‹ Documents inédits sur MontaigneChapitre 5 sur 10 · PAGE AUTOGRAPHE DE MONTAIGNE · texte numérisé non relu

PAGE AUTOGRAPHE DE MONTAIGNE

« Sôme, c'est césar vn des plus gras miracles de « Nature, si elle eut volu ménager ses faueurs ellen « eut biê faict deus pièces admirables, le plus disert, « le plus net et le plus sincère historien qui fut iamais. « car en cete partie il n'en est nul romain qui lui soit « côparable et sui très aise que cicero le iuge de « même. Et le chef de guerre en toutes côsidératiôs « des plus gras qu'ele fit iamais. Quand ie côsidere la « grandur incôparable de cete ame iexcuse la uic- « toire de ne s'estre peu défaire de lui, noire en cete « très iniuste & très inique cause (1). il me sable qu'il « neiugedepôpeiusquedeus fois (208,324). ses autres « exploits & ses côseils il les narre naïfuemât, ne leur « dérobât rien de leur mérite, voire par fois il lui prête « des recôandatiôs de quoi il se fut biê passe, corne « lors qu'il dict que ses côseils tardifs & côsideres

(1) Quand je considère la grandeur incomparable de cette ame i'excuse la victoire de ne s'estre peu despestrer de luy, voire en ceste très iniuste et très inique cause. (Essa/s Liv. II, ch. 3.3, Hfst. de Spurina

« étolt tires en mauuese part par cens de sô armée « car par la il sable le vouloir décharger dauoir done « cete misérable bataille tenât césar côbatu & assiège « de la fein (319) Il me sable biê qu'il passe vu peu « legieremât ce grâd accidât de la mort de pôpeius. De « tous les autres du parti côtrere il ë parle si indifïc- « râmât, tâtost nous proposât fidelemât leurs actiôs « vertueuses, tâtost uitieuses qu'il n'est pas possible « d'y marcher plus côsciâtieusemât. S'il dérobe rien a « la vérité i'estime que ce soit parlât de soi car si « grades choses ne peuuêt pas être faictes par lui « qu'il n'y aie plus du sien qu'il n'y en met (1). « C'est ce liure qu'un gênerai darmée deuroit côti- « nuellemât auoir deuât les yeus pour patrô corne « faisoit le maréchal Strozzi qui le sauoit quasi par « ceur & l'a traduit, nô pas ie ne sçai quel phi- « lippe de Côines (2) que charles cinquième auoit « ë pareille recôandatiô, que le grâd Alexâdre auoit

(1) Mais Cœsar singulièrement me semble mériter qu'on l'estudie non pour la science de l'histoire seulement mais pour lui-mesme. tant il y a de perfection et d'excellence pardessus tous les aultres quoique Sallustesoit du nombre. Certes ie lis cet aucteur avec un peu plus de reverance et de respect qu'on ne lict les humains ouvrages; tantost le considérant luy mesme par ses actions et le miracle de sa grandeur ; tantost la pureté et inimitable polissure de son langage qui a surpassé non seulement touts les historiens comme dict Cicero, mais a l'adventure Cicero mesme avecques tant de sincérité en ses jugements parlant de ses ennemis, que, sauf les faulses couleurs de quoy il veult couvrir sa mauvaise cause et l'ordure de sapestilente ambition, ie pense qu'en cela seul on y puisse trouver a redire qu'il a esté trop espargnant a parler de soy ; car tant de grandes choses ne peuvent avoir este exécutées par luy qu'il n'y soit allé beaucoup plus du sien qu'il n'y en met. (Livre II chapitre 10.)

(2) Montaigne dans les essais (des livrer) parle de phîlipp&de Comines avec beaucoup plus de considération.

« les euures de Homère, Marcus Brutus Polybius « l'historié. (1) »

Il faut surtout après avoir lu cette page relire le chapitre 34 du livre II intitulé : Observation sur 1rs moyens de faire la guerre de lulius César.

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