LsTTRfi (autographe) d£ M. de Marchbville, ap Ministre
Péra de Gonatantinople, 23 septembre 1688. (Arcinves Minist, Aff. Eir. 4, T. 4, Docum iji)
Sommaire : A. — Il se plaint fort des procédés de Césy. — B. Les Jésuites d'Alep sont en prison ; faiblesse du consul de l'Estrade. — C. Energie de Dupuy, coDsul de Sràyrne. — D. Avertir les consuls d'Alep, Viguier et Marquis de Janson ; changement du cady.
A. L'ordinaire^ que nous attendions peu de jours après le partement du dernier, n*est pas encore arrivé, et Monsieur le comte de Césy, au lieu de déférer au conseil de messieurs les ambassadeurs et de ses meilleurs amis, faictdu pis qu'il peut contre moi, et contre messieurs les députés, selon ce que j'en mande, ce que je n'ay peu celer au roi. Mais il a ce malheur et moi cette bonne fortune qu'il me témoigne beaucoup de mauvaise volonté et ne me faict guières de mal icy, comme j'espère qu'il ne m'en fera guières davantage à la cour, l'orsque j'y seray, comme je pense estre sous votre protection.
.Je me suis cy devant plaint à vous, du commerce qu'il avait avec cest envoyé de Suède nommé Strasbourg. Je sais d'un des siens . que luy, M'* le comte de Césy, l'a esté visiter trois fois, sans ce qu'il l'avait envoyé visiter par M^ Lempereur. On me donne subject de croire, qu'ils se sont veus bien plus souvent. Je vous laisse à juger, M^, s'il a peu en user de la sorte et se dispenser de m'en donner jamais aucune part. J'ay subject de croire, que tout ce commerce, et celuy qu'il a, casi continuellement avec Tambassadeur d'Hollande avec lequel il a esté toujours mal, tant qu'il a esté en cet employ, n'est que pour me désobliger et me faire, ou me faire faire, tous les mauvais offices qu'il peut ; dont toute la peine que j'ay, est à éviter, comme je pense avoir faict, jusques à cette heure, que les intérêts et le service du roy, n'en reçoivent aucun préjudice :
me confiant tant en vostre bonté et faveur, que quoy que qui ce soit puisse escrire, ou dire à mou désavantage, vous empescherez toujours s*il vous plaist, qxie je sois condamné, sans estre ouy.
B. Depuis ma lettre au Roy escritte, j*ay receu une dépesche d'Alep du sieur de Lestrade vice consul (1), par laquelle il m'apprend une violence que le bascha et le^ady du susdit lieu ont fraischement faicte aux Révér. Pères Jésuittes, en ayant, de trois, qui sont là mis deux en prison, dDnt Tun y est tombé malade de fièvre continue très violente, et Tautre y estait pressamment sollicité de se faire Turc, ou de se racheter tous deux avec trois mil piastres. Voila la hardiesse, que la lascheté de ce consul donne à ces ministres, ou plustost, le peu de crédit qu'il a sur les marchands qui furent si insolents, y a quatre ou cinq mois, lorsque le eady leurbulla(2) toutes leurs églises, dont celles des Jésuites et des Carmes demeurent encore bullées, de menacer le dit de Lestrade, que s*il ne remettait, à l'heure mesme, leur commerce qu'il avait interdit, qu'ils luy esteraient honteusement la robe de consul, et le maltraicte* raient ; ce qu'il flst selon qu'ils le désiraient, par cest appréhension.
C. Le sieur Dupuy, consul de Smyrne, ayant, ces jours passés, esté offensé de quelques janissaires, et les ministres de ce seigneur qui y gouvernent ne luy en ayant pas faict une assés prompte satisfaction, à son gré, il y a interdit le négoce, mais avec telle fermeté et autorité sur les marchands qu'en moins de deux fois vingt quatre heure ceste injure luy a esté réparée, en la manière qu'il l'a désiré, en présence de toutes les nations, qui en sont demeurées très édifiées. Il importe à l'honneur du Roy et de la France, et est nécessaire, pour le bien du commerce, que les consuls soient hardys et fort absolus sur les marchands, et qu'ils puissent, en semblables occasions, interdire le négoce en leurs Eschelles, qui est le seul moyen efficace pour faire rentrer ces gens icy en leur devoir.
D. Je ne connais point le dit sieur de Lestrade que par sa faible conduite ; mais messieurs les députez, qui sont icy, m'asseurent qu'il ne fera jamais rien qui vaille pardela. Vous y pourvoirez, s'il
( 1 ) Voir la lettre suivante au sujet de ce consul. (2) mit BOUS scellés.
vous plaist, Monsieur, en cas que Messieurs Viguier de Paris et Marquis de Janson, à qui ce consulat appartient, n'y mettent ordre, selon les advis que je leur en donne. Quant au remède, que j'y puis apporter icy, il ne peut estre meilleur, que par le changement d'un nouveau cady, qui doibt partir d'icy dans peu de jours, pour aller remplir la place du susdit, lequel est fait Mausoul (1).