‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvres, accompagnés d'appendices relatifs au Mis de Brazais, aux frères Trudaine, à F. de Pange, à Mme de Bonneuil, à la duchesse de FleuryChapitre 79 sur 99 · III. Les Satyres · texte numérisé non relu

III. Les Satyres

Nous ne reviendrons pas sur la signification précise de ce mot; nous avons donné plus haut lou-

les les explications nécessaires. Rappelons seulement qu'il s'agit de comédies dans le goût de l'ancienne comédie des Grecs, c'est-à-dire combinant une action dialoguée, avec les évolutions et les chants d'un chœur. André Ghénier voulait, on Ta vu, les satyres dialoguées en vers de dix syllabes et les chœurs mixtes. Nous allons passer en revue les esquisses de plusieurs satyres laissées par André Ghénier et contenant des fragments importants.

I. — Les Charlatans. Il reste de cette pièce une sorte d'esquisse générale, contenant un plan succint, qui n'est pas très-arrèté dans ses différentes parties, et quelques indications sur les personnages. Elle porte en tête la mention : Ka^uwo. «piç.

Y0-/1T., c'est-à-dire I\o;xw5îa apiaTOcpaveia : rô-/iT£ç, comédie dans le goût d'AristopJiane : les Charlatans. On peut conjecturer que les Charlatans valets auraient peut-être formé le chœur. A ce canevas se joignent trois fragments en vers que l'éditeur a séparés on ne sait pourquoi : un prologue de quatrevingt-six vers (p. 177-180); une scène à huit personnages qui suit l'esquisse de la pièce (p. 181-184); et un fragment de soixante-dix vers (p. 186-188), qui appartient au rôle du Charlatan. Dans la scène à huit personnages, ceux-ci sont indiqués par des lettres grecques, dont quelques-unes auraient besoin d'être corrigées. On distingue : «, l'amoureux; p, la jeune fille, sa cousine; y, la mère de la jeune fille; o, s, C, -q, ô, cinq personnages, hommes ou femmes, qui sont les dupes, les naïfs; et t, le

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maître charlatan, celui qu'André désigne par le yori; (et non YO"'"n comme met l'éditeur). Mais le fragment le mieux réussi c'est le prologue; c'est un morceau d'un goût parlait, d'une spirituelle finesse, surtout la première moitié que nous citerons :

Bonjour, salut. Paix ! je suis l'orateur,

Ou le prologue envoyé de l'auteur.

Si vous avez feuilleté quelques pages,

Tout ce cortège aux folâtres visages.

Ces chœurs dansants, et ces ris un peu fous,

Vous font juger assez que devant vous

Se vient montrer la gente comédie ;

Non cette froide, insipide, étourdie

Qui ne dit rien, et se pare aujourd'ui

De mots fardés, de grimace, d'ennui,

De plats sermons; mais celle que TAttique

\'it s'agiter sur son théâtre antique.

Le bon rimeur qui fait que nous voici

A d'autres dieux fut dévot jusqu'ici.

St's vers, amants des forêts solitaires.

S'embellissaient d'études plus sévères.

Mais de sa route il faut quelques instants

0 l'il se détourne. Un tas de charlatans,

D ' vils escrocs, à qui chacun fait fête,

Ont de sa bile excité la tempête.

Or, comme il faut, pour flétrir ces pervers,

Les saupoudrer de caustiques amers.

Il veut contre eux, pour signaler sa haine,

Ressusciter la scène athénienne.

Et c'est par nous qu'étalant une voix

Neuve aujourd'hui, populaire autrefois.

Il les fustige, et sur leur dos profane

Fait pétiller le sel d'Aristophane.

Ce grec railleur, une fois trop mordant.

Contre Socrate envenima sa dent.

Mais il eut tout, esprit, force, harmonie,

Invention, gaîté, grâce, génie.

De son vers fin les acres aiguillons Faisaient merveille à larder les félons. Et suis marri que notre grand Voltaire, Que l'on croit plus qu'à Rome le saint-père, A tout propos nous le dénigre ', au lieu LVéludier pour le connaître un peu.

De ce rieur que chérissait la Grèce Il eut Tesprit, la verve, la finesse : Faul-il soi-même (et c'est ce qu'il fait, lui) Se souffleter sur la face d'autrui ?

Sus. Ouvrez donc de grands yeux. Noire scène Va vous offrir toute la vie humaine :

Vous, vos amis; miracles et jongleurs.

Songes, esprits, prophètes, bateleurs.

Contes sacrés, sottises qu'il faut croire, Dupes, fripons. Bref, toute voire histnire.

Ajoutons enfin que sans doute André aurait fait entrer dans cette pièce bien des traits liabilemenl dérobés à Aristophane, aux Nuées, à Plutus, etc.

II. La Libcrlr. — Il reste une esquisse et un fragment de chœur. L'esquisse (II, p. 185) est précédée de la mention WcCTruiax. amu. èXsuO. , ce que l'éditeur explique par : Composition poétique piquante; comédie; la Liberté; car André a forgé ce mol 0£(77riaxuL7Î ou t)£i7::iax-/, des deux mots ©ic-rct;

et àx;j.r, ou àx/|! Ccs uiots Irès-clairs pour nous, 0£(77rtax-/i. Kojuwoia : 'EXeoôcGi'a, signiheut .' Tliespiaquc ou composition dramatique ; Comédie (sous-entendu aristophanesque\ : la Liberté. André Chénier n'a pas tracé le plan, mais a donné une idée gé-

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