‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 49 sur 113 · L'Ambassadeur, au Roi · texte numérisé non relu

L'Ambassadeur, au Roi

Constantinople, 12 Juillet 1627.

AftniTt. Aff. Etr. Corresp. dipl. Turquie, T, 3, /. 4^4 (Lettre chiffrée).

Sommaire : Mauvais accueil fait à l'ambassadeur de Perse. Qiâh Abbas est sur le point d'assiéger Van. Protection du Grande Vizir accordée aux Jésuites et aux Capucins d'Alep.

Sire, L'Ambassadeur de Perse, dont je parlais à Votre Majesté par ma dernière lettre du 27 de Juin, ayant dcjmeuré quelques jours à Chudarest sans qu'on lui ait seulement demandé d'où il vient, a fait supplier le Caïmacam que il pust passer en Constantinople, ce qui luy a esté accordé. Mais on ne lui a point envoyé de gallaire pour passer, selon qu'on avait accoustunlé de faire aux autres Ambassadeurs de Perse, oultres qu'il n'est pas défrayé. On ne scait s'il verra le Grand Seigneur, veu qu'on s'efforce, jusqu'à cette lettre, de luy faire la plus mauvaise réception que l'on peut, tant pour les propositions qu'il vient mettre en avant que pour les advis qu'a donnés le premier Vizir, que le Roy d^ Perse s'estait approché de Van avec vingt mille hommes et quantité d'artillerie; ce qui fait voir qu'il veut assiéger cette place, où faire le dégast de cent lieues de pays, ainsi que le mesme Roy l'a fait^ toutes les fois que l'armée Ottomane l'est allé voir. Le premier Vizir faict aussy entendre au Grand Seigneur qu'il n'a pu partir sy Jost d'Ale^) qu'il pensait, à cause de quelques rumeurs de la milice qui l'ont obligé à faire estrangler deux ou trois des principaulx mutins, et que la chose n'estant pas encore apaisée, il craignait qu'elle n'eust de la suitte, voyant ces grandes désobéissances parmi eux (1).

Ce bon homme a fait en Alep pour les Pares Capucins et pour les Pères Jésuites tout ce qu'il m'avait promis pour leur estàblissement, nonobstant que les Consuls d'Angleterre et de Venise lui ayant offert une bonne somme d'argent pour empescher que les Pè* res Jésuites n'entrassent en Alep disant qu'ils étaient espions d'Espagne. A quoy le Vizir leur respondit que, s'ils estaient Espagnols^ l'Ambassadeur de France ne les eust pas tant recommandés, et qu'ils ne luy en parlassent plus. Quant aux Pères Capucins, il les

(1) Voir plus haut, n. 28, note 2. Voir aassi t. 1. p. 861, note, et p. 393, aa «ujet du nouveau Grand- Vizir et de la l'évolution qui Ta mis en place.

vit et les caressa extraordinairement disant à un de ses serviteurs qui les menait : il faut que ces gens-là soient personnes de grande vertu, de mépriser ainsy le monde pour servir Dieu, ne vivre que d'aumosnes et ne tenir jamais d'argent.

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