SECONDE PÉRIODE
Conduite du gouvernement des États-Unis après VoccuptUion brutale de Veracru:^ par les forces de Vamiral RtAalcaba,
Mais après Toccupation de Veracruz par les Espagnols, alors que la sécession paraissait triompher, et que, pour ce motif, il devait plus que jamais peser le poids de ses paroles, M. Seward adressa, le 3 mars 1862, aux ministres des États-Unis accrédités près des puissances étrangères, une
(t) Réponse, en date du 4 décembre 1861, de M. William H« Seward, aux propositions des ministres de France, d'Angleterre et
d'Espagne.
circulaire qui contenait à elle seule l'exposé de toute la conduite du gouvernement américain à l'égard du Mexique.
D'après ce document, Tintroduction d'un système monarcjiique dans cette ancienne colonie' de TEspague, et l'élection au trône d'un prince étranger, étaient considérées par le gouvernement de Washington comme étant de nature à faire naître de sérieuses divergences entre les États-Unis et les puissances européennes. M. Seward y constatait que le peuple américain, tout en ne croyant pas utile pour le moment de prêter assistance au gouvernement de M. Juarez, était cependant unanime dans les vœux qu'il faisait pour le salut, pour la prospérité et la durée du gouvernement républicain dans le nouveau monde, et que les sympathies des États-Unis, quoiqu'il pût arriver, appartiendraient toujours aux républiques américaines. M. de Thouvenel y répondit en affirmant de nouveau à M. Dayton que la France n'avait jamais eu l'intention d'imposer un gouvernement quelconque aux Mexicains, et qu'elle n'était allée dans leur pays que pour en obtenir le paiement de ce qui lui était dû et la réparation des outrages faits à ses nationaux (1).
Mais il semblait qu'une fatalité successive d'incidents était attachée à cette entreprise pour la prolonger indéfiniment. On avait cru dans le principe, sur la foi des déclarations impériales, que l'expédition française se limiterait à une démonstration et à une victoire ; on avait espéré ensuite qu'elle se terminerait par la prise de Puebla; plus tard, on en était venu à lui assigner pour conclusion la prise de Mexico, et cette ville prise, on avait enfanté l'empire.
Or, c'était plus qu'une royauté qu'on venait d'établir, au Mexique. Les Américains se persuadèrent, à tort ou à raison, je n'examine pas, je constate, que cet empire créé contrairement à toutes les promesses du gouvernement français était destiné à absorber les républiques voisines ou à devenir, dans un temps plus ou moins éloigné, le centre autour duquel graviteraient des monarchies de second ordre, et le
(4) Dépêche de M. Dayton à M. Seward, en date du 31 mars 1862, n» 131.
bruit courut à Paris, dès le mois (l*août 1803, que M. Drouyn do Lhuys avait reçu des Etats-Unis une protestation du gouvernement américain contre les événements qui venaient de se passer à Mexico. Ce bruit était contredit, cela est vrai, par le journal de M. de la Guéronnîère : il était déclaré prématuré par le Temps; mais il était affirmé par la Patrie, journal dont on connaissait les attaches semi*offici elles dans cet entrefilet : « Le gouvernement du Nord invoque de nou- » veau la doctrine Monroë , et considère l'établissement par )) la France d'un empire au Mexique, comme une menace à » l'indépendance américaine et comme un concours donné » à la révolte du Sud (i).
Ce bruit prit même une consistance si grande que le Moniteur^ entraîné malgré lui sur ce terrain scabreux, jugea convenable d'intervenir dans le débat.
« Les événements, disait le journal officiel, qui se pas- » sent dans l'hémisphère occidental ont posé à Vétat de ques- » tion ouverte entre les États-Unis et les puissances maritimes de » V Europe la doctrine célèbre de Monroë^ en vertu de laquelle » toute prise de possession du continent américain par l'une » de ces puissances est regardée comme un acte d'agrès- » sion commis contre TUnion.
» Nous nous demandons sur quel principe de philosophie, » de droit politique ou d'utilité s'est fondée une pareille » doctrine; et si l'on ne devrait pas plutôt s'attendre à un » tout autre langage de la part d'une société professant • des idées larges, libérales, d'une société animée d'une ï bienveillance universelle. »
Oa aurait pu répondre au Moniteur que cette doctrine qui a pour but de réduire les puissances européennes à l'inactivité, à la passivité la plus complète, en ce qui regarde l'Amérique, et de laisser aux Etats-Unis le plus de liberté et de latitude possible, n'était, après tout, qu'une cjonséquence du principe suivant, énoncé par Washington, le ITseptembre 1796, dans son adresse d'adieu au peuple des États-Unis :
« La règle de conduite que nous devons nous appliquer le » plus à suivre, à l'égard des nations étrangères, est d'éten-
(l) N^ du 2G aoiil 1863.
» dre nos relations commerciales aVec elles» ctdo n'avoir que > le moins de relations politique8 qu'il sera possible. Rem- » plissons avec la bonne- foi la plus scrupuleuse les engage- » ments que nous avons contractés, mais arrêtons-nous là.»
Cette règle, très-sage, avait été observée jusque-là par tous les successeurs de ce grand homme, et c'était encore sa mise en pratique que poursuivait M. Lincoln en dépit de toutes les difficultés que lui causait la révolte des populations du Sud.
Le gouvernement impérial le savait parfaitement; il pressentait de ce côté l'opposition d*où sortirent en 1866, les embarras qui amenèrent le retrait de l'expédition afin d'éviter un conflit, et c'est pour cela qu'il crut alors devoir répondre au bruit accrédité depuis plusieurs jours dans Paris que M. Seward avait remis à M. Mercier, ministre du gouvernement impérial à Washington, une note contenant la protestation du cabinet américain contre l'installation d'un empire au Mexique.
J'ai vainement cherché cette protestation. Je ne l'ai trouvée ni dans les pièces communiquées au Corps législatif par le gouvernement français, ni dans celles qui ont été publiées à Washington par ordre du Congrès. Je crois donc que la protestation n'a jamais existé. Mais si je dois en même temps ajouter foi aux renseignements qui m'ont été fournis, il paraîtrait que M. Seward, sans protester par une note diplomatique contre l'empire du Mexique, aurait cependant indiqué verbalement au ministre de France les sentiments que son installation inspirait au gouvernement américain.
La substance de cette conversation aurait eu pour but de rappeler à M. Mercier que la politique du gouvernement américain devait être connue du gouvernement français, et que ce dernier ne devait pas être surpris si le cabinet de M. Lincoln, fidèle à la ligne de conduite adoptée par ses prédécesseurs, et motivée par les intérêts et la sécurité des Etats américains, ne pouvait en aucune manière accepter, en le reconnaissant, la responsabilité de l'empire créé nouvellement à Mexico.
A partir de cette époque toutes ses résolutions concourent au même but.