‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 50 sur 113 · Lb Roi, au Bailb de Venise a Constantinoplk · texte numérisé non relu

Lb Roi, au Bailb de Venise a Constantinoplk

7 Janvier 1634.

(Mïntst, Aff, Etr, Corresp. dipL Turquie. SupplémefiL T* i, /. 2iyj

Sommaire: Le Roi demande au Baile d'agir avec Tambassadeur Français en faveur des Capucins de Syrie.

J'ai donné ordre au Sieur Comte de Marcheville, mon Ambassadeur à la Porte du Grand Seigneur, de vous informer des violences qui ont été commises par le Pacha de la mer contre les Capucins mes sujetz qui demeurent à Barut et «m Sidon, soubs la foi des Capitulations... (1). Il s'agit en cela d'un intérest commun.

Louis Bouthilier

(1) Voir plus loin, n. ^^.

LA MISSION DES JÉSUITES à Alep (1630-1636). 26« Le p. Jean Stella, au P. Baltasar,- Assistant (1).

Malte, 22 Août 1626.

^ (Arch. S. y.;.

Sommaire : Il annonce Tenvoi d'une longue relation sur la persécution qu* ont soufferte les premiers missionnaires Jésuites envoyés à Alep. Caractère du P. Maniglicr, peu propre à la vie de missionnaire ; compte des sommes d'argent reçues et des dépenses.

Je commence de répondre à Votre Révérence parce que je commence de recevoir des siennes ; car celle que j'ai reçue du 18 juin dernier est la première et dernière jusque à présent (22 août : an 1626) pour réponse ; donc Votre Révérence saura que j'ai travaillé a ce qu'elle m'a commandé pour envoyer à Notre Révérend Père Général ; je l'ai lue au R. P. Gaspard Maniglier, et enfin mis au net le mieux qu'il m'a été possible en style de simple narration ; elle est assez longue, encore que succinte : parce que c'est une persécution de six mois entiers, sans intermission, ou par voie de fait, ou de justice apparente. Je l'ai consignée au R. P. Charles, pour la

(1) Le Père Jean Stella était sarde. Keveau en France pour procui'er quelques ressources à sa Mission d'Alep, il mourut à Avignon, de la peste contractée en visitant les malades. P. J. Besson, La Syrie Sainte^ version italienne, p. 15. Le portrait que le P. Stella trace de son compagnon d*apoBtolat« dont il loue pourtant la grande vertu, nous semble sévère. On conjecture que* sans en avoir bien conscience, il a exprimé ses impressions p^us encore que ses jugements réfléchis, au sujet d*an caractère qui différait totalement du sien ; Tesquisse d'un homme un peu lent et trop candide toui*ne aiséme&ià la caricature, quand le peintre est d'humeur très vive, débrouillard, d*une exubérance toute méridionale. Voir Doc. 1, p. 258, etc. La correspondance du P. Maniglier laissera apparaître le saint religieux ; toutefois, la lettre du P- Stella nous fera mieux comprendre comment Texcellent Père savoisien, faute d'une prudence et d^une dextérité égales à sa droiture, était plus exposé que certains autres aux violences et aux Toses de gens insatiables.

Au reste, le P. Queyrot, qui a remplacé Je P. Stella auprès du P. Maniglier, déclarera que ce dernier est « peu apte au gouvernement » ; le P. Queyrot ajoute que, dès l'an 1632, le P. Etienne Charlet, Assistant de France, et le P. Provincial de Lyon lui avaient parlé de l'intention du P. Général de substituer un autre supérieur au P. Maniglier. Lettre latine du P. Queyrot an P. Général, datée d'Alep, 9 janvier 1635 (Arch. romaines S. J.) Nous verrons plus loin le P. Maniglier convenir humblement de son insuffisance.

porter assurément, car nous n'en avons autre copie : et ici, on fait métier de faire esgarer les paquets. Rlle est souscrite de tous deux, et scellée de notre petit cachet. Ceux qui l'auront lue en sauront toijit autant que jqous mêmes, car j'y ai mis toutes les circonstances suivant le conseil que Votre Révérence m'en a écrit. La fièvre a quitté le Père Gaspard, il est résolu de faire le voyage ; mais je crois assurément qu'il y pâtira et fera pâtir. Dieu le garde de pire : et si Votre Révérence connaissait la complexion d'iceluy et son savoir faire dans les affaires, elle ne permettrait pas qu'il allât plus avant ; voici la première fois que j'en écris à Votre Révérence, je lui dirai donc, coram Deo, qu'il est si mal et irrésolu en toutes rencontres, et occurences, qu'il fait compassion grande. En notre vaisseau, il avait acquis le nom de Saumin Pastety lequel, je ne sais si Votre Révérence l'entend, veut dire homme lent et de peu d'exécution, et marque encore quelque chose de plus bas ; s'ils eussent su son pays, on aurait dit un bon Savoyard ; de quoi je ne m'étonne, car n'ayant jamais été ni au monde, ni en la compagnie dans aucuns affaires, et son naturel étant mélancolique, lent, froid, il est si neuf au manège des affaires, comme un petit enfant. Il est d'ailleurs si disgracié à raison de ses dents longues^ en clavier d'orgue, qu'il détourne là vue des regardans : plus souvent parle sans être compris que difficilement ; il ne peut mâcher ce qu'il mange ; tous les jours sur mer s'emmarage. En chemin, faut penser à lui et à ses besognes ; bref, j'estime que notre R. Père Général n'a pas été informé de lui au plein : il aura su ses vertus religieuses, qui sont grandes en lui à la vérité ; mais pour telles entreprises que celle dans laquelle nous sommes chargés, il y faut un peu de pierres par dedans. Il aurait été plus utile par son bon exemple dans un collège, que parmi des hommes perdus ; j'espère néanmoins que Dieu fera que tout réussira pour sa gloire, puisque c'est l'obéissance qui le mande. Je tâcherai de le servir ; je ne sais pas ce qu'on avait écrit à Rome, de ce collège, d'icelui (c. à. d. à son sujet) ; mais j'ai bien ouï dire qu'on était étonné d'entendre qu'on avait écrit à lui-même ce que de lui on aurait écrit ; et encore plus de ce qu'on s'en remettait à lui ; et le pis de tout, que le Révérend Père Lacroix, lui ayant représenté que s'il était en sa place, il se dépouillerait de son propre jugement, et remettrait la conclusion de son affaire à une consulte de nos Pères de ce collège, pour être hors de tout scrupule

de conscience. Ceci, le dit Père Gaspard n'a voulu entendre ; je doute bien qu'on ne lui permettrait pas de partir. Je saj que tel est le sentiment commun : voire le Pèr^Charles pourra assurer Votre Révérence qu'en sa présence Monseigneur TEvéque, parlant à moi de notre voyage, me dit : « Je vous veux donner un avis d*ami, c'est que vous ne meniez pas votre compagnon : un corps mort avec un vivant ne sont point bien. » J'ai voulu dire ceci à Votre Révérence pour décharger ma conscience, et marcher-plus fran<5heraent.

J'ai dit une fois à lui-même que je m'éstonnais comme quoi il avait peu en conscience entreprendre un tel et si pénible voyage ; à quoi respondit qu'il en était hors de tout scrupule ; Dieu en soit loué ! parce que Votre Révérence prend le soing de cette mission, bien que, comme je crois, le dit R. Père Gaspard l'aura déjà de toutes choses advertie, toutefois j'ai jugé être encore bon que j'en fasse ma part pour plus d'assurance ; je lui mets donc ici toute notre dépense, et tout notre reçu, et les emprunts.

Le Père Gaspard, à Lyon, a reçu 80 écus (1) ; moi, d'aumônes, 25 écus, le Père Th. Riquety nous prêta à Marseille 66 écus 40 sols; le Sieur Venture, marchant de Marseille, en Alep sur une lettre de crédit, 50 piastres et demie; le Sieur cadet de Bermond, en Alep, 50 piastres. Le Sieur Jean Estelle, eu Alep, dix piastres ; le Sieur Blanchety vice consul en Alexandrette, 40 piastres. Le Sieur Martelly, apothicaire en Alep, pour fournitures, en ma maladie, dix ou douze piastres. Dépense pour nos viatiques, port de nos hardes, livres, habits, chapelle, trapontins, linges, à Marseille et en chemin jusque là, 103 écus : pour présent au vaisseau, qui n'a demandé aucun noly, 2 écus et quelque chose ; d 'Alexandrette en Alep, 23 piastre*. Pour la nourrriture et blanchissage de linge, 15 piastres par mois ; pour notre retour d'Alep en Alexandrette, 40 piastres ; pour notre messager mandé à Constant inople, 28 piastres. Votre Révérence juge comme nous pouvons être fournis d'argent; notre départ de Marseille fut le 22 juin an 1625; notre arrivée à Malte le 19 mars 16^6.

(1) Dans le mss., le terme que noas traduisons par écu est repi^ésenté par un triangle surmonté dVine croix.

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