaient en plusieurs manières aux sujets du Grand Seigneur et à la religion mahométane, que le Roi se servait de la considération qu'on avait pour lui dans cet empire pour favoriser les vues de la Cour de Rome ; que le grand nombre de missionnaires auxquels il accordait la protection dans le
Levant, ne travaillait qu'à étendre la religion catholique parmi les arméniens, les grecs et les autres nations sujettes du Grand Seigneur ; que les consuls de l'Archipel recevaient chez eux les corsaires de Malte, qu'ils leur donnaient des avis et les favorisaient en toutes occasions ; que l'on offrait de prouver au grand Vizir qu'il y avait à Constantinople plusieurs maisons de religieux missionnaires qui y étaient établis sans commandement, sans permission, sans titre, et qui ne se soutenaient qu'à la faveur de l'Ambassadeur de France, et de lui découvrir les menées et les intrigues dont ces missionnaires se servaient soit pour faire embrasser la religion catholique aux sujets de Sa Hautesse, soit pour favoriser l'évasion d'une infinité d'esclaves ; on ajoutait dans ce mémoire que le commerce des Français n'était pas pour les turcs d'une si grande importance qu'on se le figurait, et qu'il leur serait beaucoup plus utile de se borner à celui des Hollandais.
Je ne dois pas vous laisser ignorer que j'ai appris, par des personnes de la maison du grand Vizir et du Capitan-Pacha, que ce mémoire était venu directement de la part de l'Ambassadeur de Hollande. Je sais même que, quoique suivant les apparences ces impressions aient contribué à déterminer ces ministres à rendre le commandement pour la suppression des consulats de l'Archipel et des Dardanelles, ils n^nt pas laissé de condamner la démarche de l'Ambassadeur et de s'en expliquer en termes peu honorables pour lui.
Le Père Pierre Fromage S. J. a un Jésuite Allemand
Antoura, le 25 avril 1730
(Lettre traduite du Neue-Welt-Bott (i), T, III, vol. II, part. 21 et 22,
Sommaire : Etat de la Mission de Syrie en 1730. Détails sur la vie des missionnaires.
(1) Le Neue-Welt-Bott (Nouveau courrier du monde) est une publication allemande entreprise par le Père Stôoklein S. J., analogue aux Lettres Edifiantes.
Mon Révérend Père, P. C.
L'an passé, je reçus à Tripoli de Syrie une lettre de votre Révérence, datée du 15 juillet 1729, et j'en reçois aujourd'hui un.* seconde ; craignant que ma première réponse ne soit pas arrivée à destination, je réponds aux deux à la fois.
Et d'abord je remercie le Seigneur qui, prenant en pitié cette Mission, a préparé en votre personne, au moment où nous avons plus que jamais besoin de secours, un ouvrier capable de travailler avec succès à cette partie de sa vigne ; à Alep et à Damas grandissent deux belles et florissantes chrétientés ; cependant dans chacune de ces villes nous n'avons que deux prêtres. Je me trouvais dans la première : à la suite d'un travail excessif et non interrompu, je suis tombé gravement malade et, par ordre dômes supérieurs, j'ai été envoyé ici pour refaire un peu mes forces épuisées.
En attendant, je demande à la miséricorde divine de nous regarder, nous et notre Mission, d'un œil propice et de vous envoyer ici, en compagnie de plusieurs autres Pères Allemands ; quoique vous ne connaissiez pas l'arabe, le plus tôt sera le meilleur. Car, bien que la connaissance de cette langue soif très utile, l'étudier, comme on le fait en Europe, dans les livres, n'est pas nécessaire. Ici un missionnaire peut apprendre tout ce qui est utile pour gagner des âmes mieux et plus vite que hors du pays. Je vous conseillerais de préférence, aussitôt que les supérieurs vous auront permis de partir pour la Syrie, de vous appliquer un peu à l'étude de la langue française (1) qui, en ces contrées du Levant, peut être profitable au salut d'un grand nombre d'àmes. Des obstacles s'élèveront peut-être devant vous pour vous empêcher de suivre votre vocation : placez toute votre confiance en Dieu ; avec son secours tout-puissant vous triompherez de toutes les difficultés, d'autant plus facilement que vous n'avez d'autre fin et intention que la gloire de Dieu et le salut des âmes.
( 1) Ou italienne: le texte allcmaDd a Texpression *' welsche „ (mot-à-mot étranger), qui signifie italien ou finançais suivant le pays dans lequel elle est employée.
Je réponds maintenant aux questions que vous m*avez posées :
1. Nous ne sommes exposés en Syrie à aucun péril de mort, sinon à la peste qui, depuis vingt et un ans que je suis dans ce pays, nous a déjà visités cinq fois. En outre, beaucoup de missionnaires succombent à la suite d'un travail excessif, faute d'avoir eu les
- loisirs nécessaires pour se soigner : en elfet, comme les chrétiens sont très nombreux, les missionnaires sont sans cesse appelés au près ou au loin, soit pour les malades, soit pour les cérémonies sacrées, soit pour les retraites et les missions.
Les brigands dont le Père Nachi fait mention dans sa lettre no parcourent que la Galilée. Au reste, nous n'avons rien à craindre d'eux : nous voyageons avec des habits usés, sans argent, sans provisions, et on peut par conséquent nous appliquer le vers du poète :
~ Décantât vacuus coram latrone viator,
2. A Alep, on compte 40000 chrétiens; à Damas 25000 dont les trois quarts environ sont catholiques ; à Tripoli, au contraire, les habitants sont des hérétiques obstinés comme l'étaient autrefois ceux d'Alep et de Damas. A Sidon (Saïda), les hérétiques n'osent plus remuer ; à Antoura, la plus grande partie de la population est composée de pieux maronites, bons catholiques qui ont besoin non de conversion, mais d'instruction. Leur nation s'étend sur toute la chaîne de l'Antiliban.
An Caire, en Egypte, il y a des chrétiens appartenant à différents rites. Les Coptes, qui sont les plus nombreux, se montrèrent d'abord si ignorants et en même temps si opiniâtres, que nous n'avions aucun espoir de les voir un jour embrasser la foi catholique. Aujourd'hui cependant, contre toute espérance, ils commencent à ouvrir les yeux à la lumière. Il y a aussi en ce pays beaucoup de marchands étrangers, surtout des grecs, catholiques pour la plupart. Je vous renvoie pour ce qui regarde la mission de Galilée a ce que le Père Nacchi en a rapporté dans sa lettre ; de même pour le séminaire qui a été fondé ici à Antoura, par ordre de notre T. R. P. Général, et qui servira grandement à la propagation de la foi. Mais pour réaliser de si belles espérances, il est absolument nécessaire d'avoir des ouvriers capables ; afin donc que ces œuvres si utiles réussissent selon notre désir, il faut que Votre Révérence ne se contente pas seulement de prier le bon Dieu avec nous, mais
qu'elle gagne à notre cause quelques Jésuites Allemands, qui viennent partager nos travaux pour la plus grande gloire de Dieu, et unir leurs eJBForts aux nôtres. Si quelques personnes charitables voulaient soutenir cette nouvelle entreprise par des aumônes, que Votre Révérence les accepte sans hésiter : elles ne seront pas employées à notre usage, mais uniquement au salut des âmes. Un élève de ce séminaire coûte par an 40 florins. Les secours que nous avons reçus jusqu'ici nous ont permis d'élever huit séminaristes ; puisse Notre-Seigneur inspirer à quelques pieux Allemands la pensée de consolider par leurs libéralités le capital que nous avons recueilli en France.
3. Bien qu'il soit rart^ qu'un mahométan ou un juif adulte se convertisse à la foi chrétienne, nous administrons du moins le baptême, sous apparence de remède, à de nombreux enfants turcs en danger de mort : nous pouvons faire cela grâce à la distribution des médicaments reçus de France.
4. Ni à la maison, ni en mission, aucun Père n'est longtemps sans compagnon ni sans le viatique nécessaire ; dans les rares occasions où le cas s'est présenté et où il se pourrait présenter encore par suite de quehjue grave nécessité, on a soin d'observer les deux règles suivantes : Il faut que le missionnaire accepte volontairement la chose, et que son séjour hors de la résidence ne se prolonge pas au delà de deux ou trois mois : c'est ainsi que notre P. Général l'a réglé.
5. Notre Mission de Syrie est complètement indépendante de celle de Constant inople ; nous avons notre 'supérieur à nous. C'est actuellement le R. P. Marc- Antoine Treflfons qui salue affectueusement Votre Révérence, en la priant de se rendre au plus tôt auprès de nous avec plusieurs Jésuites Allemands dont Dieu toucherait le cœur ; s'il se peut, prenez des ailes et volez vite jusqu'à nous : ce sont ses propres paroles.
6. Quant aux objets d ^. piété, tels que chapelets, petites croix, images, etc., nous pouvons facilement les distribuer ici avec profit pour les âmes. Cependant je désirerais que vous ne dépensiez rien en Allemagne dans ce but, quelque saint qu'il soit. Nous pouvons nous en procurer presque gratuitement, par les bateaux qui font le service entre Constantinople et les villes de Sidon et Tripoli.
Pour répondre à toutes vos questions, je dois vous dire que dans nos Missions, d'après mon expérience, l'arabe est nécessaire, le
turc partout utile, rarménien seulement à Alep et au Caire [?], le syriaque nulle part.
7. Les frais de voyage pour un missionnaire qui vient en Syrie sont payés par le Procureur à Paris, le P. Le Camus qui, en vertu d'un contrat, donne à chacun 150 florins ; avec cet argent vous pourrez venir de Vienne à Constantinople ; puis vous traverserez à peu de frais sur un bateau français la mer grecque [ou archipel] et nous paierons ici aux capitaines les dépenses que vous aurez faites.
Oardez-vous surtout de faire par terre le voyage de Constantinople à Alep, ce qui serait très coûteux et très pénible.
8. Ici les supérieurs n'ont pas coutume de changer les missionnaires de résidence, sans nécessité pressante. C'est pourquoi ces changements se font rarement et pour motif grave.
9. En temps de guerre entre les chrétiens et les pusulmans, les missionnaires et les chrétiens de ce pays jouissent d'une tranquillité plus grande qu'auparavant. Plus les Allemands battent vigoureusement les Turcs, plus ceux-ci se montrent doux envers nous et envers tous les chrétiens de l'empire.
10. La voie la plus facile pour nous écrire d'Allemagne est la voie de Constantinople, L'adresse de l'enveloppe extérieure doit être au nom du Supérieur général S. J., qui fait parvenir les lettres dans les diflerentes Missions.
11. Quant aux livres dont un missionnaire a ici besoin, il les trouvera dans le lieu où il est envoyé. C'est pourquoi il semble inutile de se mettre en peine de les acheter ailleurs. Cependant si quelques livres vous étaient offerts, surtout les Controverses du cardinal Bellarmin ou des Concordances, rien n'empêche de les accepter, à moins que les frais de transport pour arriver à Constantinoplte ne soient par trop élevés ; de cette ville à Antoura les frais sont insignifiants.
12. Le premier fondateur de notre mission de Damas était un Allemand, le second un Anglais (1). Nous avons maintenant pour
( 1 ) Le fondateur de la Mission de Damas fût le P. Jérôme Queyrot, Français. Nous ne savons pas pourquoi le P. Fromage le fait Anglais ; à moins que . son texte n'ait été mal rendu en Allemand. Il était accompagné du F. Guillaume Valrad Bangen né, il est vrai« sur les bords du Rhin, mais appartenant À la Province de France.
nous aider deux Pères Italiens (1). La plupart des autres missionnaires sont, il est vrai, Français ; mais tous, nous désirons que les Pères Allemands viennent à notre secours dès qu'il se pourra faire.
( 1 ) Le P. Fromage fait allusion aux Pères Nacchi, maronite de Chypre, et Thomas de Domînicis, chaldéon de Diarbékir : voici d'ailleurs le status de la Mission de Syrie pour 1730, que le regretté P. Van Meurs, archiviste de la Compagnie de Jésus, avait bien voulu nous communiquer : i
STATUS ALEPI
R. P. Franc-Ludovicus de Bussj/, sup. (Provineiae Francise), natus 8 mart. 1682 ; ingrossus 2 dec. 1700 ; professus 2 feb. 1716.
P. Franc. -Xaverius Petitqueux, capelL, conf. (Pr, Campaniae), n. 24 maii 1683 ; i. 11 oct. 1702 ; p. 2 feb. 1717.
F. JoanneB David, coquus (Pr.,Campani3e), n. 30 feb. 1700 ; i. 28 dec. 1725 ; coadj. formatus 2 feb. 1736.
DAMASCI
R. P. Yvo de Lerne, sup. (Pr. Francise), n. 25 nov. 1670; i. 17 sept. 1687 ; p. 2 feb. 1705.
P. Marc-Anton. Séguran, magister schol. (Pr. Aquitanise), n. 1 feb. 16 97; i. 25 sept. 1713.
F. Antonius Becardt/, coq. ( Pr. Tulosanfe ).