‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvresChapitre 96 sur 101 · AUX MUSES · texte numérisé non relu

AUX MUSES

On dit que le dédain froid et silencieux

Devint une ardente colère, Lorsque le Moniteur vous eut mis sous les yeux

Le sot fatras du sot Barère ; Qu'au Phœbus convulsif de l'ignare pédant,

De honte et de terreur troublées, Votre front se souvint de ce Thrace impudent

Oui vous eût toutes violées.

On dit plus : mais je sais combien chez nos plaisants

Grâce, pucelage et faconde.

Exposent une belle à des bruits médisants ;

Ils veulent que sur cet immonde Vous ayez, mais tout bas, aux effroyables sons

D'apostrophes trop masculines, Joinipied^l<U,gredin, cuistre, et d'autres maudissons,

Peu faits pour vos lèvres divines ; Dignes de lui, d'accord, mais indignes de vous.

Ces gens n'ont point votre langage ; N'apprenez point le leur : un ignoble courroux

Justifie un ignoble outrage

On sait que Barère était député des Hautes- Pyrénées; il est possible que ce soit cette circonstance qui ait rappelé à la mémoire d'André Ghénier Thistoire, racontée par Ovide [Met. V, 274), de ce Thrace nommé Pyrène (Pyreneus) qui avait voulu violer les Muses.

VIII. — Cette pièce devait être un ïambe dont réditeur a eu la maladresse de défigurer la forme. Si, dans rétablissement de son texte il avait procédé avec méthode, il se serait aperçu qu'il introduisait dans la pièce une ligne destinée à être remplacée et qu'il rejetait en note la correction placée au-dessus, c'est-à-dire le véritable vers. Cet ïambe doit commencer ainsi :

L'échafaud est pour eux une source féconde ;

Ils se travaillent à Penvi A lui trouver cent noms les plus gentils du monde.

Le premier vers, sur le manuscrit, est écrit ainsi : « 'O ffxaopoç est pour eux une iz-f^yn féconde. » Il a fallu remplacer les mots grecs; c'est d'ailleurs ce que l'éditeur aurait dû faire partout. Il a eu tort de remplacer crraupdç par potence; il n'y a que deux mots à choisir : échafaud ou gibet, André a employé le premier dans YOde à Charlotte Corday^ le second dans un ïambe (III, p. 275) et à la fin du canevas de cette pièce.

342 ŒUVRES D'aNDRÉ CHÉNIER.

IX. — Fragment dont la forme n'était pas arrêtée; on pourrait conjecturer qu'il serait entré dans une strophe d'un chœur destiné à une satyre, peutêtre aux Initiés.

X. — Nous ne nous arrêtons que pour signaler un vers charmant :

Et la sage folie, et le rire à Pœil fin.

Il nous rappelle celui-ci qui se trouve dans les Poésies diverses, pièce XV (ci-dessus, p. 336) :

Qui Papplaudit de loin, le plaisir dans les yeux.

Tous les deux brillent par la précision et la justesse de l'image. C'est là cette vérité d^eœpression qu'André Chénier admirait dans ce vers de Malherbe [Ode sur la prise de Marseille) :

Du"plaisir de sa chute a fait rire nos yeux.

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