II. — Le gouvernement de Louis-Philippe et V Avenir
Le premier numéro de V Avenir parut le samedi, 16 octobre 1830. Ce journal avait pour fondateur et « rédacteur en chef » M. Harel du Tancrel. Catholiques, disait La Mennais, « apprenons à réclamer, à défendre nos droits, qui sont les droits de tous les Français », et, dès le second numéro, VAvenir commençait sa campagne pour la liberté d'enseignement. Le gouvernement de Louis-Philippe n'éprouva aucune sympathie pour une feuille si peu bourgeoise, si peu juste-milieu, et offrant un mélange si étrange de théocratie
(1) Voir la note 1 de la page 11.
(2) Marc, XII, 34.
(3) Renan s'est élevé avec raison contre cette apologétique de charlatan, qui est si loin du catholicisme de l'Ecriture, des conciles et des théologiens.
papale et de libéralisme franc et hardi. Quelques documents que nous avons découverts au hasard d'autres recherches, montreront l'inquiétude des administrations ; et la lettre d'un sous-préfet bel-esprit amusera le lecteur, sans nuire à la considération d'aucune famille.
§ 1. — Le mouvement ménaisien dans le paijs de Fougères.
Fougères, le 4 janvier 1831.
Le procureur du roi à Fougères, à monsieur le procureur général près la cour royale de Rennes.
(( Monsieur, — J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint un » petit imprimé tendant à une souscription en faveur de » MM. Lamennais et Lacordaire d). Il paraît qu'il a été dis- » tribué ici avec profusion. Il ne contient ni les noms, » demeure, profession de l'auteur, ni ceux de l'imprimeur. » Cette omission n'est-elle pas une contravention à l'art. 283 » du code pénal, aux art. 15 et 17 de la loi du 21 octobre » 1814 ? Je ne connais rien qui dispense de ces formalités. » Mais, comme une semblable affaire ne s'est point encore » présentée, à ma connaissance, dans ce pays, et que nous )) n'avons que rarement l'occasion d'appliquer les lois sur la » librairie, je vous prie. Monsieur, de me dire votre avis à » ce sujet, et de me tracer le moule à suivre, dans le cas où » vous penseriez qu'il y aurait lieu à poursuite. »
La brochure adjointe à cette lettre est intitulée Aux catholiques de toutes les opinions^ amis de la liberté civile et religieuse (2). Elle se termine par cette recommandation : « Ceux qui désirent souscrire sont priés d'adresser leurs
(1) 'Il s'agit d'une, souscription pour couvrir les frais du procès dont nous avons parlé à la note 1 de la page 11.
(2) Dans YAvenir, du 28 décembre 1830, on peut lire : « La circulaire » suivante a été publiée à Fougères, département d'IUe-et- Vilaine : Aux