‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 61 sur 71 · TROISIEME PÉRIODE · texte numérisé non relu

TROISIEME PÉRIODE

Conduite dit gouvernement américain depuis le départ de

V archiduc pour le Mexique.

L'archiduc partit pour le Mexique dans les premiers jours du mois de mai 4864, et les Etats-^Unis, tenus en réserve par la crainte d'entraîner, en s'y opposant, la reconnaissance immédiate des rebelles du Sud, par la France d'abord (J), puis, peut-être, par l'Angleterre, le laissèrent prendre possession paisible du trône où venaient de le placer les baïonnettes victorieuses de la France.

Le gouvernement français profita de ce temps d'arrêt pour proposer au cabinet de Washington de retirer ses troupes du Âlexique, à la condition que le gouvernement américain, de son côté, reconnaîtrait l'empereur créé de ce pays en qualité de pouvoir de fait (â); — mais, le 15 décembre 1865, M. Seward, libre de ses mouvements depuis la prise de Richemond, envoya à Paris le général Schofield, dont j'ai parlé dans le chapitre précédent, avec une note pour M. Bigelow portant que le gouvernement américain, dans sa conduite au sujet de Timbroglio du Mexique, s'était toujours réglé sur l'opinion politique de son pays.

En conséquence, il le chargeait, de la part du président, de déclarer à M. Drouyn de Lhuys :

i<> Que les États-Unis désiraient ardemment continuer les relations d'amitié qui les unissaient depuis si longtemps à la France,

(i) Au mois de décembre 1863, un certain M. Supervielle, envoyé de M. Jeiferson Davis, demanda ouvertement au gouvernement impérial la reconnaissance de la Confédération en échange de la reconnaissance de Tempire mexicain par celle-ci. — Donnant, donnant. — Le S' Almonte aurait accrédité un représentant à Richmond ; M. Davis, de son côté, en aurait envoyé un à Mexico, et M. Lincoln, entre ces deux grands hommes, serait tombé à Tétat de zéro.

(2) Proposition de M. de Montholon, ministre de France à Wasbinglon, datée du 29 novembre ISGfî.

2<» Mais que cette amitié courrait des dangers sérieux, a moins que la France ne reconnût qu'il était tout à la fois de son intérêt et de son honneur d'abandonner l'idée qui l'avait conduite au Mexique pour y renverser un gouvernement républicain et y établir une monarchie sur ses ruines.

Et quant à la proposition de retirer les troupes françaises à la condition que le gouvernement américain reconnaîtrait celui de Maximilien en qualité de pouvoir de fait, il disait qu'il avait soigneusement pesé, l'un après l'autre, les arguments de M. Drouyn de Lhuys, et qu'après mûre réflexion, il n'y trouvait pas de motifs suffisants pour changer de politique (1).

M. Drouyn de Lhuys répondit à cette déclaration par un mémorandum ainsi conçu :

« Le cabinet de Washington reconnaîl le droit que nous avons, » comme toute autre nation souveraine, de faire la guerre au » Mexique. — Nous, de notre côté, nous désirons franchement » observer à son égard le principe de non intervention. Entre ces » deux points de vue, n'y a-t-il pas une base qui permette une » entente commune?

» Faire la guerre, ce n*est pas seulement renverser des fortifica- » tiens et tuer un certain nombre d'hommes : c'est encore, et plutôt » que cela, affirmer un droit méconnu, dont la revendication a néces- » site l'emploi des armes; et les moyens incidents de faire la guerre » demeurent légitimes jusqu'à ce que ce but ait été complètement » atteint. Au Mexique, nous espérons obtenir avant peu les garan- » ties que nous sommes allés y chercher, et doivent compléter nos » derniers arrangements avec Maximilien. Alors, la mission de nos » troupes sera terminée et elles pourront revenir en France.

» Ce sera le cas, alors, d*appliquer le principe de non intervention. » Nous. y conformerons notre conduite , et nous espérons que le peuple » des États- Unis qui Vinvoque, le respectera lui-même en observant à » V égard du Mexique une neutralité scrupuleuse. Quand nous au mus » reçu cette £)ssurance du cabinet de Washington, nous pourrons, à » notre tour, lui faire connaître le résultat final de nos négociations » avec Maximilien (2). »

M. Drouyn de Lhuys, en écrivant cette piècç, s'exprimait

(i) Dépêche de M. Seward à M. Bij{elovN% en date du 15 décembre 1865, n« 332, (2) Mémorandum du H janvier 1866.

comme ces prédicateurs dont la conduite est toujours en opposition directe avec les paroles. Quand j'aurai terminé, disait-il, l'œuvre brutale pour laquelle j'ai violé le principe de non intervention, cette œuvre passera dans le domaine des faits, et les États-Unis, qui n'ont jamais cessé de protester contre ma conduite, donneront, je l'espère, une preuve de leur respect pour les principes qu'ils soutiennent aujourd'hui, en honorant mon ouvrage. A ces condition?, je promets à mon tour de ne point me mêler de leurs affaires domestiques et de rappeler nos troupes du Mexique.

Malheureusement pour cette faconde, le temps des menaces était passé. La sécession était morte, bien morte, définitivement morte. Elle avait été enterrée, plus de six mois auparavant, dans les champs de Richemond, et M. Seward n'avait plus rien à craindre de l'intervention française en faveur du Sud.

Il répondit en substance « que les États-Unis n'avaient » jamais demandé, qu'ils ne demandaient point encore de » connaître la nature des arrangements que le gouverne-

> ment impérial pouvait faire pour obtenir le redressement » des torts et des injures qu'il était allé venger au Mexique. » parce que ce serait de sa part un acte d'intervention ; » mais qu'il lui était impossible de faire au susdit gouverne- » ment une promesse quelconque relative au retrait des I troupes du Mexique, parce que cette promesse serait » encore un acte d'intervention, et qu'il ne voulait inter- I venir en quoi que ce fût dans cette affaire (1). »

A partir de ce moment, M. Drouyn de Lhuys se le tint pour dit, et le 6 avril suivant, il fit insérer au Moniteur une note portant que, < par suite des communications échangées » entre M. Dano, ministre de France au Mexique, le maré-

> chai Bazaine et le gouvernement mexicain, l'empereur

> avait décidé de retirer les troupes françaises du Mexique

> en trois détachements, le premier, en novembre i8M, le

> second, en mars 4867 et le troisième, en novembre » 4867. »

(4) Réponse de M. Seward, au mén^orandum de M- Prouyn de I,buySy en date du 2S février 4866,

Tout paraissait donc terminé définitivement et Ton n'avait plus à attendre que l'exécution des promesses impériales ; quand, le 8 novembre 4866, M. Bîgelow écrivit à M. Seward. qu'il avait eu une entrevue avec le nouveau ministre des affaires étrangères, M. de Moustier, dans laquelle on Payait prévenu que le chef du gouvernement français avait changé d'avis, relativement au rappel des troupes du Mexique, et que ce rappel n'aurait décidément pas lieu avant le printemps de l'année 4867. M. Bigelow ajoutait qu'il avait désiré voir à ce sujet l'empereur lui-même, qu'il l'avait rencontré au château de Saint-CIoud, et que S. M., en lui confirmant la vérité de tout ce que lui avait dit M. de Moustier, avait ajouté : « qu'elle avait fait donner à Maximilien le conseil » d'abdiquer; et que, quant au maintien des troupes, il en » avait expédié l'ordre par le télégraphe des États-Unis, » naturellement, non en chiffres, afin de ne pas dissimuler » ce qu'il contenait, ne croyant pas, en agissant ainsi, qu'U fût )) nécessaire de prévenir le cubinet de Washington de ce nouvel » arrangement (I). »

M. Seward reçut fort mal, à ce qu'il parait, le récit de cette nouvelle détermination. Sa réponse faillit brouiller définitivement la France avec les États-Unis, et je crois, à ce titre, devoir la reproduire presque en entier.

Il commence par témoigner sa surprise de ne point avoir été au moins prévenu officiellement des motifs de cette nouvelle résolution ; puis, il continue ainsi :

c( Je ne suis pas préparé à dire, et il n'est pas nécessaire mainte- » nant de discuter, ^t le président aurait ou n'aurait pas pu accorder » le délai proposé par l'empereur, dans le cas où il aurait été consulté » à temps, si la proposition avait été alors, comme elle Test aujour* » d*hul, placée sur le terrain des considérations militaires seule- » ment, et si elle avait été marquée par les manifestations accoutumées » de déférence pour les intérêts et les opinions des États-Unis. Mais la » décision de l'empereur pour modifier les arrangements existants n sans aucune entente avec ce gouvernement, de manière à laisser » toute Tarmée française au Mexique pour lo présent, au lieu d'en

(1) Dépêche do M» Bigelow à M. Seward, en date du 8 nos^mbre

» relirer un détachement en novembre courant, est jugée sous tous » les rapports inconvenante et sujette à réserves. Nous ne pouvons y » acquiescer ; 1° parce que le terme de ce printemps prochain » fixé » pour] l'évacuation entière, est indéfini et vague; ^^ parce que nous » n*avonspas d'autorité pour déclarer au congrès et au peuple améri- » cain que nous avons maintenant une meilleure garantie du rappel de » toutes les forces expéditionnaires au printemps, que nous n*en avions » auparavant pour le rappel d'un détachement en novembre; 3° parce » que, dans la persuasion que rengagement pris avec nous par » rempei*eur, serait exécuté, du moins dans son sens littéral^ nous » avons pris des mesures qui, tout en facilitant l'évacuation prévue » des français, doivent coopérer avec celles du gouvernement répu- » blicain, à rétablir dans le plus bref délai l'autorité légitime et con- » stitutionnelle du gouvernement. »

» M. Seward terminait en chargeant M. Bîgelow de faire savoir au gouvernement de l'empereur, que le président espérait sincèrement que l'évacuation du Mexique s'opérerait d'une manière aussi conforme à l'arrangement existant, que le permettrait la complication inopportune qui faisait l'objet de sa dépêche (i). »

Cette note foudroyante parvint à Paris le l^p décembre 1866, en même temps que la nouvelle de la prise de Matamores, par le général américain Sledgwick. Elle fut remise par M. Bîgelow, en l'absence de M. de Moustier, àM. Rouher, qui lui fit observer tout d'abord que le gouvernement de l'empereur ne pouvait, en aucune manière, ouvrir la discussion sur une pièce dont la foime et le fond péchaient contre les règles de la politesse. — M. Bîgelow voulut donner des explications, mais M. Rouher l'arrêta en lui disant : c A quoi bon » discuter avec un gouvernement qui manque à ses pro- » messes de neutralité, en s'emparant de Matamoros (3) ! > — Mais le fait n^est pas certain, répondit M. Bîgelow. —

(i) Dépêche de M. Seward à M. Bigelow, en date du S3 novembre dg66.

(2) M. Rouher oubliait volontairement que la dépêche dont il refusait de discuter les termes blessants, n'avait d'autre but que de rappeler le cabinet des Tuileries au respect qu'un gouvernement digne doit avoir pour ses engagements. C'est toujours l'histoire de la besace.

Dieu fît pour nos défauts la poche de derrière. Et celle de devant pour les défauts d'autrui.

c Eh bien, apportez-m^en Tassurance et je serai prêt à dis- > cuter avec yous la note que vous m'avez communiquée. »

Le représentant des États-Unis fit demander des renseignements par le câble transatlantique, et la réponse qu'il reçut fut assez péremptoîre pour permettre, quatre jours après, d'insérer au Moniteur une note démentant la prise de Matamoros. Le gouvernement impérial si hautain, si entier, si méprisant, toutes les fois qu^il a été question de celui du Mexique, se contenta d'une simple déclaration de M. Seward« et passa par-dessus les désagréments que devaient lui causer l'esprit et la lettre de la note du 23 novembre. Ce n'est pas tout à fait ainsi qu'en agissait ce romain qui avait la prétention de faire grâce aux faibles et de faire une guerre sans trêve aux superbes, mais le gouvernement impérial, satisfait de ses allures césariennes, n'a jamais prétendu se modeler sur Caton; il se contenta, je le répète, d'un simple désaveu de la conduite du général Sledgwick, et la bonne harmonie se rétablit ainsi entre les cabinets de Paris et de Washington.

Situation financière de Tempire. — Départ de rarchiduchesse pour TEurope. — Mission du général Gastelnau.

Au moment du départ de la princesse Charlotte pour l'Europe, le Trésor impérial était littéralement vide, t II » fallut, dit M. de Kératry (i), recourir à la caisse des » eaux (2) pour une somme de 150,000 francs. » Ce passage précieux me ramène à la situation financière et à la mission de M. Langlais dont je n'ai point encore parlé.

Celui-ci, envoyé au Mexique dans les derniers mois de l'année 1865, avec la mission d'organiser les finances impériales à l'européenne, était mort subitement le 23 février i866, et le peuple qui n'est ordinairement frappé que par les apparences, avait attribué cette fin précipitée à un empoisonnement.

Il rentrait en effet dans les plans de M. Langlais d'établir une sorte d'équilibre financier, soit en supprimant trois mille emplois, environ, plus lucratifs qu'utiles; soit en réduisant d'un tiers tous les traitements depuis la liste civile de l'archiduc jusqu'aux appointements des moindres employés. Mais une réforme aussi radicale portait le fer au vif de la plaie, et c'est peut-être aux colères qu'elle soulevait qu'il faut rapporter le bruit de son empoisonnement par un personnage menacé dans sa sinécure.

Je ne voudrais certainement pas me porter garant de la valeur de ces bruits, mais, légitimes ou non, il n'en est pas moins vrai que cette mort prématurée était un événement « fâcheux pour le crédit financier d'un ordre de choses dont

(1) U Empereur Maximilien, son élévation et sa chute, p. 450.

(2) Caisse qui contenait les impôts prélevés pour les travaux cqd^ sacrés à préserver la ville de Mexico contre les inondatfons.

on rattachait Tavenir aux mesures qui devaient être prises par cet envoyé du gouvernement français. Le Trésor, ainsi que je Tai dit plus haut, était dans la situation la plus triste. Il suffira pour s'en convaincre de lire le passage suivant d'une lettre privée que je ne donne pas comme preuve, maïs à titre de simple renseignement.

c( Le 46 février, disait cette lettre, l^Empereur se trouvant à Cuernavaca, a déclaré à une députation que le Trésor était vide et qu*il serait impossible de satisfaire aux engagements du passé, à moins de contracter immédiatement un nouvel emprunt. Les dépenses du gouvernement, a-t-il ajouté, s*élèvent à un million de piastres par semaine , tandis que les recettes de toute nature n'atteignent que 345,000 piastres (i).

» Le S7 février, à 3 heures, il n*y avait dans le Trésor impérial que 6 millions de francs, et encore ils avaient été prêtés par MM. Barron, Forbes et C^"; par la London-Bank; par M. N. Davidson, représentant de la maison Rothschild ; par la Banque Martinez et par un certain nombre de maisons moins importantes. Les préteurs ont reçu en paiement des traites sur le gouvernement français. Comme ces traites ont été données au pair, et que le change sur Londres et Paris varie ici de 8 à 15 de prime, si ces traites sont acceptées par le gouvernement français, ces maisons auront retiré de cette affaire un fort beau bénéfice. Mais celte acceptation n'est rien moins qu'assurée, ù ce qu'on m'assure, attendu que d'autres traites du gouvernement mexicain sur Paris ont déjà été protestées. » ^

— Le 31 mai de la même année, le général Almonte faisait savoir au gouvernement que la commission des finances établie à Paris n'avait rien dans ses caisses, et ne pouvait plus payer la solde des différentes légations accréditées auprès des gouvernements européens.

— Le 8 juillet, le général de Tbun adressait directement à l'archiduc un rapport dans le même sens, et qui a tout l'air d'une dénonciation en règle contre le maréchal Ba-

* zaine.

(I) %0,000,000 fr. de dépense contre un revenu de 80 millions pu plus, — Voir ce que j'en ai dit plus haut au sujet du budget.

i< Pucbla, 8 juillet 1866.

» Majesté,

» li y a dans Jes caisses de la douane de celte ville plus de 100,000 piastres en numéraire. Cependant, mes officiers n*OQt encore rien reçu depuis le commencement du mois, et Ton n*a pas même remis aux nouveaux promus l'argent dont ils avaient besoin pour payer leurs uniformes. Par suite de ce manque de fonds, les mouvements de mes troupes se trouvent paralysés. Si les frais de la guerre ne viennent qu'en seconde ligne, et si Von se joue aiiisi du bon esprit de Varmée, Tennemi prendra bientôt Tavantage sur nous.

» En outre, j'ai des motifs sérieux pour croire que Ton veut se conduire avec le corps autrichien de la même manière qu on Ta déjà fait avec le corps belge. Pour Thonneur de notre nom, je supplie, \, M., de se rappeler les services que nous avons rendus et de mus proléger contre les mauvais vouloirs de ceux qui nous détestent. Nous méritons une meilleure fin.

» En présence de ce qui se passe, je ne puis accepter aucune i*esponsabiIité. Jusqu'à présent, l'esprit des officiers et des soldats est excellent, et la conduite de ces derniers est au-dessus de tout éloge.

» Je proteste.. >

» Thun.

» A S. M. l'Empereur. »

— Enfin, le 9 du même mois, le capitaine Pi erron, chef de la secrétairerie de l'archiduc, transmettait au général d*Osmont, chef d^état-major du maréchal, une autre plainte du général de Thun, portant que, depuis le i^y du mois, le capitaine Schoner, détaché à Zacapoaxtla, manquait à la fois de vivres et d'argent.

L'intendant militaire Priant reçut Tordre d'assurer désormais les services administratifs de ce détachement, mais il n'en reste pas moins acquis que ces services ne l'avaient point été jusqu'alors, et Ton est en droit de se demander la raison de cette négligence. M. de Kératry, si prolixe parfois quand il s'agit des relations de l'archiduc avec le maréchal, n'en a rien dit dans son panégyrique, et cela se conçoit, il n'aurait su comment la justifier. Quant à moi, je ne m'y arrêterai pas non plus. Je me contente de l'enregistrer à sa

date comme un signe des temps et je continue la narration des événements.

La princesse Charlotte, ainsi que nous l'avons vu plus haut, était partie la veille pour l'Europe, et Ton espérait encore, grâce à son intervention, parvenir à tourner, sinon à dominer, les diflScultés sans nombre dont on était entouré quand, pour lui dessiller complètement les yeux, le malheureux prince eut connaissance d'un complot tramé contre lui par la domesticité de son palais (1), dans le but, avoué depuis, de le contraindre à quitter le pays.

Il serait trop long, voire même inutile, d'expliquer dans tous ses détails l'histoire d'un mouvement dont Torganisateur, Santa-Anna, demeurait à Saint-Thomas, en dehors des limites de la juridiction de Maximilien. Je dirai seulement que le complot était moins une conspiration qu'une manœuvre des vieux partis pour s'emparer du pouvoir et prendre des positions défensives, soit contre la catastrophe qui approchait à grands pas, soit contre les incertitudes de l'archiduc. Ainsi s'explique la participation du président du conseil, celle de plusieurs ministres ou généraux, d'un grand nombre de prélats, voire même de personnages appartenant à tous les rangs et à toutes les conditions, à un mouvement dont Tagent le plus actif était un moine, le R. P. Ordonez, fils naturel de Santa-Anna, une des lumières désignées de l'Eglise, ce qui signifiait un des chefs du parti clérical.

La trame n'était pas bien mystérieuse, mais elle s'étendait fort loin, et l'on fut obligé de frapper un grand coup. En conséquence, le président du conseil fut arrêté à Mexico en compagnie de plusieurs de ses collègues; on transporta sans jugement au Yucatan les généraux José Rojo, Augustin Zires, José de la Parra et Partearoyo ; on agit de même à l'égard de MM. Ignacio Ramirez, Joaquin Alcalde, Manuel S. Pareda, Gabriel M. Islas, Juan Mateos, Pedro Echevarria, Antonio Zamacona, Manuel Morales Puente, José Miguel Arroyo et le P. Ordonez ; puis on songea à étendre la mesure aux départements.

(1) 14 Juillet 4866.

A Veracruz, par exemple, on arrêta deux américains, William Norris et Joseph Hill Beker, anciens officiers du général réactionnaire Tomas Mejîa; à Tampico, on remplaça le commandant militaire Lamadrid par un officier français, et les propriétés de Santa-Anna, les plus plantureuses du Mexique, furent frappées de confiscation.

Cela fait, il restait encore à organiser une nouvelle administration. Maximilien y pourvut par la nomination du général d'Osmdht et de Tintendant militaire Priant qu'il appela, le premier, au ministère de la guerre, le second, à celui des finances (1), et le même bateau apporta en Europe la nouvelle du complot, celle de l'arrestation des conjurés, les noms des deux nouveaux ministres, et une convention nouvelle connue sous le nom de convention du 30 juillet 1866.

Par cette convention, le gouvernement mexicain accordait au gouvernement français une délégation de la moitié des recettes de toutes les douanes maritimes de l'empire, provenant de certains droits spécifiés au traité, à l'exception des douanes du Pacifique, qui étaient déjà engagées pour les trois quarts, et sur lesquelles le gouvernement français ne pouvait prélever que les 25 p. c. restant encore libres* Ces recettes devaient être appliquées : io,au paiement des intérêts, de l'amortissement et des obligations des deux emprunts mexicains de 1864 et 1865; 2» au paiement des intérêts à 3 p. c. des sommes dont le Mexique était redevable au trésor français, et qui s'élevaient, au moment de la signature du traité à 250 millions de francs, sauf règle-^ ment ultérieur et définitif; 3» enfin, les prélèvements stipulés devaient s'effectuer dans les deux ports de Veracruz et de Tampico, sous la seule réserve de la partie afférente aux délégations reconnues au moment de la signature de la convention et au traitement des employés des douanes et des agents français chargés de l'opération du prélèvement.

L'archiduc, en se rapprochant ainsi de l'autorité française, en remettant entre ses mains sa fortune et celle de son gouvernement, espérait peut-être donner à l'archiduchesse le temps et les moyens de recueillir le fruit des dé-

(4) 26 juillet 4866. •

marches qu'elle était allée tenter en personne à Paris et à Rome ; mais ces espérances ne devaient jamais se réaliser.

Dans la première de ces deux villes , on avait hâte , en effet, d'en finir avec une aventure mal combinée, qui n'avait encore produit que de mauvais résultats, et qui pouvait, d'un moment à l'autre, retomber de tout son poids sur le commerce français, en amenant une rupture entre les cabinets de Paris et de Washington.

Uans la seconde, on ne pouvait en conscience accorder à cet autrichien mexicanisé des conditions qu'on avait toujours refusées au roi d'Italie.

En conséquence, le chef du gouvernement français profita d'une maladie qui le tenait alors alité pour éconduire poliment la princesse en la renvoyant à M. Rouher chargé de lui déclarer sans ambage que le général Gastelnau allait partir pour le Mexique avec ordre d'informer son mari que la France ne pouvait lui accorder ni un homme, ni un sou de plus ; et le pape, après avoir répondu par un nonpossmnus à tout ce qu'elle avait pu lui dire pour le convaincre de la nécessité qu'il y avait, dans une circonstance aussi désespérée, de sanctionner au Mexique la vente des propriétés ecclésiastiques, termina la séance en lui disant qu'il était étonné qu'une personne de son âge et de son sexe (i), se permit d^insister auprès de lui sur un pareil sujet.

L'archiduchesse en devint folle, de douleur ou de honte, je ne saurais le dire; et pourtant M. Rouher avait eu Tattention de lui cacher la partie la plus grave de la vérité. Le général Castelnau ne devait pas seulement prévenir l'archiduc qu'on ne voulait plus rien faire pour lui; il devait encore lui dire qu'il était libre de rester s'il croyait pouvoir se soutenir avec ses propres forces ; que dans le cas contraire on lui conseillait d'abdiquer, et que, s'il y consentait, le maréchal et lui avaient l'ordre de s'entendre tout de suite avec le gouvernement destiné à le remplacer, pour la protection des intérêts français après le départ de l'armée (2).

(i) La princesse Charlotte avait alors 26 ans. (2) Dépêche de M. Bigelow à M. Seward, en date du 8 novembre 4866.

Pendant ce tcmp;;, le vapeur Sonova était en mer et portait au Mexique les nouvelles de ce qui s^était dit à Pari^ pendant le mois d'août. A son arrivée, le bruit se répandit que la princesse n'avait rien obtenu. IjBatafeUe le déclara sous la garantie de certains renseignements qu'elle disait authentiques, et le Diario del Imperio du 7 septembre, avec cette bonne foi qui distingue d'ordinaire les journaux officiels dans les pays où la liberté n'existe pas, lui répondit de la manière suivante :

c^ Un journal français de la capiialc prétend connaître exaelcnïcnl le résultat des dernières négociations du gouvernement impérial ol affirme que Ja mission de S. M. rimpératricc ne pouvait manquer d'échouer, vu que ses propositions étaient contraires aux engagements contractés par la France avec les États-Unis.

>» Ces appréciations manquent de fondement. >'

Et le journal officiel, boutonné jusqu'au menton, se irar^ dait bien de faire connaître la vérité sur les résultats d'un voyage que les thuriféraires des royautés ont présenté dans le temps comme une preuve de l'énergie de la jeune princesse, et qui n'était après tout que la conséquence d'un coup de tête, où le dépit et l'orgueil avaient imposé silence à tous les sentiments qui auraient dû la retenir auprès de son mari.

Le 13 du même mois, le Diario reprit de nouveau la parole, et ce fut encore pour se moquer de ses lecteurs au moyen de la publication d'une dépêche de la légation mexicaine à Paris.

Cette dépêche portait la date du 14 août 186G et avait dû nécessairement arriver avec le Sonora.

Elle racontait en substance que l'archiduchesse était arrivée à Paris le \) août et s'était installée au Grand-Hôtel; que Jlmc Eugénie lui avait fait visite le 10, et qu'elle était montée le 11 dans une voiture de la Cour pour rendre cette visite k Saint-Cloud ; qu'en l'absence du principal personnage, retenu dans ses appartements par une indisposition, le î\h (un bambin de dix ans), l'avait reçue à la porte et lui avait donné la main ])Our descendre de voiture ; que M>n« Eugénie l'attendait sur les marches de l'escaJier, et que les Cent

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