‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 39 sur 71 · II · texte numérisé non relu

II

tionnelle, point d'intervention à repousser. Il était question d'une guerre civile de mexicains contre mexicains et de Hen de plus. Les hoftimes qui s'étaient prononcés le 17 décetnbre 1857 àu nom des intérêts réunis de Târmée et du clergé contre la Constitution décrétée le 12 février de la niïéiiie année, avaient compté sur la vénalité d'une partie dés autorités constituées et sur Tâpathie de raùtre. n leur fallait de for, encore de Tor, toujours de l'or. Le clergé avait ouvert seè coflFres ; l'argent des pauvres était devenu le prerttîer agent de cette guerre fratricide, et pour combler le lade 'ie plus en plus béaVit dés câisèés publiques, on avait été olblîgè de recourir aux contributions forcées.

Je ne sais si les lecteurs périséràtit comVne moi, mais je tîé dis rien qui ne soit vrai, complètement vrai, et dont il ÏÏe sôït facile de réunir les preuves. J'étais à Mexico en l'6S8 et 59. J'ai vu les Kéros du coup d'État décorés d'aune ériorm'e croix blanche sur ïe côîié gauche dé leur poitrine comme les suppôts de la ïîgue au Jour mille fois néfaste de la Saint BaVtliélemi ; j'ai été moi-même arrêté, ùtiiqùetnent parce que j'étais français et rédacteur dû Trait-d' Union, et M. de Gàbrîàc prévenu, non par moi mais par le chef du poste où j'étais déténu, a conseillé de riie garder en prison : rèndà à la liberté par ordre du généi'âl Ôsollô, j'ai assisté à toutes lès orgies de cette époque navrante ; j'ai vu sur la voie publiqtîe les effets de nos compatriotes mis en veùte pour hé pas àVoir acquitté àu moment précis leur quote-part de ces împôis forcés ; j'ai entendu ce mêine Gabriac répondre aux déclamations des intéressés : qUe le goii'èetnement avait besoin (Thrgeht et qu'il fallait payer, et je croirais tnànqùer à un devoir îinfpérieiix si je ne protestais à hkute et intelligible voix contre une mesure qui a eu le doublé tort de légitimer les actes atroces de la réaction et de faire iiii crîtoe au gouVërnéiiïent libéral d'avoir voulu défendre son pays.

Il me reste à m'expliquer sur le troîsièine motif, et éélùî-là, je suis obligé de le déclarer franchement, était encore plus étrange.

11 avait pour but de fournir une indemnité aux individus qui avaient été expulsés de la République où dés lieux où ils demeuraient, par suite des intelligences qu'ils avaient

eHtretenues avec rarinée de M. de Lorencez, pendant le se* jour de ce dernier à Orizaba.

A Mexico seulement, ils étaient au nombre de six. MM. Jecker. Barres, Clairin, Frisac, Bcmhomfne et Déchassé.

Je ne dirai rien des deux premiers; quant aux autres, le |cr, quoique français, était directeur de Técole du commerce à Mexico et par conséquent à la solde du gouvernement; le 2«, fcrt bonnète homme en dehors de ses opinions altra réactionnaires, était établi depuis longues années en qualité de pharmacien ; le 3^, a été condamné depuis par un conseil ée guerre français pour détournement frauduleux snr "une fourniture dont il était chargé, et le 4^, était un de cesinfdividos, trop B'6mbrettx rasdheureusement parmi nous, qui n^ijftà étudié l'histoire de notre pays que dans les vaudevilles de H. Scribe.

Hs étaient, comme je viens de le dire, en relation directe avéC le camp de M. de Lorencez; leurs correspondances furent interceptées ; le gouvernement qui pouvait 1<^ faire traduire devant une commission militaire^ car la vilte était en état dp siège, se contenta de les expulser, et l'Intervention en profita pour faire allouer à chacun d'eux une indem- BÎté 4ont je ne connais pas au juste le chiffre, mais qui, d'après ce que Ton m'en a dit> devait s'élever à SB^OOO piastres, soit en chiffres ronds à 140,000 francs.

11 est beau, certainement, quand on s'appelle gouvernement, de savoir faire respecter ses nationaux à l'étranger : cepiendant, il ne faut pas que ceux-ci, sous prétexte qu'ils ont derrière eux une protection qui se chargeraplus tard de leur faire allouer des indemnités, se permettent de machiner ^4es conspirations contre le pays où ils vivent.

Le gouvernement de M. Juarez n'a jamais cessé d'exister que jB sache, et pendant tout le temps de rinterventiop, il ét-ait encore le seul. Tunique, le véritable gouvernement du Mexique. Mais en admettant pour un moment, bien que cela ne soit pas, et seulement pour me placer sur le terrain des défenseurs de Maxhnilien afin de mieux les combattre, que l'administration républicaine ait succombé pendant tout le temps de l'occupation de la capitale de la République par l'armée française, il n'en resterait pas moins vrai aux yeux

mêmes de ceux qui la combattaient au moment de Texpulsion de ces six individus, que le gouvernement républicain était alors l'unique gouvernement du pays, et qu'il avait le droit d'en expulser tous ceux dont la présence pouvait porter un préjudice quelconque aux intérêts qu'il avait mission de sauvegarder.

Il y a dix-sept ans de cela, quand la France, garrottée pendant la nuit, se réveilla le lendemain sous les genoux des sîcaires du 2 décembre, ce gouvernement si soucieux au Mexique des intérêts de quelques aventuriers, n'eut pas la même pensée pour les proscrits qu'il avait faits. 25,000d'entre eux turent jetés tout nus sur les chemins de l'exil; il en transporta 25,000 autres à Lambessa; d'autres encore furent dirigés sur Cayenne en compagnie, chose horrible ,de l'écume des bagnes; la vie publique fut étouflfée sous la menace constamment pendante de la prison ou de l'exil ; personne n'a réclamé pour eux, et depuis cette époque l'auteur de ces attentats, déguisé en César de circonstance, attend que la postérité reconnaissante place son buste entre ceux de Tibère et de Calîgula.

Le sang bout à ces souvenirs d'un passé sur lequel nous ne pouvons rien ni les uns ni les autres, et j'aurais désiré en épargner l'amertume aux lecteurs de ce livre. Malheureusement cela n'était pas possible. Du moment où le gouvernement français avait fait de ces réclamations la base d'une politique aventureuse dont il ne pouvait pas déclarer les véritables motifs, il était nécessaire d'en expliquer clairement l'origine, et de montrer qu'au début de l'Intervention, quelque grandes que fussent à cet égard les affirmations de MM. Billault et Rouher, il n'y avait rien, il ne pouvait rien y avoir de vrai dans tout ce qu'ils ont débité si pompeusement devant le Corps législatif. Ce ii'est pas ma faute à moi si le premier motif invoqué par le gouvernement pour les justifier m'a obligé de comparer ses raisons avec la con. duite des généraux français au Mexique ; si le second m'a rappelé les décrets du parti réactionnaire en 1858 et 59, et la conduite de M. de Gabriac à cette époque ; si le troisième, enfin, est venu raviver en moi la blessure toujours saignante du 2 décembre. Je m'arrête donc pour ne pas aller au delà

du but que je nie suis tracé et vais expliquer midntenant de quelle manière le gouvernement français est parvenu à s'entendre avec l'archiduc sur le paiement de ces réclamations qui n'auraient en grande partie jamais vu le jour si Ton n'avait été pour ainsi dire obligé de les créer comme pièces justificatives de l'expédition.

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