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CATHOLIQUES DE TOUTES LES OPINIONS

» offrandes à MM. Josse, à la maison des Frères ; ou à » M'" Boismartel (de Rillé) d) ».

{Archives du Palais de Justice, à Rennes. Série U. Parquet général. AHaires politiques et de presse. 1831.)

§ 2. — Le mouvement ménaisien dans le pays de Redon.

A. — Le Président du conseil, ministre de l'intérieur [Casimir Périer], à M. Leroy, préfet d'Ille-et- Vilaine.

Paris, le 21 mai 1831.

(( Monsieur le préfet, — Un sieur Deniel, né dans votre » département, et collaborateur de V Avenir à Paris, ainsi que » du Journal des deux Flandres à Gand, a été momentané- » ment retenu à Lille par un des accès de démence qui lui » sont familiers. La visite de son portefeuille a révélé ses )) relations intimes avec les personnes qui veulent donner » pour base aux révolutions nouvelles l'alliance du catholi- )) cisme ultramontain avec l'opinion libérale exaltée. Il avait, » malgré la connaissance acquise de sa situation, reçu à Gand » une mission pour Paris, où il s'est rendu. L'indication » suivante pourra fixer votre attention. — Suivent (dans son » portefeuille) l'' quatre lettres de M. Deniel père ; 2° quatre » lettres d'une dame royaliste, très dévouée à M. de la » Mennais, à sa doctrine, et qui exprime vivement sa douleur » de ce que tous les royalistes ne veulent pas se réunir à » son Ecole, ni adopter son système. Elle signe Julie Onfroy, )) et ses lettres sont datées de Redon (Ille-etrVilaine). Elle » parle d'un nommé Arthur et de Mesdames Ohara et Blair.

» Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considé- » ration distinguée. »

(1) Cette; finale est omise dans la reproduction de V Avenir. — La maison des Frères est celle des congréganistes de l'abbé Jean-Marie de La Mennais, qui avaient été appelés à Fougères en 1824. — RilIé est e,n Fougères.

B. — Le sous-préfet de rarrondissement de Redon, à M. le préfet d'Illc-et-Vilaine.

Redon, le 30 mai 1831.

(( Monsieur le préfet, — M^"^ Julie Onlfroy est une vieille » fille de 45 à 50 ans, qui, après avoir perdu l'espoir de se » marier, s'est faite dévote, selon l'usage. Comprenant tant » bien que mal l'ouvrage de M. de la Mennais {de rindiUé- )) rence en matière de religion), elle s'était engouée de » l'auteur. Quand il devint journaliste, elle lut iiiic de ses )) premières abonnées. Comme elle était très grande royaliste, » elle s'abusa d'abord sur les principes de son journal qui, » d'ailleurs, a dévié de sa primitive direction. La répétition » des mômes idées sans cesse reproduites a opéré, comme » elle fait toujours, surtout chez les âmes ardentes ; elle a )) amené une conviction, une véritable foi chez M®"® Onffroy, » et maintenant elle est libérale et catholique ultramontaine. » Il ne faut que ce trait pour en donner la preuve : » (( Comment, Julie, lui disait une de ses tantes, tu lis » V Avenir, tu n'es donc plus royaliste ? — Ma tante, avant )) tout, je suis catholique ».

» M®"^ Julie ne peut fixer l'attention du Gouvernement. Elle )) ne fera pas de partisans à ses principes. Sa position, son » existence l'isolent de toute influence. Au milieu de sa » famille, qui est carliste, mais très tranquille, et ne donne » prise à aucune suspicion, elle est presqu'isolée, ou quand )) le silence se rompt, ce sont des disputes interminables.

» Madame de Blair est la sœur de M®"® Julie ; elle ne partage » pas les idées de sa sœur ; c'est une femme de moyens fort » ordinaires.

» Madame O'Hara dont le mari est américain, et depuis » longtemps dans son pays, est fdle de Madame de Blair et » nièce de M®"® Julie. Elle n'adopte pas non plus la manière » de voir de sa tante, mais elle prend souvent sa défense » quand la famille la vexe trop.

» Quant à cet Arthur, je ne connais personne qui porte ce

» nom et dont elle puisse parler, à moins qu'elle ne désigne » par ce prénom un certain Deniel qui, m'a-t-on dit, est main- » tenant secrétaire de M. de la xMennais. Je crois me rappeler » qu'il portait ce prénom.

» Voici l'histoire de ce Deniel : il est de Bain ou de Plé- » châtel, communes de mon arrondissement. Le père de » AP"" Julie l'avait pris en amitié et lui enseigna le la-tin. Il » avait beaucoup d'esprit, mais, quoique très jeune, une tête » exaltée. Il était parent de M. Corbières (D, et, sous son » ministère, il se rendit à Paris pour 'solliciter une place. » L'arrivée du cousin déplut probablement à Son Excellence, » et la place qu'on lui donna ne fut probablement pas celle » qu'il demandait : on le mit à Gharenton. A tort ou raison, )) on l'aménagea dans cette maison des folies humaines. » Je n'examine pas le fait. Vous en jugerez vous-même, » monsieur le préfet, quand vous saurez qu'il est maintenant » le secrétaire intime de M. de la Mennais. Je ne sais qui me » le dit à Bain, il y a quelque temps (2).

» Les idées de M. de la Mennais n'ont pas fait fortune à » Redon ; on ne compte que 7 à 8 de ses partisans, dont 5 à » 6 vieilles femmes sans consistance (3),

(1) Le comte Corbière, grand maître de l'Université en 1820, et ministre de l'intérieur de 1821 à 1828, dans le Cabinet présidé par M. de Villèle, était né à Corpsnuds (arrondissement de Rennes), et il fut inhumé à Amanlis (même arrondissement). Il était de famille bourgeoise. Consulter Ke^iler, Bio-bibliogr. bret., X, p. 216-221 ; et Paris-Jallobert (Ane. reg. par.), Corpsnuds, p. 6.

(2) Deniel avait fait partie de l'Ecole de la Chênaie. Il était assez étrange, sujet à des troubles cérébraux qu'il sentait venir, et dont il avait conscience, dit-on. Dans VAvenir, il écrivit notamment les articles sur la liberté en littérature (25 déc. 1830, 2 et 31 janv. 1831), articles où il s'évertua à faire l'application des idées ménaisiennes à la critique et à l'histoire littéraires. — Sur le nom de Deniel, en Bretagne, cf. Kerviler, Bio-bibliogr., XII, p. 18-19 ; Paris-Jallobert (Ane. regist. par.), Bain, p. 19. Il est possible qu'Arthur Deniel ait cru avoir quelque parentage avec les Corbière ! — Une lettre de La Mennais à Gerbet, du 16 novembre 1827 [in Blaize, II, p. 59) peint l'état mental du malheureux Deniel et les sentiments de l'écrivain pour lui.

(3) Parmi les Redonnais qui prennent part aux souscriptions proposéeis par le journal de La Mennais, je vois : Heri, membre du Conseil municipal; F. Jausions ; Jolive, prêtre ; Julie Onfroy (cf. VAvenir, 27 janvier et 29 juin 1831). — Les dons venaient principalement du diocèse de Saint- Brieuc (où l'abbé Jean avait une grande influence).

» Je suis avec respect, monsieur le préfet, votre très hunible » et très obéissant serviteur. — Robillard. »

(Pièces que j'ai trouvées aux Archives départementales de Rennes, dans une liasse, sans cote spéciale, de la série V.)

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