‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvres, accompagnés d'appendices relatifs au Mis de Brazais, aux frères Trudaine, à F. de Pange, à Mme de Bonneuil, à la duchesse de FleuryChapitre 80 sur 99 · Dans le Dict. phil., article : Anciens et Modernes · texte numérisé non relu

Dans le Dict. phil., article : Anciens et Modernes

288 ŒUVRES D'AXDRI': CHÉNIER.

nérale de sa pièce. Le héros est emprunlé aux Chevaliers d'Arislopluuie ; c'est le peuple personnifié, le vieux A^ao;, le vilain, toujours berné, joué par les gens de robe, d'épée ou d'église. Comme dans la pièce du poêle grec les allusions politiques n'auraient pas manqué. Enfin le dénouement c'est le triomphe et le rajeunissement du vieux peuple, et son mariage avec la jeune liberté.

Il reste de celte pièce deux fragments de chœur qu'il faut aller chercher parmi les Hymnes, dans le troisième volume, p. 209 à 211. De l'un de ces fragments, qui est précisément intitulé : la Liberté (c'est le titre de la Satyre à laquelle se rattache ce chœur), on connaisait une belle strophe :

La liberté Fut, comme Hercule, en naissant invincible ; etc.

Le chœur était formé de quatre groupes : le chœur des hommes, «vopwv, le chœur des jeunes hommes, veaviSv, le chœur des femmes, Yuvaixwv et le chœur des vierges, Trapôî'vwv. Ce n'est pas ainsi que l'éditeur les a divisés ; quand nous serons aux Hymnes, nous expliquerons sa méprise. On distingue dans ces différents fragments, le dessin général de la strophe et de l'épode.

Le petit fragment qui est à la page 211 :

Salut, déesse France, idole de nos âmes,

appartient au chœur Rnal. On peut conjecturer que la déesse France était le Deus ex maclmia qui amenait le dénouement. C'était elle qui devait prési-

der à runion du vieux Demos, redevenu jeune, et de la belle Elcutheria.

III. Les Initién. — Pièce absolument inconnue à l'éditeur. Il en reste une note, deux fragments de scènes et un fragment de chœur.

La note, à laquelle on n'avait pu jusqu'à présent donner sa véritable signification, a été publiée en 1840 dans l'édition des Œuvres en prose et reproduite dans l'édition de 1872. Elle est importante, car elle nous donne une idée du sujet et contient l'indication de la pièce antique qui le lui a suggéré. Voici cette liote-préface :

L'n poëte comique de cette nation paya, dit-on, de sa tète le courage qu'il avait eu de traduire en plein théâtre les turpitudes que de nombreuses assemblées de frères et amis cachaient sous un appareil d'initiations et de cérémonies saintes '. L'auteur du poënie qu'on va lire pourra bien subir le même sort, pour avoir aussi, non pas dévoilé (qui ne les ignore ?), mais peint de fidèles couleurs les sanglantes orgies d'initiés plus nombreux, plus puissants, plus odieux, et qui, jugeant de Tespèce humaine par eux, la méprisent au point de ne pas même daigner s'envelopper de mystère. Ainsi il fournira un nouveau trait au parallèle des deux Républiques, lorsque sa tète en tombant amusera la férocité idiote d'un peuple, si avide de ces combats entre des bourreaux et un innocent, que sa curiosité est à peine satisfaite par le zèle d'un tribunal patriote qui le repaît au moins d'un assassinat par jour; et les antiquaires obsei'veront avec plaisir que les .anciens ont servi en tout de guide aux modernes et ne leur ont que bien

1. 11 désigne Eupolis et sa comédie des Baptes, du'igée contre Alcibiade et ses compagnons de débauche. Voy. 0. Mùller, Ilist. de la litt. grecque, II, 4o7 ; Juvénal, II.

rarement permis d'être inventeurs, môme en atrocités et en violences.

Cette note donne d'abord lieu à deux remarques. L'une est qu'André Chénier, prévoyant bien les difficultés qu'il aurait à faire représenter ses Satyres, avait formé le projet de les faire imprimer. L'autre est qu'il conçut le sujet de cette pièce vers la fin de 1792, ainsi que le prouve l'allusion au tribunal du 17 août. Cette note, ensuite, nous explique clairement le dessein du poëte. Sa pièce était dirigée contre les Jacobins, et il voulait traduire en plein théâtre les turpitudes que ces assemblées de frères et amis cachaient sous un appareil d'initiations et de cérémonies. Peut-être eût-il intitulé sa comédie satyrique les Initiés; c'est le titre que nous avons adopté pour la désigner, bien qu'il ne rende pas exactement celui de la pièce d'Eupolis (BaTttat); mais il correspond au même ordre de faits. Les premières scènes esquissées par André Chénier sont la réception d'un nouvel initié au club des Jacobins et une scène de délation.

De celte dernière il nous a été conservé la déposition du sycophante devant le président du club; ce fragment, composé de quelques vers, a été écrit à Saint-Lazare, et il faut aller le chercher dans les ïambes (III, p. 291, xii). Il fait partie des pièces qui nous sont données en fac-similé; nous en réservons donc l'examen pour la fin du volume. Disons seulement ici que ces vers sont précédés de la mention Tpuy., c'est-à-dire Tpuywûîa, comédie, avec le sens que nous attachons souvent au mot parodie. Us sont terminés par cette autre mention

SX Tîov Toïï E. 3., c'est-à-dire Ix tôîv -oZ 'E^kôIioo^ Bxtz- Tiôv, pris des Baptes d'Eupolis, ce qu'il faut comprendre dans son sens le plus large.

De la première scène il nous reste un fragment de chœur; l'éditeur l'a rangé encore mal à propos dans les ïambes, page 282. Il commence par cette question faite au néophyte (nous citons provisoirement le texte de Téditionl :

Qu'est-ce qu'un Gloutaneinie ?...

Et le manuscrit est suivi de cette mention en français : Trad. des Baptes d'Eup.

Un troisième fragment paraît se rapporter encore à cette pièce; il se trouve aussi dans les ïambes, p. 281, et débute par :

Gynnis étant capitan de la horde, etc.

Il se termine par la mention : Trad. de Crat., c'està-dire traduit de Cratinus; c'est, en elïet, un vers de Cratinus qui a fait naître dans le poëte l'idée qu'il a développée. Nous reviendrons sur ces trois fragments et nous en examinerons le texte à la fin de ce volume, quand nous nous occuperons des manuscrits donnés en fac-similé.

On distingue parmi les personnages le président du club, le nouvel initié, le sycophante ou délateur, un nommé Gynnis, d'autres personnages qui sont désignés par des lettres de l'alphabet, et enfin le chœur composé des frères et amis.

IV. — Il ne nous reste plus à mentionner qu'un court fragment de huit vers égarés au milieu des

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Iragmenis d'idylles (I, p. 175i, et qui a été suggéré à André Chénier par un passage d'Ovide :

Savez-vous point co qu'on dit dans les fables ? Vénus et Mars, amants jeunes, aimables, Ktaicnt ensemble. Un benêt de \'ulcain Met autour d'eux une gaze d'airain, Les prend tous deux. Et chacun les envie, Bernant l'époux qui, par ses cris, avait Appris à tous ce que lui seul savait.

Il s'agit dans ces vers d'un époux malavisé. Le poëte avait entrevu le côté comique d'une situation, et il avait crayonné ce court fragment. M. de Chénier aurait dii penser que ces vers de dix pieds n'étaient point à leur place au milieu de ces chants bucoliques. En têt« on lit ces mots abrégés trèsclairs pour nous : ©EOTctax. Kpar., c'est-à-dire 0£or- TTiaxTi, KpatTvo; OU KpoÎTr,?, thespioque OU composition dramatique à la manière de Cratinus ou plutôt de Cratès dont la gaieté était plus tempérée. C'est un point difficile ù trancher puisque nous ignorons absolument le sujet de la pièce entrevue par le poëte.

Parmi les explications que nous donne l'éditeur de toutes ces thespiaques, celle qu'il hasarde ici est tout à fait extravagante. Ces deux mots grecs abrégés ©sïTriax. Kpat., dit-il, indiquent la double action de Vidcain qui enferme et retient dans un filet Mars et Vénus, puis appelle les dieux pour les voir. Que le poëte ait forgé, suivant son usage, le mot 0£(7-

TTiax. de ©EaTiiç et âxTi ou de ©ÉaTriç et axpir^ ; OU bien ©sciTriaxpiToauôoç, de 0£j7ri<; et àxptToi/uOoç ; et que xpax. indique le verbe xpaxeu) ou les substantifs xodroi

OU xparaioç, tovjoum est-il qu'il se proposait de chanter rVune manière piquante Vaventure conjugale de Vulcain^ qui.... Mais il serait cruel d'insister.

V. — Citons maintenant un très-beau fragment de chœur (ou de prologue) qui se trouve parmi les Poésies diverses (II, p. 232) ; il est en vers de sept syllabes :

Maintenant la loi sacrée Veut que j'appelle à nos chœurs Pallas, amante des cœurs ; Vierge à Thymen indocile Qui règne sur notre ville, Qui tient les clefs de nos murs.

Parais, ô vierge immortelle, 0 toi qui hais les tyrans ; Le peuple des femmes t'appelle.

Mène avec toi dans ces lieux La paix amante des fêtes.

Venez aussi toutes deux, Paisibles et favorables, 0 déesses vénérables.

Dans vos bois mystérieux.

Où sur vos saintes orgies Nul homme ne porte les yeux ; Lorsqu'aux lampes étincellent Vos fronts immortels, radieux.

Venez, venez toutes deux.

Vénérables thesmophores, Si jamais à notre voix Vous avez daigné descendre.

Daignez, daignez nous entendre.

Venez, venez cette fois.

A quelle^.pièce appartenait ce fragment? Probablement à la Liberté, mais on ne peut que le con-

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jecturer. Gomme on s'en aperçoit aux rimes, beaucoup de vers n'étaient que des vers d'attente.

Ayant examiné les projets qui se rapportent aux trois genres de composition dramatique dans lesquels voulait s'essayer André Chénier, je passe à l'examen d'une autre partie de ses œuvres : les Poèmes.

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