‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvresChapitre 95 sur 101 · POÉSIES DIVERSES · texte numérisé non relu

POÉSIES DIVERSES

elle élève sa tête divine, etc., etc. Continuer jusqu'après la seconde répétition du vers :

Courez, volez, mes beaux coursiers ;

ensuite aller prendre le fragment de la page 231 :

Ils reconnaissent tous la voix de l'héroïne, jusqu''à :

Le vent ne peut les suivre

et continuer avec le canevas en prose de la page 230 : Et le ciel répète au loin, etc., etc. Après ces quatre lignes, une lacune, et pour terminer le petit fragment :

Sous la dent de Pacier aux pointes lumineuses.

Tout le reste aurait dû être seulement indiqué en note comme partie de canevas exécutée,

XVII. — Fragment de chœur en vers de sept pieds, appartenant probablement à la satyre intitulée la Liberté, Cette strophe devait être chantée par le chœur des femmes.

Les fragments qui suivent cette pièce sont tous distincts. Le dernier : mer, du jeune amant, est inspiré de la charmante traduction qu'a faite Voltaire (Dictionn. philos., v. Èpigramme) de Tépigramme de Martial (XIV, 181).

Il n'y avait pas matière à introduire cette division dans Tœuvre d'André Chénier. Quand nous aurons enlevé les pièces qui doivent être classées parmi les ïambes ou autre part, il ne restera que

quelques fragments qui trouveront leur place dans les Poésies diverses.

III. — A propos de cette pièce, M. 6. de Chénier accumule en quelques lignes beaucoup d'erreurs.

Le bon Chartrain c'est Pétion. Quant à Jean Fréron, il est bien connu. Il rédigea VOrateur du peuple^ qui n'a point commencé, comme le dit réditeur, en décembre 1789; et il n'est point exact de dire que ce journal tomba après le 9 thermidor. La vérité est que Y Orateur du peuple^ commencé en mai 1790, rédigé en partie par Labenette, en 1792, tomba au mois de novembre de cette année, et fut repris par Fréron du 25 fructidor, an II, jusqu'au 25 thermidor an III. Gorsas est le rédacteur du Courrier de Versailles^ journal qui n'a jamais pris le titre du Patriote, Durosoy est le rédacteur de la Gazette de Paris; mais il est bien étonnant qu'il n'ait eu que quatre-vingt-un numéros ; il était quotidien et dura du 1«' octobre 1789 au 10 août 1792.

Page 199, V. 11. La déesse à la double trompette, c'est la Renommée. André rappelle les vers bien connus de Voltaire dans la Pucelle :

L'a Renommée a toujours deux trompettes, etc.

Ces vers de Voltaire avaient, en 1762, inspiré à Lebrun, le Pindare français, comme on disait alors, la pensée de publier un journal littéraire et satirique. Le frontispice de cette feuille était une Renommée à la double trompette; le dessin traduisait fidèlement l'idée plaisante de Voltaire. On

trouvera reproduit dans la Bibliographie dé la presse^ de M. Hatin, p. 49.

Page 199, v. 13. Le sieur Bagnols, le Boileau des câlins y c'est Rivarol, le héros de la satire de Marie-Joseph, le Public et l'anonyme.

V. — Le second morceau : Un jeune homme orgueilleuXy n'est autre chose qu'un fragment du Discours sur la superstition^ ainsi que nous l'avons fait remarquer dans le chapitre relatif au Poèmes.

VL — L'éditeur a laissé se glisser dans ce vers une incorrection qui empêche de bien comprendre à la première lecture ; le cinquième vers doit être lu : De ses hymnes pompeuao^ etc.

VIL — Ce très-joli morceau n'est point une satire; il doit être classé parmi les ïambes. L'éditeur est muet sur la signification de ces vers : il ne les a donc pas compris. Ils ont été composés dans les derniers jours du mois de janvier 1794. Dans la séance du 7 pluviôse, la Convention avait voté un décret excellent et qui devait avoir toute l'approbation d'André Chénier, puisqu'il établissait un instituteur dans toutes les communes des départements où la langue française était peu répandue. Malheureusement ce décret avait été précédé d'un long discours de Barère, emphatique et pédant, semé de sottises en formelle opposition d'ailleurs avec l'esprit du décret. André Chénier ne pouvait supporter les fautes de goût ; et plusieurs phrases de Barère blessèrent en lui l'écrivain, le poôte, le lettré; il les considéra comme un outrage aux

Muses. Le discours de Barëre fut dès le soir même traité fort dédaigneusement dans tous les cercles de Paris ; mais, quand il parut dans le Moniteur du 9 pluviôse, les gens de goût accueillirent avec colère certains passages qui maltraitaient les sociétés polies. Il suffira de citer les deux suivants : « Il faut populariser la langue, avait dit Barère, il faut détruire cette aristocratie de langage qui semble établir une nation polie au milieu d'une nation barbare. Nous avons révolutionné le gouvernement, les lois, les usages, les mœurs, les costumes, le commerce et la pensée même; révolutionnons donc aussi la langue qui est l'instrument journalier. » Ce que voulait dire Barère valait mieux sans doute que ce qu'il avait dit; c'est contre le bon goût surtout qu'il avait péché. André Clîénier vengea les neuf sœurs outragées, dans cet ïambe qu'il leur adressa :

Page 1