DÉCRET DU 3 OCTOBRE I860. LOI DU 4 NOVEMBRE
Art i^. Tous les individus ap- Art. l«^ Les cours martiales
partenant à des bandes ou réu- établies à Mexico et dans les
nions armées, non autorisées lé- grandes divisions territoriales de
gaiement, quel que soit le prétexte l'Empire ne connaîtront que des
politique dont elles se couvrent; délits purement militaires; des
quel que soit le nombre de ceux causes contre les individus réunis
qui les composent, leur organisation et le caractère ou la dénomination qu^elles se donnent, seront jugés militairement par les cours martiales; s'ils sont reconnus coupables, lie fut-ce que d*avoir appartenu à ces bandes, ils seront condamnés à mort et exécutés dans les M heures qui suivront le prononcé de la sentence.
Art. 42. Les plagiaires seront condamnes conformément ù Tarlicle 4" de cette loi, quelles que soient, du reste, la manière et les circonstances du plagiat.
Art. 13. Les sentences de mort prononcées pour les délits compris dans la présente loi, seront exécutées dans le terme qu'elle prescrit, — 24 heures, — et il est interdit DE DONNER COURS AUX DEMANDES EN GRACEi
en bandes armées qui, sous prétexte politique ou autrement, parcourent les chemins et y commettent des vols, etc.
Art. 5. Les cours martiales prononceront la peine de mort contre les chefs de bandes armées et contre les plagiaires.
Art. 6. Les sentences des cours martiales s'exccuterœit dans les vingt-quatre heures^ en ayant soin toutefois que les coupables reçoivent les secours spirituels. On ne suspendra Texécution que dans le cas de nullité pour vice de juridiction; l'affaire, alors, sei*a renvoyée devant le conseil de révision, et l'on ne donnera PAS COURS AUX demandes EN GRACE DES CONDAftINES.
La seule différence notable qui existât entre ces deux lois consistait dans la peine à infliger aux individus qui faisaient partie des bandes armées.
Diaprés le dispositif du décret du 3 octobre, ces individus étaient tous jugés indistinctement par les cbefs des troupes qui les avaient arrêtés, et fusillés, je veux dire massacrés, dans les vingt-quatre heures qui suivaient leur arrestation. D'après celui de la loi du 4 novembre, au contraire, on se contentait modestement de fusiller les chefs, et Ton envoyait les patriotes aux galères, qui pour un, qui pour deux, qui pour cinq, qui pour dix ans, selon que les juges se trouvaient plus ou moins mal disposés.
C'était bien la peine, ma foi, d'écrire au maréchal pour
lui dire contidentiellement « qu'on ne voulait plus que les » cours martiales intervinssent dans lès délits politiques ! i
Je n'en finirais pas si je voulais m'étendre sur toutes les réminiscences malheureuses qui existent dans cette loi du 4 novembre, et je comprends qu'il faut abréger. Je laisserai donc de coté les autres pièces importantes qui pourraient cependant corroborer ce que j'ai dit jusqu'ici, et me contenterai de citer une dernière lettre trouvée, après la déroute de San Jacinto, dans les papiers, du général Miramon.
Cette lettre porte la date du 5 février 1867, ne l'oublions pas. Elle est postérieure de trois mois et demi à celle que M. de Kératry a publié dans la quatrième partie de son travail sur la Clmte de Maximilien, et s'exprime ainsi :
« Palais impérial de Mexico, le 5 février 1867.
» jMon cher général Miramon,
» Je vous charge, d'une manière toute spéciale, pour le cas où vous réussiriez à vous emparer de D. Benito Juarez, de D. Sébastian Lerdo de Tejada, de D. José Maria Iglesias, de D. Luis Garcia (1) et du général Miguel Negrele, de les faire juger et condamner par un conseil de guerre, conformément à la loi du i novembre dernier, actuellement en vigueur (2); mais la sentence ne sera pas exécutée avant d'avoir reçu notre approbation. C'est pourquoi vous nous en enverrez immédiatement une copie par l'intermédiaire du ministre do la guerre. Jusqu'à ce que vous ayez reçu notre résolution, nous vous recommandons de procurer au prisonnier ou aux prisonniers un traitement conforme à ce que Thumanité exige, sans négliger cependant pour cela de prendre toutes les précautions nécessaires pour empêcher une évasion.
» Nous désirerions également, c'est pour cela que nous vous en chargeons, qne l'on se conduisît de la même manière à l'égard de tous les fonctionnaires civils, judiciaires, de fmances ou ecclésiastiques qui se trouvent avec les dissidents, et qui ne seront point arrêtés les armes à la main ; quoique, du reste, ils doivent être soumis, comme tous les autres, aux dispositions de la loi précitée (3).
(1) Il y a ici une erreur. Maximilien aura voulu dire le général Ignacio Mejia, ministre de la guerre.
(2) La mort, en vertu de l'arliclo 6 de cette loi.
(3) Les galères.
» Quant aux cinq mentionnés nominalement, nous voulons, quelles que soient les conditions de leur arrestation, que Ton se conduise à leur égard comme il vient d*être dit.
» Ces mesures sont de la plus grande importance, et nous comptons sur votre patriotisme et sur votre loyauté pour les exécuter de la manière la plus exacte et la plus efficace.
» Votre affectionné » Maximiuen. »
Maintenant, je me résume. Seize mois après la promulgation du décret sanguinaire du 3 octobre 4865, décret pour lequel, au dire des défenseurs de larchiduc, il a eu la main forcée par le maréchal Bazaine, et que M. de Kératry prétend, ce qui n'est pas vrai, écrit tout entier de sa main, et trois mois et demi seulement après l'envoi de sa fameuse lettre confidentielle au maréchal, cet homme dont certaines gens voudraient faire un martyr, et qui n'était, après tout, qu'un flibustier de race impériale , Maximilien, pour tout dire, ordonnait froidement à un de ses séides, pour le cas où il viendrait à s'emparer du président de la République et de ses ministres, de les faire condamner comme des criminels qui auraient rompu lenr ban, et de lui soumettre la sentence avant de la mettre à exécution.
Quant au reste des prisonniers faits ou à faire, ils devaient être, victimes expiatoires, livrés aux exigences sauvages de la nouvelle loi.
Cela dit, je n'examinerai pas pour le moment avec les défenseurs de Tarchiduc, si le prince était plus ou moins persuadé de sa légitimité, attendu que cet examen n'apporterait aucune lumière à la question qui nous occupe et nous entraînerait trop loin.
J9 ne discuterai pas non plus la part de responsabilité qui revient au maréchal Bazaine dans ce drame sanglant, pour sa circulaire du H octobre 1865, attendu que cette circulaire était connue de Maximilien, ainsi que le prouve la pièce suivante :
CABINET MILITAIRE DE i/EMPEREUR.
Noie à placer sous les yeux de S. E. M, le Maréchal.
tt L'Empereur a pris connaissance de la circulaire confidentielle » que S. E. se propose d'envoyer aux commandants militaires. » Renvoi de cette circulaire.
» Mexico, le 23 octobre 1865.
» Le chef du cabinet militaire ^ » C. Loysel. »
Je reste sur le terrain que nie fait cet ensemble de circulaires, de lettres, de décrets et de lois, et voici, selon moi, la moralité qu'il faut en tirer :
L'archiduc avait compris depuis longtemps qu'il lui serait impossible de se maintenir dans un pays où les populations ne voulaient pas de lui. Mais trop orgueilleux pour convenir de ses torts en affrontant le ridicule d'un retour immédiat en Europe, il a fait volontairement de son séjour au Mexique une question de vie ou de mort. En un mot, il a fait massacrer ses adversaires afin de «e débarrasser des terreurs qu'ils lui inspiraient, et a fini, comme tous les individus qui se fient à la toute puissance de la force, par être la victime de ses propres excès.
Commencement de Tannée 1866.
Pour en terminer avec l'année 1863, j'aurais encore à parler de l'adoption du petit Iturbide et de rinjonction faite à ses père et mère d'avoir à abandonner le Mexique avec ses oncles, les deux autres fils du libérateur ; de la loi du travail et du projet d'introduire à nouveau les nègres dans le pays, de la même manière qu'on s'y est pris pour régulariser l'admission des Chinois dansl'ile de Cube, mais sous àeb conditions qui devaient logiquement rétablir l'esclavage sur le territoire de l'ancienne République; de la réception des anciens oiBciers et soldats de l'armée confédérée à titre d'auxiliaires de l'armée impériale et de la nomination de >!• Maury en qualité de président de la commission de colonisation; mais je n'écris pas l'histoire de Maximilien, et . l'Intervention ne se trouve mêlée que d'une façon indirecte à ces règlements de police intérieure. C'est pourquoi je me contente de signaler ces événements aux écrivains qui voudront plus tard réunir les faits de cette malheureuse époque, et pour ne pas perdre le fil de la narration je passe de suite à l'année 1866.
Cette année s'ouvrit à Paris sous les plus tristes auspices* La. Revtie des Deux Mondes et le Journal des Débats qui s'étaient tenus jusqu'alors, Tun et l'autre, dans une certaine réserve au sujet de l'expédition mexicaine, ouvrirent simultanément le feu contre la prolongation de cette politique d'aventure. L'article de la Revue parut le premier janvier et provoqua une immense sensation. M. E. Forcade y parlait des craintes que lui inspirait la possibilité d'une lutte avec les États-Unis et s'exprimait ensuite de la manière suivante :
« Vous avez fait nn empereur au Mexique : Ëh bleu, soit! cet empereur n inangnr(^ son règne depuis bientôt deux ans : nous ne serons
pas curieux. Nous iic vous demanderons pas s'il a acquis la popularité qui lui aui*ait manqué au début, ou s'il à perdu celle qui Taurail accueilli ù son entrée dans Mexico; nous ne vous demanderons pas s'il s'est livré aux travaux de cabinet et si vous êtes contents des gros volumes de lois que ce Solon a déjà édictés pendant l'espace écoulé de son règne que lui-môme a décoré de période législative : nous ne vous demanderons pas s'il est parvenu ù rallier «es paitis ou s'il demeure isolé au milieu des factions sombres et taciturnes; nous ne vous demanderons pas s'il fait bon ménage avec les chefs de service français détachés près de lui. Si, de ce côté, il y a des déceptions qu'il eût été pourtant bien naturel de prévoir, ce n'est pas nous qui voudrons leur faire violence et les tirer hors du huis clos des épanehements intimes. Nous aborderons les choses au point de vue le plus actuel, le plus pratique. — Combien d'hommes employons-nous au Mexique?— Que nous coûtent-ils chaque année? Combien de temps pouvons-nous continuer au profit d'une idée fausse ou d'une idée juste, mais excentrique à la sphère de nos intérêts, une semblable subvention annuelle en hommes et en argent? — Nous voulons bien que nos 30,000 hommes ne nous coûtent que le pied de paix en France avec les frais de transport, et que le surplus soit à la charge du Mexique. C'est encore, sans compter le sang \<ersé et les maladies, une surcharge de 40 à 50 millions par an.... Le gouvernement mexicain dépense au moins chaque année âOO millions de francs et son revenu ne s'élève pas à la moitié de cette somme. L'autre moitié provient des emprunts émis en France. La question qui est donc posée en ce moment au gouvernement et à la Chambre est celle^i : Pendant combien de temps voudra-t-on persister dans celte élourderie gigantesque et déjà trop prolongée? Par quel chiffre d*années se iigure-t-on qu'on pourra multiplier les 50 millions que leMexique coûte au trésor et les 100 millions qu'il emprunte au capital français? — ... etc. »
Sans aller aussi loin que M. Forcade, ni le prendre sur un ton aussi véhément, M. de Saint-Marc Girardin ne se séparait pas beaucoup de ses conclusions. Il commençait par une série d'interrogations ayant pour but d'établir que tout, dans les destinées de l'empire mexicain, était livré aux hasards des mêmes incertitudes. 11 examinait ensuite le problème de l'expansion des races latines dans le nouveau monde, pour y faire un contre-poids aux races anglosaxonnes, et posait la question en ces termes :
« Si les races latines ont coite puissance d'expansion qu'ont \q^
races germaniques, qu*elles le montrent par leurs efforts individuels ! qu*elles émigrent, qu'elles colonisent ! C'est ainsi, c'est par ractivité et par la hardiesse de chacun que les nations se répandent dans le monde et se font chaque jour une plus grande place au soleil.
» Si les races latines, au contraire, n'ont pas le don d'expansion, si elles sont plus casanières et moins aventureuses, sont-ce leurs expéditions armées qui remplaceront leurs émigrations?
» Feront-elles des conquêtes au lieu de faire des colonies? Sontelles appelées à soumettre les peuples, parce qu'elles ne savent pas en faire de nouveaux? Sont-elles obligées à traîner toujours et partout des canons, parce qu'elles ne savent pas conduire des charrues? Quelle mission sanguinaire et dévastatrice s'attribuent^ellos donc? £t, encore un coup, est-ce à nous, est-ce à la France d'être les instruments de cette brutale vocation ? En vérité, nous valons mieux que cela, et nous ne pouvons pas nous condamner à n'être que les janissaires du latinisme. »
La conclusion de ces' deux articles était grave. On pouvait la considérer comme un indice de l'importance des débats qui allaient surgir au sujet de la discussion de Tadresse. Dès lors on ne fut pas surpris, le 22 janvier, de voir le chef du gouvernement venir lui-même au-devant de robjectîon eu s^exprimant ainsi qu'il suit dans son discours d'ouverture :
c( Au Mexique, le gouvernement fondé sur la volonté du peuple se consolide. L'opposition, vaincue et dispersée, n'a plus de chef. .Les troupes nationales ont déployé de la valeur, et le pays a trouvé des garanties d'ordre et de sécurité qui ont développé ses ressources et élevé son commerce, avec la France seule, de vingt-etun à soixante-dix-sept millions.
» Comme j'ai exprimé, l'année dernière, l'espoir que notre expédition approchait de son terme, je suis en voie d'arriver à une entente avec l'empereur Maximilien pour fixer l'époque du rappel de nos troupes, de manière à ce que leur retour soit effectué sans compromettre les intérêts français, que nous avons défendus dans cette contrée lointaine. »
Il y avait loin sans doute de ce langage à la lettre du 3 juillet 1862, dans laquelle le même personnage écrivait au général Forey :'« Nous avons intérêt à ce que la République » des États-Unis soit puissante et prospère, mais nous n^en » avons aucun à ce qu'elle s'empare de tout le golfe du
> Mexique, domine, de là, les Antilles ainsi que TAmérique « du Sud, et soit la seule dispensatrice des produits du nou-
> veau monde, i Maïs le discours ne parlait pas du moment précis où aurait lieu l'évacuation : on en augura dans les sphères de l'Intervention que le départ serait, comme auparavant, subordonné au bon plaisir du gouvernement français, et le principe une fois admis, les feuilles officieuses du Mexique se mirent à broder ce thème au point de vue des nécessités particulières de leurs petites chapelles.
Depuis trois ans, disait à ce sujet VÈre nouvelle dans son numéro du 22 février 1866, le rôle de la France au Mexique a été double. Venue pour obtenir réparation des dommages causés à ses nationaux, elle s'est trouvée entraînée, par les circonstances, à devenir la créatrice et ensuite la protectrice d'un ordre de choses entièrement nouveau. L'installation et raffermissement de Tempire ont ainsi momentanément pris place, dans son programme, à côté de son objet primitif. Les deux faits, néanmoins, ne se sont pas confondus dans la pensée dirigeante. Le but principal et permanent de Texpédition est toujours resté le même : la protection des intérêts français. L'appui donné à rétablissement du nouveau régime, conséquence ultérieure amenée par les événements, était, par sa nature même, transitoire. L'empereur Napoléon annonce qu'il considère comme arrivée à son terme cette seconde partie de la mission confiée à l'armée française au Mexique. Le trône de l'empereur Maximilien a reçu de l'Intervention toute la solidité qu'elle pouvait lui donner, il doit désormais être en état de se soutenir par lui-même, par les forces qu'on lui a laissé le temps d'acquérir, par les ressources qu'on a mises à sa portée. La Franco, convaincue d'avoir pleinement accompli la part qu'elle avait acceptée dans cette œuvre de transformation gouvernementale se prépare à rentrer dans son premier rôle : celui de protectrice de ses nationaux »
Cet article, au lieu de calmer les craintes, ne fit, au contraire, que les augmenter. Le général en chef voulut y mettre un terme : il donna ses ordres à M. de Barrés, et celui-ci fit paraître à son tour le commentaire suivant de ce fameux discours :
« Le passage du discours impérial relatif aux affaires mexicaines a produit sur l'esprit public, à Mexico, l'impression la plus profonde. S'il était possible de nier avec bonne foi le désir, le besoin même.
qu'éprouvent tous les honnêtes gens de conserver la protection que tous Jes intérêts hautement avouables retirent de Tlntervention, il suffirait pour détruire cette négation d'entendre ce qui se disait partout hier dans la capitale.
» On a cru voir dans le discours de Napoléon la preuve que nous ne tarderons pas à laisser le Mexique livré à lui-même et réduit à ses propres forces. De lu une véritable panique allant chez beaucoup jusqu'à la consternation. Cette panique, hâtons-nous de le dire avant qu'elle ne jette plus de troubles dans les transactions et dans les alTaires, n'a rien de fondé, grâce au Ciel; ce qu'on a cru voir dans le discours impérial ne s'y trouve pas. On y parle, il est vrai, du rappel de nos troupes, mais on n'en parle pas comme devant avoir lieu ù une échéance fixe et plus ou moins prochaine, l'empereur dit textuellement :
» Xavais exprimé^ Vannée dernièrCy Vespoir que notre expédition toucMit à son terme, je suis en arrangement avec l'empereur Maximilien pour fixer V époque du rappel de nos troupes^ afin que ce retour s'effectue sans compromettre les intérêts français qu'elles sont allées défendre dans ces contrées lointaines.
» Or, ces intérêts français, moraux et matériels, que nous somoies venus défendre ici, dans quelle situation les laisserait notre départ? 11 suffît de poser la question pour la résoudre; et comme rintérôt mexicain est sur ce point le même que l'intérêt français, il se trouvera, lui aussi, protégé et défendu jusqu'à l'heure où l'un et l'autre ne pourront plus être compromis par notre départ.
» Gela est bien clair. Les uns se sont donc trop hâtés de craindre ; les autres se sont trop hâtés de se réjouir. Ce que nous sommes venus faire ici sera fait, et, grâce au Ciel, pas un mot n'est toaibé des lèvres du souverain de la France qui autorise à en douter. »
Enfin, et c'est ici le bouquet, les enaployés du gouvernement français ont si peu de confiance dans la sincérité des paroles impériales qu'en rappelant les assurances du maître au sujet de la franchise de ses déclarations, le chef de la police de sûreté, ancien sous-ofiicier de la garde, décoré de rétoile des braves, les commentait ainsi qu'il suit dans son rapport de quinzaine à l'archiduc :
w L'opinion générale aux États-Unis est que le départ de V. M. sera la conséquence naturelle du départ des troupes françaises. Les jour* naux de ce pays disent que, pour sauver les apparences, et pour ne pas froisser la France, on vous laissera exercer vos fonctions encore quelque temps, avec le consentement tneilc des États-Unis.
» Au Mexique, on est loin d'atlribuer ce sens âu discours. Ou mppose que Vempereur Napoléon III a dit tout le contraire de ce qu*U pensait, et que s'il a Tapparence de regui^r vis-à-vis des Ëtats-Ûnis dans la question mexicaine, c'est un piégo qu'il leur tend; et qu'il compte sur l'orgueil et sur l'ignorance de ce peuple pour s'y laisser prendre.
» Cette politique de la dynastie napoléonienne a, du reste, des précédents, et elle a toujours été mise en pratique par elle. — Accaparer le droit devant l'histoire. — Proposer des paix impossibles
A ACCEPTER PAR DES ADVERSAIRES POLITIQUES. — Açiv alorS ; — ET user de LA VICTOIRE POUR FAIRE PRÉVALOIR SON IDÉE QUAND MÊME.
» On dit que Napoléon joue aujourd'hui ce rôle avec les yankees, que leur orgueil les empêchera d'y croire, et que cette politique napoléonienne ne recevra pas de démenti au Mexique.
» J'ai l'honneur d'être avec un profond respect,
» Sire,
>) De Votre Majesté,
« Le très-humble et très-obéissant serviteur,
» Maury. »
Le S. Maury, soit qu'il eût parié de son chef, soit qu'il se fût contenté de n'être que le rapporteur de l'opinion publique, avait pressenti, sinon deviné, la conduite que le gouvernement français aurait désiré tenir avec celui des Etats- Unis. Son appréciation n'avait pas seulement le mérite de la franchise, elle avait encore celui de la vérité, et le chef de ce gouvernement, dans son discours aux officiers du camp de Chàlons, a été obligé de reconnaître lui-même. Tannée dernière, que, pour avoir voulu jouer tout le monde par de feintes promesses, personne, aujourd'hui, ne croyait plus un mot de ce qu'il disait; cependant, il se trompait cette fois. Le rappel des troupes était décidé. L'assurance en avait été donnée au général américain Schofield ; et si le S. Maury n'y croyait point alors, ce n'était pas, ainsi qu'o)i pourrait peut-être le supposer, parce qu'il interprétait mal la pensée impériale, mais parce qu'il ne savait rien, ni de l'arrivée de ce général à Paris, ni de la mission dont il était chargé. A Paris même, où le général est resté plusieurs mois à l'hôtel de la Légation américaine, on n'a rien dit de positif au sujet de ses entrevues avec le ministre des affaires étrangères, et
comme le gouvernement américain n'a pas fait connaître ses dépêches au congrès, je n'aurais pu moi-même émettre à cet égard que de simples suppositions si, pour lever tous mes doutes, je n'avais trouvé à Mexico deux notes, adressées les 10 et 25 janvier 1866 à M. Sébastian Lerdo de Tejada par M. Jésus Teran, agent reconnu en Europe du gouvernement de M. Juarez.
Voici la traduction de la première :
« Paris, iO janvier 1866.
» Quelques journaux de cette ville ont annoncé, le 8 courant, que le gouvernement impérial avait célébré, avec celui des États-Unis, une convention portant que les troupes françaises devaient évacuer le territoire mexicain d'ici à deux ans, et que, une année après, le gouvernement américain reconnaîtrait celui du Mexique, quel qu'il fût. Je suis allé voir hier le général Schofield, et, sous Tempire d'une émotion facile à comprendre, je lui ai demandé franchement ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans ces bruits. Il m'a répondu que tout était faux, mais que le gouvernement français les mettait luimême en avant pour sonder l'opinion publique.
» Je lui ai expliqué longuement les inconvénients qui résulteraient d'un temps aussi long pour la France, pour le Mexique et pour les États-Unis eux-mêmes. « 11 entraînerait, lui ai-je dit, de nouvelles » dépenses et exposerait l'armée à de nouveaux conflits avec les » troupes mexicaines et les États-Unis, sans réussir pour cela à » tromper personne sur les véritables motifs de la retraite. Le » Mexique serait obligé de continuer la guerre pendant deux années » encore : il lui deviendrait impossible pendant tout ce temps de » s'occuper de sa réorganisation intérieure à laquelle il doit consa- » crer tout son temps, et les États-Unis joueraient un rôle peu digne » s'ils nous obligeaient à suspendre une guerre qu'ils ont reconnue » plusieurs fois juste et héroïque ; ou si, après avoir déclaré si sou- » vent qu'ils étaient intéressés personnellement dans la question, ils » assistaient à cette lutte en se croisant les l)ras. » Le général pense exactement comme moi. Il m'a promis que les Américains n'accorderaient pas plus d'une année, et il a ajouté que, d'après lui, VEmpereuTy TOUT EN LB DÉSIRANT plus lotig, 86 Conformerait cepmdant avec le temps qu'on lui fixerait.
y> Je lui ai dit que, pour rendre la Convention légale, pour lui donner toute la force désirable, il était indispensable d'obtenir préalablement l'autorisation du gouvernement mexicain ; car, s'il en était
autrement, loin de se croire lié, il devrait, au contraire, se trouver offensé par une convention signée en dehors de lui par deux puissances étrangères sur des affaires qui Tintéressent d'une manière aussi grave. Il m'a répondu qu'on s'était déjà adressé au gouvernement, et qu'il pensait que je recevrais bientôt des instructions à cet égard.
» Le général m'a demandé alors si je pensais que M. Juarez trouverait des inconvénients à accorder le temps nécessaire pour opérer l'évacuation. Je lui ai répondu que non, pourvu cependant que ce temps ne dépassât pas le laps de six mois : qu'en soixante jours on pouvait facilement transporter 20,000 hommes du Mexique à la Guadeloupe ou à la Martinique, et qu'en conséquence nous devrions considérer toute prétention qui dépasserait ce laps de 6 mois comme l'indice d'une pensée contraire aux intérêts de notre pays.
» Daignez, etc..
» Jésus Teran.
» Au C. Ministre des affaires étrangères. »
Le 24 du même mois, je veux dire deux jours après le fameux discours d'ouverture» M. Teran retourna chez le général, et cette fois il écrivit :
« Paris, 25 janvier 1866.
» J'ai fait une nouvelle visite au général Schofield.
» Plus franc et plus explicite cette fois, il m'a déclaré que son gouvernement désirait faciliter à Napoléon les moyens de sortir du Mexique le plus décemment possible ; que ce prince était décidé à retirer ses troupes, parce que l'empire, selon lui, n'avait plus rien à craindre, et qu'il fallait pendant un certain temps, avoir l'air au moins de l'aidera soutenir cette imposture à laquelle il ne croirait pas lui-même, et qui ne saurait non plus tromper personne ; que pour arriver à ce résultat, il fallait d'abord stipuler un armistice et fixer l'époque du rappel de l'armée, ensuite conclure un autre armistice avec Maximilien en fixant également l'époque de son départ, et il a terminé en me demandant si M. Juarez se prêterait à cette comédie.
» Daignez, etc.
» Jésus Teran.
» Au C. Ministre des affaires étrangères. »
Le rappel de Tarmée, demandé depuis si longtemps, et toujours sans succès, par les députés de l'opposition, était enfin résolu. Malheureusement, il était accompagné des cir-
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cuiiâtances les plus tristes. Ou ne pouvait le porter à Tavoir du gouvernement impérial ni comme une concession même tardive, aux sentiments bien connus de la France, ni comme l'abandon d'une rigueur qui n'avait plus sa raison d'être depuis le jour où M. Dano avait signé avec M. Castillo Tarrangement relatif aux réclamations. C'était une reculade dans toute la force du terme : une reculade honteuse après les deux lettres des S juillet 1862 et le»' mars 1865 aux généraux Forey et Bazainc, et d'autant plus humiliante, au moment où elle avait lieu, que pour sauver les apparences» le chef de ce gouvernement était obligé de cacher sa déconvenue derrière les raoyenj que lui offrait volontairement le cabinet de Washington pour l'aider à sortir le moins mal possible de la situation où il se trouvait.
Dans une circonstance exactement semblable, le préteur Popilius se conduisit d'une manière bien différente. Il traça un cercle autour d'Antiochus : il lui signifia qu'avant d'en sortir , il déclarerait s'il voulait , oui ou non abandonner l'Egypte, et le roi de Syrie, dominé par cette noble audace, promit sur-le-champ d'obéir. Aujourd'hui les temps sont changés et les caractères aussi. Je ne ferai donc pas un crime à l'envoyé de M. Johnson de ne point avoir su modeler son énergie sur celle de Tambassadeur romain ; mais en étudiant froidement les deux notes de M. Teran, on a droit d'en conclure qu'avec un peu plus d'insistancç le général Schofield aurait obtenu le rappel immédiat de Tarmée, et que l'archiduc, livré tout à coup à ses seules ressources, aurait profité de ce départ pour abandonner également le Mexique.
Quoi qu'il en soit de ces appréciations, la royauté de Maximilien était définitivement condamnée. Le baron Saillard, chargé d'aller communiquer à l'archiduc les résolu* tions nouvelles des Tuileries, était parti de Saint-Nazaîre le 16 janvier, six jours avant le discours d'ouverture. Il arriva au Mexique vers le milieu de février et remit à M. Dano deux lettres dans lesquelles M. Drouyn de Lhuys ordonnait à ce ministre de s'entendre avec le maréchal et Tarchiduc pour procéder le plus prompteraent possible au rapatriement de l'armée.
Dans la première, datée du 44 janvier, le ministre des affaires étrangères du gouvernement impérial se bornait à constater c que la cour de Mexico, malgré la droiture de ses » intentions, se trouvait dans l'impossibilité reconnue de » remplir désormais les conditions du traité de Miramar, y^ et terminait en chargeant son agent de prévenir le prince autrichien que leur maître commun avait l'intention de cornmencer l'évacuation dans les premiers jours de Tautomne suivant.
Dans la seconde, destinée à rester secrète, il avouait brutalement que le but du gouvernement français était de profiter de l'impossibilité où se trouvait celui du Mexique de payer les troupes françaises entretenues sur son territoire pour se dégager lui-même des obligations qu'il avait contractées en signant la Convention du 40 avril J864, et terminait en disant « que le reproche le plus dangereux pour » un gouvernement qui se fonde, était celui de n'être sou- » lenu que par des forces étrangères. »
Cette doctrine était vraie; et si le gouvernement français Pavait invoquée en 1861 quand les Almonte et les Hidalgo lui ont demandé un corps de troupes pour renverser le gouvernement de leur pays, nous n'aurions qu'à l'en féliciter. Si même, après avoir commis Thorrible crime de faire proclamer un empire de sa façon sous la pression de ses baïonnettes victorieuses, il s'était retranché derrière elle, pour abandonner immédiatement le Mexique, le jour où Maximilien a consenti à coiffer cette couronne trop lourde pour un homme de sa trempe , nous le comprendrions encore ; mais l'oublier pendant quatre ans et l'exhumer seulement après les sommations du général Schofield, c'était, l'on en conviendra, attendre un peu tard pour se rappeler une vérité que l'histoire des Bourbons a burinée d'une manière ineffaçable dans l'esprit de notre génération.
Cependant ce n'est pas encore tout. Dans son discours du 22 janvier, l'orateur impérial s'était exprimé ainsi :
« Je suis en voie d'arriver à une entenle avec Tempereur Maximilien pour fixer l'époque du rappel de nos troupes. »
Cette phrase signifiait, si je comprends bien la valeur des II. 20
mots, qu'au moment où le chef responsable du gouvernement donnait cette assurance, les négociations étaient entamées depuis un certain temps déjà, et devaient aboutir d'un moment à l'autre.
Eh bien, non, cet homme qui peut tout; que rien n'oblige à parler quand il veut se taire, que personne ne peut contraindre à garder le silence quand il juge convenable de s'expliquer; cet homme trompait sciemment le pays,' et comme Arlequin au sujet de son mariage avec Golombine, ne faisait allusion qu'à ses propres intentions.
Au moment où il annonçait, sous la garantie de sa parole impériale, quHl était en voie d'arriver à une entente avec VarchiduCf celui-ci ne se doutait de rien. Le baron Saillard, chargé de lui notifier ce revirement imprévu, était .à peine parti de Saint-Nazaire, et ne devait arriver à Mexico que près d'un mois après.
Point n'est besoin maintenant d'expliquer pourquoi la mission de ce diplomate ne pouvait avoir aucun résultat. L'archiduc, atterré, ne voulait pas même le recevoir. Il se ravisa plus tard, mais il se refusa constamment à fixer luimême la date de sa propre exécution. M. Saillard revint sans la réponse qu'il était allé chercher, et le gouvernement français, poussant Tomnipotence un peu plus loin qu'Arlequin, se passa de l'autorisation de Golombine. Trois jours après le retour du diplomate à Paris, il annonça dans le Moniteur que les troupes françaises rentreraient en France en trois détachements, et qu'au printemps de l'année 1867, l'armée entière aurait quitté le Mexique.
Pourquoi donc, dans le discours impérial, avoir parlé d'une entente avec Maximilien, puisque cette entente n'existait pas?
Pendant ce temps, M. Forey renouvelait à la tribune du Sénat ses diatribes de mauvais goût contre ceux qui avaient eu l'audace de l'arrêter 56 jours devant Puebla, et oubliait de répondre à la réfutation que lui adressait le général Paz; le général Aymard, dans un moment de gaieté, faisait enfoncer par ses soldats les portes de la prison de Léon pour en faire sortir un de ses interprètes arrêté pour avoir insulté publiquement le sous-préfet de la localité;
enfin, le colonel AWici, commandant de Par rai, menaçait les habitants d'Allende, coupables d'avoir proféré quelques cris en faveur des libéraux, de mettre le feu à leur ville et de faire scier leurs arbres fruitiers.
Je ne mWrêterai pas cependant à ces gentillesses. Le temps presse, le dénoûment approche, et j'ai besoin de l'espace qui me reste pour raconter les événements qui ont précédé la catastrophe finale de l'Intervention.
Après le départ de M. Saillard, il y eut une réaction. L'archiduc, plus calme, craignit d'avoir compromis inutilement sa situation à Paris* Il s'imagina qu'en envoyant en France un ambassadeur bien en Cour, il pourrait peut-être faire modifier quelques-uns des articles du projet dont il avait jusqu'alors refusé de s'occuper, ou tout au moins obtenir le pardon de sa mauvaise humeur; et son choix tomba sur le général Almonte.
Celui-ci devait remettre une lettre autographe du prince au chef du gouvernement français, et présentera M. Drouyn de Lhuys un nouveau traité en remplacement de celui de Miramar. Il partit au mois d'avril, arriva en mai, présenta sur-le-champ ses lettres de créance, et remit le â3 son traité au ministre des affaires étrangères : puis, il attendit sa réponse.
Il attendit 15 jours. Alors voyant qu'elle n'arrivait pas, il adressa la note suivante à ce personnage un peu trop oublieux.
Légation du Mexique en France, — iV® 1.
c< Paris, 8 juin 1866.
» Le soussigné, envoyé exlraordinafre et ministre plénipotentiaire de S. M. Tempereur du Mexique, en mission spéciale auprès de S. M. Tempereur des Français, a eu Thonneuri le â3 du mots dernier, de remettre entre le& mains de S. £. M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, un projet de traité pour remplacer celui qui a été signé à Miramar le iO avril 1864.
» S. E» M. Drouyn de Lhuys a eu la bonté de promettre au soussigné de prendre ce projet de traité en considëraUon. Il s'est écoulé depuis lors plusieurs jours, et cependant le soussigné ne sait point
eiicoro ce que pense à cet égard le cabinet de l'Empereur. En conséquence, il prie M. le ministre de lui faire connaître avant le dépari du packet de Saint-Nazaire, si ce traité a quelque chance d*êlre accepté en tout ou en partie par le cabinet de TEmpereur, afin qu*il sache s'il peut aplanir quelques-unes des difficultés qui pourraient se présenter, ou demander, s'il le faut, de nouvelles instructions à son gouvernement.
» Le soussigné, etc.,
» Le général de division,
» Almonte. »
Trois jours après il reçut cette réponse :
Ministère des affaires étrangères, — N^'i.
« Paris, 11 juin 186G.
» Général,
» Le projet de traité que vous avez été chargé de soumettre au gouvernement de TEmpereur a été de sa part l'objet d'un examen attentif.
» Ayant pris les ordres de S. M., je regrette d'avoir à vous annoncer que les clauses proposées pour remplacer celles du traité de Miramar ne peuvent être acceptées. Elles ne font, en effet, que reproduire des propositions déjà formulées, et que les plus puissantes raisons nous ont, chaque fois, forcés de décliner. Il s'agirait d'obtenir que le séjour des troupes françaises fut prolongé au delà des termes assignés^ que de nouvelles avances fussent consenties au Trésor mexicain dans la prévision de Vinsuffisance de ses ressources y le rembourse" ment en étant, d'ailleurs^ ajourné à des époques indéterminées, et aucun gage, aucune garantie ne nous étant offerts, d'autre part^ pour la sûreté de nos créances. Or, nous nous sommes expliqués précédemment avec la plus complète franchise sur les motifs qui nous mettaient dans l'impossibilité absolue d'accueillir des demandes de cette nature, et ces mêmes motifs avaient, au moment où se préparait à ^Mexico le projet de traité que vous m'avez présenté, amené le gouvernement de l'Empereur à arrêter les résolutions qu'il ne pouvait plus différer de prendre. Dès le mois de février, il envoyait à sa légation de Mexico des instructions prescrivant de soumettre sans délai à l'acquiescement du gouvernement mexicain une convention réglant définitivement les questions financières. Cette convention, acceptée et conclue, M. le maréchal Bazaine devait arrêter, de concert avec S. M. l'empereur Maximilien, les mesures nécessaires pour
que révacualion du territoire mexicain s'effectuât dans les termes successifs déjà déterminés, et dans les conditions les plus favorables au maintien de Tordre et à la consolidation du pouvoir impérial. Lorsque ces instructions parvenaient à M. Dano, il recevait Tavis de Ja mission qui vous était confiée auprès de l'empereur Napoléon. Le ministre de TEmpereur tenant compte, d*ailleurs, de considérations qui ont été appréciées, jugea opportun alors de suspendre les démarches qui lui étaient prescrites, jusqu'à ce que le gouvernement do l'Empereur eût connaissance de l'objetdevotremission. La commission que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser ne contenant aucune proposition qui pût être substituée aux résolutions précédemment arrêtées, il devenait indispensable que M. Dano ne tardât pas plus longtemps à s'acquitter des instructions qu'il avait reçues, et l'ordre lui en a été transmis par le dernier courrier.
» Agréez,
» DrolyiN de Lhuys. »
Le jour pénètre ainsi petit à petit à travers les voiles sans nombre dont on a entouré la question du Mexique. Non-seulement Maximilien ne consentait pas au départ des troupes françaises, mais il demandait la prolongation de leur séjour pendant un temps indéterminé, et c*était en présence d'une pareille nécessité dont le gouvernement français devait avoir connaissance depuis longtemps, que Torateur impérial, continuant à tromper la France comme il l'avait fait jusqu'alors, laissait tomber du haut de sa grandeur ces paroles mensongères.
« Au Mexique, le gouvernement fondé par la volonté du peuple se consolide. L'opposition, vaincue et dispersée n'a plus de chef. Les troupes nationales ont déployé de la valeur, et le pays a trouvé des garanties d'ordre et de sécurité qui ont développé ses ressources et élevé son commerce, avec la France seule, de 21 à 11 millions. »
Pendant quatre années cet homme avait sacrifié l'or et le sang de notre pays à la haine qu'il a vouée à la République et aux républicains ; il avait imposé ses volontés omnipotentes au moyen d'une majorité factice, nommée sous la pression de ses préfets et de ses maires pour les homologuer purement et simplement; il avait pris à tâche de jeter une sorte de défi aux Etats-Unis pendant tout le temps que la grande République avait été occupée chez elle par la
sécession, et le jour où libre enfin elle faisait entendre sa voix, il dispariùssait dans l'ombre comme un faux brave et répondait à sa malheureuse dupe : c ni un sou ni un soldat de plus, t
Du reste, l'archiduc ne se faisait guère d'illusions à cet , égard. Il avait autorisé son envoyé, pour le cas où son projet serait rejeté, à demander le rappel immédiat des troupes françaises, et le général Almonte eut un instant Tintention de le faire : mais il recula devant les conséquences que devait entraîner cette détermination et adressa la note qui suit à son gouvernement.
Légation extraordinaire du Mexique en France.
« Paris, U juin 1866.
» Exe,
» Conrormément aux instructions de V. E., immédiatement après avoir présenté mes lettres de créance à Temperéur (23 du mois dernier), j'ai demandé et obtenu de M. Drouyn de Lhuys une entrevue dans laquelle je lui ai exposé le double but de ma mission, et lui ai remis le projet de traité que V. E. m'a recommandé avec tant de sollicitude. M. le ministre m'a dit qu'il le soumettrait à l'examen de l'Empereur, et qu'il me ferait connaître en temps opportun l'opinion du gouvernement de S. M.^ son égard.
» Plusieurs jours après, voyant qu'on ne me parlait pas de cette affaire, je pensai qu'il était de mon devoir d'adresser à M. Drouyn de Lhuys une note que j'ai l'honneur de transmettre ci-joint à V. E. sous le n<» i (i). Trois jours après, M le ministre des affaires étrangères m'a répondu par la note marquée n^ % dans laquelle V. E. verra que le gouvernement de l'Empereur désire que cette affieiire se termine à Mexico et n'est pas disposé à traiter ici. Ma première idée a été d'exécuter à la lettre les ordres contenus dans mes instraclions, c'est-à-dire, de demander le rappel immédiat de toutes leê troupes françaises du territoire mexicain si le traité présenté par moi n* était pas accepté en partie ou en totalité. Mais en réfléchissant que M. Drouyn de Lhuys, ainsi que cela résulte de la teneur de sa note, ne reftise pas positivement de traiter, mais désire au contraire que les négociations aient lieu à Mexico et non ici, j'ai pensé qu'il était convenable de suspendre pour le moment cette démarche et d'attendre de nouvelles instructions de V. E.
(i) Cette note est celle du 8 juin, insérée ci-dessus.
» En adoptant cet expédient, j'ai voulu également que notre gouvernement ne parût pas en hostilité avec celui de ce pays, surtout après ce qui s'est dit hier à la Chambre des députés à Toccasion du Mexique. Si j'avais en effet suivi ma première idée, elle aurait produit ici et à Mexico une impression fatale pour le crédit et la stabilité de l'empire.
» Veuillez porter cette note à la connaissance de S. M. FEmpereur, et me transmettre sans retard ce qu'il aura décidé.
» Que Dieu, etc.
» Le Ministre du Mexiqne à Paris, général de division,
» Almonte.
» A S. E. M. Castillo, Ministre des affaires étrangères. »
Les instructions dont parlait M. Drouyn de Lhuys dans sa note du 11 juin, se rappportaient à un ordre expédié de Paris le 31 mai 1866, à M. Dano, pour prévenir le gouvernement de Maximilien que le traité remis par le général Almonte était inacceptable, et que si l'archiduc se refusait à sanctionner les propositions qui lui avaient été présentées à l'époque du voyage de M. Saillard, le gouvernement français, de son côté, c se considérerait comme libéré désormais > de tout engagement, et prescrirait au maréchal Bazaine f de procéder, avec toute la diligence possible, au rapatrie-
• ment de l'armée, en ne tenant compte que des conve-
• nances militaires et des considérations techniques dont il f serait le seul juge. •
Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione volwUas.
Cette décision tomba comme un coup de foudre sur la tête du pauvre Maximilien. Le premier moment de stupeur passé, il aurait dit, si nous devons en croire M. de Kératry qui se prétend bien informé : < Je suis joué ; il y avait une t convention formelle intervenue entre l'empereur Napot léon et moi, sans laquelle je n'aurais pas accepté le trône, » qui me garantissait absolument le secours des troupes » françaises jusqu'à la fin de l'année 1868 (i). »
(1) U Empereur Maximilien, son élévation et sa chute, p. 149.
11 voulut ensuite abdiquer; maïs rarehîduehesse ne pouvant se faire à cette idée, lui arracha, dit-on, la plume au moment où il se disposait à signer l'acte par lequel il allait redevenir un simple archiduc d'Autriche, et partit le 8 juillet pour venir en Europe perdre sa dernière illusion.
Conduite des états-Unis à regard du Mexique.
[.es Améiicains, maîtres de Mexico en 1849, auraient pu, s'ils l'avaient trouve compatible avec leurs intérêts, s'emparer de tout, ou, pour le moins, d'une partie de leur conquête. Je dirai plus; s'ils ne l'ont pas fait, ce n'est pas par sentiment; ce n'est même pas par respect pour le droit d'autrui; c'est tout simplement parce qu'ils étaient convaincus qu'il ne pouvait y avoir pour le moment aucune relation durable entre eux et les populations catholiques du Mexique. Ils n'en ont pas moins été accusés de jeter un œil de convoitise sur ce riche pays, et de vouloir sérieusement y retourner en dépit des motifs qui leur ont conseillé de s'en retirer en i849.
La révolte des Etats à esclaves, en plaçant la confédération si près de sa ruine, aurait dû cependant prouver aux politiques à courte vue, aux grands hommes du second empire, à M. Bonaparte lui-même, qu'il y a pour le moment des oppositions presque invincibles de coutumes et d'intérêts entre les populations hétérogènes de l'union américaine, et que les hommes d'Etat du Nord ne pouvaient pas songer à les élargir davantage, au moins du côté du Sud, jusqu'à ce que les besoins, si je ne dis les habitudes, eussent amené des changements essentiels, profonds, radicaux dans la politique et les mœurs de leurs voisins méridionaux.
L'accusation n'en a pas moins persisté pour cela. Petit à petit elle a fait son chemin, et d'écho en écho elle a fini par se traduire à New- York, la ville sudiste par excellence, le 24 octobre 1866, sous forme d'une correspondance adressée de Washington au Times, dans laquelle les partisans de Maximilien, rejetant sur leurs adversaires tout l'odieux du crime qu'ils avaient eu l'intention de commettre en cédant la Sonora au gouvernement français, les accusaient à leur
tour d'avoir vendu cette province aux États-Unis avec le Sinaloa, la Basse-Californie et le Ghihuabua, en échange d'une protection ayant pour but d'assurer au Mexique le triomphe de M. Juarez.
Je n'ai certainement pas l'intention de relever tout ce qu'il y avait de profondément absurde dans les bruits d'une pareille cession. Le caractère bien connu de M. Juarez suffit pour en faire justice. Mais comme on n'a pas craint de les inventer, comme on pourrait être tenté plus tard de les faire revivre, je vais consacrer ce chapitre à la conduite du gouvernement américain depuis le commencement de l'Intervention.