II
» 6^ Le Saint-Père, d'accord avec TEnipereur, déterminera quels sont ceux des ordres religieux éteints pendant la République qui doivent être rétablis, et Ton spécifiera la manière et les conditions dans lesquelles ils pourront subsister;
» Les communautés de religieuses qui existent de fait aujourd'hui pourront être maintenues , mais avec défense de recevoir des novices, jusqu'à ce que le Pape, d'accord avec l'Empereur, se soit prononcé sur leur mode et sur leurs conditions d'existence ;
» 7° Juridiction du clergé ;
» 8° Dans les lieux où l'on jugera convenable de le faire, l'Empereur chargera du registre civil des naissances, mariages et décès des prêtres catholiques qui devront s'acquitter de cette mission comme fonctionnaires de Tordre civil ;
» 9<* Cimetières. »
Après avoir entendu la lecture de ces neuf points, le nonce répondit qu'il n'avait pas de pouvoirs pour traiter ces différentes questions : qu'il était venu uniquement pour demander le rappel des lois de réforme et de toutes celles qui étaient contraires aux droits sacrés de l'Église ; enfin, qu'il avait mission spéciale de réclamer le rétablissement des ordres religieux, la restitution des églises et des couvents, et la reconnaissance du droit que possédait autrefois le clergé d'acquérir, de posséder et d'administrer lui-même le patrimoine ecclésiastique.
Quant aux neuf points que l'archiduc venait de lui soumettre, il protesta contre le premier parce que ce point avait pour but d'établir la tolérance des cultes^ et que cette tolérance était contraire, disait-il, à la doctrine de l'Eglise et aux sentiments de la nation mexicaine elle-même.
Il fit observer sur le second que les évêques et le clergé refuseraient l'indemnité qui leur était oflferte par le Trésor, et préféreraient vivre de la charité des fidèles.
Puis il conclut en déclarant sur l'ensemble que l'Église, dépouillée en partie ne pouvait abandonner les biens non encore vendus et qu'elle ne les abandonnerait à aucun prix.
Cette conclusion n'annonçait rien de bon. Cependant, il fallait prendre un parti et l'archiduc ne savait en réalité ni ce qu'il devait faire, ni ce qu'il devait répondre. En conséquence, il réunit un conseil spécial où se trouvaient les mi-
iiistres d'État, des affaires étrangères et de la justice, rarchevèque Labastida et M. Lares, ancien président de la fameuse assemblée des notables, alors conseiller d^Ëtat, pour leur faire connattre la résolution prise par le nonce, en raison, disait-il, de son manque d'instructions, et leur demander leur avis.
Il y fiit décidé que le ministre de la justice ferait une nouvelle tentative pour entrer, si cela était possible, en négociations; qu'à cet e£fet on lui ménagerait une entrevue avec Tarchevêque de Damas, et que M. Lares verrait auparavant ce prélat d'une manière toute confidentielle, afin de le préparer à cette entrevue avec le ministre de la justice auquel il rendrait compte du résultat de sa démarche.
Continuation du même sujet.
Ainsi que cela avait été décidé dans le conseil dont j'ai parlé à la fin du chapitre précédent, M. Lares eut avec M. Meglia une entrevue dont il rendit compte au ministre de la justice. Il n'y avait aucune espérance à conserver, car le nonce persistait à dire qu'il manquait d'instructions suffisantes et proposait, en garantie de sa sincérité, de donner connaissance de celles qui lui avaient été remises.
Toutefois, M. Lares pensait encore que l'entrevue devait avoir lieu, parce qu'il pourrait peut être arriver qu'en écoutant la lecture de ces instructions, le ministre y découvrirait une parole quelconque qui permettrait d'ouvrir les négociations.
L'entrevue eut donc lieu dans ces conditions, mais elle ne changea rien à la situation, car M. Meglia se contenta de répéter, mot pour mot, ce qu'il avait dit dans l'entrevue précédente, et non-seulement il ne communiqua pas les instructions dont il avait parlé à M. Lares, mais il ne dit rien qui pût laisser supposer qu'il fût disposé à en donner connaissance.
La partie était encore une fois perdue. Cependant, comme il en coûtait de l'abandonner, on résolut de tenter un dernier, un suprême effort. Dans ce but, on mit en avant la jeune archiduchesse, et celle-ci, mettant un instant de côté ses chiffons et ses travaux sur le cérémonial à observer dans la cour où présidait ses vingt-quatre printemps, fit prier le grave prélat de passer chez elle, parce qu'elle désirait s'entretenir avec lui.
Le nonce n'eut garde de manquer à l'appel de la jeune princesse. Il s'y rendit, au contraire, la bouche pleine de douces paroles, mais le cœur vide des concessions sur lesquelles on avait probablement trop compté. L'archiduchesse
eut beau faire, l'archevêque, retranché plus que jamais derrière son manque d'instructions, répondit à toutes ses demandes par le non possumus traditionnel de la cour de Rome, et Tlntervention en fut pour la honte d'avoir mêlé à cette intrigue sacerdotale le nom d'une femme qui, pour demeurer religieuse et sainte aux yeux de tous , ne doit intervenir dans les choses de ce monde que quand il s'agit de venir en aide aux malheureux.
Alors l'archiduc décida que son ministre de la justice exigerait du nonce une déclaration écrite des motifs qui s'opposaient, d'après lui, à l'ouverture des négociations, et celui-ci lui adressa sur-le-champ la note que voici :
« Monseigneur,
» Comme V. E. m'a déclaré, dans notre dernière entrevue, ainsi qu'elle Ta répété du reste aujourd'hui à S. M. l'Impératrice, que, faute d'instructions nécessaires pour traiter sur les neuf points proposés dans le but d'aplanir les difficultés qui existent entre l'État et l'Église mexicaine, elle devait en référer à la cour de Rome; S. M. l'Empereur se trouve dans la pénible nécessité de dicter les mesures que lui commandent sa conscience et ses devoirs, dans la situation actuelle.
» Mais, comme le manque d'instructions de V. E. doit être cause des mesures ultérieures que prendra S. M., Elle désire que ce fait soit constaté par écrit, et je viens prier V. E. de vouloir bien m'écrire, en réponse à cette note, ce qu'elle a daigné m'exprimer plusieurs fois de vive voix.
» Je profite, etc...
» Mexico, 24 décembre 1864.
» Le ministre de la justice,