II
Le 24 février 1864, M. Seward répondit à H. Dayton relativement au voyage de rarchiduc dont l'arrivée à Paris était annoncée depuis quelque temps.
c Si rarchiduc ne porte que son titre de prince de la
> maison de Hapsbourg, vous ne vous montrerez vis-à-vis • de lui ni trop démonstratif ni trop réservé : mais s'il pré- » tend déployer la moindre autorité relativement au Mexique,
> vous vous abstiendrez soigneusement de toute communica- » tion avec lui (1). »
Le 4 avril 1864, sur la proposition de M. Davis, du Maryland, l'assemblée des représentants des États-Unis adopta à l'unanimité la résolution suivante :
« Attendu que les représentants des États-Unis ne veulent
> pas, par leur silence, laisser les nations étrangères sous
> l'impression quMls assistent, spectateurs indifférents, aux 1 faits qui se passent en ce moment dans la République du » Mexique, le congrès déclare qu'il n'est pas convenable à la » politique des États-Unis de reconnaître un gouvernement
> monarchique élevé en Amérique sur les ruines d'ttn gouverne^
> ment républicain, et sous les auspices d'un pouvoir européen^
> quel qu'il soit. >
M. Seward en adressant cette résolution à M. Dayton, ministre des États-Unis à Paris, lui dit que le président, «> tout en recevant la déclaration de la Chambre des repré* » sentants avec le profond respect qui était dû à ses auteurs, • parce qu'elle était l'exposé de leurs vues sur ce grave et
> important sujet, le prévenait, cependant, que le cabinet » ne songeait pas à se départir, pour le moment, de la poli-
> tique qu'il avait suivie jusqu'alors au sujet de la guerre » qui existait entre la France et le Mexique, attendu que le » dénouement de la question dont il s'agissait n'appartenait ni à )» la Chambre des représentants, ni au congrès, mais au prési»
> dent des États-Unis, et il le chargeait d'en prévenir le gou- » vernement français (2). i
(1) Dépêche de M. Seward à M. Dayton, en date du 27 février 1864. N« 490.
(2) Dépêche de M. Sev^ard à M. Dayton, en date du 7 avril 1864. N« 525.
M. Dayton se rendit donc au ministère des affaires étrangères, et le lendemain il rendit compte en ces termes de sa conversation avec M. Drouyn de Lhuys :
c Je suis allé voir le ministre des affaires étrangères. Les premières paroles qu'il m'a adressées sont celles-ci : Nous apportez^vous la paix ou la guerre? — Je lui ai demandé à quoi il faisait allusion, et il m'a répondu qu'il voulait parler spécialement de la résolution qui venait d'être adoptée par le congrès au sujet de l'invasion du Mexique par les Français, et à l'établissement de Maximilien sur le trône de ce pays.
» Je lui ai dit que je ne pensais pas que le gouvernement français pût se servir des termes contenus dans cette proposition pour en inférer que nous fussions sur le point de lui déclarer la guerre ; qu'elle ne contenait rien de plus que tout ce qui avait été déjà dédaré plusieurs fois au gouvernement français depuis le commencement de Vexpédition; que, personnellement, je lui avais toujours représenté qu^ tout acte dHntervention de sa part dans la forme du gouvernement mexicain serait mal vu en notre pays; etc., et que j'avais des raisons pour croire que vous aviez tenu le même langage au ministre de France accrédité près du gouvernement des États-Unis.
« M. Drouyn de Lhuys n'a rien nié de cet exposé, mais il m'a clairement déclaré qu'il considérait la résolution dont il s'agit comme une démarche sérieuse de notre part, et l'on m'a 4}t (1) que les chefs sécessionnistes fondent de grandes espérances sur ce vote qu'ils considèrent comme un moyen de fomenter les mauvaises passions entre la France et les États-Unis (2). »
Le 2 mai suivant, M. Dayton écrivait encore : f J'ai revu M. Drouyn de Lhuys.
• Je lui ai dit que j'avais reçu une copie de la résolution • votée par la Chambre des représentants le 4 avril dernier, » avec une dépêche que je demandais la permission de lui
(i) Qui? — M. Dayton n'en parlait pas.
(2) Dépêche de M. Dayton à M. Seward, en date du 22 avril 1864. — N<» 454.
• » lire, parce qu'elle contenait l'expression des véritables sen-
> timents du président des États-Unis.
> M. Drouyn de Lhuys y consentit, et je lui ai lu toute la » partie de votre dépêche à ce sujet (4), en ayant soin de » lui faire observer que c'était, selon moi, une preuve évî-
> dente de la franchise et de la droiture de M. le président. » Après ma lecture, M. Drouyn de Lhuys m'a exprimé sa
» satisfaction ; il m'a fait quelques questions sur ce qui se » passait au Sénat quand une proposition était déposée sur » son bureau, et l'entrevue a été terminée (2). »
Quelques jours après le Moniteur universel contenait la déclaration suivante :
« Le gouvernement de Vempereur a reçu de celui des Étals- Unis des éclaircissements satisfaisants au sujet du sens et de la portée de la résolution adoptée par la Chambre des représentants de Washingtoti relativement au Mexique, On sait, en outre, que le Sénat a indéfiniment AJOURNÉ i/eXAMËN DE CETTE RÉSOLUTION qUC, duilS ttUCUn CaS, LE POUVOIR EXÉCUTIF n'aURAIT SANCTIONNÉE. »
Là dessus, la Chambre des représentants s'émut. Elle vota, à la presque unanimité, dans la séance du 23 mai, et sur la proposition de M. Davis lui-même, une nouvelle résolution ayant pour but de demander au gouvernement communication des éclaircissements donnés à la France sur le sens et la portée de la résolution adoptée par la Chambre dans sa séance du 4 avril ^864 : puis, après avoir entendu la lecture de ces pièces, elle déclara, sur la proposition de son comité des affaires étrangères, que le congrès seul avait le droit de dicter à V exécutif la conduite à tenir en pareil cas, et elle chargea son président, M. Winter Davis, de préparer un rapport qui devait être accompagné d'une résolution ayant pour but d'affirmer de noxiveau les conséquences du vote émis le 4 avril 1864, au sujet de V empire mexicain»
(1) Celle du 7 avril, rapportée ci-dessus.
(2) Dépêche de M. Dayton à M. Seward, en date du 2 mal 1864.