F. DE LA MENNAIS
Cette lettre -n'est reproduite ni dans la correspondance de La Mennais publiée par Blaize et par Forgues, ni dans les historiens du grand polémiste. Nous en éditons donc le texte lithographie, qui est en tête d'un carnet destiné à inscrire les souscriptions. Le 20 mai 1835, l'appel de La Mennais avait réuni entre ses mains la somme de 1.404 fr. 50. Parmi les souscripteurs, je remarque Raspail (5 fr.), David (10 fr.), l'Ecole Polytechnique (256 fr.), Etienne Arago (10 fr.), Déranger (15 fr.), Gormenin (10 fr.), Louis Blanc (5 fr.), Liszt (50 fr.), Ange Blaize et ses fils (80 fr.), Da\id Richard (5 fr.), etc. Je ne sais à combien d'exemplaires fut tirée la lettre, pour le nombre de quêteurs et de carnets nécessaires. Dans le petit cahier que je possède (et qui était resté parmi, les papiers de La Mennais), je vois comme souscripteur : Un lithographe républicain et condamné, ayant abandonné les frais relatifs à la lettre lithographiée : 1 fr. 30. Quelques-uns de ces fac-similés furent affichés en divers endroits.
La Dominicale (année 1835, p. 378) gémit : « M. fabbé de » Lamennais, qui n'est pas encore parti comme on l'avait » annoncé, a fait, au moyen d'alfiches placardées dans le » quartier des écoles, un appel à la charité publique, en » faveur des pères de famille qui se trouvent parmi les pri- )) sonniers du Luxembourg. Ces affiches sont, dit-on, écrites
» et signées de sa main. La charité d'un prêtre ne s'adressera » jamais vainement à des chrétiens en faveur d'êtres malheu- » reux et souffrants ; mais il est fâcheux pour le succès de cet » appel que celui qui le fait... se soit constitué le défenseur )) et l'aumônier de la république anarchique ». Le ton de la Dominicale était modéré, à côté de l'acrimonie de certains périodiques. L'Univers religieux, du 19 avril, avait été insultant, lorsqu'il avait annoncé que, par lettre datée des jours précédents, La Mennais avait accepté la mission de concourir à la défense des accusés d'avril d). L'Ami de la Religion, lui-même, adversaire constant du philosophe breton, sembla moins outrageux (dans son numéro du 21 avril). Mais ces articles furent encore peu de chose au prix des cancans.
En effet, le voyage de La Mennais à Paris (18 avril-juin 1835) l'avait mis en relations avec le monde républicain et hétérodoxe, avec Bûchez, Carrel, Cormenin, Leroux, Raspail, Reynaud, et avec des personnages assez mêlés. Le 12 mai, il dîna chez Liszt, en compagnie nombreuse, où se trouvaient Berlioz et George Sand. Ce repas fit scandale, et le marquis de la Gervaisais écrivit à La Mennais une lettre difficile à qualifier. Les bruits les plus ridicules se propagèrent. On représentait le solitaire de la Chênaie fumant un cigare avec l'auteur de Lélia et de Jacques. La Mennais ne fit qu'en rire, et répondit à Elie de Kertanguy : « il ne manquerait plus que de dire que M"^^ Sand est ma maîtresse ! ))(2). (J'emprunte ces détails au journal inédit dont j'ai parlé plus haut, et qui
(1) Cette lettre du 11 avril 1835 est reproduite dans la Correspondance, éditée par Emile Forgues, II, no 432. Les accusés d'avril, au nombre de 121, étaient poursuivis devant la Chambre des Pairs, érigée en haute cour de justice, pour leur participation aux insurrections qui avaient éclaté, en avril 1834, à Lyon, à Paris, et dans d'autres villes.
(2) Et finalement on le dit. Dès 1837, des gens qui avaient de bons yeux virent dans le Berry, en robe de chambre orientale, avec des babouches et une calotte grecque, le traducteur de Vlrnilaiion et de VEvangile, qui passait ses journées à fumer un narghileh, en compagnie de George Sand. Ne nous abaissons pas à répondre à ces calomnies polissonnes et mondaines, à ces bruits qui naissent d'un rien et trouvent dans la bêtise et les passions des hommes quelque parti pour leur donner faveur ; disons seulement, puisque c'est la vérité, que La Mennais se montra d'une sévérité toute sacerdotale vis-à-vis de « la châtelaine de Nohant », comme il l'appelait avec dédain, et vis-à-vis de ses théories.
fut rédigé par M. Ange Blaized).) — Bientôt, le chancelier Pas(iuier refusa d'admettre à la barre d'autres défenseurs que des avocats en titre. De là des protestations, et, linalement, un procès des défenseurs greffé sur celui des accusés. C'est ainsi seulement que La Mennais put et dut parler devant la Haute-Cour. Quand on l'interrogea, le 20 mai, relate Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, si intéressante (IV, p. 432-3), « tous les regards se fixèrent sur l'homme illustre, » avec un profond sentiment de curiosité et de respect. Lui, » le front pâle, la tête un peu penchée sur son corps petit et » frêle, il répondit d'une voix qui n'était (|u'un souffle, mais » qui fit tressaillir les juges : « Ce qui se passe, en ce moment, » Messieurs, contient de graves enseignements qui ne doivent
(I) Le 18 mai 1835, Ange Blaize écrivit à l'abbé Jean-Marie de La Mennais, son oncle, la let(re suivante, qui est inédite, et qui contient des particularités intéressantes pour l'histoire du fameux procès :
« Mon onole Fcli me charge de vous donner de ses nouvelles, pour vous » tranquilliser, et dissiper les inquiétudes que vous auriez pu concevoir sur » son compte, en lisant les journaux. — Vous ave^ vu que la cour des Pairs » a cité à comparoîlre devant elle les signataires d'une lettre adressée par » les défenseurs aux accusés, pour les féliciter sur leur conduite énergique » dans le procès. L'auteur de cette lettre est Michel de Bourges, l'un des » défenseurs, e,t c'est Trélat qui l'a fait insérer dans la Tribune et le Rcior- » matcur, à l'insu de la plupart (ies autres défenseurs, qui non seulement » ne l'avaient pas signée, mais n'en avaient eu aucune connaissance. Or, » mon oncle Féli est de ces derniers. — Aussitôt que les Pairs ont cité » devant eux les signataires et les gérants du Rciormaleur et de la Tribune, » Michel et Trélat ont écrit au président de la chambre des Pairs qu'eux » seuls étaient Auteurs de la lettre, et qu'eux seuls l'avaient publiée », sans être en possesi-ion des signatures des autres défenseurs. — Q^ix-ci se » sont réunis, et on est définitivement convenu que Michel et Trélat seraient » seuls responsables de leur lettre, parce que les autres défenseurs, en » en prenant la solidarité, n'empêcheraient les premiers d'être condamnés » à l'amende et à la prison, et y géraient eux-mêmes condamnés. Or, cette » condamnation serait très préjudiciable, d'abord, aux particuliers qui » seraient inévitablement ruinés par l'amende qui est solidaire, et que » beaucoup ne pourraient pas solder, lors même qu'elle n'aurait pas ce » caractère de solidarité ; et ensuite, au parti, dont les chefs se verraient » jetés en prison pour plusieurs années. Le dévouement qui est inutile est » un acte de folie ; ici, ce serait plus, ce serait une faute. Si Michel et » Trélat sont condamnés à l'amende, elle sera Bientôt payée par sous- » cription, fût-elle du maximum, qui est 10.000 francs. Il ne restera donc » pour eux de véi'itable pénalité que la prison ; or, en se portant solidaire » de leur lettre, on ne les aurait pas exemptés de cette condamnation. — » En résumé, le ministère se va trouver pris dans ses propres filets. — » Mon oncle Féli, aussitôt qu'il le pourra, c'est-à-dire très prochainement, » va donc partir pour la Bretagne, et il se rendra tout droit à la Chênaie, » où il va écrire quelque chose sur le procès... »
» être perclus ni pour la France ni pour l'Europe. Ils ne » le seront pas ! Pour ma part, j'en prends l'engagement, » Messieurs les Pairs ! ». — Parmi ceux qui eurent occasion, dans ces circonstances, de faire connaissance avec l'auteur des Paroles d'un Croyant, inscrivons André Imberdis, avocat, qui publia son Cri de Vâme (en vers, ô dieux !), au profit des détenus politiques (ô charité artificieuse !). Il obtint de La Mennais une lettre-préface. Elle est datée du 15 août 1835. Admirablement écrite, elle est une pièce de notre polémiste contre la monarchie de juillet. Imberdis l'a fait précéder d'une longue note, où il raconte ses premières rencontres avec « l'apôtre de l'humanité ».
Rentré dans son manoir, La Mennais se mit à composer l'historique du procès, mais cette rédaction n'a été publiée qu'après sa mort {Du procès d'avril et de la république, dans les Mélanges philosophiques et politiques, édités par Emile Forgues, 1856 ; p. 307 et sq. Consulter lettres de Coriolis à La Mennais, 11 août et 12 sept. 1835).
9. — Au Semeur, journal protestant (i). Sainte-Pélagie (2), 26 février 1841.
A M. le rédacteur du journal Le Semeur. C'est vous. Monsieur, qui m'apprenez, dans votre feuille du 24 février, que vous avez bien voulu m'adresser, l'origine
(1) La collection du Semeur, journal religieux, politique, philosophique et littéraire, se trouve à la Bibliothèque Nationale (Inventaire, D2 354). La lettre que nous en extrayons peut si bien être; considérée comme inédite, malgré son importance visible, qu'on la chercherait en vain dans la magnifique bibliographie épistolaire de La Mennais par M. Anatole Feugère, comme dans le travail érudit de M. Christian Maréchal sur VEssai d'un système de philosophie catholique.
Le 10 février 1841, le Semeur avait publié un article intitulé : Comment M. de Lamennais avait d'abord résolu la question du péché originel. Ce journal protestant attachait une portée capitale au dogme de la déchéance de nos premiers parents, et, en décembre,1840, rerTdant compte de VEsquisse d'une philo sopliie, il avait regretté que l'auteur, dans son e^xplication de l'existence du mal, eût nié la notion du péché originel. Or, dans son numéro du 16 janvier 1841, VAmi de la Religion (ennemi constant de La Mennais) publia une longue et curieuse lettre de l'abbé Rohrbacher,
des aliegatioiKs que j'ai démenties dans le National. Je vois que vous les aviez puisées dans une lettre de M. Rohrbacher à VAmi de la Religion, lettre que je n'ai point lue et que je ne lirai pas, car je ne sache rien de si propre à inspirer le dégoût que ces prétendues révélations, toujours plus ou moins inexactes et fausses, lesquelles ne sont en réalité que des abus de confiance indignes de quiconque se respecte, et i) est triste, après avoir cru, pondant des années, ])Ouvoir et
et l'on y apprit que VEsquisse avait été d'abord un Essai de philosophie catholique, dont l'auteur, averti et corrigé par son disciple, s'était arrêté à des idées orthodoxes sur la chute du premier homme, et, conséquefnment, sur la nature et la grâce. Comme d'autres feuilles périodiques, le journal protestant lit connaître à ses lecteurs ces passages primitifs du philosophe sur la transmission du péché et la rédemption. Mais le National protesta, au nom de La Mennais, contre l'authenticité des textes donnés par le Semeur, et celui-ci, le 24 février 1841, fit un article intitulé : Réclamation de M. de Lamennais ; dans cet article, il renvoyait à la lettre de l'abbé Rohrbacher. C'est alors que La Mennais adressa au Semeur (qui lïmprima dans son numéro du 3 mars 1841) le document que nous reproduisons. — Nous devons ajouter que l'abbé Rohrbacher ne tint aucun compte de la protestation de son ancien maître, car il inséra de nouveau sa lettre à VAmi de la religion dans son Histoire universelle de Véglise catholique, tome 20 (Paris. Gaume. 1845), p. 515-525 ; et il répéta les mêmes choses au tome 28 (Paris, Gaume, 1848), p. 311 et sq. Or, un document, du 8 juillet 1832, prouve à plein que le récit de Rohrbacher est suspect. A cette date, nous le voyons écrire à Rome (et La Mennais n'y était plus a rarrivée do la lettre, c'est vrai), mais il n'invite pas lautcur de VEs-sai à épurer sa propre théologie, il le prie simplement d^ soumettre à des théologiens romains ses pensées (à lui, Rohrbacher),' relatives à la nature et à la grâce (Cf. Roussel, Lamennais, 1892 ; t. 2, p. 28). Quoi qu'il en soit, le même ménaisien ayant continué d'être reçu de la manière la plus cordiale par son ancien ami, en 1838 et en 1839 [eod. loc, p. 337, 340), on a le droit de s'étonner du besoin qu'il éprouve de se mettre en scène, au début de 1841, pour l'admonester publiquement, et dire « qu'il perd jusqu'à la mémoire », qu'il s'attribue les découvertes des autres, que son esprit est dans un « état de ruines », et qu'il est « courbé sous le poids du crime ! ».
(2) La Mennais était en prison pour sa brochure intitulée : Le pays et le gouvernement. Dans son numéro du 17 octobre 1340, VAmi de la religion disait : « Par une coïncidence remarquable, au moment oii le pamphlet de M. Lamennais vient, dans un style quelquefois ignoble, provoquer les classes inférieures de la société à une révolte contre les classes supérieures, une sixième tentative compromet la vie du chef de l'Etat ». L'Ami (voir son numéro du 11 février 1841, p. 279) apprit avec douleur que des élèves de l'Ecole normale avaient, à l'occasion de la nouvelle année, envoyé des cartes à M. de La Mennais. « Quand on songe que l'Ecole normale est la pépinière des professeurs de l'Université !... ».
devoir estimer un homme, d'être enfin obligé de le mépriser profondément.
Que M. Rohrbacher « m'ait fait connaître la doctrine sur la grâce et le péché originel », en vérité, je ne m'en doutais guère, et, quelle que soit mon ignorance, je ne pensais pas, je l'avoue, qu'elle s'étendît jusqu'aux plus simples éléments de la théologie et jusqu'au catéchisme.
Au reste, il veut bien instruire le public qu'il rencontra en moi un écolier docile, et je l'en remercie.
Mais quand il dit : « Vers la fm de 1832, il nous vint à Malestroit d) d'autres jeunes gens auxquels il avait dicté ses propres cahiers de philosophie. J'y trouvai la même confusion sur la nature et la grâce. Gomme c'était un point capital dans l'ouvrage, j'écrivis à M. P. de Lamennais, qui était alors à Pvome... Ma lettre ne lui revint qu'à Paris. Aussitôt il fit retirer, autant qu'il le put, tous les exemplaires manuscrits de sa philosophie » ; quand, dis-je, il avance ces faits, que je n'ai d'ailleurs aucun intérêt à contester, je dois à la vérité de les déclarer entièrement faux. Je n'ai jamais dicté aucuns cahiers de philosophie, ni retiré, ni cherché à retirer aucun de ces cahiers qu'on affirme avoir été dictés par moi (2).
(1) Malestroit (arrondissement de Ploërmel). C'est en ce lieu qu'on avait organisé un grand séminaire ménaiisien, dont l'aDbé Blanc (auteur d'un manuel d'Histoire ecclésiastique) était supérieur, et dont l'abbé Rohrbacher était professeur de théologie. La Chênaie (commune de Plesder, arrondissement de Saint-Malo) était le petit séminaire mènaisien, ou, plutôt, la maison illustre où passaient tous les disciples, maison de hautes études, maison de réception pour les amis et les admirateurs.
(2j La Mennais n'a pas dicté son cours, il l'a prononcé devant ses disciples, qui ont résumé ses conférences ; et le cahier de l'abbé Houet (mort supérieur de l'oratoire de Rennes), celui de La Provostaye (plus tard inspecteur général de rUniversité), enfin celui d'un anonyme ont permis à M. Maréchal de tenter une édition de VEssai d'un système de philosophie catholique. Qu'est devenu (je l'ai vainement cherché) le cahier de Rio? Il comprenait une analyse des conférences philosophiques faites à Munich, en août 1832, par La Mennais lui-même. Celui-ci abandonna à Rio un exemplaire incomplet de son travail, mais dont les lacunes se trouvaient précisément réparées par le résumé du fidèle auditeur (voir Epilogue à Vart chrétien, p. 171). Enfin, j'ai dans mes archives un manuscrit capital, que je dois à la générosité de M^^ Samin, née Ange Blaize, petite-nièce de La Mennais. Il est de format in-folio, écrit sur deux colonnes, recto et verso. L'écriture est d'une main que je ne connais pas, mais avec des corrections et des
Mais ù quoi bon se donner tant de peine, à quoi bon recourir à tant d'inventions, mancjuer à la délicatesse, à rhonneur, pour établir qu'il s'est opéré un changement et un grand changement dans mes croyances et dans mes idées ? Ne l'ai-je pas dit moi-même dans les AHaires de Rome ? et n'ai-je pas expliqué comment j'avais été conduit à ce changement très réel ? Je le répéterai une dernière fois.
Jusqu'à l'époque où Rome exigea de moi un acte qui, à tort ou à raison, blessait ma conscience, je m'étais appliqué avec le soin le plus attentif et la sincérité la plus parfaite, à me renfermer dans les bornes de la plus stricte orthodoxie, ne me permettant, en dehors des doctrines enseignées, aucun examen dont ces doctrines mêmes ne fussent le dernier critérium. Mais quand je me vis contraint de renoncer ou à ce critérium, ou à ce que ma conscience me représentait comme un devoir sacré, je dus, pour sortir de l'anxiété où me jetait cette opposition douloureuse, sonder les bases de l'autorité qui avait été ma règle jusque-là. Je le fis avec une bonne foi dont on ne m'ôtera pas le sentiment qui fait ma paix, je le fis par écrit, et mon unique réponse aux attaques passionnées dont je n'ai cessé d'être l'objet depuis quatre ans, sera de publier les réllexions écrites pour moi seul originairement, qui, avec celles qu'on peut lire déjà dans YEsquisse d'une philosophie^ ont déterminé mes convictions présentes (i). Que si des personnes d'une bonne foi égale à la mienne ne partagent pas ces convictions, quoi de plus simple ? Ai-je annoncé la folle prétention de les imposer à qui que ce soit ? Mais personne non plus n'a le droit de m'imposer les siennes, et je ne conçois pas qu'en des questions d'une importance si grande, on descende jusqu'aux hommes qui ne sont rien, au lieu de s'occuper exclusivement de la vérité qui est tout.
interlignes de La Mennais, qui a joint en seconde colonne bon nombre d'additions au lexte. Les ratures sont innombrables. En outre, La Mennais a inséré dans le manuscrit primitif des feuilles de divers formats, qu'il a remplies de sa main, et dont quelques-unes sont un commencement de rédaction définitive.
(1) Les réflexions écrites pour lui seul, originairement, forment le volume intitulé : Discussions critiques et pensées diverses sur la religion et la philosophie (Paris, Pagnerre, 1841).
Vous avez eu raison de penser, Monsieur, que je ne vous confonds pas avec ceux dont je regrette de n'avoir pu louer du moins la loyauté. Nous différons, certes, d'opinion, et beaucoup, et sur des points très capitaux ; car je n'admets point d'ordre surnaturel, et l'existence d'un ordre surnaturel est, si je ne me trompe, le fond même de vos croyances religieuses et philosophiques. Mais j'aime à reconnaître qu'en me combattant, vous avez gardé toutes les convenances dont les honnêtes gens, par respect pour eux-mêmes, ne s'affranchissent jamais, et que cette discussion a été aussi loyale que sérieuse. Me permettrez-vous seulement d'ajouter, qu'en relisant mon ouvrage attentivement, vous y trouverez, ce me semble, la réponse à vos objections.
Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite estime et de ma considération la plus distinguée.
F. Lamennais.