‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 41 sur 71 · NO · texte numérisé non relu

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» Puebla, 17 mai 1865.

» Mon cher commandant,

» Les rapports de Morelia nïe t'oicent de vous faire part de la desharmonie existant entre le colonel de Potier et le lieutenant colonel Vander Smissen.

» N'ayant que les rappoi1.s du dernier sous la mahi, je ne saurais décider de quel côté sont les torts, et je suis assez porté ù croire qu'il y eu a d'une part et d'autre.

» Toutefois, il paratl que le colonel de Potier a de beaucoup exagéré Taffaire de Huaniquoo dans son rapport au maréchal, affaire, s'il faut en croire le lieutenant colonel Vander Smissen, très-peu brillante. Aussi me semble- t-il que le colonel de Potier ne traite point le lieutenant colonel avec les égards reçus entre armées alliées.

y* Supposant que vous serez mieux renseig.né que moi sur tout ce qui s'est passé, j'ai simplement voulu vous faire part de faits aussi regrettables que nuisibles à la discipline, comme à nos intérêts communs. Tout désaccord entre les différents corps d'expédition, qui tous servent la môme cause, est une victoire aux yeux des dissidents, et ils auraient raison de s'en applaudir; il faut donc tâcher d* éviter tout conflit, qui malheureusement ne saurait tarder £ éclater un de ces jours entre le colonel de Potier^ le lieutenant colonel Vander Smissen et, par conséquent, entre leurs troupes, si nous ne trouvons moyen d* aviser à temps.

» Lors de l'expédition à Morelia, le maréchal voulut bien me consulter à l'égard des volontaires belges que S. E. avait l'intention d'y envoyer.

» Je n'y vis point d'obstacles, au contraire, j'y vis un moyen de donner au lieutenant colonel Vander Smissen une position indépendante, qui lui permettrait de faire valoir ses qualités personnelles ainsi que ses volontaires. Si j'avais pu prévoir les relations peu amicales du colonel de Potier et du lieutenant colonel Vander Smissen, j'aurais certes préféré garder ce dernier sous mes ordres pour éviter tout ce qui ne peut que compromettre notre cause. Au point où en sont les choses, je ne vois d'autre moyen que de séparer ces deux messieurs, et je vous prie, cher commandant, d'en parler officieuà-ement au maréchal, dont la sagesse et l'expérience saura certes choisir le meilleur expédient.

» Quant à mes troupes, quoique au complet depuis l'arrivée du dernier transport, elles occupent un terrain telleihent étendu que je ne serais pas fâché de voir retourner les Belges sous mes ordres pour entretenir les communications nécessaires.

» Recevez, etc.

» Thln,

» Général.

» A M. le commandant Loysel, etc.. »

On s'étonnera peut-être de voir le comte de Thun, général autrichien au service de Tarchiduc, charger un pauvre commandaiit de parler au général en chef d'une aflfaire qui intéressait au suprême degré la division qu'il avait Thon-

ncur de commander; mais pour être gcuéral, même autri* chien, ou ne laisse pas pour cela d'être courti3an, et M. Loysel, simple commandant d'état-major n'était pas le premier venu. C'était le chef du cabinet militaire du prince, un des cerveaux qui lui servaient à penser, intermédiaire obligé de ses relations avec M. Bazaiue; et le général, étranger lui-même, croyait avoir besoin de renforcer sa position personnelle avant d'aborder le maréchal pour se plaindre auprès de lui d'un officier supérieur de l'armée française.

Du reste, le moment était parfaitement choisi. On s'occupait au quartier général à diviser le Mexique en grands commandements militaires à l'instar de ceux qui existent en France, et le maréchal, pour être agréable à l'archiduc, désirait placer ce même général de Thun à la tête de Michoacan, tandis que le prince, pour des motifs qui ne sont pas expliqués, aurait voulu confier ce département au général L'Hérillier.

Le commandant Loysel avait eu mission de voir le maréchal à cet égard, et le 5 juin il avait adressé le rapport suivant à son maître, alors absent de la capitale :

Pnlnis impérial de Mexico, o juio 1865.

Sire,

« Conformément aux ordres de V. M., j'ai vu ce matin le maréchal Bazaine au sujet de l'affaire L'Hérillier. Le maréchal m'a dit que l'organisation des commandements militaires, dans les circonstances actuelles, lui semblait capitale, et que s'il avait proposé le général de Thun pour le commandement à établir à Morelia, c'était en raison de l'importance de cette position, et par courtoisie pour cet officier général qui n'appartient pas à Tarmée française.

» Si V. M. veut donner au général L'Hérillier le grand commandement de Morelia, le maréchal le verra avec plaisir, mais il pense qu'il faut donner à ce général les moyens nécessaires pour pacifier le Michoacan et veiller ù la sûreté du Jalisco jusqu'à Colima. La combinaison qui plaçait le général de Thun à Morelia, l'y amenait avec ses troupes. Pour TÉtat de Puebla, la force de la brigade aulrichienne est exagérée, d'autant plus que l'organisation de la nouvelle brigade mexicaine amènera à Puebla même un surcroît de troupes. 11 n'est pas possible de disposer de l'armée française pour le Michoa-

n. lo

can. Tous les corps font face maintenant à la ligne du Nord. Le dernier bataillon disponible, celui d'infanterie légère d'Afrique, est en marche sur Veracruz, où il va élre embarqué pour être conduit à Tampico, d'où il ira à Ciudad Victoria.

» En raison des nécessités des opérations, et pour ne pas immobiliser la légion autrichienne, il semble donc qu'il y aurait lieu de mettre une partie de cette force dans le Michoacan, à la disposition du général L'Hérillier. Le maréchal avait proposé précédemment de mettre une compagnie autrichienne à Toluca et deux à Morelia avec un escadron. S'il ne paraissait pas possible d'en distraire davantage, ce qui vaudrait mieux, on pourrait mettre le tout à Morelia, et Mexico fournirait à Toluca un petit détachement français.

» V. M. approuve la formation des deux commandements du Nord. Elle ne paraît pas apprécier la désignation du général Castagny. En ce moment^ il n'y a pas lieu de se plaindre de la direction quHl donne aux affaires et je crois qu'il a auprès de lui une doublure qui ne lui permettra pas de s'égarer, ou, dans tous les cas, on ne lui laissera commettre que des choses insignifiantes.

» Je dois faire observer à V. M. que la surveillance des affaires politiques et administratives n'implique pas la direction de ces affaires. En France, les titulaires des grands commandements reçoivent des rapports des préfets, des procureurs généraux, des commandants de gendarmerie, etc., sans qu'ils aient à s'immiscer dans ces différentes branches du service ; mais ils se trouvent au courant de tout ce qui se passe; chacun sait qu'il est surveillé dans l'accomplissenlent de ses devoirs, et que s'il s'écarte des principes tracés par le gouvernement, l'empereur en a immédiatement connaissance.

» Au sujet de l'émigration américaine et notamment des troupes de Slaughter, si elles se présentent, je crois que les inconvénients de l'établissement de ces colons vers le Nord, ne peuvent entrer en comparaison avec les avantages qu'ils doivent donner. Il y aura malgré tout chez ces émigrants une haîne du Yankee qui en fera un boulevard pour le Mexique. D'un autre côté le transport dans les contrées de Jalapa pourrait entraîner beaucoup de longueur. Enfin, en les invitant à venir de ce côté pour cultiver le coton, il est probable qu'on ne pourrait en faire que des fermiers, tandis qu'il y a intérêt ù en faire des propriétaires. Dans le Nord, il y a de vastes terrains, ceux de M. Sanchez Navarre, par exemple, qui demande, il est vrai, un prix exagéré, mais il y a la ressource de V expropriation pour cause d'utilité publique, et il est incontestable qu'une digue de bons colons ne soit (sic) de suprême utilité pour le pays. »

L'auteur de ce rapport, le commandant Loysel, pourrait^

mieux que personne, nous édifier sur les véritables motifs qui militaient en faveur du général de Thun pour le commandement supérieur du Michoacan, car il est évident que les raisons données par le maréchal pour le préférer au général L'Hérillier ne devaient avoir par elles-mêmes qu'une valeur fort contestable. En effet, ce commandement ne fut pas donné ; MH. de Thun et L'Hérillier ne l'obtinrent ni l'un oi l'autre, et, pour ne rien céder de leurs prétentions réciproques, l'archiduc et le maréchal livrèrent la capitale du Michoacan à des scandales dont nous raconterons bientôt les tristes détails.

Il n'en fut pas de même de M. de Castagny. Celui-là, M. Bazaine le maintint dans son commandement en dépit des répugnances, je ne dirai pas connues, mais avouées de Maximilien.

Je ne relèverai pas ce que M. Loysel, en parlant de la situation que ce général s*était faite par sa conduite atroce à Mazatlan et dans le Sinaloa, a dit des grands commandements de France. C'est affaire aux préfets et aux procureurs généraux qui s'inclinent, à ce qu'il paraît, devant la menace toujours pendante de signaler en haut lieu tout ce qui, chez eux, pourrait avoir l'apparence d'un refus ou d'une hésitation ; j'appuie seulement sur cette phrase du rapport : En ce moment il n'y a pas lieu de se plaindre de la direction qu'il donne aux affaires. Si donc la logique n'est pas un vain mot, j'ai le droit de déclarer qu'on avait eu lieu de s'en plaindre, auparavant, et que l'archiduc, volontairement ou non, avait donné une sanction prétendue légale à des actes dont il ré«prouvait à la fois la cause et la perpétration.

Ce n'est pas tout. Dans ce même rapport, M. Loysel, après avoir parlé de l'inspecteur des finances Bonnefonds, de sa maladie et de la nécessité où l'on était de le remplacer, s'exprimait ainsi à l'égard du correspondant qui avait annoncé, le 30 juillet 1864 (1), la visite du roi Léopold 1er à Vichy, pour y solliciter de son puissant voisin l'érection du Guatemala en royauté indépendante en faveur du comte de Flandre :

(i) Tome l«^ p. 446.

» KelativemeiU à M. d'Hcricault, j'ai trouvé une note remontant à plusieurs mois et seviblant dire qu'il devait être payé 2,400 /r.; mais elle portait, de la main d'Eloin: à. consulter S, M. La demande de M. d'Héricault n'est que de 1,200 francs; je lui enverrai cependant une traite de 2,400 et il se trouvera soldé des articles à venir (1) »

Enfin, il entretenait son maître d'un rapport du préfet politique de Oajaca, M. Franco, sur les moyens de pacifier l'isthme de Tehuantepec et l'État de Chiapas, et il terminait de la manière suivante :

« Une lettre de Vicario, à S. M. l'Impératrice, sollicite, pour le 7 juin, l'indulto des fautes qu'il a commises (2). Le malheureux est réduit à errer dans la montagne, prive souvent de nourriture. Il est tellement inintelligent qu'il mérite peut-être quelque pitié. S. M. l'Impératrice, après avoir pris l'avis de M. Echanovc, désire qu'on use de clémence.

» Le maréchal a adressé également quelques propositions en faveur d'individus condamnés à des peines assez peu sévères (3). Les propositions de l'intérieur ne pourront arriver que plus tard et ne seront présentées que pour l'anniversaire de V. M. 1^» Toutes les dispositions sont prises pour la sécurité du voyage de S. M. l'Impératrice.

» J'ai l'honneur d'être, etc.

>i Le chef du cabinet militaire^

» C. LOYSEL

Du moment où l'on ne pouvait pas s'entendre sur le nom du commandant supérieur du Michoacan, il devenait indispensable de sacrifier un des antagonistes afin de mettre un terme à un état de choses qui ne pouvait pas se prolonger plus longtemps sans porter un préjudice grave à la cause de rinterventîon. On rappela M. de Potier; le général Roses Landa installa M. Yander Smissen en qualité de commandant supérieur du Michoacan, et Ton croyait en avoir fini avec ces dîflScultés quand la toile se leva sur un incident nouveau que M. de Potier avait peut-être préparé à l'avance

(i) Je n'ai retrouvé, ni la demande de M. d'Héricault, ni la note de M. Eloin.

(2) Voir plus haut, p. 77 de ce volume.

(3) Clémence royale; c'est-à-dire, le mensonge dans la clémence.

et que M. Bazaine n'avait malheureusement pas prévu.

Cet incident pourrait se nommer le deuxième acte des scandales et nous ramène naturellement au rapport de M. Loysel à l'archiduc.

Si nous devons en croire les termes de ce rapport, le maréchal, en confiant ce grand commandement à M. deThun, avait eu l'intention de lui permettre d'établir une sphère d'action dans un centre indépendant des officiers généraux français avec lesquels il aurait pu ne pas être toujours d'accord, et de fournir à M. Yander Smissen l'occasion de se distinguer. Cette idée se comprenait parfaitement tant qu'il était question de M. de Thun ; mais du moment où le général en chef renonçait à la partie principale de son plan, le maintien du lieutenant colonel belge dans le Miclioacan était une faute, et sa nomination en qualité de commandant supérieur de l'État une autre plus grande encore; i» parce que son grade ne lui permettait pas d'avoir sous ses ordres l'ensemble de troupes dont il avait besoin pour obliger les républicains à abandonner la province ; 2» parce qu'il allait se trouver en contact avec des officiers mexicains plus haut placés que lui dans la hiérarchie, et que n'étant pas protégé comme M. de Potier par l'article 3 de la Convention de Miraraar, il devait se trouver sans force aucune contre les conséquences probables de leurs refus.

C'est en effet ce qui est arrivé.

M. Vander Smissen à peine installé dans son nouveau poste, se rendit auprès du général mexicain Tapîa pour lui signifier l'ordre de lui donner la situation de sa brigade. Celui-ci avait été nommé par M. de Potier commandant supérieur de Patzcuaro, d'Ario, de Taretan et d'Uruapan. Il refusa de la manière la plus formelle d'obéir et offrit, pour le cas où l'on voudrait le soumettre à l'autorité du lieutenant colonel belge, de donner immédiatement sa démission.

11 en résulta des menaces de la part de M. Vander Smissen et un rapport contre la conduite de ce général, rapport que je n'ai pas retrouvé, mais dont on pourra se faire une idée par la lettre ci-après adressée par le lieutenant colonel Boyer au commandant Loysel.

Corps expéditionnaire du Mexique. — État-major général.

N* Cl 39

« Mexico, 20 août 1865.

» Mon cher Loysel,

» M. le général commandant la V^ division militaire, dans le but d'excuser le relard apporté à Tenvoî de la situation mensuelle, a adressée M. le Maréchal la dépêche ci-jointe, datée du U août.

» Je vous renvoie à titre de simple renseignement, et afin que vous puissiez apprécier dans quels termes peu convenables M. le lieutenant colonel Vander Smissen parle du général Tapia, et ce qu'il dit de Tusage qu'il aurait pu faire de la force pour le contraindre à obéir. Vous ferez de celte lettre Tusage que vous jugerez convenable, niais (Je telles façons d'écrire sont regettables.

» Du reste, M. le maréchal fait observer ù M. le général Landa qu'il ne s'explique pas comment il a pu employer M. le lieutenant colonel Vander Smissen, pour demander la situation d'une brigade active commandée par un officier général,

» Recevez, etc..

» Le lieutenant colonel chef d* État-major par intérim^

» Napoléon Boyer.

» M. le commandant Loysel chef du cabinet militaire de S. M. l'empereur. »

Comme on le voit, les choses allaient de mal en pis. La situation exigeait le rappel de M. Vander Smissen ; mais cet officier avait l'avantage d'avoir vu le jour dans le même pays que l'archiduchesse; il était protégé en haut lieu, et l'archiduc craignant de déplaire aux protecteurs du coupahle en voulant ^remédier aux exigences du moment, eut Tidée malencontreuse de s'arrêter à un terme moyen dont le général Tapia eut seul à supporter tous les frais. Sur la proposition de son ministre de la guerre, Peza, il accepta la démission de cet officier; il nomma à sa place le colonel mexicain Ramon Mendez avec le titre de commandant supérieur du Micboacan et constitua en faveur du protégé du maréchal et de l'archiduchesse une sorte de pachalik en nommant ce dernier commandant supérieur de Morelia et du cercle de ce nom.

C'était continuer sous une autre forme les errements vicieux du passé, car c'était créer un personnage en quelque sorte irresponsable dans le cercle de commandement confié au colonel Mendez : et comme il n'y a pas d*eflFet sans cause, on peut considérer cette nomination comme la scène première du troisième acte, je veux dire comme la pierre d'assise sur laquelle devait reposer le dénouement de tous les scandales précédents.

Je ne parle point ici de la conduite de M. Vander Sraissen à l'égard de son supérieur mexicain. 11 est facile de comprendre qu'après avoir poussé l'oubli de sa propre situation jusqu'à vouloir imposer ses ordres à un général, cet oflScier belge, soutenu à Mexico, ne pouvait se plier que très-diflScilement à l'obéissance envers un simple colonel. Le plus grand tort d'une pareille situation appartenait au gouvernement qui voulait et ne savait pas vouloir, et s'il u y avait que cette circonstance, je me contenterais de la signaler comme bien d'autres en passant.

Je parle, et j'appuie tout exprès sur les mots, de certains faits regrettables, je pourrais dire inouïs, qui se sont passés pendant la courte administration de M. Vander Smissen à Morelia, et dont la responsabilité lui appartient par conséquent tout entière.

Ces faits devaient être bien graves, car j'ai trouvé dans les papiers du secrétariat un billet sans date, écrit avec uu crayon rouge, par l'abbé Domenech, alors directeur du bureau de la presse, à M. Devicentiis, sur lequel on lit ce qui suit :

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