‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvres, accompagnés d'appendices relatifs au Mis de Brazais, aux frères Trudaine, à F. de Pange, à Mme de Bonneuil, à la duchesse de FleuryChapitre 4 sur 99 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

lendemain ne lui lui pas donné. Il est mort à trente et un ans, en plein labeur, laissant, dans ses œuvres les plus parfaites, quelques lacunes à remplir, quelques incorrections à eflacer, quelques expressions, douteuses encore pour lui, à fixer ou à modifier. Une vie trois fois plus longue lui eût à peine suffi pour achever l'exécution de tout ce que son imagination avait enfanté de projets, de toutes les ébauches que sa main avait rapidement tracées, de tous les poëmes dont il avait à peine dessiné le plan; et des quinze années même qui forment la partie laborieuse et active de sa vie poétique, trois ou quatre lui furent ravies par d'impérieuses préoccupations et par de grands devoirs patriotiques. S'il eût vécu, cette période tragique de son existence eût transformé son génie ; et par quelques fiers lambeaux nous pouvons entrevoir les œuvres étrangement belles que lui eussent inspirées de justes fureurs. Mais c'est à peine si en montant sur l'échafaud il put avoir, consolation suprême, le pressentiment de sa renommée future. Ce ne fut que vingt-cinq ans après sa mort que ses plus beaux vers, rassemblés et publiés par de Latouche, attestèrent son génie;

PRKFACE. V

mais (lès lors un feu nouveau s'alluma dans le ciel poétique de la France.

On a dit depuis longtemps (pie cette publication avait été pour de Latouclie son plus grand titre littéraire. La nouvelle édition confirmera ce jugement et sera tout à son honneur. A cha(iue pas on trouvera la preuve de son intelligence, de son tact littéraire, de son goût exquis. Devant ces manuscrits, non pas en désordre, mais dans lesc|iiels aucun ordre ne pouvait exister, il sut distinguer et choisir non-seulement tout ce qu'il était utile de publier alors, mais encore tout ce qui était vraiment beau, suffisamment achevé pour être livré aux yeux, tout ce qui enfin méritait d'être signalé à l'admiration du public. Ce volume de 1819, en y ajoutant les fragments que de Latouche inséra dans la Revue de Paris et ceux qui furent réunis à l'édition de 1833, constitue en réalité l'œuvre poétique d'André. Il faudra y revenir; ce sera une nécessité littéraire. En corrigeant ou complétant quelques morceaux, en y ajoutant un petit noml)re de nouveaux fragments on aura un volume exquis, de proportions justes et parfaites. Au texte devra se joindre un commentaire courant.

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