TÉMOIGNAGE DU CONSUL D*AlBP
En faveur des missionnaires Carmes
Paris, le 6 février 1657
( Arch» Nationales, Parts, L ^^2, n. }).
Nous, L'Ange de Bonin, écujerde la ville de Marseille, jadis Consul pour le Roi en Syrie, Chypre et Caramanie, savoir faisons et attestons à tous qu'il appartiendra la vérité être telle, tant par ce qui nous a été fidèlement rapporté, que ce que nous avons vu en l'espace de quinze ans que nous avons exercé la dite charge de Consul :
Que depuis trente ans les RR. PP. Carmes déchaussés ont établi une mission en la ville d'Âlep, capitale de la Syrie, pendant lequel temps leur façon de vie de pénitence et d'austérité a été si édiflcative à tous les peuples et nations, tant du dit pays qu'étrangers, que plusieurs personnes, en vue de la perfection de leur vie, se sont convertis à la foi catholique, et que par leurs fréquentes et continuelles exhortations et prédications^ ils ont maintenu et augmenté la ferveur des catholiques dans leur croyance et religion, et converti divers schismatiques ; et ce. au commencement de leur mission, par l'entremise d'un religieux nommé le Père Thomas, Français de nation,par le ministère duquel Dieu a fait voir des prodiges extraordinaires pour la conversion des âmes, et pour y établir, comme il a fait, la dévotion de Notre-Dame ; auquel a succédé le R. Père Bruno de Saint-Yves, homme d'éminente vertu et sublime piété^ lequel, accompagné de deux autres religieux du même Ordre, Français de nation, et d'un frère, porté par son zèle, va tous les jours dans les maisons des schismatiques, depuis environ quinze ans qu'il y est, instruire les femmes et petits enfants ; et visitant leurs prêtres, il les va disposant à se soumettre au giron de l'Eglise catholique, apostolique et Romaine ; en quoi Dieu a tellement accompagné la bonté et mansuétude de laquelle il se sert.
qu'il a depuis peu obligé le Patriacbe des Jacobites d'avouer et dire pubUqoMDeiit à ses ouailles que l'Eglise Romaine était la mareéglise, hors de laquelle il n'y avait point de salut ; à cet effet lui envoie tous les jours grand nombre de ces pauvres Jacobites, qui sont schismatiques, pour être enseignés et redressés en la voie du salut ; de sorte qu'on peut dire qu'en la seule personne de ce patriarche, il a converti et ramené à l'Eglise Romaine plus de quarante mille âmes; ce qu'il fait aussi aux autres nations schismatiques.
Et sa vertu et sa piété sont de si haute estime qu'il y a des Turcs même* lesquels, ayant leurs enfants malades, les lui amènent dans les maisons des chrétiens pour leur faire faire le signe de la sainte croix par le dit R. Père ; de sorte que cette mission subsistant, on doit espérer par le ministère de ce R. Père, comme encore de ceux qui sont avec lui, et l'imitant en sa piété, et les autres qui succéderont, que Dieu sera servi et glorifié en leurs personnes, et qu'il récompensera tous ceux qui contribueront à cette subsistance.
Ce qui a obligé les Consuls qui nous ont précédé et ceux qui ont suivi, de prendre tous les soins imaginables pour les protéger et défendre, tant leurs personnes que leurs maisons, contre les ennemis de la foi, nous opposant aux violences qu'on a voulu faire à leurs personnes, dans l'exercice de leur mission, ayant été si heureux que pendant l'espace de quinze années que nous avons exercé la dite charge de Consul, il n'est rien arrivé de fâcheux ni à leur église, ni à leurs personnes.
En foi de quoi nous avons fait dresser les présentes et signées de notre propre main.
Fait à Paris, le sixième février mil six cent cinquante-sept.