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LES BARONS D'ARGENTON

Si Ph. de Commj'nes ne s'était appelé ^fGns^e^tr d'Ât'genton, la grande baronnie de ce nom aurait eu peut-être dans riiistoire générale le sort de beaucoup d'autres : elle ne serait guère connue que de» archéologues du pays. Argenton aurait beau nous montrer les ruines pittoresques de son vieux cliâteau, campé fièrement sur un pic escarpé d'où l'on jouit d'une vue admirable : a'il n'avait pour le touriste d'autre intérêt que ses proportions gigantesques, que sa position naturelle bien choisie, il n'éveillerait qu'une curiosité banale et passagère. Le fief d'Argenton était cependant un des plus importants du Poitou. Il nous faut remonter au xi» siècle pour trouver tes premières traces connues de ses seigneurs et de ses barons.

I. — Vers l'an lOSO.GmvfRor l^' de Bleis, chevalier, seigneur d'Argenton, donna deux églises, fondées en son

château, à Tabbaye de St-Pierre de Bourgueil (1), du consentement de Pétronille, sa femme et A'Aimeryj son flls.

II. — AiMERY I«r d'Argenton épousa la sœur de Renaud de Couhé (2).

III. — Geoffroy II d'Argenton fut d'abord sous la tutelle de son oncle Renaud de Couhé. Il donna plus tard à l'abbaye de Bourgueil une terre adjacente à Téglise de Beaulieu, avec une portion du vieux château, pour y construire des cloîtres et des maisons (3). — A la même époque on trouve RadxUphe d' Argentan, cité dans un accord fait en 1213 entre le prieur de Saint-Florent sous Dol, et Raoul Le Tort (4).

IV. — Geoffroy III d'Argenton fit hommage lige au roi Saint-Louis, à Clisson, en 1230, sauf la fidélité due au vicomte de Thouars, moyennant une rente de 250 livres que le roi lui assigna en héritage, pour lui et ses successeurs, sur la prévôté de Saumur (5). Cette pièce existe encore aux Archives nationales ; le sceau porte 3 besants, deux et un, sur champ semé de croisettes, Geoffroy était sénéchal de Thouars (6). — (On rencontre un Ouy d'Argenton qui, en 1225, signe comme témoin dans Tacte de fondation de Salnt-Aubin-du-Cormier par Pierre Mauclerc, duc de Bretagne (7) ; mais je ne crois pas qu'on doive le confondre avec le suivant.)

(1) Abbaye fondée dans le diocèse d* Angers en 090.

(2) Couhé (Vienne, arr. de Civray, ch.-l. cO, était une seigneurie du Poitou qui fut érigée en marquisat en 1632, en faveur d*01ivier de Saint- Georges, seigneur de Vérac.

(3) Histoire de la maison de Chastillon-sur-Marne , par André Iht' chesne^ in-f«, Paris, Sébastien Cramoisy, 1621, p. 494.

(4) Dont Morice, Mémoires pour servir de preuves à Thistoire ecclésiastique et civile de Bretagne, in-f», Paris, 1742, t. I, col. 823.

(5) A. Duchesne, 1. c.

(6) Douet d*Arcq, Archives de TEmpire, collection de sceaux, Paris, in-4% Henri Pion, 1863-1867, n* 334.

(7) Dom Morice, ibid. col. 854.

V. — Guy !«»• d'Argenton épousa Alicie de Towmemine, âUe de Geoffroy de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye (d'après un titre de 1250) (1). Il eut deux enfants : Aimery, qui suit, et une flUe, N. . . d'ArgentoUy qui épousa Maurice de la Haye, chevalier, seigneur de Faye-la-Vineuse. De ce mariage naquirent Hardouin» Guillaume, Alice, Marguerite et Ysabeau de la Haye, qualifiés neveux et nièces d'Aimery d'Argenton dans un titre de 1278 (2).

VI. — AiMERY II d'Argenton épousa Marguerite de Vitré, flUe d'André, seigneur de Vitré et de Thomasse de Mathefelon (3), sa seconde femme (4). On trouve le sceau de Marguerite de Vitré, dame d'Argenton, veuve d'Aimery, seigneur d'Argenton, dans une charte du 12 janvier 1293, relative à la cession du chàtean de Fréteval faite par son fils Guy d'Argenton au comte de Blois. Il représente une dame debout, en robe et manteau d'hermine, coiffée d'un voile, la main droite à l'attache du manteau, et tenant un oiseau au vol, sur le poing gauche ganté. A deœtre, un écxi au lion; à senestre, un écu chargé de trois besants, deux et un, accompagnés de six croisettes faisant orle. Le contre-sceau est un écu parti des écus de la face (5). — Elle eut deux enfants : Guy, qui suit, et une fille, Philippe d'Argenton, qui épousa Guillaume de Vernon, chevalier, seigneur de Montreuil- Bonnin, avec lequel elle vendit 120 livres de rente, sur la prévôté de Saumur, à Bertrand du Lis, chevalier, en 1303 (6).

(1) il. Duchesne, 1. c.

(2) A, Duchesne j 1. c.

(3) Mathefelon^ baronnie d*Anjou (Maine-et-Loire), qui a donné son nom à une maison d*ob est sortie la maison de Champagne,

(4) A, Ditchesne, ibid. p. 405.

(5) Douet diArcq, ibid. n* 3W7.

(ft) A. Duchesne^ 1. c.

Vn. — Guy II d'Argenton, chevalier, nous est connu par son sceau (3 besants accompagnés de 6 croisettes faisant orle) appendu à l'acte de 1293 mentionné plus haut (1). Il est nommé, avec Jean de Razille, Hardouin de Beauçay et autres, dans un arrêt de l'an 1309. Il épousa Philippe, dame de la Carrie, qui vivait encore en 1336, et en eut plusieurs enfants. L'ainé, Guy III d'Argenton était seigneur d'Argenton en 1341 et mourut sans enfants. Le second, Geoffroy d'Argenton, suit. — Le troisième, AiMERY d'Argenton (2), chevalier, seigneur de Hérisson, fut lieutenant-général du duc d'Anjou dans l'Anjou et dans le Maine, d'après un acte de juillet 1362. Il épousa Mathurine (ou Anne) de Cherchemont, qui vivait encore veuve en 1387 (3), et en eut plusieurs enfants, savoir : Jean d'Argenton, chevalier (4), seigneur de Hérisson, vivant en 1400, qui épousa Charlotte de Melle, dont il n'eut qu'une fille ; — Louis d'Ay^genton qui épousa Philippe de la Roche-Faton et mourut sans héritiers, — et une fille N. . . d'Argenton, qui épousa Amaury de Linières (5).

VIII. — Geoffroy IV d'Argenton, seigneur d'Argenton, de la Carrie (du chef de sa mère), etc., épousa Jeaniie de Surgères, fille de Guy de Surgères, seigneur de Valans et du Breuil.

Robert de Sanzay, chevalier, lui rendit aveu, par indivis, des bois de Varenssay, de Couhé, de Bipeiroux et de la Pigatière (avec les seigneurs de Passavant et de Voi-

(1) Douet d'Arcq, id. n» 1203.

(2) II eut aussi une fille^ Jeanne d'Argenton ^ qui épousa d^abord Charles de Jaunay, veuf de Philippe de la Haye, puis Guillaume de Nonray avec lequel elle vivait en 1353.

(3) Le P. Anselme, t. VI, p. 3J0.

(4) Ce Jean d'Argenton, alors écuyer, est cité dans une montre faite à Ploermel, le l" avril 1380, par Olivier de Clisson (Dom Morice, ibid. t. 11, Mémoires, col. 216).

(5) A, Duchesne, I. c.

sins, ses parsonniers) en 1349 (1). — Le samedi après la St-Eutrope 1350, Catherine, déguerpie de feu Pierre Béliart, et son flls Jean lui firent don de biens situés dans la paroisse de Largeasse, que, le lundi après la fête du corps Jésus-Christ y il afferma pour trois mines de seigle, à la mesure de la Mothe, et trois sols en deniers (2).

Quand la France fut envahie, il paya vaillamment de sa personne à la bataille de Poitiers (1356) et se ât tuer aux côtés du roi Jean (3), avec une foule d'autres gentilshommes poitevins, parmi lesquels se trouvaient le sire de Maulevrier, et messire Jean de Chambes (un des aïeux d'Hélène, femme de Philippe de Commynes), qui fut inhumé au cloître des Frères-Mineurs de Poitiers.

Geoffroy IV d' Argentan laissait cinq enfants en bas âge sous la tutelle de Jeanne de Surgères, leur mère, qui vivait encore en 1363. Ce sont : Ouy IV, l'aîné, qui suit ; — Geoffroy y qui continua la postérité et qui suit ; — ^îmery qui mourut sans héritiers; — Yolande qui, en 1363, épousa Thibaut de Beaumont, chevalier, seigneur de Bressuire (avec 1,000 royaux d'or de dot et 100 livres de rente) (4) ; — Nicolle et Jeanne.

Geoffroy d'Argenton, chevalier, frère puîné de Guy IV, épousa Jeanne de Vernon, dame de Gourgé,d'Orfeuilleet de Fourchelimiers qui, par son testament du 25 août 1421, voulut être enterrée en l'église Ste-Croix de Parthenay.

(1) Id. ibid. p. 496.

(3) Archives des Côtes-du-Nord, fonds de Penthièvre, pièce en parchemin, sceau disparu. C*est la première pièce citée de ce fonds.

(3) Froissart, liv. I, 2« p»*«, ch. 40 ; Robert d'Aveshury^ et Lettre du Prince Noir, le ^ oct. 1856.

(4) De ce mariage naquirent : Geoffroy de Beaumont^ chevalier, marié à Catherine Fougeray, dite de la Haye (d*oti sortirent Louis de Beaumont et Marie de Beaumont femme de Ouy de Chambes^ chevalier), Guiart et Guillaume de Beaumont. Tous les trois furent élevés auprès de Guy IV, baron d*Argenton, leur oncle.

Il en eut trois enfants : Guillaume, qui suit; — Jean (auxquels leur mère fit le partage de ses biens le 17 septembre 1404) et Jacquette, qui épousa Jean de Vendôme, vidame de Chartres (1). Le 4 février 1373, il fit un accord avec les religieux, prieur et frères de l'Hôpital de St- Jean de Jérusalem, à cause de leur maison de Prailles (Deux-Sèvres, arr. Melle), de concert avec sa femme, Jeanne de Vernon, et à cause d'elle, relativement à deux moulins, Tun à eau, l'autre à vent (2). Le 14 juin 1413, Jean de Granges, écuyer, seigneur de Lagort (?) avoua tenir à foi et hommage de Jeanne de Vernon, sous la seigneurie d'Orfeuille, à cause de sa femme Perrette Aymonne, dite Cluzelle, la dime de Grissay en la paroisse de la Boissière, et valant quinze setiers de seigle (3). En 1421, peu de temps avant sa mort, Jeanne de Vernon acheta à Guillaume Aymar, pour la somme de 17 livres, une rente d'un setier de seigle sur le village de Frégeox, paroisse de. . . ? (4).

Par une faute trop commune alors, Geoffroy d'Argenton oublia le noble exemple que lui avait donné son père Geoffroy IV, et embrassa énergiquement le parti des Anglais, ainsi qu'un grand nombre de seigneurs du Poitou, tels que les sires de Parthenay, de Poiane, de Surgères, Hugues de Vivonne, etc. En 1367, il faisait partie de l'expédition d'Espagne à la suite du prince de Galles (5) ; en 1369, il prenait part aux ravages commis en Anjou par Jean Chandos (6) et à son entreprise sur St-Savin en

(1) A, Ihichesne^ ibid. pp. 497, 498.

(9) Archives des C^tes-du-Nord» fonds de Penthièvre.

(3) Ibid, — Cette dîme coasistait en blés, potages (?), laine, agneaux, pourceaux, et se levait sur les borderies situées près du pont de Vaugely^ sur le chemin de Thouars, joignant certaines dépendances de la terre de Lairegodeau.

(4) Ibid.

(5) FroUsart^ 1. I, 2» partie, ch. 215.

(tf) Id. ibid. ch. 283.

Poitou (1) ; il était avec le prince de Galles au siège de Limoges en 1370 (2), et au siège de Montpaon, en 1371, dans le Bordelais, avec le duc de Lancastre (3) ; la même année il était au siège de Montcontour avec Thomas Percy (4). Du Guesclin reprit cette place en 1372 et alla assiéger et prendre St-Sevère en Limousin, où était enfermé Geoffroy d'Argenton avec Jean d'Évreux, Guillaume Percy, le captai de Buch (5), etc. Geoffroy d'Argenton alla s'abriter alors derrière les murs de Thouars avec la plus grande partie de la noblesse du Poitou. Assiégés par les Français, réduits par la famine, les seigneurs du parti anglais se rendirent le 29 septembre 1372, sauf quelquesuns qui se retirèrent à Niort, et continuèrent la lutte contre les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et le connétable Du Guesclin (6). Ce dernier alla mettre le siège devant Chizé (Deux-Sèvres, arr. Melle); les Anglais essayèrent de faire diversion ; la bataille s'engagea sous les murs de la place, le 21 mars 1373. « La furent très € bons chevaliers du coste des Anglois. . . Messire Jofflroi «d'Argenton... etc^ et se combattirent vaillamment... « et furent tous ceulx morts ou pris qui la estoient venus « de Niort : ni oncques n'en retourna ni echapa(7). . . » Je ne sais si Geoffroy d'Argenton fut au nombre des morts ; mais depuis il n'est plus question de lui.

IX. — Guy IV d'Argenton, chevalier, seigneur d'Argenton, de la Motte-Coppoux, de la Carrie, de la Yacherasse et autres terres, succéda à son père, mort à Poitiers (1356). Il épousa Marie d'AmboisCf fille ainée de Hugues

(1) Id. ibid. ch. 2tô, 395.

(2) Id. ibid. ch. 313.

(3) Id. ibid. ch. 3S3.

(4) Id. ibid. ch. 327.

(5) Id. ibid. ch. 346.

(6) Id. ibid. ch 353.

(7) Id. ibid. ch. 356, 367.

d'Amboise, dame de Villentrois, veuve d'Hélion de Naillac (mort en 1372), dont elle avait une fille, Jeanne de Naillac, dame d'Onzain que nous retrouverons bientôt.

C'est avec lui que commencèrent toutes les querelles de voisinage qui pesèrent si lourdement plus tard sur ses successeurs et en particulier sur Philippe de Commynes.

En 1366, il reçut un aveu de Robert, seigneur de Sanzay, chevalier, qui se noya quelques années après dans un étang (1). Il eut alors un procès avec Robert Sandebreuille, écuyer, seigneur de Sanzay, son flls, et soutint contre lui que les habitants de la terre de Sanzay devaient faire le guet et les réparations au château d'Argenton. Le procès s'envenima et Guy d'Argenton trouva moyen de s'emparer de Robert Sandebreuille et de le retenir dans ses prisons. Cet acte de violence fut cause que les habitants de Sanzay furent exemptés du guet et des réparations à Argenton, par arrêt du l«f juillet 1385. — En 1398 (12 mars), Antoine de Sanzay avoua tenir de Guy d'Argenton la moitié par indivis du village de la Beironnerre, à cause de Philippe de Cossaye, sa femme (2).

Un autre procès de juridiction s'engagea avec le sire de St-Clémentin. A cette époque, par suite des longues guerres dont le pays avait eu à souffrir, le Poitou, et la baronnie d'Argenton en particulier, étaient désolés par des « ribauds d'autrui pays » et par des brigands de toute espèce appartenant même aux premières classes de la

(1) « Le seigneur d'Argenton qui pour lors estoit, n'ayant plus de vassal, eut la justice de Sanzay, jusque à ce que son successeur eust fait foy et hommaige. »

Archives des Côtes-du-Nord , fonds de Penthièvre.

(2) A Duchesne, ibid. pp. 496, 497, et Archives des Côtes-du-Nord. — Voir la suite, chap. V, | 2.

société (1). Vers 1384, à l'époque des vendanges, il s'était fait une«grant assemblée de larrons, robeurs et pillards, « qui alloient par nuyt, rompant les hostels, battant, « brullant et tuant les gens, et estoient désignés sous le € nom de bruUeurs, » On en prit un certain nombre à Mauléon et à Montreuil : ils furent pendus (2). Mais le procès de Jean Pelle dit Boucher, de Jean Bichon et de Philippot Collet ne passa pas inaperçu et eut des conséquences judiciaires plus tard.

Ces trois hommes n'étaient en réalité que d'obscurs et vulgaires comparses à la solde de Jean de Montours, sire de St-Clémentin. Leurs aveux faits dans les prisons d'Argenton révélaient des faits de brigandage dignes de la hart. Philippot Collet, sergent et familier de Jean de Montours, âgé de 30 ans et demeurant à l'hôtel des Dorides, sous la juridiction d'Argenton, reconnaissait avoir plusieurs fois pris part à des expéditions nocturnes dirigées par Airaery de Montours qui, dans ces circonstances, portait toujours une cotte de fer. Guy d'Argenton lui-même avait été menacé. En son propre hôtel, devant Aimery de Montours, son fils, et autres, le sire de St- Clémentin avait demandé à un nommé André Maire s'il pourrait empoisonner M. d'Argenton et sa fille (3), lui promettant de lui donner du pain pour toute sa vie. Maire s'y était engagé et avait demandé de l'argent pour aller à Angers chercher des poisons : le sire de St-Clémentin lui donna trois francs. Il fut convenu que Maire irait à

(1) Je ne parle pas de la mort violente d*un certain Jehan d* Auvergne, tué le dimanche après la mi-août 1383 par Jeanne BailboUe, femme de Perrault Bonnet, qui était en état de légitime défense f Archives des CôteS'dU'NordJ,

(î) Art:hires des Côtes-du^Nord^ fonds de Penthièvre. - Comme tout •e travail a été fait avec des documents extraits de ces Archives, je ne donnerai désormais mes autorités que lorsque j'aurai besoin de recourir à certains ouvrages déjà publiés.

(3) n doit être question de Jeanne de Naillac.

Argenton « comme se il alloit s'esbattre, et porteroit o « lai les poisons en ung tuau de plume, et que la ou il « trouveroit Monsieur et sa fille il les souffleroit en telle « manière que ledict Monsieur et sa fille en morissent, et € disoient que si M. d 'Argenton mouroit, le sire de St- < Clementin demoureroit a son entende des debatz pen- « dant entre eulx. »

Un autre inculpé, Jean Pelle dit Boucher, ajoutait de nouveaux détails. On avait agité la question de savoir quel était le moyen le plus expéditif, le poison ou l'envoûtement. André Maire s'était chargé de la double besogne. « Il savoit une vieille femme devers Mortaigne € qui, si elle avoit leur nom, elle les auroit tantost en- € voultes, et feut ordonne que Colas Jay iroit par devers « elle. En tant que touche le poison, le procureur de M. € de Bressuyre debvoit en apporter de Paris : il en avoit « eu sept francs. » Dans la crainte -que le poison put lui nuire. Maire devait emporter avec lui des contrepoisons.

Cette entreprise échoua ; mais c'étaient de toutes parts, pendant la nuit, des vols de viande de porc et de bœuf, de fll de laine, de blé, de seigle, de vin, de chevaux (1), etc. Tout était bon à cette bande de malfaiteurs qui rançonnait les voyageurs sur les chemins de Thouars à St- Clémentin et à Voultegon, et de Bressuire à Argenton. Les femmes n'étaient pas à l'abri des dernières violences, et un nommé Colin Gages fut poursuivi par un brigand, le glaive au poing, jusque dans l'église de Boêsse. Une expédition fut organisée pour mettre à mort Jean Reignart, procureur d'Argenton et les sergents. Pour n'être

(1) Entre autres vols, on peut citer encore : trois couettes de plume, une pioche, un baril de vinaigre, utie tasse d'argent prise chez Poignant au château d* Argenton et vendue 25 sous^ un tapis pris sur une haie, deux aunes et demie de drap blanc, trois verges d*argent à usage de femme, un petit fermail d'argent qui valait environ trois sous et une guimpe de femme qui furent mis en gage pour Sfô blancs .

pas reconnu, le chef de la bande, Almery de Montours, s'était affublé « d'une robe de villaige »; ses compagnons € estoientgarniz d*espees^ lances, taloches, dagues, etc. »; mais ils furent dérangés par la rencontre de trois hommes qui conduisaient une charrette. — • Le prieur de la Guichardière réchappa belle ; ils avaient déjà percé un mur de son hôtel quand on cria au larron y et ils s'enfuirent. — Le prieur de la Bruyère fut moins heureux î à minuit ils brisèrent les portes de son hôtel, le trouvèrent au lit, lui demandèrent son argent et, sur sa réponse qu'il était dans sa maison de Thouars, ils le battirent, le pendirent par les pieds, le dépendirent pour le rependre par les aisselles, puis l'ayant jeté parterre, ils le couvrirent de paille et le brûlèrent vivant ; ils s'esquivèrent ensuite, emportant son bréviaire, ses houppelandes, ses manteaux et sept francs.

Ces brigands étaient allés jusqu'à St-Malo-de-l'Isle voler un cheval et une jument et, cinq ou six ans auparavant, en Auvergne, trois d'entre eux, qui « estoient soldats de M. le Maréchal », avaient signalé par le pillage leur passage à Montluçon (1).

Guy d'Argenton semblait bien fondé à vouloir réprimer tous ces désordres ; mais Jean de Montours, sire de St- Clémentin, et les gens de son fief avaient eu soin de se soustraire à sa juridiction et de se mettre sous la protection et sauvegarde spéciale du Roi. Une exemption générale leur avait été accordée, et il avait été défendu à Guy d'Argenton de rien attenter à rencontre à peine de cent

(1) « En Auvergne, il y a cinq ou six ans, Jehan Pelle dit Boucher et deux aultres, qui comme luy estoient soldats de Mons. le Mareschal» a Montluçon, prirent chez un prestre par nuyt et rompirent lliuys, entrèrent, trouvèrent une jeune femme couchée avecques luy ; ils emmenèrent la femme, la gardèrent pendant deux jours et prirent de la bourse du prestre 60 sols, et les dicts deux jours passes rançonna le dict prestre la dicte femme d*autres 60 sols, lesquels ils eurent et la laissèrent aller et ne la congnaeurent pas charnellement. . . » {Confession de Jehan Pelle,)

marcs d'or d'amende (1). Il avait cependant passé outre ; il avait fait prendre Philippot Collet, sergent et familier de Jean de Montours, l'avait « faict questionner et mectre « en geayne tellement que il estoit débilite et ulcère de « ses membres a toujours. Les quelles choses estant de « mauvais exemple », le roi Charles V, par Lettres du 26 août 1387, ordonna une information pour que, si le sire d'Argenton était trouvé coupable, les parties fussent ajournées au Parlement. En attendant Philippot Collet devait être élargi, s'il n'était retenu pour crime, auquel cas il serait amené au Châtelet pour être puni suivant ce que la Cour ordonnerait.

Guy d'Argenton fut obligé d'obéir, et nous avons un brouillon de lettre qu'il écrivit alors à certains de ses amis pour tâcher d'obtenir gain de cause.

« Chers sires et grans amis, plaise vous savoir que nagaires « en pais de par deçà avoit larrons lesquels aloient par nuyt « en plat pais es hostels des gens d'estat, rompoient leurs « hostels, les batoient, tuoient et prenoient leurs biens des- « quelx il y en a (sic) que messire Jehan de Montours a em- « petre du Roy, nostre sire, un mandement a rencontre de « moy et aucuns de mes gens en quel est contenu entre autres

< choses que lui et les habitants de St Clémentin sont exempts « de moy et que ge ay pris un sien sergent et familier appelé <c Phelippot Collet, ne de Neuville Brebant, en Brebant, et « ycelluy détenu en prison, lequel Phelippot, au temps de « ladite prise ne nestoit avec ledit de Montours demi an par

< avant son familier ne serviteur. Et pour ce que un larron « appelé Jehan Pelle dit Boucher, lequel a este pendu pour ses « démérites, charget en sa confession ledit Phelippot de plu- « sieurs crimes les quelx ledit Phelippot a depuys confesse, si « comme par leurs confessions lesquelles maistre Jehan Ra- « batea vous monstrera plus a plain, ledit Phelippot fut prins^ « si m'a este fait commendement par un sergent royal que « ycelluy Phelippot ge baillasse pour estre mené en chastellet

< pour ylec recevoir pugnicion lequel ge ay baille audit ser-

(1) C^était une somme énorme qui représentait environ 10,000 livres du temps.

« gent et avec ce a adjourne moy et cinq de mes gens a cornet paroir en personne en parlement au xx* jour de cest moys « de novembre. Si escripz a maistre Jehan Rabatea qu'il se € traie a vous pour faire ma coll*", laquelle ge vous recom- « mans. Si vous pri, chers sires et grans amis, qu'il vous « plaise en faire ce que vous verrez quMl sera mester et tant « que vous en soye tenuz. Et se chose, etc. » (sic).

Je ne sais quel fut le résultat de ce procès, dont nous retrouverons les suites en 1455, avec Antoine d'Argenton, et en 1494 avec Philippe de Commynes, mais Guy d'Argenton était dans un embarras plus grave encore. Il avait à soutenir une lutte contre Olivier de Clisson, connétable de France, et la terre de la Carrie et autres avaient été mises en la main du roi dès l'an 1385 comme garantie, de son propre consentement, « ad ce que ledict « d'Argenton peust escir de la prison en laquelle il estoyt « et soufFroyt par la force et puissance dudict de Clisson, « comme il affermoyt, avecques ce et feussent les dictes « terres par la main du roy par deffunct maistre Ëstienne « Trochart, a ce par luy commis, régies et gouvernées. » Le roi ordonnait en outre que les deux parties comparaîtraient au prochain parlement, pour procéder au principal de la cause. Il est à croire qu'il ne sortit de prison que beaucoup plus tard, en vertu des Lettres-Royaux délivrées le 8 août 1393, au nom de Charles VI, par le duc de Bourgogne. Il ne dut sa délivrance qu'aux instances de sa famille et en particulier de son frère (Airaery ?) qui lui écrivit cette lettre dont nous avons conservé le brouillon :

« Mon très cher seigneur et frère, plaise vous savoir que « au retour que je fis de Bretaigne, ge m'en partis d'Argen- € ton et alay à Poictiers, esperans d'aller a Bourges par devers « monsieur de Berri, en quel lieu ge trovay le sire de Thors (l)

(1) Renault /•' de Vivonne, seigneur de Thors, des Essars, de Paye, d*Aubigny, fut séuéchal de Poitou et en exerça si dignement la charge qu*on le surnomma le bon sénéchal ; il prit une part active à la lutte contre les Anglais et assista à la bataille de Chisé.

< et messire Hugues de Vivonne (1), lequel sire de Thops priay € de vostre faict et qu'il vosist parler au sire de Cliçon, lequel € me responsit que suppose que ge ne fusse aie par devers « luy et messire Hugues, que il s'en vouloit aler par devers € ledict de Cliçon pour luy en parler, et me diserent luy et « messire Hugues et vos conseils qu'il ne conseilloient pas € quege alasse outre, et se tenoit fort ledict sire de Thors de € vostre délivrance, et pour ce m'en retournay en sa compare gnie a Partenay, en quel lieu nous trovasmes mons' de Par- « tenay et pariasmes ensemble de plusieurs choses qui lon- « gués vous seroient a escripre, lesquelx me ordeunerent que « ge fusse au Puy-Beliart le vendredi après la Toussains au € giste et que la ge eusse de nos parens et amis et qu'il y « seroient la et avec eulx le sire de la Fourest, et qu'il se € tenoient fors de vostre délivrance; et pense bien que ledict € de Cliçon les eust fait savoir qu'il emprissent celle journée. € Et pour ce ge avoie escript au seig' de Surgeres, d'Aube- € terre, de Bressuyre (2), de la Flocelliere, de Fors, messire « André Rouaut et messire Alant de Montendre qu'il y fussent, « lesquelx m'avoiet fait savoir qu'il y seroiet.

« Et pour partir a aler a la dicte journée ge estoie cestui <c mercredi derrer a Partenay, enquel lieu mons' de Partenay € receut lettres du connoistable et du sire de la Fourest « esquelles estoit contenu que il fust cestui lundi a Angers^ « et que la seroit mons' de Berri, mons^ de Bourgoigne et ledict « de Cliçon. Et pour ce m'a convenu desmander nos diz pa- <c rens. Et non obstant ay-ge este a la journée au Puy-Beliart, € et d'ileq m'en alay a us Essars ou ge trovay le sire de Thors « en son lit malades d'une jambe, lequel m'a dit que ledict de « Cliçon sera cestui mardi a Montaigu et qu'il doit recevoir <c ses homages, et qu'il yra celui jour par devers lui et qu'il € parlera bien a lui, et qu'il se tient fort certain de votre délire vrance. Et emprismes que ge lui envoyeraye Pastelliere par € lequel il me fera savoir ce qu'il aura trove. Et d'ileq m'en € retornay a Argenton cestui dimanche, ou ge trovay mons'

< de Partenay qui s'en va a Angers par devers mons' de Berri « auquel il en parlera. Si fera il audict de Cliçon s'il y est,

(1) Hugues II de Vivonne, cousin du précédent, seigneur de Fors.

(2) Les de Surgères étaient les parents de Guy d* Argenton, du côté maternel ; Thibault de Beaumont, seigneur de Bressuire, avait épousé Yolande d'Argenton, sœur de Guy, qui éleva ses trois enfants (voir page 33, note 4).

« ainsi quUl est tenu de le faire. Et aussi est il mon entende € d'y estre oestui lundi ou mardi prouchien et en parleray <c a mons^ de Berri, mons** de Sanceurre, mess" de Chasteau- « froment et a nos autres sires parens et amis, et o Tayde de € Dieu et d'eulx vous serez délivres a vostre honneur. Et € quelque chose quUl en doie avenir ge feray tout ce que frère € doit faire, et de ce soyez certains.

€ Mon très cher seigneur et frère, ge vous pri si chèrement € comme ge puys que vous ne vous esmoiez de rien, ains « faictes bonne chère et vous donnez joye que ge ay espèce rance en Dieu que vous n'y demorrez gayres. — Et se par « aucune aventure vous allez par devant ledict de Cliçon, alez « y sans avoir nul donbte de rien et ne lui faictes pas trop « grant reverance, que vous savez que vous n'y estes pas € tenuz et ne lui demandez chose qui en temps avenir vous « puisse porter domage, ainsi comme tel homme que vous testes doit fere et qui n'a rien meffait. »

Cette lettre montre dans les dernières lignes un grand caractère de fierté qui donne à croire que Guy d'Argenton pouvait traiter d'égal à égal avec le connétable de France alors en disgrâce.

Nous pouvons signaler quelques actes de Guy d'Argenton dans l'administration de ses domaines. Le 13 août 1377, il confessa avoir baillé et affermé à perpétuité à Jean

Bourgeys ce qu'il avait au village de la , paroisse de

Cersay, moyennant deux setiers de seigle, à la mesure d'Argenton,etdeux deniers de rente annuelle. En 1378/9, le 6 mars, et d'après des Lettres-Royaux du 24 mai 1379, nous trouvons les suites d'un procès entre Hardouin Lebrun, chevalier, tuteur de GefFroy Lebrun, écuyer, père de Pierre Lebrun, écuyer, et Geoffroy IV, alors seigneur d'Argenton, père de Guy IV, seigneur d'Argenton. Il s'agissait de l'hommage lige prétendu par ces derniers svirVherbergement de Voultegon.

En 1405, il vendit pour 1000 livres à Jean de Montaigu, vidame de Laonnois, 100 livres de rente que Jeanne de Surgères, sa mère (du chef de Guy de Surgères, son grand père), avait le droit de prendre sur la recette de Sain-

tonge et la prévôté de la Rochelle (1). Nous le voyons encore mentionné dans différentes assignations : le 2 janvier 1405/6, à propos de sa court de la Vacherasse ; le 8 mars 1405/6 et le 24 mai 1406, dans un procès avec Tabbesse et les religieuses de St-Sulpice de Rennes, à cause de leur prieuré de la Fougereuse. — Le 16 janvier 1404/5, il est mentionné avec Guillaume d'Argenton son neveu dans un acte relatif à une fondation à la cure de St-Jean de Parthenay.

Guy IV d'Argenton n'eut pas d'enfants légitimes de son mariage avec Marie d'Amboise (2), veuve d'Hélion de Naillac ; mais sa belle-fllle, Jeanne de Naillac fut recherchée en mariage par son neveu et héritier Guillaume (p. 36). Cette alliance lui déplaisait à cause du grand profit qu'il tirait de la garde-noble. Guillaume d'Argenton enleva Jeanne de Naillac (1402), et l'épousa au mois de juin de la même année à Chisé (3j. Il fut poursuivi criminellement au mois de mai suivant, et en 1406 il plaidait, à cause de Jeanne de Naillac, sa femme, contre Marie d'Amboise, sa belle-mère et sa tante. — Guy IV d'Argenton mourut en 1418.

(1) A. Duchesne, ibid. p. 497.

(9) Guy IV d'Argenton eut, dit Duchesne, deux fils illégitimes Jean et 6rwy d'Argenton^ dont la descendance n'est pas connue. — Peut-être est-ce ce Jean d'Argenton, écuyer, qui est mentionné dans une montre de Messire Quy de Beaumont, seigneur de Bressuire, chevalier banneret, le 25 avril 1421, à Saumur. (Dom Morice, Mémoires etc., t. II, col. 1,085.) —■ Parmi les d'Argenton qu'on ne peut rattacher à la généalogie, il faut citer: Macé éC Argenton ei N... d'Argenton, écuyers, qui faisaient partie de la montre de Guillaume Broussin, le 29 juillet 13S^ {Dom, Morice, ibid. col. 606) ; Geoffroy cTArgenton, seigneur de Beaulieu, écuyer, mari de Jeanne Poussart, et Thibault d'Argenton, son frère, vivants en 1463 et en 1493 ; Patrice d'Argenton, qui épousa Jeanne de Chou r ses, vivant en 1440 ; Jeanne d'Argenton, sa sœur, femme de Pierre Le Vasseur, et Quillaiwie d'Argenton, son tils (A. Duchesne, p. 497).

(3) A, Duchesne, ibid. p. 498. — Le P. Anselme, t. VIII, p. 667, dit que le mariage eut lieu à La Guiche.

X. — Guillaume d'Aboenton, son neveu, lai succéda dans les seigneuries d'Argenton, des Mottes, de Lairegodeau, Villentrois et autres. A cause de sa prudence et de ses mérites, il fut établi gouverneur du dauphin Loulsf fils aine du roi Charles VII, qui devait être Louis XI (1). Il prit part aux événements militaires de son temps; parmi les capitaines du parti d'Armagnac qui assistèrent au siège de Parthenay (1419), il est cité comme chevalier banneret, ayant sous ses ordres vingt écuyers et dix archers (2). En 1431, il avait le titre de conseiller du roi (3). Le 12 juin 1425, il rendit hommage de son fief de la Vacherasse à Catherine de la Haye (4). — En 1432, il fonda deux chapellenies dans les églises de St-Gilles et de St-Georges d'Argenton (5).

Son mariage avec Jeanne de Naillac lui valut entre autres un procès de succession, pour une inégalité départage, avec Jeanne Turpine, veuve de Guillaume de Naillac, chevalier et garde de ses enfants mineurs. Il soutenait que, dans la division des biens faite après une longue communauté entre Guillaume et Hélion de Naillac, frères germains, ce dernier avait été lésé de 600 livres de rente, dont les arrérages montaient à plus de 10,000 livres. Jeanne Turpine disait au contraire qu'Hélion de Naillac avait été mieux partagé que son frère Guillaume, et lui redevait 1,500 livres.

(1) .4. Jhichesne, ibid. p. 496.

(9) Dont Morice, Mémoires, t. II, col. 993.

(3) Id., Histoire, t. I, p. 5U.

(4) c Par devers nous Katerine de la Haye, dame de Tors, de Poiyroax et de la Fougereuse, est venu nostre très cher cousin le sire d*Argenton, lequel nous a offert fere les foy et hommage lige qu*il nous est tenu a cause de nositre seigneurie de la Fougereuse, par raison de sa terre de la Vacheresse, assise en la paroisse des Aubiers, ausquelx foy et hommage nous Tavons reçu et comande de bailler son fie par escript dedans le temps de la coustume. Donne a la Fougereuse xii juyn miii' xxv. »

(5) A, Duchesne, ibid. p. 486.

Des parents et amis furent pris comme arbitres ; une transaction intervint. Elle fut l'objet de Lettres-Royaux délivrées le 14 mai 1408 par Charles VI, et rappelées le 19 décembre 1426 par Henri VI, roi d'Angleterre, prenant la qualité de roi de France (1).

Il fut déclaré qu'Hélion de Naillac ayant été moins bien partagé que son frère, Jeanne Turpine et ses enfants verseraient 3,000 écus d*or, pour une fois, à Guillaume d'Argenton et à sa femme et leur constitueraient 100 livres de rente en terre. Moyennant cet accord, Jeanne Turpine était quitte de tout ce qu'on pourrait lui réclamer de ce chef par la suite. Cependant, en 1440, Guillaume d'Argenton obtint la moitié de la terre du Blanc en Berry contre les héritiers de Guillaume de Naillac (2).

Le 27 avril 1443, il vendit à Pierre Pain, marchand de Parthenay, pour 90 livres (3), une rente annuelle de 50 sous en deniers, cinq setiers de seigle et deux setiers mine d'avoine, à la mesure de Parthenay. Le 10 novembre de la même année, Jean Raymond, son procureur, vendit au même Pierre Pain, pour le prix de 60 livres, monnaie courante (4), une rente perpétuelle de six setiers de seigle et de deux setiers d'avoine, mesure de Parthenay.

(1) .... Parisius xix» decembris anni miiii" xxvi, et regni nostrî quinto. . . « Henricus Dei gratia Francorum et Anglie rex, universis présentes litteras inspecturis Salutem. Notum facimus quod de registris nostre parlamenti curie extrahi fecimus quoddam accordum cujus ténor talis est : Karolus Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras inspecturis Salutem. Notum facimus quod de licentia et auctoritate nostre parlamenti curie inter partes infra scriptas tractatum, concordatum et paciticatum extitit pro ut in quadam accordi cedula eidem nostre curie tradita continetur, cujus ténor talis est : Comme an temps et débat feust meuy etc. . • (Archives des Côtes-du-Nord.)

(2) A, Duchesne, ibid. p. 498 ; Le P, Anselme^ t. VIII, p. 667.

(3) « Monnaye courant, le marc d'argent valans a la monnoye du roy « sept livres huit sous, reau d'or de poix de franc valant 30 sous de lad. « monnoye. »

(4) Cette somme fut payée en 40 royaux d'or « du poix de franc chasc cune pièce. »

Guillaume d'Argenton eut de son mariage un âls et trois filles, savoir : Antoine, qui suit; — Brunissant ^ qui épousa, le 21 juin 1422, Thibaut Chabot, chevalier, seigneur de la Grève, de Moncontour, de Marnes, de Montsoreau, etc. ; — Antoinette, qui épousa, en 1439, Jean de Montenay, chevalier, seigneur de Montenay, de Garancières et de Milly en Gàtinais : elle lui apporta mille écus d'or de dot et 400 livres de rente sur la terre de Villentrois ; — enfin Louise, qui épousa Bertrand de la Haye, fils de Jean de la Haye, seigneur de Passavant, de Mortagne, etc., et lui apporta en dot les terres d'Onzain et de Vauliart, avec la huitième partie des terres de Chaumont, par contrat du 25 mars 1456 (1).

Brunissant d'Argenton perdit son mari, Thibaut Chabot, tué à la bataille dePatay le 12 février 1428/9.— Elle resta veuve avec trois enfants : Louis II Chabot, que nous retrouverons plus loin; — Catherine Chabot qui, par contrat du 6 mars 1445, épousa Charles de Châtillon, seigneur de Sourvilliers, Marigny, Bouville et Farcheville } — Jeanne Chabot, dame de Montsoreau, qui, par contrat du 17 mars 1445, épousa Jean deChambes, premier maître d'hôtel du roi (2).

Louis n Chabot avait quatre ou cinq ans à la mort de son père ; il fut d'abord sous la garde de sa mère et sous la curatelle de Guillaume d'Argenton, son grand-père. C'était une lourde charge pour Brunissant d'Argenton, car son mari était criblé de dettes, et il lui fallait rétablir la fortune de ses enfants (3). Elle se mit courageusement à l'œuvre, et en fut mal récompensée.

(1) A. Duchesne, ibid. p. 498.

(2) Le P. Anselme, t. IV, p. 563 ; A. Duchesne, ibid. p. 499.

(3) A défaut de paiement des arrérages de douze-vingts livres de rente, montant k 4,010 réaux, depuis 1415, le duc d'Alençon avait fait mettre la terre de Montsoreau (appartenant aux mineurs Chabot) en criée pour être vendue au dernier enchérisseur ; Brunissant d*Argenton, grâce

Le 26 novembre 1438, elle acquit au nom de Louis Chabot et de ses sœurs tout le droit que Jean d'Auvilliers avait à la succession des divers membres de la famille de Craon (1), pour la somme de 6,300 livres, huit-vingt-' quinze écus d'or et 110 setiers de froment, dont elle paya dès lors comptant 3,300 livres, huit-^ingt écus et 110 setiers de froment, montant d'une dette égale con-* tractée par le sieur d'Auvilliers envers elle et Thibaut Chabot, pendant leur mariage et depuis. Elle promit de payer le surplus, au nom de ses enfants, en la ville de Paris. Pour s'acquitter elle dut faire des aliénations. Les terres et seigneuries de son mari étaient grevées de rentes et d'hypothèques considérables; les revenus suffisaient à peine à payer les arrérages (2). Accompagnée de Guillaume d'Argenton, son père, et de Louis Chabot, alors âgé d'environ dix-huit ans, elle obtint des Lettres-Royaux en vertu desquelles, à la requête des mineurs, de leurs parents et de leurs amis (3), le bailli de Touraine autorisa de vendre à Bertrand de Beauveau les terres de Pressigny et de Ferrières, pour 7,500 livres. C'était un

aux secours de son père, parvint à empêcher Texécution de ce décret. -« Les 4,040 réaux représentaient 6,060 livres, ce qui faisait 25 ans et trois mois d*arrérages ; le fait se passait donc dans le courant de Tannée 1440.

(1) Un appointement du Parlement (4 mai 1449) prouve que du temps de Louis I**" Chabot, aïeul de Louis II, il y avait un procès pendant entre les cohéritiers de la succession de Jean de Craon, d'où étaient venues aux Chabot les terres de Pressigny, Verneuil et Ferrières. En prenant ces terres, Louis I**" Chabot était tenu d'acquitter ses cohéritiers de toutes charges, rentes, arrérages, etc. — Il y eut un accord semblable le 6 décembre 1457.

(2) Brunissant ne pouvait rien retirer de Marnes, Moncoutour, Colombiers, etc., et pendant le bail de ses enfants mineurs elle se trouva en si grande nécessité que, n'ayant de quoi vivre et s'entretenir convenablement, elle dut avoir recours h des amis. Thibaut Chabot, au temps de son décès « estoit pauvre de meubles et n'avoit que ustensiles d'ostel c qui bruslerent tous ou la plus part au chasteau de La Grève » ; ce qui échappa fut pillé, volé et emporté, et Brunissant n'en conserva que très peu de chose.

(8) Excepté Regnault Chabot avec lequel il y avait procès pour l'héritAg« de Jean de Craoni et qui prétendait revendiquer la terre de La Greva.

bon prix pour des propriétés ruineuses et de petite valeur (1).

Restait encore, de la succession de Craon, la terre de Verneuil (Indre-et-Loire). Guillaume d'Argenton, Brunis-^ sant et Louis Chabot en personne la vendirent à Jean Doiron, sieur de la Durandière, pour 1,115 écus d'or, avec grâce perpétuelle de rachat (2). Cette somme (moin3 44Q écus dont Tacquéreur avait hypothèque) fut employée à l'acquit du sire d'Auvilliers pour partie des 3,000 livres qui restaient dues. Le 3 mars 1440, Bertrand de Beauveau paya, par les mains de Françoise de Brézé, sa femme, 500 royaux et écus de vieil or sur les 600 qu'il devait encore pour le parfait paiement de Pressigny et Ferrières. Cette somme fut aussitôt versée au sire d'Auvilliers en déduction de ce qui lui était encore dû depuis le 26 novembre 1438.

Il fallait continuer la liquidation des dettes. Thibaut Chabot avait autrefois vendu au chapitre et à la psallette de l'église de Nantes une rente de 186 sous, monnaie de Bretagne. Elle fut affranchie (16 décembre 1440) par Louis Chabot, autorisé par son curateur et sa garde-noble, au prix de 2,000 écus d'or vieil, pesant 31 marcs 3/4 d'once, et provenant de la vente de Pressigny et Ferrières (3).

W Par suite de cette vente régulière^ ces terres ne furent pas comptées dans le partage de Théritage de Thibaut entre Louis Chabot et Jeanne, sa sœur, femme de Jean de Ctiambes.

(2) Protocole passé à Chinon le 2S novembre 1438» et ratifié par Louis Chabot, Agé de 22 ans, à Tours le 14 mai 1444. Il confessa alors qne toutes les sommes provenant de ces ventes avaient été employées à iqp protit et à Textinction des dettes de son père.

(3) .... « Item et ne vous doit mouvoir se le dict rachapt et %Ê9%Mt- « chement de lad. rente fut fait par avaqt la vendicion dud. Pr#8signy, car c comme par le contrat de lad. vendicion appert, au jour et heure d'icelle c vendicion les vendeurs avoient desja receu partie d^icelle somme sur c lad. vendicion, pour la haste et nécessite quMls avoient de rachapter « lad. rente durant le temps de la grâce et faculté qu*il8 avoient dMoelle « retraire ; ny pareillement ne vous doit mouvoir si le raequiai d« lad.

— Lorsque Thibaut Chabot, pressé d'avoir de l'argent, avait autrefois voulu toucher le capital de cette rente, le chapitre de Nantes, auquel il ne pouvait fournir d'hypothèque, s'y était refusé. Il avait fallu que Guillaume d'Argenton s'obligeât pour lui et engageât sa terre et seigneurie de la Motte (pour laquelle Thibaut Chabot engagea à son tour, â Guillaume d'Argenton, sa terre de Chantemerle), et encore dut-il fournir caution bourgeoise en la ville de Nantes (1).

Enfin, du reste du prix de la vente de Pressigny et Ferrières, 3,000 livres furent employées à amortir une rente de 300 réaux d'or que le sire de La Roche-Guy on avait le droit de prendre sur les terres de Louis Chabot. Cela n'empêcha pas Guillaume d'Argenton d'être réduit à vendre en son nom 300 réaux de rente au sire de La Roche-Guyon, et la somme qui en provint fut employée par Brunissant au paiement des 4,040 réaux dus au duc d'Alençon et pour lesquels la terre de Montsoreau, mise en criée, allait être adjugée (2). C'était un grand service rendu à Louis Chabot et à ses sœurs, car ils n'auraient pas trouvé un denier â emprunter, et la perte de Montsoreau était certaine (3).

« rente et d^autres rentes en quoy il estoit tenu sont faiz au nom dud. « défendeur et par luy, car au temps d*iceux retraiz sesd. bail et cura- « teur n'estoient pas si portatifs a chevaulcher et aller par pays comme « led. défendeur qui avoit environ vingt ans. Et a ceste cause et aussi « que c*estoit son fait, luy baillèrent gens avecques luy qui avoient c charge de la matière et l'envoyèrent faire lesd. racquitz et furent faiz « en son nom, et ce durant lad. curatelle et bail, et aussi par son dire « mesme nejoyssoit-il point de ses terres et de soy n' avoit nulz deniers « ni nulz meubles et n'eust lors trouve qui sur sa terre luy eust baille c ung seul denier, par quoy est cler que de soy n^eust peu faire lesd. c racquitz ; aussi non fist-il, mais des deniers venuz et yssuz desd. yen- « dictions desd. terres. ...»

(1) Jehan Davy et Simon Le Mercier, bourgeois de Nantes.

(2) Voir note 3, page 47.

(3) n fallait cependant que Brunissant subvint à ses propres dépenses, à celles de ses filles et à celles de Louis Chabot qui était alors au service du dauphin (depuis Louis XI).

Alors, par provision de douaire, Brunissant obtint du sénéchal de Poitou la terre de Chantemerle dont Thibaut son mari avait acquis le droit de Jean Chabot, ainsi que celui de la Grève et autres, entre la Sèvre et la Divé, Avant cet arrêt, Louis Chabot en avait perçu les fruits, même pendant sa minorité (1). Quand tout fut réglé, ou à peu près, Guillaume d'Argenton, dont les intérêts avaient été gravement compromis, obtint des Lettres-Royaux données à Chinon le 4 mai 1446, pour réclamer un dédommagement. Le procès durait encore en 1467, longtemps après la mort d'Antoine d'Argenton.

Cet aperçu historique sur ce qui concerne la vente des terres de Pressigny, Ferrières et Verneuil était nécessaire, car jusqu'à présent les faits n'avaient été mentionnés que d'une manière incomplète par A. Duchesne et le P. Anselme qui, prenant trop ouvertement le parti des Chabot et des Chàtillon, ont accusé Guillaume d'Argen-» ton d'avoir dilapidé la fortune de son neveu. II est d'ailleurs indispensable de connaître tous ces détails pour comprendre la longue série de procès qui s'engagèrent bientôt pour la propriété de la terre, seigneurie et châtellenie d'Argenton. — Guillaume mourut vers 1450 ou 1451, et eut pour successeur et principal héritier, son fils Antoine.

XL — Antoine d'Argenton trouva après la mort de son père une situation très-embarrassée ; il n'était pas homme à pouvoir l'améliorer.

Il épousa « pour son plaisir » Marguerite de Razille, d'une très-vieille famille, mais qui « estoit sans biens, > et lui assigna un douaire le 4 février 1455. — Brunissant d'Argenton prétendit que, lors de son mariage avec

(1) Brunissant d*Argenton portait le titre de dame de Chantemerle dès 1426 ; elle percevait alors les revenus de la terre du Beugnon que lui avait accordés Guillaume son pére#

Thibaat Chabot^ Guillaume d'Argenton son père et Jeanne de Naillac lui avaient promis une rente de 500 livres. Pour se libérer de cette rente et de tous les droits que Brunissant pourrait alléguer à la succession de Guillaume, Antoine lui donna la seigneurie des Forges en Saintonge (Deux«-Sèvres), par acte notarié du 5 juillet

Le procès de St-Clémentin n'était pas terminé; une transaction provisoire eut lieu le 27 janvier 1456/6. Jean de Monteurs, chevalier, sire de St-Clémentin, se désista (1) de tous ses droits prétendus sur les gaigneries de la Tremblaye (paroisse des Aubiers) et de la Charruellière (paroisse de la Chapelle-St-Laurent), et sur la succession de Jean, Gnillon et Yolande d'Argenton et leurs frèrescheurs (2), tant au village du Portau (paroisse de Boêsse) qu'au Régnier (paroisse de St-Clémentin). Bn retour, il demeura quitte de toutes les actions réelles, personnelles et mixtes et « de tous les crimes et excez » que les d'Argenton poursuivaient contre lui et les siens ; il acquit le droit de chàtellenie en sa ville et terre de St^Clémeniin au ressort de la seigneurie d'Argenton, une foire annuelle à la fête de St-Clémentin, un marché le mercredi de chaque semaine, et le péage sur la terre de St-Clémentin jusqu'à la moitié du pont de Voultegon. Il fut spécifié que Jean de Montours et ses successeurs ne pourraient « ediffler chastel ne fortifications audict lieu » sans la permission du sire d'Argenton, et que les gens de St-Clémentin continueraient à faire le guel au château d'Argenton. — Antoine céda à Jean de Montours

(1) Dans cet acte on constate que le procès n*avait pas été interrompu do t«mps de Guillaume d'Argenton, mais on n*en trouve pas d*autres traces.

(2) Les frèrescheurs étaient ceux qui possédaient des biens en commun, de quelque manière que ce fût, ou qui devaient en commun quelque redevance. {Dupin et E, Labovlaye, Glossaire de Tancien droit français, Paris, Durand, in-13, 1846, p. 63).

BBe rente de trois mines de froment (meaare de Si-Cl^ mentin) et de 40 sous qu'il avait sur les tenanciers d« St-Clémentin ; il donna en outre à François de Montours, éonyer, fiU de Jean et de Jeanne Jourdaine, dame du Puy-Jourdain, 30 setters de seigle et 10 pipes de vin, une fois payés, plus les défauts de t-'uet des gens de St-Clémentin pour te passé et pour Iinlt ans à venir; enfin il s'engagea & payer une somme de onze cents écus d'or (1).

Antoine eut alors à liquider les dwttes de son père. Pour y parvenir, 11 vendit en deux fois (2) 1 ,626 écus d'or de rente à Jean de Chambes, son neveu par alliance, et à Jeanne Chabot, sa femme ; il promit d'en donner assiette sur sas héritages, et retint ta faculté de retrait jusqu'au 9S novembre H59. Pour retirer cette rente, le 28 février 1458/9, il vendit à Charles de Gaucourt, seigneur de Chàteaulimn, 2,200 livres de rente perpétuelle pour 23,000 écus, et l'assigna sur les ch&teaux, terres et seigneuries d'Argenton, de La Motte-Coppoux, et sur les hôtels, terres et seigneuries de Lairegodeau, Qourgé, Azay-sur- Thouet et du Beugnon. Avec cette somme il put rembourser Jean de Chambes (principal et arrérages), et au-

(11 QuitUncc ; 16 man 1156. ■ Noble homme meMJre Jehan de Monc toura, chev a' durl. lieu de Montours et de St-Cl^menlln reconnoit

■ avoir receu de tret nobJe et puissant s' mons' messire Antoine »' d'Ar-

■ g«au>n et d'Oniaîn, la somme de llll " IX escui d'or II sols VI de> c Diert, que ce dernier luy devoit de reste de la tomme de oni« eent

■ escui d'or a la quelle montoit In composition entre eui intervenue

■ pour terminer cerisint procès pendnns entre eui, tant en In court de c parlement que ailleura, si comme par les lectres d'appoiiii:iement et • B(:cord sur ce f^icies et passées puet plus applain nparuir. Messire « Jehan de Montouri promet en oultre de rendre toutes les lectres qu'il c a par devers luy ruuscfaant lei choses dont ilz avoieni «u procès, et c messire Antoine d'Argenton s'engage a restituer et bailler aud. Jehaa

■ les lectres des deui cens cinquante livres de rente qu'il avoit eu el c acquis de Olivier Nozille, el auttres lectres lou4chant le fait de St-

■ ClémpntJD. ■

(9) La date du premier contrat est rest^ en blanc : celle da aecond eat dn 98 novembre U5T. Ces lett) écus d'or valaient «u monnaie S.aaS

delà. Mais cela ne faisait pas les affaires de Jean de Ohambes qui perdait ses droits de créance sur Argenton.

Le 15 février 1458/9, à la requête de Brunissant, d'Antoinette d 'Argenton et de son mari Jean de Montenay, Antoine d 'Argenton avait été assigné à comparaître pour s'entendre condamner à ne pas aliéner ses biens. Le 8 mars 1458/9, il fut ajourné à dire ses causes d'appel, et le 13 mars il y eut un appointements suivi d'un arrêt de la Cour, défendant à Antoine toute espèce d'aliénation. Puis, Jean de Chambes (qui était alors à Gênes pour le service du roi), à la requête de Brunissant et d'autres parents (10 janvier 1460/1), prétendit retirer, à titre lignager, la rente de 2,200 livres vendue à Charles de Gaucourt. Il y fut reçu par arrêt du Parlement, le 23 février 1460/1, malgré les protestations de Charles de Gaucourt et de Louis Chabot, et paya 22,800 écus d'or pour le principal et les arrérages (1).

Or, depuis l'année 1459, Antoine d'Argenton « estoit « cheu en maladie de lèpre, et par le moyen dudict acci- € dent il estoit ou gouvernement de sa femme et de ses € serviteurs, et par traict de temps il estoit parvenu en € grant diminucion de sa personne, et tellement que en

(1) Il y a toute une histoire pour la lettre par laquelle Brunissant somma et requit Jean de Chambes d*aller au retrait de la rente vendue par Antoine à Charles de Gaucourt, — lettre écrite, scellée et signée le 10 janvier 1460/1. Elle fut d'abord portée à Poitiers et à Paris et montrée au conseil de Jean de Chambes. Brunissant écrivit à ce sujet & Jean Vaslin, son procureur, et à Jean Simon son avocat, pour qu'ils consentissent au retrait. Lorsque l'affaire fut terminée, la lettre fut rapportée à Jeanne Chabot, femme de Jean de Chambes, qui chargea une de ses demoiselles de la mettre dans un coffre, a Et comme aud. coffre ou avoit « este mise lad. lettre y avoit entre autres choses des pots de confiture, c avint que la confiture de Tun desd. pots tumba et cheut sur lad. c lettre tellement qu'elle feut toute grasse et ennoircie. > Il fallut en re-> faire une copie & Parthenay, qui fut scellée et signée par le même notaire^ du consentement de Brunissant, et l'original fut rompu et cancellé, — ce dont il fut bruit dans tout le pays voisin. Louis Chabot le reconnut lui-même plusieurs fois ; cependant il prétendit plus tard que cette lettre était fausse.

€ luy n'estoit espoir de longue vie » (1). Il n'avait pas d'enfants, et tous convoitaient son héritage. Il avait conçu une grande haine contre sa sœur aînée et principale héritière, Brunissant, qui le poursuivait devant le Parlement en interdiction d'aliénation de ses biens, comme prodigue, et il avait plusieurs fois déclaré qu'il la priverait de sa succession, elle et tous les siens.

Louis Chabot avait trop d'intérêt à maintenir ces dispositions hostiles pour se tenir à l'écart. Lui, sa femme, ses enfants, s'étaient mis à fréquenter assidûment Antoine d'Argenton, malgré la lèpre qui le rongeait. Il savait trouver près du malade des paroles « blandes et soefves, » et, pour le distraire, le menait à Moncontour et ailleurs « en ses hostels et seigneuries, » Il avait fait un pacte offensif et défensif avec Marguerite de Razille, lui promettant de lui donner sur les biens d'Antoine et sur les siens propres tel douaire qu'elle voudrait. 11 s'était aussi gagné tous les serviteurs du château par des dons et des promesses. — Quand tout avait été bien préparé, sous prétexte de restitution des sommes qui lui avaient été enlevées pendant sa minorité, par la vente que Guillaume d'Argenton avait faite de Pressigny, Ferrières et Verneuil, il s'était fait faire, le 27 juillet 1460, par Antoine, le transport des terres et seigneuries d'Argenton. Cependant il avait été réglé, le 5 juillet 1455, que Brunissant les aurait après le décès d'Antoine, s'il mourait sans enfants.

Toutefois, le même jour (27 juillet 1460) Louis Chabot avait donné à Antoine d'Argenton une contre-lettre, que l'on ne croyait pas devoir jamais être connue, par laquelle il déclarait que, malgré ce transport, Antoine restait tou-

(1) William Cavendish, cinquième duc de Portland, vient de mourir à Londres à Tâge de 80 ans. Il était depuis plus de trente ans affligé d'une terrible maladie jadis trop fréquente, mais de nos jours heureusement rare ; la lèpre. {Courrier du Havre, 96 décembre 1879).

jour» seul et vrai propriétaire d'Argenton et se réservait l'usufruit; Louis Chabot approuvait la vente faite auparavant à Charles de Gaucourt auquel Jean de Cbambes s'était substitué par retrait lignager.

Comme si Antoine et Louis Chabot se fussent méfiés l'un de l'autre, une seconde contre-lettre fut passée entre eux le 19 janvier 1460/1 : Antoine se désistait de l'usufruit par lui retenu dans la première contre-lettre, et les lettres du 27 juillet 1460 étaient ratifiées par Louis Chabot. Il fut convenu qu'Antoine s'en pourrait servir, nonobstant l'accord fait entre eux ce jour-là.

Tout cela était à la fois embrouillé et frauduleux. Ce qu'il y a de clair cependant, c'est qu'Antoine n'entendait pas se dessaisir de son vivant de la seigneurie d'Argenton. Si ses sympathies de malade le poussaient à favoriser son neveu Chabot, sous prétexte d'une restitution fictive, d'un autre côté il était lié par un contrat antérieur envers Brunissant, sa sœur, et par sa dette envers son autre neveu, Jean de Chambes, son principal créancier.

Si le prétendu transport fait à Louis Chabot, le 27 juillet 1460, eût été sérieux, Antoine n'aurait pas, le 15 sep-<tembre suivant, aux grandes assises d'Argenton, reça l'aveu fourni par Hardy de la Haye, seigneur du Coudray ; il ne se serait pas, comme seigneur d'Argenton, opposé par procureur, à la chambre des Comptes, le 8 novembre 1460, à ce qu'aucune provision fût faite aux religieux de St-Jouin de Marnes, touchant certaines fi)ires et marchés ; il n'aurait pas passé deux contrats sous le sceau de la Cour d'Argenton, l'un du 28 avril 1461 ; l'autre du 9 mai 1461 : par le premier, lui Antoine, comme seigneur d'Argenton et « Gieuff'roy d'Argenton, son fièrescheur et cohéritier » donnaient cinq sous de rente perpétuelle et une terre ; par l'autre, lui seul donnait à Jean Pasquier les choses mentionnées au contrat, moyennant certains cens.

Enfin, si Antoine ne s'était pas toujours considéré comme propriétaire d'Argenton, au moment où il sentait sa fin approcher, il n'aurait pu que recommander Marguerite de Razillo à la générosité de Louis Chabot. Or, le 10 août 1461, il fit son testament et légua à Marguerite de Razille la terre de Villentrois, sa vie durant, révoquant et déclarant nuls tous autres testaments contraires à ce dernier. Depuis lors, il fît un simple codicille, la veille même de sa mort (1), laissant derrière lui une longue suite de procès qui devaient durer cent ans.

(1) c Que messire Antoine, durant sa maladie et environ Theure

de son décès et aussi paravant dit et déclara par plusieurs fois « qu*il « sentait moult sa conscience grevée et chargée d'avoir fait led. transport c au défendeur et qu'il Tavoit fait sans cause aucune et raison et pour « soy vouloir vanger de ses héritiers qui le poursuivoient en matière c d'interdiction et qu'il doubtoit en estre dampne. > Et, pour la descharge de sa conscience, il avoit révoque, casse et annule led. transport comme fait pour injuste et deàraisonnabie cause ; et pour plus grant seurete envoya mémoires et instructions devers le Roy pour en obtenir plus ample provision et cassation, et deceda en ce vouloir. ^- Que messire Antoine, quant il estoit a part de sa femme et serviteurs, revoquoit lesd. transports et ordonnances et disoit qu'il avoit fait mauvaise chose contre Dieu et sa conscience et sans cau^e ne raison. . . . » — Antoine d'Argenton mourut le 18 déeembre 1401.

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