L'AMBASSADEUR AU MINISTRE
Constantinople, le Ï3 juin 1780 (Aff. Etr, Corresp. diplom. T. 82^ f, 2;^, dépêche chiffrée^ Sommaire : Troubles causés par les ordres de Rome.
J'avais pensé que tout ce qu'on pouvait faire de plus utile pour la religion en ce pays-ci était d'y éviter les divisions entre les catholiques latins et les grecs. Le patriarche de Jérusalem s'était prêté à mes vues et il avait agi dans le même esprit auprès de ses métropolites. Mais nos missionnaires n'aiment pas la tranquillité. Le sieur Pèleran m'écrit qu'ils avaient reçu des ordres de la Sacrée Congrégation, sans doute mandés de leur part, pçir lesquels le Pape déclare M. Cyrille légitime patriarche d'Antioche et lui envoie en même temps le pallium. Le Pape ordonne encore aux prêtres grecs catholiques de la Syrie de le reconnaître pour tel, et leur défend d'avoir aucune communication avec l'évêque d'Alep, qu'il déclare schismatique et hérétique.
Je dois vous faire deux réflexions à ce sujet : l'une, que M. Cyrille ayant été élu patriarche, il y a quelques années, par les catholiques de Syrie, son élection fut rejetée par la Porte ; et l'autre, que les prêtres catholiques grecs, auxquels la Cour de Rome fait défense de reconnaître l'évêque d'Alep, sont sujets du Grand Seigneur.
Les patriarches de Constantinople et de Jérusalem, qui ont été instruits des ordres envoyés en Syrie par la Cour de Rome, ont fait plusieurs assemblées avec leurs métropolites, sur les mesures qu'ils croiront convenable de prendre pour en empêcher l'exécution et pour nuire aux catholiques latins. Je suis persuadé qu'ils ne négligeront rien pour pouvoir obtenir que le commandement rendu en 1725 et par lequel il était ordonné de faire sortir tous nos religieux des endroits où nous n'avions point de consul établi soit exécuté
Il me semble que puisque le Roi est le protecteur de la religion en Levant, la Cour de Rome devrait prévenir Sa Majesté avant de hasarder certaines démarches qui peuvent entraîner des suites fâcheuses pour la catholicité, et produire des événements aussi embarrassants que désagréables pour les ambassadeurs.
Le patriarche de Jérusalem m'a fait dire par le docteur Fonséca que puisque les latins n'avaient aucun ménagement pour les grecs, je ne devais pas trouver mauvais que les grecs fissent de leur côté ce qu'ils trouveraient bon. J'ai chargé le docteur Fonsécâ de l'aller voir de ma part, et de le prier d'empêcher qu'il ne soit fait aucun mouvement à la Porte sur cette affaire, jusqu'à ce que nous en sachions le détail.
PÈLERA.N, Consul a Alep, a l'Ambassadeur
, Alep. le 22 juin 1730
( Aff. Eir. Corrcsp, diplom, Turquie y T 82, f. 261)
Sommaire : Difficulté à roccasion d'un petit enfant que les missionnaires essaient de sauver d'une apostasie forcée.
Hier à neuf heures du matin, Osman Pacha envoya dire à mes drogmans par un de ses officiers qu'il voulait leur parler. Ils furent chez lui aussitôt après m'en avoir informé ; et le Pacha tirant de son sein un mémoire, leur dit, en présence du Mouftj (jui était auprès de lui, qu'une femme surienue s'étant faite turque depuis quatre jours, aussi bien qu'un jeune enfant qu'elle avait, deux chrétiens de la même nation voulant sauver cet enfant, l'avaient mené chez les religieux qui sont logés au khan des Cordiers, ( c'est le khan où je loge), et qu'un de ces religieux nommé Abonna Boutros, ou le Père Pierre, lui avait dit en propres termes : « Est-il vrai, mon enfant, que vous vous soyez fait turc ? Pensez que si vous quittez la religion chrétienne, vous irez en enfer et que vous brûlerez dans les flammes étemelles auxquelles les turcs sont condamnés. Je vous ferai secrètement passer en chrétienté où vous vivrez heureux et dans la bonne religion etc. » qu'ayant gagné l'enfant par ce moyen, il l'avait caché chez eux 24 heures et « sans doute il l'aurait fait évader comme tant d'autres, dit le Pacha, si je n'avais été informé de son dessein assez à temps pour le traverser. J'ai l'enfant en mon pouvoir aussi bien que ceux qui l'avaient amené chez les Pères, et je veux absolument avoir le Père Pierre pour le retenir aux fers en prison, jusqu'à la réponse de la Porte, que j'informerai de sa conduite en cette affaire. »
Les drogmans répondirent au Pacha qu'il y avait vérî-
tablemftnt des religieux logés dans le khan que j'occupe, qui étaient mes chapelains, mais qu'aucun d'eux ne s'appelait Pierre, et que sans doute on avait mal informé le Pacha. Celui-ci répliqua en colère qu'il était sûr de ce qu'il disait, et qu'il voulait avoir ce religieux, soit qu'il s'appelât Pierre ou autrement. Il ajouta sur le même ton, qu'il ne suffisait pas aux missionnaires de pervertir les chrétiens sujets du Grand Seigneur, en les attirant à la religion des Francs, nonobstant les défenses de SaHautesse, mais qu'ils voulaient encore retenir et empêcher ceux qui étaient appelés à la religion de Mahomet de l'embrasser, en traitant les musulmans de damnés ; qu'il y mettrait bon ordre et qu'absolument il voulait qu'on lui remît le Père qui avait caché l'enfant dans son couvent et qui l'avait si bien prêché. « Allez, dit-il, le dire au Consul et rapportezmoi incessamment. sa réponse.»
Je fus autant surpris que mortifié en apprenant cette nouvelle; j'envoyai sur-le-champ appeler le Père supérieur des Jésuites pour savoir de lui la vérité de l'aff'aire, puisque c'étaient eux qu'on accusait d'avoir recelé l'enfant. Le Père m'avoua que lundi matin le frère de cet enfant et un autre chrétien le lui avaient amené chez lui et lui avaient dit que la mère du même enfant s'étant faite turque, on ne manquerait pas de faire embrasser la même religion à ce pauvre innocent, si les Pères ne voulaient avoir la charité de le cacher chez eux pendant quelques jours et de le faire ensuite dépayser ; qu'il n'avait pas voulu se charger de cette commission trop dangereuse, et que tout ce qu'il avait pu leur accorder c'était qu'il cacherait cet enfant jusqu'au lendemain, qu'ils le viendront reprendre pour en faire ce qu'ils jugeraient à propos ; qu'en effet, le lendemain, c'est-à-dire avant-hier de grand matin, les mêmes chrétiens étaient venus quérir l'enfant, et qu'il n'en avait plus entendu parler que depuis une heure qu'on lui avait dit que le Pacha avait fait saisir l'enfant et les deux chrétiens qui l'avaient amené au couvent.
Comme ces mêmes chrétiens, après une rude bastonnade, avaient confessé toute l'affaire au Pacha et que d'ailleurs il y avait d'autres témoins qui avaient vu entrer cet enfant chez les Jésuites, il était impraticable de nier absolument la chose ; et je chargeai les drogmans d'aller dire au Pacha que sur ce qu'il m'avait fait savoir, j'avais envoyé appeler les Pères Jésuites, mes chapelains, et que les ayant interrogés sur l'affaire^ ilsm'avaiept
naïvement avoué que lundi matin deux chrétiens, qu'ils ne connaissaient pas, avaient amené chez eux un petit enfant, et qu'ils leur avaient dit qu'ayant affaire dans la ville pour un heure ou deux heures, ils les priaient de souffrir qjie cet enfant restât au couvent ce temps-là, ne pouvant, disaient-ils, le traîner avec eux dans les différents endroits où ils devaient aller ; que les Pères charitablement y avait consenti, et que ce ne fut pas sans surprise qu'ils virent arriver la nuit sans voir paraître les gens qui leur avaient confié cet enfant ; que ne sachant où l'envoyer, ne connaissant point ses parents, ils avaient été obligés de le garder chez eux jusqu'au lendemain, que les deux mêmes chrétiens qui le leur avaient consigné étaient venus le reprendre, et que c'était tout ce qu'ils en savaient.
Le Pacha répondit avec indignation qu'il s'était bien douté que nous donnerions ce tour à la chose et que nous nous garderions bien d'avouer' la vérité ; qu'il nous convenait de la nier, mais qu'il lui conveuait aussi de me faire savoir qu'il avait fait faire déjà deux ilams sur cette affaire, l'un par le Cadi et l'autre par le Moufty, et qu'il les allait envoyer à la Porte, d'où il était sûr qu'il recevrait des ordres sévères contre les missionnaires, et qu'il m'en prévenait à l'avance. « C'est assez, ajouta-t-il, de ce qu'ils ont fait jusqu'ici^ dont on n'a pas eu assez de preuves pour les en châtier. Aujourd'hui que j'en ai de fortes, il faut que la Porte en soit histruite et et qu'on y mette ordre, cette affaire étant de plus grande conséquence qu'on ne pense. »
Aussitôt que j'eus reçu cette réponse du Pacha, je fis assembler les missionnaires pour la leur communiquer. Ils blâmèrent d'autant plus l'imprudence du Père Jésuite en cette occasion, qu'il n'y a guère plus de deux mois qu'il s'était embarrassé dans une affaire de même espèce, que j'eus bien de la peine d'assoupir. Ils reconnaissent, mais trop tard, qu'il ne faut pas toujours s'abandcjnner à l'ardeur de son zèle et que cette affaire-ci est très sérieuse. Ils supplient aujourd'hui V. E. de tâcher de détourner le coup que Osman Pacha a menacé de leur porter. Je prévois avec chagrin que cela donnera bien des occupations désagréables à V. E. La déposition des deux chrétiens et les deux ilayns faits en conséquence sont des pièces difficiles à détruire. En attendant le dénouement de cette triste affaire, les missionnaires m'ont tous promis de se tenir chacun chez soi et d'interdire entièrement la mission.
Sommaire : Notice sur le P. Rabbath. — Continuation de la publication des Documents inédits.
A. Au moment où paraissait le second fascicule du tome II de ces Documents, le P. Ai Rabbath ne pouvait guère soupçonner que ses forces allaient trahir ses espoirs de missionnaire et de publiciste. Si sa parfaite résignation et son complet abandon à la Providence, quand lui fut signifié Tarrét divin, n'avaient calmé ou du moins adouci tous ses regrets, Tun des plus vifs assurément aurait été de renoncer à une entreprise préparée avec tant de soin et poursuivie avec tant de constance.
Il avait, en effet, le goût et les aptitudes pour mener à bien la tâche heureusement commencée. Né le 23 juin 1867, d'une honorable famille de commerçants, de rite syrien catholique, il passa son enfance dans Alep, l'un des centres les plus importants du commerce du Levant et de l'activité des missionnaires européens, du XVIP au XIX^ siècle. Son père ayant été amené par les intérêts de son commerce à Beyrouth, la ville du Levant la plus riche en institutions scolaires, le jeûne Antoine fut placé pendant deux ans, comme pensionnaire au collège grec-catholique. Il suivit ensuite, comme externe, les classes de l'Université Saint-Joseph, dirigée par les Jésuites. Inscrit pour recevoir l'enseignement classique, il mena de front, et avec un égal succès, l'étude de l'arabe, du français, du latin et du grec. Ces connaissances linguistiques, ajoutées à celles du syriaque et de l'anglais, qu'il eut, un peu plus tard, l'occasion d'apprendre, le préparaient déjà, à son insu, à l'œuvre qui devait absorber en grande partie l'activité de sa trop courte carrière.
En 1883-84, quand l'excellent élève de l'Université Saint-Joseph était sur le point de s'éloigner, il se sentait pris depuis plusieurs années d'une admiration réfléchie pour la vie des missionnaires qui avaient évangélisé sa patrie aux siècles précédents, et y avaient cimenté de leurs sueurs la chrétienté catholique. Ame gé-
néreuse, éprise de dévouement et de perfection, Antoine sollicita son admission dans la Compagnie de Jésus. Les signes de vocation religieuse ne semblaient sans doute pas douteux. Mais, à ce moment sa famille avait d'autres vues sur cet enfant. Elle comptait d'autant plus sur lui qu'on le pressentait aussi habile et avisé que probe et consciencieux dans le maniement des affaires; avec cela, doué de cette urbanité exquise, qui distingue assez souvent les aiepins, d'après l'adage : « Halabî chalabl ». (Notice sur le P. Â. Rabbath, par le P* A. Cheikho, dans le Bulletin annuel de l'Association amicale des Anciens Elèves de l'Université Saint-Joseph, 1913).
Aussi le père d'Antoine Rabbath nourrissait-il l'espoir de voir son commerce prospérer plus que jamais sous la direction d'un tel âls, et il ne consentait pas, quoique bon catholique, au départ qui brisait la brillante chaîne de ses rêves paternels. Le jeune collégien, avant même d'avoir achevé ses études, fut placé dans la maison de commerce de son beau-frère, à Alexandrie. Un an s'écoula, au bout duquel le jeune homme, sentant plus irrésistible que jamais au fond du cœur l'appel de la vocation religieuse, ne prit plus conseil que de lui-même et de sa conscience. Il s'embarqua pour la France ; et de là il partit pour le noviciat de la Province de Lyon, déjà transféré depuis plusieurs années en Angleterre. Appliqué plus tard à compléter sa formation par de sérieuses études littéraires, philosophiques et théologiques, le P. Rabbath réalisa les espérances que sa première jeunesse avait fait concevoir. En même temps son zèle et ses vertus indiscutables qui, dans les relations avec les étrangers^ se tempéraient d'une prévenance discrète, promettaient un excellent ouvrier apostolique.
Dès les premières années de sa vie religieuse^ un désir avait commencé de le hanter : connaître et faire connaître les travaux des anciens missionnaires, des Jésuites surtout. Il employait déjà la plus grande partie de ses vacances à copier de sa main ou à faire copier les documents dont il se proposait d'entreprendre plus tard la publication. A vrai dire^ ces documents, surtout ceux qui sont tirés des Archives de la Compagnie de Jésus, n'ont pas tous été recueillis par le P. Rabbath. Nous pensons bien être son interprète, et satisfaire en même temps à un petit devoir de justice, en déclarant que plusieurs vétérans de la mission de Syrie, et en particu-
lier le P. Â.bougit (1), ayaient déjà réuni plus de 2500 pages manuscrites. Mais ridée de compléter ce recueil en fouillant les bibliothèques publiques, comme le projet de publier les pièces si laborieusement rassemblées, sont bien propres au P. Rabbath.
Déchargé de tout emploi, il aurait probablement publié la moitié de la collection. Mais, sans parler de la longue formation intellectuelle et religieuse exigée par son institut, il dut passer trois ans dans les fonctions de professeur ou surveillant au collège de Beyrouth ; et ce fut l'époque où il fit représenter sa tragédie arabe des Barmécides, publiée plus tard dans la revue arabe Al^Uach-riq.
Retourné en Europe pour ses études théologiques, il assistait et prenait la parole au Congrès des Orientalistes tenu à Paris en 1897. Rentré en Sjrie en 1902, il remplit avec un égal succès une triple tâche. Il fut missionnaire, soit à Beyrouth, soit dans les diverses régions du Liban. Dans l'intervalle de ces prédications ou de ces excursions apostoliques, il écrivit de nombreux articles pour la revue arabe Al^Machriq (2), et pour le journal arabe Al-^Bachir, dont il fut le directeur de 1902 à 1905. Puis, aussitôt que ces divers travaux lui donnaient quelque répit, il reprenait la publication de ses documents ; car il ne désirait rien tant que de faire connaître les travaux des anciens missionnaires et d'augmenter ainsi les sympathies de l'Europe pour un pays qu'il aimait beaucoup, mais sans exclusivisme.
( 1 ) Le P. Louia-Xavîer Âboagit avait copié ou fait copier ces pièces d*aprÔB ToriginaL pendant son séjour à Rome en 1846. — Né au Pay en 1819, il entra dans la Compagnie de Jésas en 1842, partit pour la Syrie en 1846. Il enseigna quelque temps la théologie morale à Ghazir, et se montra, jusqu'au déclin complet de ses forces, missionnaire infatigable. Il moui*ut à Ghazir, le 16 Juillet 1895. — Voir la liste de ses nombreuses publications dans Sommervogel, Bmioth. de la C* de Jéius, t. VIII, Supplément, Paris, 1898, pp. 1564,
(2) Voici la liste des publications du P. Rabbath parues dans le Machriq: Le roi du Maroc et le pape Innocent IV: t. VI, 1109. — Les Eglises orientales et les erreurs calvinistes au 17* siècle : VI, 766, 795. — Réponse du patriarche Macaire aux erreurs calvinistes : VII, 766, 795. — Clément VII et Gabriel, patriarche des Coptes : VII, 852, 881, 955. — Un nouveau document du patriarche Gabriel : X, 584.— Les 89 articles de TEglise anglicane : VII, 985. — Uo-
Il y a quelques années, plusieurs des principaux personnages du rite syrien, qui considéraient les mérites de leur distingué compatriote comme un titre de gloire pour leur nation, s'avisèrent de lui proposer un siège épiscopal syrien. Dans leur pensée, il devait même^ le cas échéant, occuper un siège plus élevé.
Fidèle à ses vœux, il déclina ces avances avec autant de fermeté que de courtoisie. Il n'ignorait sans doute pas les épines dont une couronne épiscopale ou patriarcale est hérissée en Orient, plus encore qu'en Occident. Mais il suffisait que la dignité dont on voulait l'investir fût peu compatible avec sa vocation, pour qu'il l'écart&t résolument de sa tète : et puis, s'il était heureux de se dépenser généreusement à instruire et à évangéliser les Chrétiens de tous rites, il se souciait moins de limiter ses efforts à une petite portion du vaste champ ouvert au missionnaire catholique.
Vers le temps où il se dérobait ainsi au redoutable honneur de l'épiscopat, il se livrait tout entier à des excursions apostoliques, autant pour satisfaire le zèle qui l'animait, que pour fortifier ses yeux dont la fatigue était due en partie à ses efforts pour déchiffrer les photographies de certains manuscrits.
Pendant le carême de 1911, il prêchait avec sa facilité, son entrain et son succès ordinaires dans le grand village d'Âmchit, situé à 30 kilomètres au nord-est de Beyrouth. Quelques agitateurs, révoltés contre leur Patriarche, résolurent d'arrêter, par un acte de violence, ses prédications. Un vaurien, à leur instigation, lança une cartouche de dynamite devant la maison où il logeait. Le Père ne fut pas atteint ; toutefois, le choc physique et surtout la secous* se morale, produite sur sou organisme nerveux et délicat, furent extrêmes ; on peut même se demander si ce contre-coup n'avança
mélîe de laint Jean-Ghrjsostome, d*après un ancien ma. : VIII, 34. — Décoi*ationa officielles du Saint-Siège ; IX, 289. — Un Oriental compagnon des premiers conquérants du Pérou : IX, 15. — Traditions chrétiennes en Amérique avant Christophe Colomb : IX, 73.— Vie de Abdallah Qaraali par son disciple Bondi (18<» siècle): X, 625, 595, 730, 798.— Premier voyage d'un Oriental en Amérique : Y, 821 ; IX, 470.— Les livres canoniques dans TEglise orthodoxe: XII, 801. — Les Barmécides (tragédie) XIIL 252> 355, 418, 498. — L'émigrant syrien en Amérique : XIII, 926. — Le tentation de Jésus-Christ au désert, 205. — Les SS. Evangiles : authenticité, intégrité, véracité, 241, 833, 598, 598, 692, 910. ^ Relations enti*e TOrieni et rOocident, 548.
pas de quelques mois la manifestation du mal qui, déjà, le minait sourdement. — Peu de mois après cet attentat, des douleurs d*entrailles trahirent la présence d*une maladie que ni la science ni les soins les plus dévoués ne pouvaient conjurer.
Toutes les ressources de Fart médical et de la charité fraternelle la plus attentive lui furent prodiguées, à Beyrouth comme à Lyon. Dans cette dernière ville, un habile chirurgien, en pratiquant une opération, essaya d'extirper le mal dont on venait de reconnaître la nature. La marche du cancer fut ainsi retardée, mais non ar-> rëtée ; la vie du pauvre malade ne fut bientôt plus qu'une longue et douloureuse agonie. Au retour de Lyon, force lui fut de s'aliter à Alexandrie, d'abord chez son frère, puis au collège Saint-François-Xavier, dirigé par les Jésuites et proche des magasins de M. Salim Rabbath. Là, entouré des soins les plus prévenants qui continuaient ceux de sa famille, il attendit avec une résignation et une patience admirables, le signal de la délivrance : offrant à Dieu, d'un grand cœur, le sacrifice de sa vie, pour l'Eglise, la Compagnie de Jésus et pour la prospérité, religieuse surtout, de sa chère Syrie. Laissant ainsi tous ceux qui l'approchaient à la fois émus de pitié et profondément édifiés, il se dégagea de ses liens mortels, le 11 mai 1913, un mois et demi avant d'avoir achevé la 46® année de son âge.
B. Nonobstant de sérieuses raisons, telles que le manque de loisirs suffisants, qui nous dissuadaient d'entreprendre l'œuvre de publication, interrompue par le décès du très regretté Père Rabbath, nous nous sommes incliné devant les invitations autorisées qui nous étaient faites. Toutefois, comme la bonne volonté, par elle seule, n'est pas, ici, une garantie suffisante, nous n'espérons pas atteindre, dans notre travail, le degré de perfection réalisé en beaucoup d*œuvres similaires. Au surplus, ce n'est pas à nous que revient le mérite d'avoir recueilli les documents dont nous continuons la publication. A ce point de vue, nous déclinons tout l'honneur et aussi toute responsabilité. Nous avons sous les yeux des pièces de toute provenance : il en est beaucoup de complètes, et dont l'origine est indiquée ; d'autres sont incomplètes et se réduisent à un ou plusieurs extraits, ou même à une simple analyse ; enfin, dans quelques cas, assez rares, la provenance de la pièce n'est pas marquée.
ou ne porte qa'une date incertaine. Ne pouvant, d'ordinaire, soumettre à un nouveau contrôle ces documents, nous les livrerons tels que nous les avons reçus et, cela va de soi, sans altération, coupure ou déguisement d'aucune sorte. Que cette sincérité soit notre excuse, si nous ne retranchons pas des lettres du P. Maniglier par exemple certaines affaires de comptes, fastidieuses pour la plupart des lecteurs, mais qui nous fournissent Tun des traits caractéristiques de la situation d*une communauté sous le vieux régime turc.
Déjà, dans ce fascicule, nous aurions voulu suivre plus strictement Tordre chronologique. Mais le choix des pièces publiées dans les cinq premiers fa&cicules, et où nombre de questions importantes ont été traitées, restreignait un peu notre liberté de méthode et, d'autre part, diminuait les inconvénients d'un certain éclectisme. — Bien que la plupart des questions auxquelles ont trait les documents du fascicule YI soient déjà quelque peu connues par les lecteurs des précédentes livraisons, nous avons jugé utile de mettre une sorte d'introduction en tête de telle ou telle série de documents. En raison de ces aperçus plus synthétiques et du supplément de lumière, résultant de la juxtaposition des pièces relatives à la même matière ou à la même période, il semblait superflu de multiplier les indications et les détails autour de certains noms. Car ce n'est pas une histoire que nous composons : ce sont des matériaux d'importance diverse que nous mettons à la disposition de tous ceux qu'in<^ téresse l'histoire du Levant et, en particulier, celle du mouvement chrétien et catholique, en Turquie et en Perse.
D'ailleurs, les différentes pièces, connexes l'une à l'autre, ne peuvent que rarement, en raison de leur nombre, de leur date, des autres questions qu'elles soulèvent, paraître dans le même fascicule. Ces documents ajournés sont destinés à être publiés plus tard ; ainsi, les informations se compléteront peu à peu et, sauf le fini et l'harmonie qui résultent de l'art et de la composition, elles fourniront sur certains points une connaissance exacte, provenant directement des sources. — Pour faciliter l'utilisation des documents inédits, il faudra naturellement, comme pour le tome P^ faire suivre chaque volume d'une table détaillée des noms et des matières. . Tel est le plan que nous suivrons, dans la mesure où la Providence, maîtresse de notre activité ainsi que de nos jours, permettra* de l'accomplir. Nous remercions à l'avance tous ceux dont nous at-
tendons aide ou conseil et, particulièrement, avec le R. P. Ley, le R. P. L. Cheikbo, si parfaitement versé dans la connaissance des choses religieuses de l'Orient. C'est justice, enfin, d'envoyer un hommage reconnaissant à ceux qui, avec autant de largeur d'esprit que de générosité, veulent que, dans la mesure où cela dépend d'eux, l'histoire de la Compagnie de Jésus et de ses Missions soit présentée sans fard, telle que la montre la sincérité des documents.
François Tournebizb, s. j.
Beyrouth, le 2& février 1914.
Lettre du consul d*âlep a l^ambassadeur [marquis de Villeneuve], (suite) (1).
1 . Comme il ne serait pas prudent de confier ce paquet cj à un olak (2) à Âlep, de peur d'interception, je me hâte de renvoyer par un courrier au Baylan (3), afin qu'on le remette au premier olak qui passera allant à Constantinople. Je crains que les informations du pacha sur cette affaire ne précèdent de beaucoup la réception de cette lettre, et que V. E. ne trouve les esprits de la Porte tout à fait prévenus contre les missionnaires. On me rend en ce moment la lettre que V. E. m'a fait l'honneur de m'écrire le 30 du mois passé.
L'archevêque Aftimos au Roi (4).
28 Septembre 1706.
(Aff. Etr. Aff. religieuses et Missions du Levant).
2. A Sa Majesté, notre seigneur, roi des rois, très puissant et très-haut, de la religion chrétienne. Que Dieu vous conserve à notre affection, augmente votre gloire et vous rende toujours victorieux et triomphant, en Orient et en Occident, pour la propagation de la religion du Christ !
( 1 ) Voir le oommenoement de la lettre, t. II« fasc. 2, pp. 406-408.
(2) Oulaq , courrier, messager, surtout courrier à cheval, par opposition à ta'yt, ooureur. — Barbier de Mejnard, Diot. turc- français, toI I. p. 187.
(8) Village qui servait de station estivale, à deux lieues d'AIexandrette.
(4) Aftimos, identique avec Euthjme, Eufthymios, dont il est longuement parlé dans le T. I des Doe. pp. 536-543, 548-553, etc. Il est mort en 1824, Ùid. p. 566.
Quoique nos cous soient courbés sous le joug des musulmans^ nous nous reconnaissons vos sujets et ceux de vos ancêtres.
C*est pourquoi, tous nous offrons au Dieu très-haut nos supplications pour vous et pour votre famille dans toutes nos prières. A vous, comme à un père tendre et bienfaisant, nous offrons notre gratitude pour Taumône de cent piastres que Votre Majesté a fait parvenir à notre prêtre, par la main de Monsieur Pontchartrain, en vue d*un hospice que nous avions Tintention d'établir. Et maintenant, par votre concours, il est achevé et est devenu un refuge pour lej\ malades et pour les pèlerins de Jérusalem, de toutes les nations chrétiennes.
Notre gratitude augmente pour vos bienfaits envers le fils de notre sœur, qui a été élevé sous votre ombre et a acquis quelques connaissances, comme il nous en a écrit (1). Pour cela, nous ne cesserons de prier Dieu de protéger vos drapeaux et d*élever votre gloire ; qu'il mette la paix et la concorde entre tous les rois chrétiens, pour l'exaltation de la religion chrétienne catholique, et qu'il répande sur vous l'abondance des trésors de ses bénédictions.
t L. S. Le serviteur qui prie pour V. M."
Aftimos, Archevêque de Tyr et Sidon, fils de l'Eglise Romaine.
Le p. Bourgnon S. J. au P. [Claude] Oérin a Damas (2).
Gonstantinople, 8 Jain 1725 (Aff. Etr, Corr. dtpl. Turquie. T. yo, /. 14^).
3. Sommaire : A. Nouvelle apportée à Gonstantinople de la délivrance d'un prisonnier catholique par les Janissaires. — B. Le patriarche Sylvestre menace, puis s'adoucit par suite des remontrances venues de Pambassadeur. Prudence recommandée aux missionnaires.
A. Par le retour de l'exprès de Damas, renvoya d'ici il y a quelques jours, j'ai eu l'honneur de vous marquer comme S. E.
(1) Voir plus loin. Lettres sur les enfants de langaes élevés à Paris, au collège Louis le Grand, n. 42 et suiv.
(2) Jacques Bourgnon, de la prov. d*Aquitaiae, novice en oct. 1677, mort
M. notre ambassadeur avait mené heureusement et habilement vos affaires jusqu'au point d'avoir de la Porte les meilleures paroles du monde pour un commandement des plus favorables dans la situation présente.
Les choses en étaient là et montraient une face riante, ainsi que je vous Tai écrit, lorsque tout à coup survint de chez vous un exprès, dépêché en diligence de la part de vos adversaires, avec la nouvelle tumultueuse d'un de vos catholiques, enlevé de force, par des janissaires, de la propre maison et garde du chaoux de la Porte, qui l'avait chez lui en arrêt. Rien ne pouvait survenir de plus mal à propos dans la conjoncture où les esprits n'étaient encore qu'à demi calmés. Le feu mal éteint se ralluma dans toute sa plus grande force, le commandement promis demeura là ; on ne put plus retenir les ordres fâcheux qui sont partis, et dont nous vous avons avertis et priés de vous garder personnellement, avec toute l'attention et toute la prudence possible.
B. Depuis cela, M. l'ambassadeur, toujours attentif à saisir toutes les ouvertures favorables et à les hâter, quand elles tardent trop, vient de faire par ses drogmans une fort bonne chose, dont il est à propos que vous soyez tous instruits. Le 30 Mai, le sieur Fornetty alla au patriarche Sylvestre, lequel d'abord lui dit, en homme indigné et qui se sentait soutenu, que, le jour précédent, il il avait reçu des lettres de Damas, par lesquelles on lui assurait que s'il n'envoyait pas un commandement pour chasser les religieux francs et abattre leurs écoles, il n'y aura jamais de repos dans le pays, que les dites lettres ajoutaient que les missionnaires disaient à leurs nouveaux convertis qu'il n'y avait point de salut pour eux, s'ils allaient aux églises grecques autrement que par curiosité ou divertissement. C'est apparemment là une pure calomnie de la part des schismatiques; mais je vous laisse à juger avec quelle malignité ils doivent envenimer les choses tant soit peu vraies, puisqu'ils ont la hardiesse et l'impudence de recourir à de pareilles faussetés.
dans les missions de TArchipel en 1727. Yoïr Hist, de VAcad, des sciences lion, ^. 2S'26 \ Mémoires de Trévoux, juillet 1708, p. 1261-1276. — Le^tres édif. Edit. du Panthéon littéraire. Paris, 1875, 1. 1. p. 45. — Sommeryogel, Biblioth, de la Compagnie de Jésus, II, 87-38.
Le sieur Fometty et le drogman du Gapitan Pacha avec lui dëtruisireut conjointemeDt cette accusation controuyée, assurant que les deux parties vivaient sur cela et sur bien d'autres points dans une parfaite intelligence, et que lui, patriarche, il en serait pleinement convaincu lorsqu'il se serait abouché avec Son Excellence, qu'il trouverait un seigneur plein d'honneur et d'équité.
Le Patriarche témoigna être fort sensible à l'espérance qu'ils lui donnèrent d'une entrevue, disant que ce serait pour lui, quand il plairait à Son Excellence, qu'il n'avait qu'à lui faire dire le jour et l'heure.
C. Jusqu'ici, comme vous voyez, les choses commencent à reprendre un asse2Lbon train. J'espère qu'il sera encore meilleur quand Son Excellence aura vu le patriarche, ce qui sera dans peu, et vous en serez instruit par le premier ordinaire, si ce n'est même par celui-ci. Je reviens, s'il vous plaît, à vous recommander une extrême réserve et une cessation entière de tout ce qui pourrait blesser ou effaroucher les mauvais esprits des schismatiques. Votre Révérence sait mieux que moi que le vrai zèle de la gloire de Dieu n'est pas moins à savoir plier et se cacher à propos qu'à être ferme et à se montrer au grand jour, lorsque les conjonctures le permettent ; vous êtes tous dans le pays de ces gens-là et à leur merci. La Porte est éloignée de vous et prévenue de plus contre vous ; un mauvais coup est bientôt parti, et un soulèvement général bientôt formé, avant que plaintes soient faites et raisons entendues ; le mal peut gagner si rapidement et aller si avant que toute l'autorité des ambassadeurs ni toutes les capitulations des deux Empires ne pourraient pas quelquefois l'arrêter, au lieu que souvent rien n'est plus aisé que de tout prévenir avec un peu de flegme et un peu de patience.
Extrait d'une lbttrb de M. le marquis de Villeneufvb
au Ministre (Cardinal de Fleury), 17 septembi^e 1780. (Ajf. Etr. Corresp. diplom. Turquie, T. 82, f. ^80)
4. Sommatre : A. Avanie contre les Franciscains à Damas, à Toccasion de cérémonies religieuses faites avec des ornements verts. — B. Il est â sou-
haiter qu'on éloigne de Damas le religieux qui pousse les Grecs à adopter le rite latin.
A. Par mes précédentes Lettres, j'ay eu l'honneur de vous informer, Monseigneur, des mouvements qui se sont nouvellement élevés contre les missionnaires, à Toccasion des ordres que la Cour de Rome a donnés en dernier lieu pour la confirmation du patriarche Cyrille (1), et des décrets de la Propagande de fide sur quelques points de discipline qui concernent les rites des Grecs catholiques et des Latins (2). Ces divisions ont [suscité ?] depuis peu une afiaire contre les Religieux de Terre Sainte à Damas ; les missionnaires de cette ville paraissaient assez tranquilles depuis les lettres de recommandation que je leur avais procurées pour le Pacha. Mais le 4 du mois de Juin dernier, les Grecs excitèrent une espèce de tumulte contre les Pères, de Terre Sainte, dans l'église desquels quelques Turcs s'aperçurent qu'on officiait avec des ornements verts, et, sous ce prétexte, le peuple animé par un chérif se souleva contre ces Religieux (8).
La sédition était fomentée par un certain Christophore, moine grec qui sa dit vicaire du patriarche Sylvestre, et qui distribuait sous main de l'argent pour animer le peuple contre les missionnaires, et principalement contre le Père Thomas de Compaya, Ëspa-
( l ) Le patriarohe Gyi*ille, jadis Séraphim Tanas. Voir 1. 1, p. 537 et note 2, p. 542, 545-596; t. II, p. 881, 890-394, 402-406, etc. En 1748, une deraière tentative pour replacer Cyrille sur le siège de Damaa échouera. Areh» Aff, Etrang. Turquie 1772-1775; 4* suppL vol. 158.— Il mourra en 1760, après aycir, de sa propre autorité, désigné comme son successeur son petit neveu Gianhar, consacré sous le nom d'Athanase. Rome annula cette élection. Maxime éyèque d'Alep, nommé patriarche, mommten 1761.
(2) Voir sur ces décisions de la S. Congrégation le t. II, des Doc. p. 402- 405. — Une nonvelle instruction, interdisant la commutUcatio in divtnit eum haenticis etichi$matiei$, venait alors de paraître, année 1729, dans Cdlectanea S. Congreg, de Prcpag. Fide, t. I, n. 311, p. 99-101. Voir aussi, dans JurU porUïf. de Prop. F., une décision du 9 juillet 1723, p. 290.
(3). Les couleurs vertes étant celles du prophète, le chrétien qui, pour quelque raison que ce fût, se servait d^étoffes vertes, commettait aux jeux des musulmans, une profanation. Les Jésuites d'Âlep, qui, sans songer à mal, avaient placé un rideau de serge verte devant un cabinet, faillirent payer cher cette imprudence* Lettre du Consul Pelleran, 20 mai 1716 ; voir aussi 1. 1. des Doe. p. 529.
gnol, qui fait les fonctions de grand vicaire du Patriarche d*An-> tioche, et qui fut saisi et mis en prison, d'où les Pères de Terre Sainte ne trouvèrent moyen de le faire sortir, deux jours après, qu'en payant au Mousselem une somme d'environ mille écns. Tout ce que j'ai pu faire en faveur des Missionnaires, lorsque j'ai été informé de cette avanie, a été de leur procurer une nouvelle lettre pour le Pacha de la part de son protecteur, et deux autres Lettres, l'une de la part du Mufty de Constantinople pour celui de Damas, et l'autre de la part du Janissaire Agha pour les officiers des Janissaires. J'espère qu'à la faveur de ces recommandations, le Pacha fera punir les auteurs de ce dernier tumulte, et que le Mufty et les officiers des Janissaires contiendront à l'avenir les gens de loy et les gens de guerre, quoique la mauvaise volonté des hérétiques et l'avidité des Turcs ayent été la principale cause de cette affaire.
B. La conduite du P. Thomas de Compaya n'a pas laissé d'y contribuer aussi (1). J'ai été averti par des lettres du patriarche Cyrille et des missionnaires Jésuites et Capucins, que ce Religieux engage les Grecs catholiques à quitter les rites et coutumes de l'Eglise Grecque contre les vues de la Cour de Rome, et qu'il a ouvert depuis quelques années à Damas une église publique dans l'intérieur de l'hospice de Terre Sainte, où les hommes et les femmes vont indifféremment et ouvertement assister aux offices divins. On m'avait écrit, il y a quelque temps, en m'insinuant que l'on doutait que cette église fût autorisée par un Barat, et qu'elle ne manquerait pas de fournir un prétexte aux schismatiques pour susciter des avanies aux missionnaires. Par les informations que je pris sur cette affaire, je vériflay que cette église avait été autorisée par un commandement de la Porte, ce qui me fit regarder les avis qu'on m'avait donnés à cet égard comme l'effet d'une jalousie assez ordinaire parmi les missionnaires. Mais reconnaissant aujourd'hui qu'il est vrai que le Père de Compaya n'use pas d'assez de ménagements, et ayant appris d'ailleurs que les principaux officiers de Damas ont écrit à la Porte que ce Père excite, parmi les chrétiens de différents rites, des divisions et des troubles, tandis que ces mêmes
(1) Sur le P. Thomas de Compaya, voir t. I, p. 591, 596 ; t. II. p. 364, en note, etc.
officiers se louent de la conduite de tous les autres missionnaires, j'ai cru devoir prendre le parti de l'écrire un peu fortement à ce Religieux, de faire cesser à l'avenir les prétextes qui ont donné lieu à ces plaintes. Je pense même qu'il serait à propos que ses supérieurs le retirassent de Damas, pour prévenir les suites que pourrait avoir une conduite si peu ménagée.
Lettre de l'Ambassadeur (de Villeneuve) au ministre (1)
16 septembre 1730.
5. Sommaire : Demande par le patriarche Cyrille d'un passeport en faveur d'une saïque. On ne peut y satisfaire.
Le paîrîarche Cyrille m'a écrit une lettre, où, après m'avoir représenté sa pauvreté et celle des religieux du monastère de S^ Sauveur de Seyde, avec lesquels il a été obligé de se retirer pour se mettre à couvert de la persécution, il me propose comme un moyen propre à leur procurer quelque secours, d'obtenir en leur faveur un passeport sous le nom de Barachat Sobhani, marchand de Damas, pour faire naviguer sur les côtes de Syrie une saïque sous le titre de S^ Sauveur, qui, par le moyen de ce passeport, serait à l'abri des corsaires maltais, et dont les profits aideraient beaucoup à la subsistance de ce monastère, qui serait intéressé au commerce de ce bâtiment. J'ai répondu au patriarche que sa demande était absolument opposée à la disposition des ordonnances du royaume.