‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 45 sur 71 · CIRCULAIRE · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE

iV« 7729. — Confidentielle.

ce Mexico, il octobre 1865.

» Les assassinats odieux commis par les dissidents et la part que les chefs rebelles prennent à ces actes sauvages, en se mettant à la tête de bandes qui ne respectent rien, donnent à la lutte qui reste engagée aujourd'hui entre le pouvoir inapérial et le parti juariste le véritable caractère sous lequel elle doit être envisagée : c'est la guerre de la barbarie contre la civilisation.

0» Le 18 juin 4865, Arteaga attaque Uniapan, 8*emparede la ville, après une lutte de trente heures, et, loin d^bonprer la bravoure des défenseurs, fusille impitoyablement le commandant Lemus, le souspréfel Izidro Paz et un des notables de la ville, qui avaient pris les armes pour la cause de Tordre.

» Le 7 juillet, Antonio Ferez assassine de sa propre main le capitaine Kurzroch, blessé et transporté par ses hussards après ïk combat d*Ahuactlan.

» Le l*^** septembre Ugalde, surprenant à San-Felipe~ un détachement de la garde municipale de Mexico, fait fusilier ses officiers.

» Enfin, le 7 octobre courant, les bandes réunies dans les Terres- Ghaudes de Veracruz attaquent le train du chemin de fer à la Roya de Piedra, s*emparent du lieutenant-colonel du génie Friquet, du garde d*artillerie Loubet et de sept hommes de troupe. Les neuf cadavres.ont été retrouvés, le lendemain, horriblement mutilés.

» En présence de ces actes sauvages les représailles deviennent une nécessité et un devoir. Tous ces bandits, y compris leurs chefs,

ONT ÉTÉ mis hors LA LOI PAR LE DÉCRET IMPÉRIAL DU 3 OCtobrO 1865.

» Je vous invite à faire savoir aux troupes sous vos ordres que je n'admets pas qu'on fasse des prisonniers. Tout indhidu, quel qu'il sorr, QUI SERA pris les arbies a la main sera mis a mort, AUCUN ÉCHANGE DE PRÏSONNIERiS NE SE FERA A L'AVENIR. Il faut que nos soldats sachent bien qu'ils ne doivent pas rendre les armes à de q[)areils adversaires.

» C'EST UNE GUERRE A MORT, une lutte à outrance entre la barbarie et la civilisation qui s'engage aujourd'hui,

» Des deux côtés, il faut tuer ou se faire tuer.

y> Le maréchal commandant en chef, w Signé : Bazaine. »

Nota. — Cette circulaire ne sera pas copiée sur les livres d'ordres ; elle sera donnée en connaissance à MM. les officiers seulement.

Au moment où M. Bazaine adressait à ses lieutenants cette horrible circulaire dont il espérait faire un secret, puisqu'il ordonnait de ne pas l'inscrire sur les livres d'ordres» il y avait entre les mains des libéraux un grand nombre de prisonniers européens, et parmi eux, les trois compagnies belges tombées au pouvoir du général Arteâga Iç il avril précédent, à la suite du combat de Tacambaro. Les républicains pouvaient es^ercer sur eux de$ repré3i^iiUra

terribles, mais au point où était arrivée l'Intervention» ce gé* néral était obligé de reconnaître, ainsi qu'il le disait dans sji circulaire, que c'était décidément une guerre à mort entre les envahisseurs et les envahis, et dans cette situation la vie des prisonniers lui importait d'autant moins qu'ils ne pouvaient alors lui servir à rien, justement parce qu'ils étaient prisonniers. D'ailleurs, il s'adressait à des individus qui n'avaient pas plus de respect que lui pour l'inviolabilité de l'espèce humaine. Natifs ou étrangers, les défenseurs de l'empire professaient tous à cet égard le même mépris, et le colonel Ramon Mendez en allait donner bientôt une preuve sans réplique en livrant aux balles de ses soldats la poitrine de ce même général Arteaga, tombé à son toiir entre ses mains.

Par son éducation, par sa bravoure, par la bonté surtout avec laquelle il avait toujours traité les prisonniers européens, ce général s'était fait une réputation justement méritée, et personne ne pouvait ignorer sa haute position, car il avait eu les deux jambes fracturées par un éclat de mitraille sur la fin du mois d'avril 1862, à l'attaque des CumbreSt c'està-dire, des hauteurs d'Aculcingo, par M. de Lorencez.

Il avait été surpris le 13 octobre 1865 dans le petit village de Santa-Ana-^Anatlan par le colonel impérial Ramon Mendez et fait prisonnier avec son second, le général Salazar, trois colonels, MM. Diaz Pajacho, Yillagomez et Ferez Millana, cinq lieutenants-colonels, huit commandants et plusieurs officiers subalternes, appartenant tous comme lui à l'armée réguli'ère du pays.

Je ne dirai rien des lettres que le général Salazar et lui écrivirent à leurs mères, la veille de leur exécution, parce que ces lettres ont été publiées en Europe ; mais je raconterai, en peu de mots, les détails encore inédits de leur mort.

Us furent conduits à pied, comme de véritables criminels, de Santa- Ana-Anatlan jusqu'à Uruapan, où ils arrivèrent le 90 octobre après un voyage de 7 jours à travers les climats înôendiés de la zone torride.

Le soir de leur entrée dans cette dernière ville, Mendez fit mettre à part les généraux Arteaga et Salazar, )e|p qolo**:

nelsDiaz et Villagomez, et le commandant-Gonzalez (1), et leur annonça verbalement qu'ils seraient fusillés à la pointe du jour.

Le lendemain, en effet, immédiatement après la diane, les cinq victimes reçurent la mort avec cette bravoure calme qu'on admirait en eux dans les jours de bataille.

Une seule voix se fît entendre, celle de Salazar, qui, découvrant sa poitrine et montrant aux soldats la place où battait encore son noble cœur, leur dit d'une voix claire et distincte : Ici traîtres! Puis ils tombèrent tous les cinq pour ne plus se relever, et le colonel Mendez, abandonnant leurs cadavres à la pitié publique, s'en fut célébrer son triomphe à Paztcuaro.

De là, il expédia au maréchal deux rapports contenant le récit de la surprise de Santa-Ana-Anatlan et celui du quintuple assassinat commis la veille à Uruapan.

Ces rapports arrivèrent à Mexico le 24 octobre. Le même jour le colonel Boyer, chef d'état-major de M. Bazaine, les transmit à M. Loysel pour les communiquer à Tarchiduc, et les accompagna d'un billet où le cynisme de l'expression le disputait à l'odieux de l'acte qu'il osait y avouer.

Corps expéditionnaire du Mexiqiie. — État-major-général, — N^

« Mexico, le 24 octobre 1865.

» Mon cher Loysel,

V) Je vous envoie, en communication, les deux lettres ci-jointes de Mendez. Voilà qui va bien ; je fais passer un communiqué aux journaux, mais fy supprime le passage relatif à la fusillade de nos camarades Arteaga, Salazar, cl C«. Je crois bien faire pour le moment. Tout se rectifie dans ce monde.

» Voici le vrai moment de faire de Mendez un général de brigade.

Notre ami Vander Smissen aura le nez long, un peu, mais, ma foi, il a

voulu se rallonger de motu propio.

» A vous,

» Napoléon Boyer. »

(1) Le commandant Gonzalez était, dit-on, un ancien moine qui avait profité du décret de M. Juarez sur la suppression des ordres religieux, pour entrer dans Tarmée. Cette circonstance, révélée par une femme à Mendez, fut cause de sa mort.

Ce serait à ne pas y croire, si malheureasement ce n'était écrit tout au long. Deux généraux, deux colonels et un commandant de Tarmée régulière du Mexique avaient été assassinés de la manière la plus infâme par ce colonel Mendez, car il n'y avait pas même eu Tombre d'un jugement^ et Tart. 1^1* de la loi du 3 octobre portait qu'ils aursdent dû être jugés par une cour martiale; le maréchal en était instruit , puisque son chef d'état-major avait supprimé cette circonstance du bulletin qu'il avait envoyé aux journaux ; l'archiduc le savait, puisque les deux rapports de Mendez avaient été transmis à M. Loysel pour lui être communiqués, et cependant, au lieu de traduire cette bête féroce devant les tribunaux pour y rendre compte du sang aussi indignement versé par ses ordres, le lendemain, 25, Maximilien, sur la proposition du général en chef de l'armée française, élevait ce même Mendez au grade de général de brigade !

Que pourra5s-je dire de plus? Ce billet de M. Boyer et la promotion de Mendez parlent assez haut pour convaincre ceux qui ont cru jusqu'à ce jour à la clémence de l'archiduc et à la véracité des bulletins militaires; mais comme il pourrait encore rester quelques doutes au sujet de la conduite du gouvernement français dans cette circonstance déplorable, il me faut, pour les lever, reproduire ici les communications échangées sur la matière, entre le cabinet de Washington et son agent officiel à Paris.

En dépit des précautions prises par le colonel Boyer pour cacher au public les assassinats commis à Uruapan, le 21 octobre, par le colonel Mendez, la nouvelle en avait bientôt transpiré. De Mexico, elle avait été transmise à Washington et M. Romero l'avait portée à la connaissance de M. Seward, âù moyen d'une note datée du 20 novembre 1865. Celui-ci la transmit à son tour, par le télégraphe, à M. Bigelow, et voici la traduction littérale de sa dépêche.

Ministère d'État. N^ 320.

« Washington, 28 novembre 1865.

» Mon cher Monsieur,

» Au sujet de ma dépêche du 3 courant, n^ 297, j'ai le regret d'avoir à vous annoncer que d'après les communications adressées

au ministre de la République du Mexique accrédité auprès de notre gouvernement, au sujet de la poUlique sanguinaire dont il ëuit question dans ma dépêche mentionnée ci-dessus, cette politique ^ été inaugurée par l'exécution de plusieurs officiers distingués des forces libérales, surpris et faits prisonniers par les forces irppériales à Santa-Ana-Ânatlan, et parmi lesquels se trouvaient les généraux Arteaga et Salazar, les colonels Diaz Paracho, Villagomez et Ferez Millana, 5 lieutenants-colonels, 8 commandahts et plusieurs officiers subalternes.

y* Il est de mon devoir de vous ch arger de nouveau d'appeler l-aitention sérieuse du gouvernement impérial sur cet événement, et d'informer M. Drouyn de Lhuys que ces rapports ont produit la seor sation la plus pénible sur le gouvernement des Ëtats-Uni^. Si, aprè$ avoir (ait une enquête, car ils sont trop graves pour crpire tx>ui d'abord à leur exactitude, il était reconnu qu'ils sont malheurenser ment véridiques, nous ne mettons pas en doute que le gouvernement français, en ce qui le concerne, ne s'empresse de rejeter la responsabilité de ces faits, qui répugnent autant aux sentiments de la civilisation qu'aux instincts de l'humanité.

» Je suis, etc.,

» W. H. Sewaiu).

» Bigelow, Esq. »

M. Bigelow se rendit le lendemain, 29, chez M. Drouyn de Lhuys, et répondit le 30 à M. Seward par une note dont je détache cet extrait :

Légation des États-Unis. — N* 209.

« Parîs, 30 novembre 486S.

» Monsieur.

v> )1 — M. Prouyn de Lhuys -— a fait ici allusion à la représentiEition que je lui ai adressée au sujet du massacre des prisonniers de guerre mexicains et à la plainte de M*»® Iturbide (4), et m'a dit :

(1) A la suite de l'adoption du jeune Iturbide par Maximilien, on avait enlevé cet enfant à ses p^re et mère. W^^ Iturbide, née américaine, s'était plaint de cet enlèvement auprès de M. Seward et en avait obtenu une lettre pour M. Bigelow que le gouvernement de Washington chargeait d'appuyer les réclamations de cette dame auprès du gouvernement français.

« Pourquoi ne vous adressez -vous pas au président Juares? -— Nous » ne sommes pas le gouvernement du Mexique et vous nous faites » trop d*honneur en nous traitant comme tel. — Nous sommes aliés » au Jlexique avec une armée afin d*y protéger certains intérêts im- » portants, mais nous ne sommes responsables, ni des actes de » Maximilien, ni de son gouvernement. — 11 est lui-même respon- » sable vis-à-vis de vous, comme tout autre gouvernement, et s*il a » outrepassé ses droits, vous avez les mêmes remèdes que nous.

» J*ai rhonneur, etc..

» John Bigelow.

» Bon. William, H. Seward, secrétaire d'État. »

Toujours la même réponse, celle de Caïa au Dieu de la Bible; et c'est pour cela qu'elle ne saurait me satisfaire. Du moment en effet où le gouvernement de Maxîmilien ne se maintenait au Mexique que par l'armée française, il était évident que la responsabilité des actes de l'archiduc retombait toute entière à la charge du gouvernement français, et le pjrince autrichien en était si bien convaincu qu'il ne s<e permettait jamais rien sans prendre au préalable l'avis du maréchal. C'était là une vérité banale à force d'être vraie : mais pour aborder convenablement cette question, pour en déduire toutes les conséquences logiques et ramener son interlocuteur à la vérité de la situation, l'envoyé des États- Unis aurait eu besoin de se trouver dans une position franchement accentuée, et M. Bigelow, pourquoi ne pas l'avouer? ministre d'un gouvernement qui voulait et n'osait pas vouloir hautement, se trouvait au contraire sur un terrain qui manquait de solidité. 11 fut obligé, faute de mieux, de sa contenter de la réponse dérisoire que voulut bien lui fmre Jtf. Drouyn de Lhuys, et les chefs militaires, n'ayant plus de responsabilité envers personne, continuèrent, comme par le passé, à faucher dans le vif du pays.

Le maréchal ne se contentait pas d'y faire exécuter le décret du 3 octobre, il enchérissait, si je puis m'exprimer ainsi, sur les sévérités monstrueuses de cette loi sauv^gp, et tenait lui-même la main à l'exécution littérale de sa circulaire du 44.

Dans les premiers jours du mois de novembre il reçut du

général de Thun uue dépèche télégraphique au sujet d'un armistice conclu, disait-on, entre le lieutenant-colonel au* trichien Zach et un chef de bande nommé Juan Francisco. Le maréchal bondit à ce seul mot d'armistice, et ponr ne point laisser de doute à l'égard de ses sentiments, il chargea son chef d*état-major, M. Boyer, d'adresser la lettre suivante à M. Loysel.

Corps expéditionnaire du Mexique. — Ktat-Major-Général, —

u Mexico, le o novembre 1865.

>/ Mon cher Lovsel,

» Le rapport mililaire d'hier mentionnait une dépêche télégraphique de M. le général comte Thun, annonçant la conclusion d*un armistice entre le lieutenant colonel Zach et le chef de bande Juan Francisco. Une nouvelle dépêche, reçue aujourd'hui du même général, rectifie la première en ce sens que Farmistice en question aurait en effet été proposé par Juan Francisco, mais sans que le lieutenant colonel Zach Tait accordé, les conditions n'en étant pas acceptables.

» Dans la pensée de ft^. le maréchal, le décret impérial du 3 octobre dernier doit couper court à toute négociation de ce genre. Il n'y a plus désormais, d'après les idées proclamées par l'Empereur,

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