RÉCLAMATIONS
Ces réclamations étaient de plusieurs sortes.
11 y en avait qui, remontant le cours des événements, étaient antérieures à la Cx)nvention de 1839, et furent toutes rejetées à l'unanimité. D'autres, comme Celles de MM. Franceschini et Radepont, provenaient des maladies que la peur, disaient-ils, avait occasionnées à leurs femmes, et furent également repoussées. Mais le plus grand nombre, à quelques exceptions près, avaient trait :
io Aux préjudices causés aux personnes et aux propriétés des réclamants par les chefs militaires, les autorités et les troupes prononcées contre les divers gouvernements.
2o Aux contributions extraordinaires exigées depuis 1857, jusqu*à la chute du gouvernement de M. Juarez, c'est-à-dire, jusqu'à l'entrée du général Forey à Mexico, et principalement contre celles qui avaient été établies en vertu des décrets des 24 novembre 1859, 13 octobre et 13 novembre 1860,21 août 1861, 29 avril, 14 et 26 juin, 27 août et îâ septembre 1862, dont la répétition, disaient les commissaires français, indiquait suflSsamment des contributions de guerre et des emprunts forcés.
30 Enfin, à l'expulsion prononcée contre certains individus, à la suite de l'Intervention française (1).
J'ai dit plus haut qu'en m'expliquant sur l'origine des réclamations, je trouverais, une fois de plus, à répondre aux affirmations de M. Rouher, et voici que la commission mexicaine, en portant à la connaissance du ministre des affaires étrangères Ramirez les causes des difficultés qui existaient entre elle et la commission française vient à point nommé me donner des arguments et me fournir les moyens de dégager ma parole.
Les réclamations, d'après elle, se rapportaient en majeure partie à des faits qui s'étaient passés en 1861 et 1862. Cela se conçoit; cela se comprend sans effort, et si les motife invoqués pour les justifier se ressentent un peu trop, ainsi que je le démontrerai tout à l'heure, du droit de la force, ils n'ont du moins rien en eux qui choque les règles de la logique.
Mais il n'en est point ainsi des affirmations de M. Rouher. Ce ministre a déclaré qu'en 1860, une année par conséquent avant le début de l'Intervention, le chiffre des réclamations déposées à la Chancellerie de la légation de France à Mexico s'élevait de 120 à 130 millions. Ces paroles ont été écrites tout au long àBXis\Q Moniteur ; elles ont été répétées dans le monde entier : il a fallu, au contraire, battre la caisse pen-
(1) Rapport delà commission mexicaine, en date du 13 mars 1865, au ministre des affaires étrangères Ramirez, sur les causes des difficultés qui existaient entre les deux commissions.
dant cinq années et faire appel à toutes les convoitises pour obtenir un chiffre de 90 millions sur lequel on a même été obligé d'en retrancher la moitié, et parmi les membres de cette majorité qui se fâchent tout rouge chaque fois qu'on refuse de les prendre au sérieux, il ne s'est pas trouvé une voix pour protester contre une pareille monstruosité et rappeler cet avocat sans pudeur au respect de la vérité !
Quant aux motifs des réclamations, nous les connaissons maintenant.
Le premier avait pour but dlndemniser quelques-uns de nos compatriotes des préjudices causés, soit à leurs personnes, soit à leurs propriétés, par des troupes de prononcés.
Cette intention était bonne: elle était légitime et ce ne sera certes pas moi qui m'inscrirai contre l'idée de mettre un terme aux passions effrénées de la soldatesque en rendant les gouvernements, quels qu'ils soient, responsables des méfaits de leurs agents.
Mais je me demande si l'Intervention n'aurait pas mieux fait de commencer par donner elle-même l'exemple du respect qu'elle voulait imprimer aux personnes et aux propriétés? — Si les incendiaires de la Concordia, les pillards de Iluahuchinango, ceux, en un mot, qui prétendaient que Vannée n'était pas responsable des dégâts qu'elle commettait, avaient bien le droit d'imposer aux mexicains la responsabilité des préjudices causés à nos compatriotes à l'occasion des guerres civiles dont ils pouvaient, après tout, éviter les conséquences en abandonnant le pays?
En agissant ainsi l'Intervention usait et abusait du droit de la force. Elle exigeait des mexicains, sans leur donner aucun équivalent, la réparation de faits moins odieux bien souvent que ceux qu'elle se permettait à elle-même : et comme la force n'a jamais rien prouvé, pour rester fidèle au principe que le gouvernement français a posé lui-même au Âfexique en exigeant ces indemnités, j'appelle de nouveau l'attention sérieuse et réfléchie des lecteurs sur le pillage de Huabucbinango par les soldats du colonel Tourre; sur l'incendie de la Concordia exécuté par ordre du général Castagny ; sur les abus de pouvoir de toutes sortes dont les chefs militaires se sont rendus coupables, et je les prie de dire si ce
gouveruciuciit ne doit pas une indemnité à tous les orphelins dont il a fait tuer les pères pour créer un empire à rarchiduc 3Iaximilien, à toutes les femmes qu'il a rendues veuves, à toutes les misères enfin qu^il a amoncelées comme à plaisir sur ce malheureux pays.
Le second était d\ine nature toute différente.
11 s'agissait des exactions commises, disait-on, contre nos compatriotes, sous forme de contributions, depuis l'atmée 1 857 jîisqu'à Ventrée du général Forey dans la capitale, et je m'attendais à y voir figurer en première ligne les décrets des 15 mai 1858, 7 février, 30 mai, 16 juillet 1859 et 20 mars 1860, dont la répétition, pour parler le langage des membres de la commission française, indiquait suffisamment des contributions de guerre et dès empmnts forcés.
Eh bien, je m'étais trompé. Les réclamations ne dataient que du 24 novembre 1859, et portaient uniquement sur des décrets promulgués par M. Juarez ; si bien qu'aux yeux de l'Intervention, tous les actes du gouvernement légitime, après comme avant la chute du parti réactionnaire, se trouvaient compris dans la même réprobation, et qu'il n'y avait de justes, par conséquent de sacrées, que les mesures au moyen desquelles les intrus du coup d'État étaient parvenus, pendant un certain temps, à imposer leur joug sur une partie de plus en plus restreinte de la République.
Il me semble pourtant, sauf erreur bien entendu, que les décrets des 29 avril, 14 et 26 juin, 27 août et 13 septembre 1862, avaient en quelque sorte leur sanction dans la situation anormale que l'Intervention elle-même avait faite au gouvernement tant calomnié de M. Juarez, en l'obligeant à user de tous les moyens dont il pouvait disposer pour défendre son pays contre Tinvasion; mais je n'en saurais dire autant des actes du général Zuloaga et de M. Miramon.
En effet, dans le premier cas, le gouvernement placé entre la nécessité de trahir par son abdication le pays qui lui avait confié la garde de son indépendance, ou de le sauver à tout prix, était obligé malgré lui de froisser bien souvent les intérêts secondaires résultant de la nationalité des réclamants , tandis que dans le second il n'en était point ainsi.
Là, point de guerre étrangère, point de situation excep-