‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 42 sur 71 · TRÈS-PRESSÉE · texte numérisé non relu

TRÈS-PRESSÉE

» M. Devicentiis,

»'Ayez la bonté de dire à M. Portilla de défendre aux journaux mexicains,— par ordre supérieur, — de parler de l'affaire de Morelia entre les Belges et les Mexicains, jusqu'à ce que le gouvernement ait achevé d'instruire cette affaire.

» Em. Domenech. »

Puis au bas :

a S. D. Anselme^ impôngase V. del contenido de esta nota que le suplico me devuelva; c'est-à-dire : Veuillez, Monsieur Anselme,

prendre connaissance do celte note que je vous prie de nie renvoyer ensuite.

Mais quels étaient ces faits? — Voilà ce qu'il m'était inipossible de découvrir, car les pièces contenant l'instruction officielle dont parle ce billet ont été soigneusement enlevées des dossiers. — 11 m'a donc fallu chercher, interroger, dresser en quelque sorte une enquête privée, et voici le résumé de certaines notes qui m'ont été remises par un ancien caporal de la Légion belge, demeurant aujourd'hui à Mexico, où il donne des leçons d'anglais.

« Au temps de Tadministration de M. Vander Smissen, la garnison de Morelia se composait de deux bataillons, Tun belge, l'autre mexicain, dont les musiques jouaient alternativement sur la place, et jamais il n'y avait eu de contestation à ce sujet, quand, un beau jour, il prit fantaisie au chef de la musique belge, un M. Carpenlier je crois, d'empêcher la musique mexicaine de se faire entendre. Chaque fois que cette musique commençait un air quelconque, ce M. Carpenlier lançait sa note d'avertissement, ses hommes suivaient et les autres se taisaient dans l'espoir qu'à la fin du morceau ils seraient peut-être plus heureux. Mais reconnaissant ù la fin qu'il était inutile d'attendre, parce qu'il y avait chez leurs adversaires un parti pris de se moquer d'eux ou de les exaspérer, ils firent comme les Belges, ils jouèrent continuellement, sans même se reposer, et changèrent le concert habituel en véritable charivari.

» Les officiers belges, au lieu de rappeler M. Carpenlier au sentiment de sa propre dignité eu lui ordonnant de laisser la musique mexicaine alterner avec la sienne, ainsi que cela s'était fait jusqu'alors, seraient, au contraire, allés à la caserne pour y recruter des hommes de bonne volonté; ils les auraient lancés sur les mexicains et auraient fait briser par eux leurs pupitres et leurs instruments. »

Un second fait serait plus infâme encore, car il s'agirait d'attentat à la pudeur avec violence dans une maison habitée, dont les coupables seraient parvenus à se faire ouvrir la porte à d I heures du soir, en prétextant une indisposition subite de l'un d'eux ; et d'une attaque commise le lendemain, le pistolet au poing, dans les bureaux de l'administration des postes, pour enlever du courrier le rapport

adressé à Mexico dans le but de faire connaître au gouvernement ce qui se passait alors dans la capitale du Mîchoacan.

Sans me rendre en aucune manière garant du plus ou moins d'authenticité de ces histoires que j'ai volontairement atténuées dans ce qu'elles ont de plus hideux, il est cependant trois circonstances sur lesquelles je dois appeler l'attention sérieuse et réfléchie de tous les lecteurs de bonne foi : la défense aux journaux mexicains d'en parler, V enlèvement des dossiers de Vinstruction dressée à leur sujet par le gou» vemement de Varchiduc et la démission de plusieurs officiers belges^ qui en a été la suite. Cette démission a été retirée depuis, cela est vrai, mais elle est attestée par deux lettres du général de Thun à M. Loysel, sous la date des 20 novembre et 2 décembre <86o, et voici la copie exacte de la dernière, car elles ont été écrites toutes deux en français.

Corps impérial mexicain des volontaires austro-belges, — iV° 275.

« Puobla, 2 décembre 1865.

» Monsieur le commandanl,

» Les officiers belges que S. M. a daigné recevoir afin qu'ils puissent la supplier de vouloir bien leur permeltre de retirer les démissions de tous leurs camarades, se trouvent encore à Mexico, quoique leur mission soit terminée.

» Je vous prie. Monsieur le commandant, de vouloir bien vous informer auprès de S. M. des intentions de TEmpéreur ù cet égard. Je crois néanmoins utile que ces messieurs restent à Mexico jusqu'au moment où il sera possible de retirer le corps belge du Michoacan.

» D'un autre côté, vous rendriez un grand service au corps belge, de même que vous m'obligeriez beaucoup, si vous vous adressiez à S. E. M. le maréchal Bazaine pour cette dernière affaire. En principe, M. le maréchal avait convenu du retrait de la légion belge de Morelia. Restait la question du temps. J'espère, Monsieur le commandant, que les circonstances favorables dans lesquelles se trouve le Michoacan, l'arrivée des renforts français, la délivrance des prisonniers belges, permettronl enfin au coi»ps belge d'être retiré de cette province.

» En outre, rarrivée de cette légion dans ma division me permettra de la réorganiser (mesure nécessaire par la rentrée de trois compagnies jadis prisonnières), en mèine temps que de résoudre à Vamiable les questions survenues et qui, j'ose en émettre Vespoir, de cette façon y ne se renouvelleront plus.

» Agréez, etc.

» Le général commandant le corps impérial des volontaires austro-belges,

» Thun.

» A M. le chef d'escadron d'état-m^jor Loysel, chef du cabinet militaire de S. M... Mexico. »

Ainsi, le maréchal reconnaissait lui-même la nécessité de rappeler la légion bel^e de Morelia; le gênerai de Thun, loin de s'y opposer, réclamait au contraire ( ette mesure, et cependant M. Vander Smissen, protégé comme auparavant par des influences irresponsables, continuait à garder ce commandement dont il avait fait un usage si pernicieux. Il fallut, pour décider Tarchiduc, un nouveau rapport du ministre de la guerre, dont voici la traduction littérale.

Ministère de la guerre. — iV° 1384.

« 22 décembre 1865.

M Sire,

» Le général D. Ramon Mendez, commandant supérieur du département du Michoacan (i), a transmis à ce ministère la note qu'il a adressée au maréchal commandant en chef de Tarmée, pour lui faire part de la résistance opiniâtre que le lieutenant-colonel Vander Smissen, commandant militaire du district de Morelia, oppose à la reconnaissance de son autorité supérieure, et il y a joint les communications échangées entre eux sur cette affaire.

M En lisant ces documents, on reconnaît tout d'abord la prudence et la discrétion dont le général Meridez a fait preuve en traitant cette affaire si grave dans son essence, à cause des conséquences fatales que la moindre imprudence aurait pu entraîner relativement à la

(i) Le colonel Mendez, ainsi que nous le verrons bientôt, avait été nommé général de brigade à la suite des deux rapports dans lesquels il avait fait connaître la caplure et Texécution des généraux Arteaga et Salazar.

sécurité du déparlement, et l'on remarque dans les procédés du lieutenant-colonel Vander Smissen, au préjudice de la discipline militaire, que le mépris et le manque de considération à*régard de son supérieur ont été poussés jusqu'au point de refuser de prendre communication des pièces que lui adressait ce dernier en sa qualité de commandant supérieur du département.

n Selon moi, le lieutenant colonel Vander Smissen a commis une grande faute contre la subordination. Il s'est rendu passible des peines portées en pareille circonstance par les lois militaires, et Ton doit le prévenir d'une manière ferme et péremptoire qu'en sa qualité de lieutenant colonel, il peut et doit être soumis à l'obéissance de tout officier plus haut gradué que lui, attendu que le traité de Miramar n'a accordé qu'aux officiers français la prérogative du commandement sur les officiers mexicains plps haut placés qu'eux dans la hiérarchie.

» Pour éviter un scandale qui aurait des conséquences graves pour la réputation du gouvernement, et qui serait d'un exemple pernicieux au point de vue de la moralité et de la discipline de la force armée, j'ai l'honneur, en portant cet incident à la connaissance de V. M., de lui proposer de vouloir bien ordonner le rappel immédiat de Morelia de la force belge qui s'y trouve aux ordres du lieutenant colonel Vander Smissen, et son remplacement par d'autres troupes pour y continuer le service dont elle est chargée.

» Je suis, etc...

» Sire...

» J. DE D. Peza. »

Il y avait neuf mois que le scandale s'étalait ainsi au grand jour dç la place publique. Neuf mois pendant lesquels M. Vander Smissen, usant et abusant de sa situation, s'était fait un véritable plaisir de se rire des ordres qui lui étaient donnés. Le maréchal, si sévère à l'égard de ceux qui osaient défendre contre lui l'indépendance de leur pays, avait, pendant tout ce temps, fermé volontairement les yeux sur ce naanque de discipline, et l'archiduc, pour se permettre de prendre une détermination à cet égard, avait eu besoin de pouvoir se retrancher derrière une demande directe de son ministre de la guerre.

Pauvre archiduc! ce n'était point assez de décimer journellement sous ses yeux ses prétendus sujets, on lui contestait jusqu'à la faculté de pouvoir exercer son droit de

grâce en faveur des malheureux que les cours martiales avaient condamnés; et pourtant, le décret du 3 octobre n'avait point*encore été promulgué. Voici, comme toujours, la preuve de ce que j'avance.

Le J7 juillet de la même année, la municipalité de Veracruz lui avait adressé un télégramme conçu en ces termes :

A. S. M. V Empereur Maximilien.

» Sire,

» La cour martiale de celte ville a condamné à la peine de mort les nommés Felipe et Encarnacion Santiago, Santos Gonzalez et Ciriaco Tapia. Comme le délit pour lequel ils ont été jugés est purement politique, le conseil municipal de cette capitale, au nom du peuple qu'il représente, supplie avec instance V. M. de daigner, si toutefois elle le juge convenable, commuer la peine prononcée contre les Mexicains susnommés, dont l'exécution a été suspendue jusqu'à ce que V. M. ait daigné faire connaître sa décision souveraine.

» Les membres du conseil municipal de Veracruz, qui connaissent les sentiments humanitaires do V. M., espèrent obtenir cette grôce et se disent

» de Votre Majesté

» les tpôs-humbles serviteurs.

» Pour les membres du conseil municipal,

» Le président^ » Juan Cruzado. »

L'archiduc, de son côté, avait fait tenir immédiatement la réponse suivante :

U Empereur à la municipalité de Veracruz.

« J'ai décidé que l'on suspendrait l'exécution des nommés Felipe et Encarnacion Santiago, Santos Gonzalez et Ciriaco Tapia, et ordonné de me transmettre par voie extraordinaire l'instruction et le procès, afin que je puisse décider après avoir pris connaissance des faits.

» Par ordre do l'Empereur.

» Le chef du cabinet militaire^

» C. LOYSEL

Mais la cour martiale, irritée de ce qu'on allait lui arracher probablement quatre de ses victimes, fit des représentations énergiques à ce sujet, et M. Loysel, en les transmettant à son maître, les accompagna d'une note qui mérite d'être conservée :

Cabinet militaire. — N^ 4525.

« Le commandant militaire de Veracruz transmet une prolcslalion de la cour martiale contre la suspension de Tarrêt qu'elle a rendu.

» Les observations sont très-justes. Si on enlève aux cours mar tiales leur prestige, elles ne pourront plus produire aucun effet.

» Dans tous les cas^ il faut se nie' fier de la sensiblerie des trem bleurs qui, par peur, implorent pour les malfaiteurs. »

Je craindrais en ajoutant la moindre réflexion à cette dernière phrase, d'enlever à ce mot, la sensiblerie, une parcelle quelconque de son appétit sauvage. Je me tais donc, et pour rester fidèle à la tâche que je me suis imposée, je termine cet article par la réponse de Tarchiduc écrite au crayon au bas de cette note.

» Se tomarà en consideracion en lo sucesivo, — C'est-à-dire, je tiendrai compte dans l'avenir de ces observations. »

Voilà comment, en Tan quatrième de l'Intervention, on préludait ciu fameux décret du 3 octobre 1865.

Décret du 3 octobre 1865.

Parmi les personnes qui ont bien voulu, jusqu'à présent, nous initier à leur manière de voir sur les hommes et sur les choses du Mexique il n'en est pas une qui ait osé aborder de front le décret du 3 octobre 1865.

La plupart d'entre elles, comme M.deKératry dont je vais transcrire les paroles sans y ajouter un mot, sans en retrancher une seule virgule, se sont contentées de faire leur possible pour dégager la responsabilité du maréchal Bazaîne en plaidant les circonstances atténuantes en faveur de l'archiduc, et ont cru avoir fait assez pour la personne de l'un, pour la mémoire de l'autre. Nous dirons bientôt en quoi elles se sont trompées; mais avant, nous allons abandonner la parole à M. de Kératry.

« Dès que la nouvelle que Juarez avait traversé la frontière à Paso delNorte fut parvenue, dit-il, à Mexico, la satisfaction fut grande au palais. L'armée tenait alors toutes les fortes positions. La disparition du chef républicain faisait espérer le ralentissement des hostilités du parti dit libéral, presque acculé et laissé sans direction. Maximilien, qui se croyait, de bonne foi, Télu d'un peuple las de désordres et de convulsions, et qui avait la fierté de son rôle réparateur, se persuada que les Juarisles étaient déroutés, et qu'en honorant le parti vaincu, il allait porter un coup décisif à la rébellion, qui ne serait plus favorisée que par les bandes de pillards ; alors, il accusa devant son conseil le projet de faire offrir à Juarez la présidence du tribunal suprême, et son smcère dessein de rallier autour de lui toutes les illustrations du pays.

» Comme moyen d'ouverture de négociations, il rédigea le décret du 3 octobre. En effet, en tête de ce décret, il établit que la cause républicaine avait perdu son dernier soutien, et les considérants furent un hommage rendu au caractère de Juarez. Quant au décret lui-même, il n'était certes dirigé, dans l'intention de l'empereur, que contre ceux dont la tactique avait pour unique but d'abriler leurs

brigandages sous un prétendu drapeau républicain. Ce funeste décret, dont on peut consulter la minute originale^ a été entièrement tracé de la main de Maximilien, quoiqu'il eût un secrétaire à ses côtés. Tous ses ministres qui en ont favorisé la conception y ont apposé leurs signatures. Seul, le maréchal ne Ta pas signé. Avant de le revêtir du caractère officiel, Maximilien crut devoir consulter le Maréchal. 11 fut répondu du quartier général que, tout d'abord, des considérants aussi flatteurs pour le président, combattu comme ennemi parla France, semWeraient dirigés contre Tlntervention, et, qu'en outre de cette fâcheuse interprétation, cet a«;te était inutile, puisque les cours martiales fonctionnaient ^ ayant pour garantie la conscience des officiers français ; de plus, il était impolitique parce qu'il rendrait les Mexicains justiciables des Mexicains, et que tout Todieux en rejaillirait sur la personne du souverain, dont le plus beau droit était le droit de grâce (4). L'empereur, approuvé complètement par ses cinq ministres, et persistant dans sa première pensée, celle de rattacher Juarez par cette déclaration publique partie du trône, passa outre. Au dernier moment, le général en chef, qui dut faire exécuter ce décret, comme c'était son devoir de chef des deux armées, demanda et obtint de faire ajouter un article additionnel condamnant à l'amende les hacenderos (2) convaincus d'avoir recueilli et caché les armes et les chevaux des rebelles (3). »

M. de Rératry ne dit rien de plus, et pourtant je trouve qu'il a trop parlé.

D'abord, on ne saurait avancer sérieusement que Maximilien, en signant son funeste décret, ait eu l'intention de rattacher M. Juarez à la cause de l'empire en le nommant président du tribunal suprême, il peut se faire que cette historiette ait couru dans les campSj mais, je le répète, elle ne pouvait rien avoir de sérieux, et M. de Kératry ramassant ce conte de bivouac pour l'éditer deux ans après, manquait à la fois de tact et de jugement. La meilleure manière d'ho-

(1) Nous avons vu à la fin du chapitre précédent que les cours martiales protestaient, non-seulement contre ce droit, mais contre une simple suspension de leurs arrêts.

(2) M. de Kératry a voulu dire les hacendados, c'est-à-dire les propriétaires d'immeubles. Le mot dont il s'est servi signifie l'économe, celui qui travaille bien et sait prospérer.

(3) VEmpereur Maximilien, son élévation et sa chute, pages 83, 84 et 85, •

nurer le coiiriKje et la constance dw préôideiit, s'il eût été réellement en fuite, aurait été de respecter eu lui lepatriote convaincu, et de ne pas Tinsulter en ayant Tair de le confondre avec les charlatans dont Téchine dorsale est toujours prête à se courber devant la force, faisant pour un moment éclipse au droit et à la raison.

D'ailleurs, un pareil projet aurait laissé des traces dans les papiers de Tarchiduc. J'affirme que je n'ai riep trouve de semblable; rien, absolument rien, et si l'on m'objectait que les pièces dont il s'agit se trouvent en ce moment entre les mains de l'empereur d'Autriche ou du pape, je répondrais que M. de Kératry n'a pas pu les voir, et son affirmation n'en aurait pas pour cela plus de valeur.

Puis, que signifient ces mots : // — Maximilien — avait la fierté de son rôle réparateur? — Jusqu'à présent, il m'avait semblé qu'un homme quel qu'il fût, empereur ou maçon, s'il n'est pas tout à fait un imbécile, pouvait à la grande rigueur, avoir parfois la conscience^ c'est-à-dire, la connaissance intime^ du rôle qu'il joue, mais la fierté, j'avoue que je ne comprends pas, que je n'ai jamais compris cette parole.

Fierté, en latin arrogantia, signifie : caractère de celui qui est fier, orgueil, hardiesse d'expression; et c'est ainsi qu'on dit : la fierté dans les manières est le vice des sots; ou bien : la fierté de Vànie fait le mérite des vrais républicains ; mais la fierté d'un rôle, c'est pousser un peu loin le plaisir de Thyperbole.

Quant à la minute originale du décret, tracée toute entière, si nous devions en croire M. de Kératry, de la main de Maximilien, cette minute existe, en efl^et, mais elle n'est pas de l'écriture de ce prince et je ne pense pas qu'il ait été donné au panégyriste de M# Bazaine de la voir jamais, car, en ce cas, il en aurait parlé autrement. Elle est écrite sur papier ordinaire; chacune de ses pages, divisée en deux parties égales, contient, sur la droite, le texte primitif du décret, sur la gauche les changements qu'on lui a fait subir; les amendements, tracés à part sur des feuilles volantes, sont écrits avec un crayon rouge, et s'il est vrai, comme le prétend M. de Kératry, que le maréchal, consulté par l'archiduc, ait demandé t*t obtenu l'adjonction d'un article

aclditiouiiel condainnant à Tamcndc les pro|)riétaires d'haciendas convaincus d'avoir recueilli et caché les armes et les chevaux des prétendus rebelles, cette addition forme le dispositif de Tarticle 10, inscrit dans le texte primitif du projet sous le no M.

Ce fait avoué naturellement, sans en comprendre peutôtre toutes les conséquences, indique assez que le maréchal, s'il n*a pas inspiré cet aflFreux décret; si, comme l'ont soutenu les défenseurs de l'archiduc à Querétaro, il n'en a pas rédigé lui-même quelques articles, il n'a rien fait non plus pour en empêcher la promulgation. Si donc il ne Ta pas signé, cela ne prouve pas qu'il le désapprouvait, mais que, n'étant pas ministre de Maximilien, il ne pouvait pas apposer avec eux sa signature au bas d'une pièce appartenant au régime intérieur de l'empire.

La seule circonstance de ce récit qui pourrait avoir une certaine valeur si le fait dont il parle était vrai, est celle qui a trait au départ deM. Juarez. Cette circonstance avait été amenée par un billet écrit le 21 septembre d865par M.Loizillon, attaché à l'état-major du maréchal, à M, Loysel ; mais, par malheur pour le gouvernement de l'archiduc, ce billet ne s'abritait derrière aucune attache officielle.

Il était écrit sur le verso détaché d'une autre feuille auquel on avait ajouté après coup l'entête habituel de l'étatmajor général et ne portait aucun numéro d'ordre, ce qui prouve qu'on n'en avait pas conservé la copie. En voici la reproduction.

Corps expéditionnaire du Mexique. — Etat- major général.

Mexico, le 21 septembre 18G5.

« Mon cher Loysel,

» Le maréchal a reçu hier une dépêche télégraphique dans la* quelle on lui dit que dans la Sonora et le Chihuahua la situation s'améliore de plus en plus. Juarez aurait quitté le territoire mexicain passant la frontiùcc au Paso del Norte et se dirigeanl sur Santa Fé.

» Tout à toi d'amitié,

» II. L0IZU.LO?î. »

Juarez aurait quitté le territoire mexicain! — C'est sur Tautorité de ce simple conditionnel venu à Mazatlan on ne sait d*où, et transmis au maréchal par le commandant militaire de cette localité, que l'archiduc et son conseil se fondaient pour annoncer le départ du chef républicain. Jusquelà ce n'était que ridicule, mais ce qui devenait odieux, c'était de s'appuyer sur cette rumeur, fausse ou vraie, pour édicter de nouvelles rigueurs.

La seconde catégorie des personnes dont j'ai parlé au commencement de ce chapitre, se compose de ceux qui, comme l'auteur de l'histoire publiée avec une préface de M. Clément Duvernois, ont jugé prudent de ne point en parler. C'efet beaucoup plus commode assurément, et permet en outre de moduler un dithyrambe quelconque en l'honneur de la victime de Querétaro; mais je ne vois pas ce que la morale peut gagner à la publication de ces histoires fabriquées pour les besoins de telle ou telle cause, et je me trompe fort, ou ces chroniques ne sauraient survivre aux intérêts qui les ont fait éclore. Je ne ferai donc ni comme les unes, ni comme les autres. Je dirai franchement ce qui s'est passé ; du moins, ce que je sais. Je ferai la part de l'archiduc et celle du maréchal, et les lecteurs, après avoir lu ces pages, pourront se prononcer en connaissance de cause.

Dans 1 article premier des clauses additionnelles et secrètes ajoutées à la Convention de Miramar (1), l'archiduc s'était engagé à donner publiquement son approbation pleine, entière et sans réserves, à toutes les mesures prises, dans l'intérêt de sa cause, par la Régence et par le général en chef de l'armée française, conformément à la proclamation du général Forey, en date du 12 juin 1863. Le 29 juin de Tannée suivante, c'est-à-dire un mois jour pour jour après son débarquement à Veracruz, et dix-huit jours seulement après son entrée à Mexico, il pensa qu'il était temps de faire droit à cette première partie de ses engagements. En conséquence, il réunit ses ministres; il leur soumit ses intentions, et la circulaire suivante, discutée et paraphée par toutes les fortes têtes de l'empire, fut adressée séance

(1) Voir ces additions dans le vol. i«% page 362.

tenante à toutes les autorités relevant de Tlntervention.

« Par le traité célébré à Paris le 10 avril dernier, entre les gouvernements du Mexique et de France, il a été décidé, aux ternies de l'article VI que Tintervention exercée jusqu'à ce jour par cette dernière au Mexique par l'intermédiaire de ses représentants, cessait entièrement, et que le gouvernement de ce dernier pays ordonnerait à l'avenir, avec une liberté pleine et entière, tout ce qui lui paraîtrait convenable dans les différentes branches de l'administration publique.

» Il a été également décidé par les deux gouvernements qui en ont fait l'objet des articles IV et V du susdit traité que, chaque fois que l'on entreprendrait une campagne avec des troupes francomexicaines ou seulement françaises, par suite d'un accord qui aurait alors lieu entre S. M. l'empereur du Mexique et le général en chef du corps expéditionnaire, celui-ci conserverait le commandement des troupes françaises et des corps mixtes ; tandis que les forces qui se composeraient uniquement de troupes mexicaines demeureraient sous la dépendance exclusive de S. M. l'empereur du Mexique.

» Dans cette situation, S. M., considérant qu'il est nécessaire, qu'il est même indispensable, de maintenir pour le moment dans tout l'empire l'exécution de la loi martiale, celle du décret du 20 juin 1863 et l'ordonnance du 48 novembre de la mém^ année, a décidé :

» 1<» Que pour le moment, et jusqu'à ce qu'il en soit ordonné au- » trement, on observerait dans tout l'empire le Code militaire fran- » çais, autant du moins qu'il serait applicable aux circonstances » particulières où se trouve le pays.

» ?o Qu'en conséquence on imprimerait et l'on publierait par les » soins du ministre de la guerre et sous la garantie de sa signature, » une édition du susdit code dans les deux langues, en français et » en castillan, et que les commandants mexicains et français, chacun » en ce qui les concernerait, procéderaient conformément à ce qui y » est prescrit pour tous les crimes et délits réservés au nom des lois » et des ordonnances à l'autorité et aux tribunaux militaires. »

Pour bien comprendre tout ce qu'il y avait de froidement atroce dans cette circulaire, il faut d'abord savoir que ee décret du 20 juin 1863 est celui qui a établi les cours martiales et qu'il devait servir plus tard de modèle à celui dont nous nous occupons.

Je l'ai inséré en son lieu et place, à la page 315 du premier volume de cette histoire, mais il est court, et pour

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