‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 62 sur 71 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

Gardes, formant la haie dans l'intérieur des appartements, l'avaient accueillie aux cris de : t Vivent TEmpereur et l'Impératrice du Mexique!!! » Enfin, qu'elle avait été reconduite de la même manière ; mais de sa mission, la susdite dépêche ne disait pas un mot.

Ainsi pour conserver cette couronne usurpée, l'archidachesse oubliant ce que la bienséance impose aux personnes de son âge, de son rang et de son sexe, s'était embarquée, sans même se donner le temps de réfléchir, sur un des paquebots de la Compagnie transatlantique; l'archiduc avait sacrifié au même but jusqu'au respect qu'il se devait à luimême en ne descendant pas avec dignité d'un trône où il n'aurait jamais dû monter; le sort de l'empire enfin, et par ce mot, sort de l'empire, j'entends l'avenir de tous ceux qui s'étaient compromis si malencontreusement dans cette mauvaise action, était attaché à la réussite de cette équipée romanesque, et le jour où le gouvernement daignait s'expliquer, le jour où il consentait à rompre le silence qu'il gardait depuis huit jours, c'était pour énumérer les cris de vivent l'empereur et l'impératrice du Mexique poussés par les Cent Gardes, et raconter à la cantonade comment un bambin de 10 ans était venu présenter la main à l'archiduchesse pour l'aider à descendre de sa voiture; comment , pour rester fidèle aux lois de l'étiquette , M"*» Eugénie s'était contentée de l'attendre sur les marches de l'escalier.

Décidément les grandes choses de la royauté se conip(K sent de bien petites pratiques!

Enfin, pour en finir avec le Diario del Imperio, le journal ofiîcîel de l'empire daigna encore une fois s'occuper de la question dans son n" du 2 octobre, et ce fut pour publier un nouveau mensonge.

«Par le courrier arrivé hier au soir, disait-il, on sait que S. M. rimpéralrice doit avoir terminé tes diverses affaires de sa miS" sion .

» S. M. doit s'embarquer sur le bateau qui partira de Saint- Nazaire le 16 octobre; par conséquent elle arrivera du 8 au 40 novembre.

» En ce moment Sa Majesté se trouve à Rome. »

Puis rien, si ce n'est le récit de son arrivée à Miramar

dans le n^ du 15 ; les détails de sa réception à Turin et à Milan dans celui du 17, et la déclaration pure et simple de sa maladie dans celui du J8.

Voici maintenant le récit de M. de Kératry. Je le cite sans m'en rendre garant, et dans le seul but de donner au lecteur les moyens de former son opinion :

Il prend les choses au moment de l'arrivée de Tarchiduchesse en France et s'exprime ainsi \

« A peine eut elle touché terre, que celte princesse signifia son intention de voyager incognito et son refus de demander Thospitalité à la Cour des Tuileries.

» Le lendemain, Timpératrice arrivait à Paris et descendait au Grand-Hôtel. La famille impériale se trouvant alors au palais de Saint-Cloud, la souveraine, en demandant qu'on mît à sa disposition un carrosse de la cour, réclama une entrevue immédiate de Napoléon III. Sur ces entrefaites, elle reçut la visite de M. Drouyn de Lhuys, et passa une partie de la journée à converser avec ce Ministre. Quoique l'Empereur eût répondu qu'il était indisposé et qu'il regrettait de ne pouvoir l'entretenir, l'impératrice Charlotte, n'acceptant pas d'ajournement, se rendit au palais.

» Ses instances furent tellement vives, que Napoléon consentit enfin à la recevoir. Alors elle exposa les demandes de Maximilien, qui réclamait encore de la France de nouveaux secours financiers et militaires. L'entretien fut long et violent, plein, de part et (Vautre, de récriminations qui finirent par altérer le caractère des explications échangées. L'Impératrice voyant peu à peu s'écrouler tout l'échafaudage d'espérances que son imagination pleine d'ardeur s'était plue à élever depuis son départ de Chapultepec jusqu'au seuil de Saint-Cloud, sentant son sceptre se briser sous sa main, céda môme à tout son emportement. Après avoir énuméréses griefs, la fille du roi Léopold crut reconnaître, mais trop tard, qu'elle avait eu le tort d'oublier, en acceptant un trône de la munificence de l'empereur des Français, qu'elle était issue du sang des d'Orléans (i). »

D'un autre côté, M. John Hay, chargé d'affaires des Etats- Unis pendant une absence momentanée de M. Bîgelow,écrivait à son gouvernement deux dépêches dont voici la traduction littérale.

(4) Après l'entrevue de Saint-Cloud, l'Impératrice elle-même a dicté la relation de son entretien avec l'empereur Napoléon.

(Note de M. de Kératry.)

- 3 iO —

No 1

Légation des Élals-Unis.

« Paris, 10 août 1866.

« Monsieur,

» On a public récemment clans les journaux de Paris quelques cntrclilels annonçant le départ prochain de Mexico de la femme de l'archiduc Maximilien. Ces nouvelles ont donné lieu naturellement ù des appréciations presque toujours défavorables ù la cause impériale au Mexique. Pour mettre un terme à ces réflexions injurieuses, le Mémorial diplomatique, organe ù Paris du soi-disant empire mexicain, a publié la déclaration suivante dans son dernier numéro :

« Nous sommes autorisés ù démentir de la manière la plus for- » melle le bruit du départ de Timpératrice du Mexique pour TEu- » rope.

» Oti a fait courir les mêmes bruits à Tépoque du départ do S. M. » pour le Yucatan, et tout le monde sait que Tempereur Maximilien^ » dans une occasion solennelle, a déclaré que la seule supposition » que son auguste épouse ou lui pourraient manquer ù leur devoir » serait une infâme calomnie. »

» Le lendemain, le Pays a publié dans le môme but un autre démenti con^îu en ces termes :

» Un journal, tourmente du désir de publier une nouvelle ù sen- » sation, a reproduit au sujet du Mexique une rumeur absurde ré- » pandue il y a quelques jours par une personne dont on ignore le » nom.

y* Il n y a pas un mot de vrai ou seulement de fondé dans cette » assertion. »

» Hier, à la grande confusion de ces amis si positifs et si indignes, la dame en question est arrivée à Paris et est descendue au Grand- Hôtel. Elle a reçu immédiatement la visite de M. Drouyn de Lhuys qui a passé avec elle la plus grande partie de Taprès-dînée.

» Ce lûatin les journaux ont publié l'extrait suivant du journal officiel de Mexico, n« du 7 juillet :

« L'impératrice part demain pour TEurope où elle va traiter des » affaires du Mexique et régler diverses affaires internationales. » Cette mission acceptée par notre souveraine avec un véritable » patriotisme, est la plus grande preuve d'abnégation que Tempe- » reur ait pu donner à sa nouvelle patrie. Nous donnons cette nou- » velle pour que le public connaisse le véritable but du voyage de w Sa Majesté. »

- 3il —

» La princesse est accompagnée de M. Martin Castiilo, ministre des affaires étrangères, du comte Dei Vallc, son grand chambellan, du comte de Bombeiles et d'un certain nombre d'autres officiers attachés à sa personne.

» Les plus fûcheuses conclusions sont déduites de cette visite, surtout par ceux .qui ont le malheur d'être fortement compromis dans l'emprunt mexicain. Elle est généralement considérée comme un suprême et dernier effort pour obtenir, à l'aide d'une influence personnelle, ce secours indispensable à l'empire mexicain qui a été refusé à ses représentants diplomatiques accrédités.

» Je suis, etc..

» John Hay.

» Hon. William H. Seward, secrétaire d'Etat, Washington. »

* ' Art •

Légation des États-Unis.

« Paris, 17 août 4806.

» Monsieur,

» Sur le conseil do M. Bigelow, qui est pour quelques jours avec sa famille à Eps, je me suis rendu hier au ministère des affaires étrangères. J'ai parlé à S. Exe. des nouvelles émises généralement dans les journaux de Paris, au sujet de la visite de la princesse Charlotte en France. Ces nouvelles annonçaient que le séjour de Maximilicn au Mexique dépendait d'une modification aux résolutions adoptées par le gouvernement français, et annoncées dans les récentes communications de Son Excellence au marquis de Montholon et à M. Bigelow. Quelques journaux donnaient même à entendre que la'princesse avait réussi à obtenir un changement élans ce programme. J'ai demandé au ministre si quelque modification de ce genre avait été faite ou devait être faite à la politique du gouvernement impérial, à l'égard du Mexique. M. Drouyn de Lhuys m'a répondu qu'il n'y avait eu « aucune modification de la politique impé- » riale à cet égard, et qu'il n'y en aurait pas. Ce que noli]^, avons dit » être notre intention de faire, nous le ferons. Naturellement, (a-t-il » ajouté), nous avons reçu l'impératrice avec courtoisie et cordialité, » mais le plan arrêté précédemment par le gouvernement de l'era- » pereur sera exécuté comme il a été dit.

>i Je suis, etc..

» John Hay.

» Ilon. William H. Seward, secrélaire d'État. »

J'ai suivi pas à pas les déclarations du journal officiel de Mexico, les aveux de M. de Rératry et les dépêches transmises au gouvernement américain. 11 en résulte, de la manière la plus claire, qu'au moment du départ de l'archiduchesse pour TEurope, les gouvernements de France et du Mexique ont tous deux trompé leurs administrés sur les motifs et les résultats de ce fameux voyage, et, qu'en chargeant une femme jeune et sans expérience d'une mission aussi délicate, Tarchiduc lui-même la jetait en pâture à l'indiscrétion publique.

Le devoir d'une souveraine de 26 ans n'est point, eu effet, de courir les champs pour y recueillir les bravos payés à Tavance par la police de son mari; de distribuer sur son chemin des décorations à ses partisans; de traverser les mers comme une flèche pour aller mettre elle-même dans un des plateaux de la balance où se pèsent les destinées des peuples, le poids plus ou moins redoutable de ses jeunes années ; mais de venir en aide aux infortunés, de les couvrir de sa personne partout et toujours, et dans les temps difficiles comme ceux qu'elle a traversés de l'autre côté de rOcéan, d'interposer l'influence que lui donnait^ sa situation entre les victimes et les bourreaux.

Si l'archiduchesse, au lieu d'imposer à son mari l'équipée qu'elle préparait, avait exigé de lui le retrait pur et simple de la loi sanguinaire du 3 octobre précédent, elle aurait peut-être sauvé les jours de l'archiduc et, dans tous les cas, le souvenir de sa bonne action verserait aujourd'hui quelques gouttes d'opium dans le calice de ses tribulations. Mais elle a préféré se donner en spectacle à l'Europe en venant s'y occuper de politique transcendante auprès du 2 décembre et du pape. Je le regrette pour elle et je la plains : mais comme je n'écris pas son histoire, je me con«»« tente de constater le fait et je passe à la mission du général Castelnau.

Cette mission fut également la conséquence d'un coup de tête. Elle fut décidée à la suite d'une communication de M. Seward à M. de Montholon, ministre des Tuileries à - Washington; communication presque menaçante, où il était question de la nomination de MM. Friant et d'Osraont en

qualité de ministres de Maximilien, et dans laquelle le secrétaire d'Etat américain s'exprimait ainsi :

Département d*État.

c< Washington, 16 août 1860.

» Monsieur,

» J'ai l'honneur d'appeler votre attention sur deux ordres ou décrets que Ton dit avoir été rendus le 26 juillet dernier, par le prince Maximilien, qui se dit empereur au Mexique, who claims to be emperor in Mexico, dans lesquels il déclare qu'il a confié la direction du département de la guerre au général Osmont, chef d'état-major du corps expéditionnaire, et celle du département de la trésorerie à M. Priant, intendant en chef du même corps.

» Le président croit nécessaire de faire savoir à l'empereur des français que la nomination de ces officiers à des fonctions administratives, faite en ce moment par le prince Maximilien, est de nature à porter atteinte aux bonnes relations entre les États-Unis et la France, is not unlikely to be injurions to good relatiom between the United-States and France^ parce qu'elle est de nature à être considérée, par le congrès et le peuple des États-Unis, comme indiquant, de la part de la France, une série de mesures incompatibles avec l'engagement pris par elle de rappeler le corps expéditionnaire français de ce pays.

» Daignez agréer, etc..

» Wn.LUM H. Seward. »

» A M. le Marquis de Montholon, etc... »

M. de Montholon transmit cette note à M. de la Valette, chargé par intérim du ministère des aflFaires étrangères. Celui-ci la communiqua sur-le-champ au chef de l'Etat, et le 13 septembre suivant, le Moniteur universel publia la déclaration que voici :

« Par décret du 26 juillet, S. M. l'empereur du Mexique a confié le portefeuille de la guerre à M. le général Osmont, chef d'état-major général du corps expéditionnaire, et celui des finances à M. l'intendant militaire Friant. Les devoirs militaires de ces deux chefs dé service, attachés à une armée en campagne, étant incompatibles avec la responsabilité de leurs nouvelles fonctions, ils n'ont pas été autorisés à les accepter. »

De plus, comme on n'était pas satisfait de la conduite du maréchal, on résolut d'envoyer au Mexique un homme investi de toute la confiance du maître, pour obtenir par la persuasion la retraite volontaire de Maximilien, et le choix tomha sur un aide-de-camp du nom de Castelnau, qui partit lie Saint-Nazaire, le 17 septembre.

Deux jours auparavant, le général Almonte avait adressé la dépêche qui suit à son gouvernement :

Légation du Mexique en France.

« Paris, 13 septembre 1860.

» Le général Castelnau, aide de camp de Tempereur Napoléon, se rend ù l^^exico cl a pris passage ù bord du bateau qui vous portera {^elle dépêche.

» Le but de son voyage n'est pas connu avec certitude. J'en ai parlé bier à M. de la Valette, ministre par intérim des affaires étran- .libères et au général Castelnau lui-môme, mais en dépit de mes insinuations renouvelées plusieurs fois et des soins que j'ai mis fi les faire parler, ils ne m'ont rien dit que je puisse vous garantir.

» On croit généralement qu'il est chargé de remettre ù TEmpcl'cur une lettre autographe de S. M., et qu'il a reçu des instructions verbales au sujet de la dernière convention sur les douanes, convention déjù ratifiée, ainsi que je le dis à V. E. dans une note séparée, mais dont cette légation n'avait aucune connaissance. Enfin, on croit également qu'il a des instructions relatives au corps expéditionnaire français qui est au Mexique.

^) Que Dieu, etc..

» Le ministre du Mexique à Paris général de division.

» Almonte.

» A M. le S. secrétaire d'État des affaires étrangères, Mexico. »

J)e son côté UF. Eloin, alors en mission en Europe écrivait à l'archiduc une lettre qui appartient à l'histoire, et dont l'original intercepté par les libéraux, a été déposé dans le temps au ministère d'Etal de Washington.

En voici la copie littérale :

t^ Sire,

» L'article du Moniteur français, désavouant ronlrée aux ministères de la guerre el des linances des généraux français Osmonl et Priant, prouve que, désormais, et sans pudeur, le masque est jeté La mission du général Castelnau, aide-dc-camp et homme de confiance de l'Empereur, bien que secrète, ne peut avoir d*autrc but, selon moi, que de chercher à provoquer au plus tôt une solution. Pour chercher ù expliquer sa conduite que l'histoire jugera, le gouvernement français voudrait qu'une abdication précédât le retour de Tarmée, et qu'ainsi il lui fût possible de procéder seul à réorganiser un nouvel étal de choses capable d'assurer ses intérêts et ceux de ses nationaux. J'ai l'intime conviction que V. M. ne voudra pas donner cette satisfaction à une politique qui doit répondre, tôt ou lard, de l'odieux de ses actes et des conséquences fatales qui en seront la suite.

» Le discours de M. Seward, le toast à Romero, l'attitude du président, résultat de la couardise du cabinet français, sont des faits graves destinés à accroître les difficultés et à décourager les plus braves. Cependant j'ai l'intime conviction que l'abandon de la partie avant le retour de l'armée française serait interprété comme un acte de faiblesse, et l'Empereur tenant son mandat d'un vote populaire, c'est au peuple mexicain, dégagé de la pression d'une inlerventwn étrangêi^e, qu'il doit faire un nouvel appel. C'est à lui qu'il faut demander l'appui matériel et financier indispensable pour subsister et grandir.

» Si cet appel n'est pas entendu, alors V. M. ayant accompli sa noble mission, reviendra en Europe avec tout le prestige qui l'accompagnait au départ, et au milieu des événements importants qui ne manqueront pas de surgir, elle pourra jouer le rôle qui lui appartient à tons égards.

» Parti de Miramar, le 4 de ce mois, avec la résolution de m'embarquer à Saint-Nazaire, après avoir pris les ordres de S. M. l'Impératrice, j'ai été entraîné à ajourner de nouveau mon départ. Il fallait cette haute influence pour changer une détermination que mon dévouement me conseillait jcomme l'accomplissement d'un devoir.

» J'ai été vivement désappointé en apprenant que mes nombreuses dépêches des mois de juin et juillet ne sont pas parvenues à V. M. en temps opportun. Mises sous le couvert de Bombelles et accompagnées de longues lettres écrites à cet ami dévoué pour être communiquées à V. M. j'étais loin de prévoir son départ du Mexique. Elles ont perdu aujourd'hui tout l'intérêt qu'elles empruntaient aux événements si imprévus qui se succédaient si rapidement alors. Je

regrette surtout ce fâcheux incident s'il a pu un instant éveiller dans Tesprit de V. M. des doutes sur mon incessant désir de remplir fidèlement mon devoir.

» £n traversant l'Autriche, j'ai pu constater le mécontentement général qui y règne. Rien n'est encore fait, l'Empereur est découragé, le peuple s'impatiente et demande publiquement son abdication, — ses sympathies pour V. M. se communiquent ostensiblement à tout le territoire de l'empire. En Vénélie, tout un parti veut acclamer son ancien gouverneur ; mais quand un gouvernement dispose des élections sous l'empire du suffrage universel, il est facile de prévoir les résultats.

» Le choléra sévit dans toute l'Europe avec une extrême violence et fait partout de nouvelles victimes.

» D'après les derniers ordres de V. M. j'expédie par ce courrier un télégramme chiffré à Rosas, pour avertir V. M. de l'arrivée du général Caslelnau et du désaveu donné à Osmont et Priant.

» J'ai appris par G que l'attitude douteuse prise à Paris par

2,146 devenait chaque jour plus publique. Depuis quelque temps il comble d'égards et d'argent le jeune Salvador, qui lui-même ne comprend rien à ce changement. Je crois nécessaire de reprendre le jeune homme près de moi, en attendant la fin de ses vacances.

» L'état de santé de l'empereur N préoccupe vivement l'Europe

entière. Son départ pour Biarritz semble définitivement ajourné ; on assure qu une diabète sucrée vient compliquer l'inflammation de vessie qui le fait souffrir ! ! ! Quant à S. M. l'impératrice Charlotte, au milieu de ses fleurs qui font de Miramar un jardin enchanteur, elle brille de tout l'éclat d'une santé parfaite.

» J'ai l'honneur d'être,

» Sire,

» de V. M. le très-humble, très-dévoué et irès-fidèle serviteur et sujet

» F. ËLOIN.

» Bruxelles, 47 septembre 1866. »

Enfin» M. de Castelnau n'était point encore arrivé à Mexico que déjà le but de sa mission était connu. On en parlait jusque dans les camps, et dans celui du général Porfirio Diaz le journal républicain s'exprimait en ces termes :

u Castelnau ne fait pas mystère de son importante mission : il dit apporter l'ordre de faire abdiquer Maximilien. On prétend qu'à la

chute du prince autrichien surgira une convention conclue d'avance entre les cabinets de Washington et des Tuileries, sur la dette française. On comprendra que l'abdication volontaire ou forcée de Maximilien est inévitable; les démarches de la France sont bien connues, et le soleil de la nouvelle année verra briller les armes triomphantes de la République sur tout le territoire mexicain. »

L'Archiduc ne jugea pas à propos d'attfudre le messager des Tuileries. 11 avait cependant envoyé à ?a rencontre le capitaine Pierron, chef de sou cabinet. Celui-ci avait dépensé dans ce voyage la somme de 6,615 francs, ce qui, pour une distance de 93 lieues, élevait les frais de chacune d'elles à 71 fr. 13 c. Dans l'état de pénurie où se trouvait alors le trésor c'était faire les choses impérialement, et l'on pouvait en augurer qu'il avait hâte de se trouver face à face avec Taide-de-camp des Tuileries; mais par suite de la mobilité bien connue de son caractère, il avait encore une fois changé d'idée, et le 21 octobre à 2 heures du matin, il prenait la route d'Orizaba sous l'escorte de trois escadrons de hussards autrichiens.

- IWH —

Arrivée du général Ga45telnau à Mexico. -- Situation. — Articles de journaux. — Mission de M. Campbell et du général Sherman. — Manifeste d*Orizaba.

L'archiduc, parti de Chapultepec le 21 octobre, à deux heures du matin, rencontra le général Castelnau à Ayotla, petit village situé à 8 lieues seulement de Mexico. Il n'y eut pas d'entrevue, mais un simple salut, formule batiale derrière laquelle Maximilien s'imagina qu'il avait abrité suffisamment l'impolitesse de son brusque départ, et le général arriva dans la capitale le lendemain, 22, à raidi.

L'état dans lequel M. de Castelnau trouva l'esprit public défie toute description. Le départ si précipité du prince avait porté à son paroxysme le plus élevé le malaise déjà si grandde l'opinion et Tanxiété publique. On voulait absolument y voir une résolution politique et les imaginations le considéraient comme le prélude d'une abdication. Les craintes s'étaient encore accrues à la suite des bruits qui annonçaient la démission des ministres. Puis la réflexion et de plus amples renseignements étaient venus jeter un peu de calme sur l'eftervescence causée par les exagérations du premier moment. On avait su qu'après avoir refusé d'assumer la responsabilité de la situation en l'absence du maître, les membres du cabinet avaient consenti à garder leurs portefeuilles, sur la promesse que l'excursion d'Orizaba serait de courte durée. Cette double espérance avait quelque peu atténué l'eflet produit par ce départ intempestif, et fait taire, au moins en partie, les suppositions auxquelles il avait donné lieu. Mais l'inquiétude qui travaillait depuis quelques semaines la population restait toujours la même, et dès ses premiers pas dans les rues de la capitale, l'aide de camp des Tuileries avait pu reconnaître facilement qu'il personnifiait pour ainsi dire aux yeux de tons une espérance suprême.

L'archiduc, se deinaudait-on, en dépit des explications du journal officiel, avait-il quitté la capitale sans esprit de retour, et devait-on considérer son départ comme une abdication? — A ces questions qui étaient sur presque toutes les lèvres, deux journaux répondirent le 23 au matin; mais leurs déclarations étaient tellement difficiles à concilier entre elles, que loin de mettre un terme à l'incertitude, elles ne firent qu'y ajouter un élément de plus.

Le premier article, celui qui devait naturellement causer le plus de sensation, à cause des attaches du journal, parut dans les colonnes de Y Estafette, et annonça en ces termes, rinauguration d'un régime nouveau.

« ... On nous assure qu'avant de laisser la eapilalc, l'Empereur a chargé le maréchal Bazaine de la haute direclion des affaires publiques, administratives, civiles, politiques et militaires. La plupart des membres du cabinet, qui avaient offert leur démission samedi soir, auraient, dit-on, consenti'à garder leurs portefeuilles sous la présidence du maréchal, qui se trouverait ainsi chargé de la lieutenancegénéralc de l'Empire. Nous avons lieu de croire ces bruits très-fondés^ quoiquHl n'ait encore paru, à ce sujet, aucun acte officiel,

» Certes une plus lourde tâche, une plus grave responsabilité est rarement échue à un homme d'État. L'Empire est en feu, le Trésor public épuisé, la confiance dans l'avenir profondément ébranlée, l'armée nationale insuffisante, l'opinion publique à peu près déconcertée. Qu'on ajoute à ces difficultés mexicaines les intérêts et la vie des résidents français à sauvegarder, l'influence future de notre pays à maintenir sur ce continent, nos alliés à protéger, et, au milieu de tant de complications fâcheuses, l'évacuation à préparer -- voilà l'œuvre à mener à fin. Rude besogne dont l'accomplissement serait fort compromis si elle était confiée à d'autres mains.

» Dans cette circonstance suprême, la France attend de nous tous concorde, abnégation et aide réciproque. »

D'autre part, le rédacteur de la Pdtria, organe du ministère, s'exprimait ainsi :

« Dès que le Diano del Imperio a annoncé le voyage de S. M. à Orizaba, l'opinion publique s'est émue et il s'est formé des conjectures diverses, que chacun développe et motive à sa façon. La situation se prêle à ces dift'érentes appréciations. Hier, après le départ de S. M., l'inquiétude a encore augmenté, et chacune des conjectures primitives a paru prendre une plus grande vraisemblance. Les

esprits sont soupçonneux et craintifs, ce qui n*a rien d'étrange ; c'est IWet de toutes les crises politiques ou sociales. Laissons chacun discourir, conjecturer et prouver à sa façon ce qu'il craint ou ce qu'il désire. Nous nous en tenons à ce qui est certain.

» La Vérité est que nul fait politique venant de rintervention et encore bien moins de la révolution n'a déterminé le départ de l'Empereur. La vérité est qu'il continue à gouverner avec son ministère» comme pendant ses fréquents voyages à Cuernavaca, aussi bien que pendant les autres excursions qu'il a faites, soit à Orizaba môme, soit dans l'intérieur. La vérité est que M. le maréchal Bazaine est en bonne intelligence avec l'Empereur ; que S. E. était nriôme d'avis que S. M. ne quittAt pas la capitale, et qu'il promet la coopération de ses armes, pour soutenir les mesures du cabinet et aider à la pacification. La vérité est que S. M. n'a point parlé avec le général Castelnau, ni reçu aucune communication touchant l'objet de la mission qu'il apporte ; avant-hier même, l'Empereur étant arrivé à Ayotla vers midi, M. Castelnau, qui arriva peu après, ne put parler à S. M. qui se trouvait sous le coup de la pèvre dont l'accès s'était déclaré à une heure, comme les jours précédents. La vérité est enfin que S. E. le chef du cabinet, d'abord seul, puis avec M. le ministre de l'intérieur, a eu une conférence avec M. le maréchal Bazaine, et que S. E. leur a fait les offres et les protestations les plus satisfaisantes, d'appuyer leurs mesures et de soutenir l'Empereur et son cabinet, dans leur plan de pacification et d'a*Jministration. Tels sont les faits qui coïncident avec le départ de l'Empereur.

» Où est le fondement de ces alarmes, de cet effroi des uns, de cette joie des autres? Les faits ne tarderont pas à faire évanouir ces imaginations. Ce qui se passe ne comporte pas tant d'anxiété. Qu'on prenne en considération que l'Empereur s'absente souvent de la capitale; qu'il a de graves affîaires en Europe; qu'à Orizaba, il pourra recevoir plus vite les dépêches qu'on lui annonce, relatives à ces mêmes affaires ; que de là également, il pourra expédier, dans un plus bref délai, ce qu'il lui importera d'envoyer en Europe. Il n'est pas improbable non plus que, sous ce climat qui lui plaît tant, . il trouve l'amélioration de sa santé, fort ébranlée depuis longtemps et altérée plus profondément encore par l'énorme chagrin que lui ont causé les nouvelles de son auguste et noble épouse. Quiconque a eu des chagrins et des aff'aires de gravité ne s'étonnera pas de voir chez S. M. cette inquiétude et ces déterminations.

» Un homme qui se retire ne règle pas, n'entame pas surtout des affaires aussi graves et aussi délicates que celle dont S. M. s'est occupée au moment de partir. Le 20 courant, quelques heures à peine avant de monter en voiture, S. M. a nommé M. Antonio Moi?an

(ministre du tribunal suprême) commissaire impérial spécial, pour assister aux assemblées des prélats diocésains déjù presque tous réunis dans la capitale, ù l'effet de traiter l'importante et essentielle affaire du concordat : l'Empereur a en même temps recommandé que les délibérations commençassent hier ou aujourd'hui. De telles affairés ne se traitent pas, ne s'entament pas au moment de partir, de quitter un gouvernement, d'abdiquer, de faire en un mot tout ce qu'on s'imagine et tout ce qu'on raconte dans le public.

» En résumé, à moins que les imaginations ne se plaisent à remuer les possibilités de l'avenir pour se créer des motifs d'inquiétude, le présent n'offre rien à craindre, rien à attendre d'extraordinaire, absolument comme si S. M. n'avait point fait un pas hors de son palais. »

Le public en était là, et chacun se demandait laquelle de ces deux explications si divergentes se rapprochait le plus de la vérité, quand le journal officiel intervint tout à coup dans la querelle et adressa au rédacteur de V Estafette le communiqué suivant :

Ministère de V Intérieur.

« Mexico, 23 octobre i866.

» Monsieur le rédacteur de Y Estafette,

» Par ordre de S. E. M. le ministre de l'intérieur, je viens vous dire que votre article d'aujourd'hui contient des assertions absolument fausses, relativement aux nouvelles qui vous ont été données, d'après lesquelles S. Ë. M. le maréchal Bazaine serait resté chargé par S. M. l'Empereur de la haute direction des affaires publiques, administratives et politiques, les ministres de S. M. demeurant sous la présidence du maréchal , et S. E. se trouvant chargée de la lieutenance générale de l'Empire. Loin de là, S. E. le maréchal, dans l'exercice des attributions qui lui appartiennent uniquement, en raison de son haut rang militaire, et sur la recommandation spéciale de S. M. l'Empereur, à son départ de celte capitale pour Orizaba, a offert au ministère d'appuyer ses mesures, en tout ce qui sera en son pouvoir, pour que la marche administrative suive son cours , comme cela a eu lieu pendant les divers voyages de S. M.

» Comme les fausses assertions susdites sont très-alarmanteç,

ainsi que loul l'arliclo qui les renferme, le gouvernement de S. M. ordonne qu'un avertissement soit adressé au journal que vous rédigez, eonformément à la loi et pour les etfets qu'elle indique.

» Le sotiS'Secretairc de V Intérieur, » Antonio M. Vizcaino. »

Les termes de cette note paraissaient trancher la difficulté et ne coupaient court à aucun commentaire.

En effet, les instructions du général Castelnau étaient précises. Elles avaient pour but d'amener l'archiduc à abdiquer volontairement, et pour le cas où il s'y refuserait, de chercher un moyen détourné pour Ty contraindre; sans cependant avoir Taîr de le renverser publiquement. Quoi de plus naturel alors que de penser avec \ Estafette que Tarchiduc, prévenu à temps, et ne voulant pas étaler sa honte devant l'envoyé des Tuileries, eût chargé le maréchal Bazaine de la haute direction des affaires publiques? — C'était une trahison sans doute, mais au point où Ton en était arrivé, une trahison de plus ou de moins ne signifiait absolument rien; et M. de Kératry, sans prononcer ce mot hideux dans son apologie du maréchal, ne nie cependant aucun des reproches qui lui ont été faits à cet égard, et prétend en rejeter toute la responsabilité sur le général Castelnau.

Voici comment il s'exprime ;

« A dater de cette heure grave pour les destinées du Mexique (22 octobre 4866, date de l'arrivée du général Castelnau à Mexico), la responsabilité morale du général Bazaine cessait totalement. L'opinion publique a été égarée à dessein quand on a prétendu faire peser sur le général en chef le poids des résolutions prises, des actes commis dans ce pays lointain. A partir de l'arrivée de l'aide-dccamp de Napoléon III... le maréchal ne restait plus qu'un chef militaire entièrement subordonné aux pleins pouvoirs discrétionnaires de l'envoyé de Napoléon III, au contrôle du simple général de brigade investi par le souverain d'une confiance illimitée en prévision de toutes les éventualités. Le général en chef continuait de parler et d'agir en son propre nom ; mais il ne conservait plus qu'une liberté d'action illusoire, car son initiative s'efTacaît au moment de Taction. Seulement, une fois les faits accomplis, il devait en endosser forcéhuent la responsabilité, puisque le général Castelnau restait la pensée

secrète, tandis que lui était le bras apparent. Ëh bien ! nous n'hésitons pas à le dire, du jour où la politique du gouvernement français s*est annoncée équivoque^ où les instructions officielles se sont heurtées contre les instructions officieuses, où cette politique ne s*est plus inspirée que de sous -entendus ; à Theure où, en un mot, la pleine confiance de TEmpereur des Français s'est reportée avec éclat de la tête du général en chef sur celle de Taide-de-camp impérial, le maréchal Bazaine a commis une faute dont il porte la peine; car il s'est fait responsable, devant le tribunal de la France et de l'Europe, des actes qu'il n*a pas conçus, mais auxquels il a paru s'associer en obéissant militairement. A notre avis, pour le général en chef, à qui il répugnait de renverser brutalement le trône qu'il avait aidé luimême à élever depuis quatre années, le jour était venu de briser son épée. »

Puis l'accusation devient directe, et les faits qu'elle raconte sont si graves que je préfère en laisser à M. de Kératry toute la responsabilité.

« Au premier plan des instructions du cabinet français, se dessinait un programme très-net, l'abdication de Maximilien. L'altitude de notre gouvernement, en enlevant tout appui à la cause impérialiste, avait déjà préparé de longue main et devait faire espérer le succès de ce projet. S'il eût réussi, il est certain qu'il eût prévenu cette longue agonie qui a ensanglanté Querétaro. « Si Maximilien » vient à abdiquer,, mandait-on de Paris, on devra réunir un Con- » grès, surexciter l'ambition des différents chefs qui tiennent la » campagne, et faire décerner la présidence républicaine à celui » d'entre eux, Juarez seul excepté, qui consentira le plus d'avantages » sérieux à l'Intervention. »

» La chute prochaine du trône laissait la place libre à toutes les combinaisons gouvernementales et au prompt rapatriement du corps expéditionnaire, que rien n'allait plus retenir, une fois les intérêts de nos nationaux garantis. Or, pour obtenir cette garantie, on avait pensé à Paris que le meilleur moyen, conseillé par la longue lutte et le succès des libéraux, était d*aider à la restauration du fauteuil présidentiel, que nous avions vainement tenté de renverser, effort qui nous avait coûté tant d*or et de sang inutiles.

» Le cabinet des Tuileries avait par anticipation une telle certitude de l'écroullement prochain du trône mexicain, que, sans perdre de temps, il avait déjà secrètement invité ses diplomates à nouer des relations avec Ortéga, l'ancieq défenseur de Puebla, qui s'était

échoppé de nos mains G*n 1863, malgré sa parole donnée, et qui, depuis cotle époque, nous faisait une guerre acharnée, guerre d'ambition toute personnelle. »

Il n'en était pas de même aux Etats-Unis. Le cabinet de Washington n'avait reconnu jusqu'alors que M. Juarez en qualité de président de la République mexicaine, et il n'entrait pas dans ses vues de se rendre agréable à celui des Tuileries en en reconnaissant un autre. Dès qu'il eût reçu avis officiel du départ de M. Gastelnau, il accrédita de son côté M. Lewis. D. Campbell auprès du gouvernement mexicain : il lui adjoignit le général Sherman pour l'assister dans sa mission, et lui intima dans ses instructions datées du 22 octobre 1866 de ne reconnaître d'autre autorité que celle de M. Juarez.

Maximilien apprit en même temps par les journaux américains la nomination de M. Campbell et le contenu de la lettre de M. Eloin. Cette nomination et cette lettre le prirent à l'improviste. Il s'imagina, je ne sais trop pourquoi, qu'il y avait une entente spéciale entre les cabinets de Paris et de Washington pour le sacrifier au président, et se promit, in petto, de déjouer leurs espérances. Mais avant d'aborder ce nouveau changement de front, il nous faut revenir un instant à Mexico.

J'ai parlé plus haut d'une convention conclue le 30 juillet 1866, entre MM. Dano et Luis de Ârroyo, au sujet d'une délégation accordée au gouvernement français sur le revenu des douanes du Mexique.

L'article i 61* de cette convention, amendée souverainement par le cabinet de Paris, portait qu'elle commencerait à recevoir son exécution le 1er novembre suivant.

Le 1^1* novembre donc, M. de Maintenant, inspecteurgénéral des finances détaché au Mexique, adressa à M. de Pereda, ministre des aiSaires étrangères, une note ayant pour but de le prévenir :

10 Que le chef du gouvernement français avait décidé, dans sa haute sagesse, que la Convention signée le 30 juillet précédent serait mise en vigueur à partir du 1er novembre

2o Que le gouvernement mexicain n'avait fait aucune

réponse à la communication qui lui avait été adressée à ce sujet par le ministre de France.

3® Que, par suite de ce silence, Tautorîté française avait pris des mesures, à la date fixée, pour assurer l'exécution d'un traité qui restait Tunique gage des créanciers du Mexique.

En conséquence, il lui demandait de bien vouloir s'entendre avec lui sur les questions de détail destinées à assurer Texécution de ce traité.

M. de Pereda, ne comprenant rien à cette note, écrivit de suite à M. Dano pour lui dire que M. de Maintenant s'était probablement trompé, attendu que le gouvernement mexicain n'avait rien ratifié de semblable, et le lendemain, il reçut du ministre de France la note qui va suivre :

Légation de France au Mexique.

ce Mexico, 3 novembre 1866.

» Le soussigné, E. E. et M. P. de S. M. l'Empereur des Français, a reçu la note, en date d'hier, que M. le S. secrétaire d'Ëtat des affaires étrangères lui a fait l'honneur de lui adresser touchant TexécutioD de la Convention du 30 juillet dernier, concédant au gouvernement de TEmpereut* Napoléon une délégation sur les douanes mexicaines.

» Le soussigné s'empresse de répondre à M. de Pereda que M. de Maintenant, inspecteur générai des fmances, n'a commis aucune erreur, en prévenant le gouvernement de l'Empereur Maximiiien des mesures prises par les autorités françaises pour l'exécution de la convention précitée, à partir du 1®>^ courant.

» Ces mesures mt été arrêtées dans une conférence tenue entre les agents qui représente^U ici^ à divers titres, le gouvernement de Vempereur Napoléon.

» C'est le cabinet mexicain qui commet une erreur, et le soussigné s'en étonne. L'acte du 30 juillet n'a besoin d'être revêtu d'aucune formalité pour devenir exécutoire. M. le sous-secrétaire, chargé du ministère des affaires étrangères ne doit pas ignorer que V obligation d'éclianger les ratifications introduites dans un contre projet du plénipotentiaire mexicain en a été absolument écartée par le plénipotentiaire français,

» Dans l'acte définitif, non-seulement il n'est pas fait mention de

Tobligation de cet échange; mais le contraire est formellement stipulé à Tart. 7 ainsi conçu :

« Les obligations ci-dessus seront soumises à Tapprobalion de » Tempereur des Français et applicables à partir du jour désigné » par S. M. »

» C*est en vertu de ce droit indiscutable, que Tempereur Napotéoo a décidé par un décret, en date du 12 septembre dernier, inséré au Mmiiteur officiel que :

« Une convention relative à la délégation accordée sur les recettes » des douanes du Mexique ayant été signée à Mexico, le 30 juillet » 1866, et ayant son approbation, recevrait son entière exécution à » partir du 4" novembre de la même année. »

» Le 48 du mois passé, le soussigné a, de son côté, officiellement annoncé cet avis à M. de Pereda (4), en le priant de faire transmettre les ordres nécessaires aux administrateurs des douanes.

» Je le lui ai renouvelé depuis, en ne lui laissant pas ignorer quelles seraient les conséquences d'un retard. Les autorités françaises, ne recevant aucune réponse, et le temps ne leur permettant pas d'attendre, ont donné à leurs agents douaniers l'ordre de procéder à l'exécution de la Convention, convaincus, du reste, que leurs droits ne pouvant être méconnus, les agents douaniers mexicains recevraient des ordres identiques.

» Le soussigné espère, etc.

» Alp. Dano.

» M. J. M. de Pereda, S. secrétaire chargé du ministère des afiaires étrangères. »

Une pareille note, dans la situation où se trouvait le malheureux empire du Mexique, se passe aisément de tout commentaire. Le gouvernement mettait lui-même en pratique les recommandations quMl avait faites à M. Dano, au sujet des réclamations françaises (2), et pour ceux qui connaissent les allures du bonapartisme, il n'y a rien d'étonnant à

(4) Cette communication manque au dossier. En revanche, il y a en tête une note ainsi conçue :

ce La première partie de ce dossier a été transmise au Conseil » d'État, le 24 octobre 4866. »

(2) Statuer en compagnie des commissaires mexicains, chaqne fois que ces derniers consentiraient à se prêter à leurs exigences,, et dans les cas contraires isolément.

cela. C'est, en effet, de cette manière qu'il a procédé pour la paix de Villafranca, où le roi d'Italie n^a été appelé à donner sa signature, uniquement pour la forme, que sur des préliminaires arrêtés à l'avance entre son puissant allié et Tempereur François-Joseph. M. Louis Bonaparte ne se contente donc pas, comme Mahomet, d'être le prophète de Dieu, il usurpe parfois le rôle d'une Providence qu'il a créée à son image particulière, et se charge ensuite, en qualité de prophète de ce Dieu improvisé, de faire exécuter par ses satellites les décisions qu'il a lui-même dictées.

M. Louis Blanc, en parlant de l'entrevue qu'il a eue avec ce personnage sinistre dans la forteresse de Ilam, a dit, si je ne me trompe, qu'il avait alors la monomanie de Vempire. iMonomanie c'est bien le mot. Mais à côté de cette passion qu'il prétendait tenir du senatus consulte de l'an Xli, et derrière laquelle pourraient s'abriter de même aujourd'hui tous les princes de la maison de Bourbon, ceux de la branche aînée et ceux de la branche cadette, pour réclamer le domaine utile d'un pays dont les habitants ne savent pas même s'ils existent, il possède un autre genre de folie, celle du MOI, et celle-ci n'est certainement pas la moins développée. A force de se perdre dans la contemplation égoïste de ce qu'il appelle si plaisamment son étoile, ce personnage jusqu'alors ridicule, ce maniaque, ce fou, a fini par se persuader que la France d'abord, puis l'Europe, puis l'univers entier, avaient été créés tout exprès pour être soumis à ses caprices, et c'est aux exigences de cette idée grotesque qu'il faut attribuer toutes les bévues de ce règne sans nom, depuis la guerre de Crimée jusqu'à la spécula^ tion du Luxembourg. L'histoire racontera un jour tout ce qu'il y avait de personnalité dans cet orgueil immense panaché de sottise et de trahisons. Je me contente de constater le fait et ne veux pas sortir de la question du Mexique. Là, tout a été bonapartiste, je veux dire anti-français, depuis la pensée première de l'aventure jusqu'à la fin de l'expédition. Maximilien le savait, voilà son crime : je ne dirai pas seulement envers la France, envers le Mexique, mais envers l'humanité tout entière. Pour contraindrei l'histoire à s'occuper de lui, cet enfant perdu de la maison de

Loi^raine, enté par le hasard sur celle de Hapsbourg, et qui, ne se croyant sans doute pas assez noble, se donnait pour un descendant de Charles-Quint, avait accepté la mission de poursuivre au Mexique la politique liberticide des Tuileries. Il n'y a rien d'étonnant à cela. Erostrate a brûlé le temple de Delphes dans le même but, 356 ans avant l'ère nouvelle, et a réussi par ce moyen à sauver son nom de Toubli. Chacun est donc libre de courir à la postérité par le chemin qui lui convient le mieux. Celui-ci par le feu, cet autre par le Mexique. Mais en acceptant d'être le mandataire, le préfet, Thomme-lîge en un mot, de M. Bonaparte, et nous avons vu qu'il n'a jamais été que cela, Maximilien ne devait pas songer à garder le pouvoir au delà du terme fixé d'avance dans les décrets de la Providence du !2 décembre. Ce jour arrivé, il devait s'en retourner tranquillement à Miramar de la même manière qu'en i814 les préfets de Bruxelles, d'Aix-la-Chapelle, ou du Mont-Blanc se sont retirés chez eux après la chute du premier empire. Malheureusement, ainsi que je l'ai déjà dit, il avait de temps à autre «la velléité de se prendre au sérieux, et cette velléité devait le perdre. Il s'était figuré bien à tort qu'en acceptant la couronne du Mexique il était devenu un des rouages indispensables de la politique napoléonienne, et que le chef de la race, tout en ayant Tair de le sacrifier afin de mieux tromper le gouvernement de Washington ne l'abandonnerait cependant jamais. Ainsi s'expliquent la pensée d'abdication du 7 juillet si facilement étouffée par l'intervention de la princesse Charlotte et le départ précipité de cette dame pour Paris où elle espérait aplanir en un instant toutes les difficultés. Ainsi s'expliquent encore le voyage de l'archiduc à Orizaba, les nouveaux bruits d'abdication qui en ont été la suite, et son refus de recevoir le général Castelnau dans le but de pouvoir, en temps et lieu, se faire un mérite de ce désititéressement affecté et mettre à prix le retrait d'une abdication à laquelle il n'avait jamais pensé sérieusement.

Mais après avoir lu la lettre de M. Eloin dans les journaux des États-Unis, il comprît pour la première fois les véritables motifs du double refus opposé aux demandes de l'ar-

chiduchesae et les conditions impérieuses que venait lui signifier le général Gastelnau. Il se vit joué; traité comme un enfant; pis que cela, cassé aux gages comme un laquais dont les services ne sont plus utiles à rien. Alors ses idées changèrent du tout au tout ; il se jeta sans réfléchir entre les bras du clergé et de son confesseur, le P. Fischer ; il promit aux généraux Marquez et Miramon de soutenir quand même la lutte avec eux, et pour rompre d'une manière plus éclatante avec son ancien protecteur, il fit publier la proclamation suivante dans le journal officiel du 6 décem** bre 1866.

<c Mexicains!

» Des circonstancos d'une haute gravité, se rapportant au bienêtre de Notre Patrie, et rendues plus sensibles par des malheurs domestiques, avaient produit dans Notre esprit là conviction que Nous dévions remettre entre vos mains le pouvoir que vous Nous aviez confié.

» Notre conseil des ministres et Notre conseil d'État, convoqués par Nous, ont été d'avis que le bien du Mexique exige encore que Nous restions au pouvoir. Nous avons cru de Noire devoir d'accéder à leurs instances, leur annonçant en môme temps Notre intention de réunir un Congrès national, sur les bases les plus larges et les plus libérales. Congrès auquel seront appelés tous les partis et qui décidera si l'empire doit continuer à l'avenir. Au cas d'un vote affirmatif, ce môme Congrès devra concourir à la rédaction de lois vitales, pour la consolidation des institutions publiques du pays. A cette fin, Nos conseillers s'occupent activement de Nous proposer les mesures opportunes. On fera en môme temps les démarches nécessaires pour que tous les partis se prêtent à un arrangement sur cette base.

» En attendant, Mexicains, comptant sur vous tous, sans exclusion de couleur politique. Nous nous efibrcerons de poursuivre avec courage et constance 1 œuvre de régénération que vous avez confiée à votre compatriote. .

» Maximilien.

» Orizaba, !«' décembre 1866. »

Franchement, c'était à n'y rien comprendre.

L'archiduc, en recevant trente mois auparavant des mains victorieuses de rintervention française un trône érigé par elle 91 loin de l'AUemagne, dans un pays où son nom était

entièrement inconnu, où, par conséquent» il n'avait aucun ami, aucun défenseur personnel, où même le parti qui l'avait appelé ne possédait aucun des éléments nécessaires pour mener son entreprise à bonne fin, Tarchiduc, je ne saurais jamais trop le répéter, avait accepté par ce seul fait une position subalterne, une sorte de vasselage qui lui retirait jusqu'à sa liberté d'action , et pour dégager oette liberté de l'étreinte puissante du maréchal Bazaine, il avait manifesté plusieurs ibis Vintention d'abdiquer.

Cette fois, on lui restituait ses promesses. On lui conseillait de signer un acte qui le remît publiquement en possession de lui-même et rendît à l'Intervention épuisée, sur les dents, cette espèce d'indépendance dont elle avait besoin pour masquer aux yeux de ceux qui se paient de mots les véritables motifs de sa retraite ; et loin de profiter de la circonstance, loin de se débarrasser d'un fardeau trop lourd à ses faibles épaules, voilà que son orgueil s'irrite : il lui prend fantaisie, ne fùt*ce que pour un mois, un jour» une heure, de jouer le rôle d'un véritable César, et pour contrarier les plans du maréchal, de convoquer à Mexico une assemblée de ce qu'il appelait les délégués de la nation, afin de s'entendre avec elle d'une manière définitive sur la forme du gouvernement à établir (I ).

En vérité, je le répète, c'était à n'y rien comprendre.

De quel droit, en eflet, Maximilien se permettait-il de convoquer une assemblée des représentants du pays?

Était-ce simplement à titre de mexicain ou bien en qualité d'Empereur?

Mexicain, il ne l'était pas; et quand bien même il l'aurait été, ce titre ne lui aurait jamais donné le droit qu'il s'arrogeait si gratuitement. Sa présence au Mexique avait été le prétexte , sinon le motif de tout ce que la réaction avait fait verser de sang depuis son arrivée, et quant à sa

(1) « Après une réflexion libre de toute influence d'esprit de parti ou de passions, après un examen long et consciencieux de la situation, nous sommes arrivés à croire qu'il pouvait être de notre devoir de rendre à la nation mexicaine le pouvoir qu'elle nous avait confié. »

(Lettre de Maximilien à M, Lares.)

qualité d^empereur , c^était justement ce qu'on lui refusait.

Personne ne devait donc répondre à Bon appel. Et quand je dis personne, il est bien entendu que je parle des républicains, car ils ne pouvaient pas se présenter sans reconnaître à la fois le droit qu'il s'était arrogé en prétendant les gouverner, et celui qu'il s'arrogeait encore en les convoquant. Dés lors, comme il savait parfaitement qu'aucun d'eux ne daignerait y répondre, on est obligé d'en conclure qu'il n'était pas de bonne foi.

La comédie n'en eut pas moins lieu.

Elle fut jouée à Mexico, en présence dumarécbalBazaine, le 44 janvier 4867, par une troupe composée des ministres de Maximjlien, de quelques conseillers d'État et d'un nombre excessivement restreint de dignitaires appartenant à l'armée et au clergé.

Mais comme il avait été impossible d'y attirer les républicains; comme les réactionnaires eux-mêmes, pour ne pas se compromettre davantage aux yeux de leurs compatriotes, n'avaient pas jugé prudent de s'exposer aux dangers de la route, il ne s'y trouva en tout que 33 comparses.

On y discuta la question de l'empire et l'on se demanda si l*on pouvait, oui ou non, en assurer Texistence.

Là dessus, les ministres de la guerre et des finances firent soutenir par leur collègue le ministre de l'intérieur, qu'ils possédaient assez d'bommes et d'argent pour le soutenir, même par les armes.

Après lui le maréchal Bazaine réfuta point par point, au nom d'une expérience chèrement acquise , l'opinion de ce membre du Conseil. Il reconnut que la plus grande, la plus importante portion du pays, était entre les mains des défenseurs de la Constitution ; qu'une autre partie, dominée pour le moment par les forces A-anco-mexicaines, était tellement favorable aux républicains qu'il n'hésitait pas à en regarder les habitants comme de véritables ennemis; et que le reste n'était ni assez riche, ni assez peuplé, pour fournir en hompies et en argent les* ressources dont le ministre venait de parler.

Voici, d'après VÈre nouvelle du 18 janvier 4867, les nonis des convoqués et l'opinion de chacun :

MM. Lares, Lacunza, maréchal Bazaine, Marin, Garcia Aguirre, Mier y Teran, Canipos, Pereda, général Marquez, Murphy (sous-secrétaire de la guerre), Almazan, Luis Mendez, Manuel Cordero, Esteban Villalba, Cortés y Esparza, Bonifacio Gutierrez, Robles Pezuela, Fonseca, Sarabia, Iribarren, Hidalgo y Teran, Aranjo y Escandon, Orozcoy Berra, Linares, Hernandez, Victor Ferez, Lopez Portillo, Tomas Murphy, général Portilla, général Galindo, l'archevêque de Mexico, l'évêque de San Luis Potosi, Sanchez Navarro, le révérend Père Fischer, Vidaurri, et Manuel Lizardi.

En tout 36 personnes pour décider d*une chose aussi grave ; et encore il faut en retrancher le maréchal Bazaine, le général Vidaurri qui ne répondit pas à l'appel de son nom, et M. Lizardi qui se récusa lui-même sous prétexte qu'il était étranger.

Il restait en tout 33 votants dont il faut maintenant faire connaître l'opinion et pour cela j'abandonne la parole au rédacteur de VÈre nouvelle.

Voici comment il s'exprime dans son numéro précité :

c< De même qu*à Orizaba, M. Lares présidait rassemblée au nom de Tempereur. Après avoir ouvert la séance , il posa en ces termes la question à résoudre :

a Dans les circonstances actuelles du pays, et en vue des chiffres présentés par les ministres de la guerre et des finances, le gouvernement impérial doit-il et peut-il entreprendre la pacification? »

» M. le ministre de Tintérieur lut alors une liste des départements restés fidèles à Tempire , et exposa les données fournies par le département de la guerre et celui des finances.

» De ces données il résultait que le Trésor comptait pour le moment sur une recette effective de il millions de piastres. Une fois les départements de San Luis, Zacatecas et Jalisco recouvrés, la recette s*élèverait à 23 millions. Elle atteindrait 36 millions, quand le bras du gouvernement impérial pourrait s'étendre jusqu'aux confins du pays.

» Le ministère de la guerre de son côté, comptait sur un effectif immédiatement disponible de 26,000 hommes.

» Cet exposé terminé, M. Lares demanda successivement Tavis de chacune des personnes présentes. Voici, en quelques mots, le résumé de chacune des opinions exprimées por les membres de la junte :

» Le général Marquez pensait que le gouvernement devait entreprendre vigoureusement la guerre, attendu que les ressources dont il disposait, en hommes et en argent, étaient plus que suffisantes pour le but à atteindre. Pourquoi, disait-il, se décourager? 11 est certain que les dissidents occupent des points de grande importance; mais ne sommes-nous pas habitués à occuper aujourd'hui les points qu'ils occupaient hier? N'est-ce pas là Thistoire constante de la guerre civile ?

» M. Murpby, sous-secrétaire de la guerre, était du même avis. Il considérait que les forces dissidentes n'étaient qu'un composé de bandes de voleurs.

» M. Marin se rangea également à l'opinion du général Marquez. Il ajouta que si le salut public l'exigeait, il voterait pour qu'un accommodement fût proposé aux républicains. Mais comme, par bonheur, le pays entier se montrait résolu en faveur de l'Empire, il cropit que le gouvernement devait poursuivre la guerre jusqu'à ce qu'on eût obtenu une pacification complète.

» M. Gracfa Aguirre croyait également que l'on devait pousser la guerre à tout prix. Si les soldats manquaient, il fallait employer le recrutement forcé ; si l'argent, on devait le prendre partout où on le trouverait.

» MM. Lares, Mier y Teran et La(*.unza répondirent affirmativement à la question posée à l'assemblée.

» M. le maréchal Bazaine lut un discours qui fut traduit par M. La* cunza. Il dit que, d'après Topinion de l'armée française qui avait parcouru tout la pays, la République était entrée dans les mœurs et la pensée de la plupart des habitants. Il avait eu sous ses ordres 40,000 soldats français et 20,000 mexicains; il avait eu à sa disposition toutes les ressources nécessaires; et il était convaincu que l'Empire serait la guerre et non la paix ; il croyait, en conséquence, que l'Empereur devait se retirer.

» M. Aranjo y Escandon opina comme le ministère, en appuyant son avis de citations historiques.

»> Les généraux Portilla et Galindo se prononcèrent pour la guerre à outrance.

» L'archevêque de Mexico se déclara incompétent. D'abord son ministère ne l'appelait pas à résoudre des questions de ce genre, puis il était hors d'état de contrôler les chiffres présentés par les ministères de la guerre et des finances.

» L'évéque de San Luis Potosi déclara qu'en recevant l'invitation d'assister à la junte, il avait cru qu'il s'agissait de traiter quelque question de morale. De même que son collègue, il se récusa. Mais il ajouta que le tableau qu'on avait fait des forces dissidentes était

inexact; parce qu'il connaissait nombre de chefs, qui étaient des hommes honorables et entourés d'estime.

» M. Hidalgo y Teran s'exprima dans le même sens que les deux préopinants.

» M. Sanchez Navarre appuya avec chaleur la continuation de la guerre.

»M. Iribarren, commissaire impérial dans les départements de Sonera et Sinaloa, partagea Tavis du ministère. Il déclara que, s'il avait abandonné Mazatlan et les départements qui lui étaient confiés, c'était parce qu'il avait cru que l'empereur avait abdiqué. Il considérait comme chose facile de recouvrer toute cette région.

» M. Sarabia, commissaire impérial de Dui^ngo, était d'avis que l'empereur devrait abdiquer, attendu que l'état de choses actuel ne pouvait se soutenir.

» M. Robles Pezuela exprima sa surprise de voir le ministre des finances compter sur une recette effective de il millions de piastres. Dans l'exercice de ses fonctions, comme commissaire impérial à Guanstjuato, il avait observé que les revenus, loin d'augmenter, avaient, au contraire, diminué d'une manière sensible. £n présence de cet état de choses, il ne croyait donc pas que l'empire pût se soutenir.

» Tel fut aussi l'avis de Af. Bonifacio Gutierrez.

» M. Certes y Esparza fit observer que la réunion était compo&éa d'éléments hétérogènes, et que les données précises faisaient défaut, pour résoudre la question proposée. Quels documents avait-on, pour vérifier l'exactitude des chiffres présentés? Les 11 millions dont on parlait existaient-ils bien réellement? N'y avait-il pas illusion? Les 26,000 hommes sur lesquels le ministère de la guerre croyait pouvoir compter étaient-ils des soldats ou simplement des hommes armés? Ëtaient-ils même réellement sur pied? Quelle était la personne présente qui pouvait répondre avec certitude, oui ou non, à ces questions? L'empereur et ses ministres étaient donc les seuls en état de prendre une résolution avec parfaite connaissance de cause.

» M. Certes y Esparza ajouta que, depuis quelque temps déjà, il considérait qu'il y avait pour l'empereur opportunité à se retirer. Il s'était exprimé en ce sens dans la Conférence d'Orizaba, et depuis lors, son opinion loin de changer n'avait fait que se confirmer. On disait que le pays était accoutumé à la situation où il se trouvait pour le moment. Cela éiait vrai ; mais quand il s'était rattaché à l'empire, c'était précisément parce qu'il croyait donner son adhésion à un ordre de choses dont la stabilité amènerait la paix et la prospérité nationale. Cet espoir ne s'était pas réalisé et il restait peu de ch^oces

de le voir réaliser désormais. L^orateur réitéra donc le voie qu'il avait émis à Orizaba.

y> M. Cordero développa les mêmes considérations. Il pensait qu'en poursuivant la guerre, Tempereur risquait de descendre au rang de chef de parti. Il croyait de plus que l'empire, en raison de sa nouveauté, comptait peu de partisans propres. Il se prononça pour l'abdication.

» M. Luiz Mendez partageait cet avis.

» M. Villalba lut un discours plein de véhémence contre les dissidents. Il termina en rappelant que l'empereur avait4)romis de ne pas abandonner les Mexicains, et il le conjura de tenir sa promesse.

w M. Victor Ferez releva différentes inexactitudes, dans la liste des départements fidèles à Tempire, qui avait été lue par M. le ministre de l'intérieur. Il cita certaines circonscriptions où le gouvernement ne possédait qu'un seul point, tandis que tout le reste était au pouvoir des dissidents. Il voulait que l'empereur connût toute la vérité et insista pour qu'on la lui dît. Il penchait pour l'abdication.

» MM. Linares, Lopez Portillo et Thomas Murphy appuyèrent la continuation de la guerre.

» M. Fonseca maintint l'opinion qu'il avait émise à Orizaba dans la commission chargée alors de décider si l'empereur devait ou non se retirer. Il était pour le maintien de l'empire, mais il considérait comme peu convenable que cette question fût remise chaque mois sur le tapis.

» Le révérend Père Fischer se prononça. pour la guerre de pacification.

» M. Almazanparla dans le même sens que l'avaient fait MM. Certes Esparza et Cordero.

» Enfin, MM. Orozco et Hernandez répondirent affirmativement à la question posée par M. Lares. »

Tout sommaire qu'îl est, ce compte rendu peut suffire à donner une idée à peu près exacte des sentiments manifestés par les conseillers de l'empire, et de la manière dont les voix se sont partagées. Je me contenterai seulement de dire que M. de Pereda n'a pas pris la parole. En revanche M. Aranjo y Escandon a reproché à haute voix au maréchal ce qu'il appelait ses fanfaronnades; mais comme les injures ne sont pas des raisons, le président se hâta de clore l'incident en passant au vote.

Sur les 33 acteurs qui se trouvaient en scène, 9 s^abstin* rent de voter; 17 se prononcèrent résolument en faveur du

maintien de l'empire et les 7 autres votèrent pour Tabdication.

Puis la toile tomba sur la farce jouée; les choses continuèrent comme par le passé, et Maximilien échangea son titre d'empereur contre celui de chef du parti clérical.

Je ne demanderai pas comment, à la suite d'un vote rendu par 17 individus nommés par lui, tous fonctionnaires de son prétendu gouvernement, dont quelques-uns mêmes étaient peut-être ses domestiques, l'archiduc a pu se croire le droit de rester dans un pays qui ne voulait pas de lui et d'y continuer la guerre civile. 11 faut, pour oublier la monstruosité de certains actes en les discutant, croire au moins à la bonne foi dç celui qui les a commis, et le prince autrichien n'était malheureusement pas dans ce cas.

Cette scène, jouée le 14 janvier 1867, dans le palais national de Mexico, était arrêtée depuis près de trois mois entre l'archiduc et les conseillers qu'il avait fait venir tout exprès à Orizaba, et si Ton songe au sang qu'elle a fait couler inutilement, on ne sait, en vérité, ce qui remporte chez elle du ridicule ou de l'odieux.

' Je prends seulement note de la déclaration du maréchal Bazaine, non-seulement parce qu'elle s'accorde, sauf les termes, avec les conclusions d'un discours prononcé par le général Forey, dans la séance du Sénat du 12 février J866 (1), mais parce qu'elle corcorde également avec les journaux réactionnaires de l'époque sur les forces des armées républicaines, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par l'article suivant du Mexican Times du 4 février

« Pour établir notre opinion sur la force des armées républicaines, disait ce journal, nous avons compulsé les colonnes de VÈre nouvelle, de la Sociedad, du Pajaro Verde, de tous les organes de l'Intervention, et nous y avons trouvé que les partisans de M. Juarez

(1) M. Forey a dit qu'au lieu de diminuer le nombre des troupes qui se trouvaient alors au Mexique, il fallait plutôt les augmenter, ce qui signifiait clairement que les Mexicains ne se montraient pas plus favorables à la cause de Tempire sous la férule de son successeur que sous la sienne.

occupent la plus grande partie du pays, qu'ils tiennent des garnisons plus ou moins nombreuses dans plus de cent villes, et que leurs détachements qui, pris en détail, ne paraissent quelquefois pas très-forts, atteignent, en en faisant le total, un chiffre qui n'a rien de rassurant.

Ainsi, le général Porfîrio Diaz a sous ses ordres immédiats plus

de 13,000 hommes.

Le général Alvarez, en y comprenant les corps de Pinzon et de Jimenez, commande à . . » . 9,000 »

Aureliano Rivera 1,200 »

Le général Corona 4,600 »

Carvajal, Rodriguez et Martinez 3,900 »

La garnison de Mazatlan se compose de. . . 600 »

Celle » Guaymas 350 »

» » Aguascalientes. 375 »

» » Tampico 450 »

Troupes détachées dans les États de Michoacan,

de Sonora et de Sinaloa. . 2,700 »

Id, dans ceux de Querétaro, Gua-

najuato,JaliscoetPuebla. . ' 10,000 »

Total. . . . 46,175

Et pour résister à ces forces, Maximilien ne possédait que les troupes casernées dans Mexico et dans Veracruz, dans Puebla et dans Queréiaro.

Décidémenîb, je le répète pour la troisième fois, c'était à n'y rien comprendre.

Encore MM. Campbell et Sherman. — Les Américains s'opposent au départ des Autrichiens de Trieste. -^ Propositions françaises faites à. Washington. — Départ de Farmée expéditionnaire. — Siège de Querétaro.

J'ai donné dans le chapitre précédent la date de la nomination de M. L. Campbell en qualité de ministre des États- Unis auprès de M. Juarez, et je me suis expliqué sur la nature de ses instructions. 11 me faut maintenant revenir sur ce fait et dire quels en furent les résultats.

M. L. Campbell, dont le nom ne se trouve mêlé en aucune manière dans la lutte gigantesque soutenue par les pionniers du Nord pour en finir avec la révolte des planteurs du Sud, est sans doute un fort honnête homme, et s'il ne s'agissait ici que de sa personne, je n'en parlerais probablement pas. Mais dans les temps de crise, comme ceux que traversait alors le Mexique, il ne suffit pas d'abriter sa nonchalance ou sa timidité derrière ses bonnes intentions, il faut encore savoir prendre résolument un parti, et quand on n'en a pas le courage, ou bien quand le labeur qu'on attend de nous répugne à nos sentiments personnels, il faut savoir également refuser l'emploi qu'on nous offre et ne pas se précipiter de gaieté de cœur dans une situation pénible ou tout au moins embarrassante.

Ainsi avait fait le général Logan. Désigné tout d'abord pour aller remplir ces mêmes fonctions auprès de M. Juarez, il avait reculé devant les conséquences d'une politique qui ne lui paraissait pas assez accentuée, et, sur son refus, M. Johnson s'était adressé à M. Campbell.

Celui-ci, plus maniable, avait accepté. Il s'était embarqué à New-York, le 12 novembre, avec le général Sherman, sur la frégate à vapeur Susquehannay qu'on avait mise à leur

disposition, et était arrivé à la Havane le 18 du même mois.

11 adressa de ce port deux dépêches confidentielles à M. Seward; la première^ en date du 21 novembre, pour lui faire part d'un entretien qu'il avait eu la veille, au sujet du Mexique, avec un M. Magruder, autrefois général dans l'armée confédérée; la seconde, du 23, pour lui annoncer son prochain départ pour Veracruz, où il irait mouiller à Sacrificios, c attendu, disait-il, que ses instructions ne Tau- » torisaient pas à prendre terre dans une ville occupée, au » moment de son arrivée, par les ennemis de la République 1 mexicaine. »

Le 1^1' décembre, il lui envoya deux autres notes, datées de nie verte, — la Isla verde, — près de Veracruz, pour lui annoncer qu'il avait jeté l'ancre à cet endroit, et lui transmettre le manifeste publié le même jour par Maximilien.

Ne jugeant point alors convenable de rester plus longtemps sur cette rade, il en partit le 2 au matin, et arriva le soir à Tampico, d*où il adressa une dépêche particulière à H. S. Lerdo de Tajada, ministre des affaires étrangères de M. Juarez, pour l'informer de sa présence au Mexique et du but de sa mission.

Il se rendit ensuite au Brazos de Santiago, où il eut une entrevue avec le général Ëscobedo; mais ayant appris dans ce port que Canales et Gortina occupaient la route qui conduit à Monterey, il ne jugea pas prudent de commettre sa personne aux hasards d'un voyage qui ne lui paraissait pas offrir assez de sécurité, et retourna à la Nouvelle-Orléans, d'où il adressa, le 24 décembre i866, une dernière dépêche à M. Seward, pour lui faire part de son retour aux Etats- Unis, et des motifs qui l'avaient engagé à revenir.

11 ne m'appartient certainement pas de me prononcer sur l'importance véritable des motifs invoqués pour justifier ce retour précipité; mais en me rappelant aujourd'hui le peu de valeur qu'ils me paraissaient avoir à cette époque : — « Ayant appris le même jour — 18 décembre — qu'Ortega, 1 se rendant des États-Unis au Mexique, avait traversé le 1 Rio-Grande, et que Canales et Cortina réuniraient prol)a- » blement les forces dont ils disposaient contre Escgù^^d^» » j'ai pensé qu'il ne serait pas prudent de me rendre à Mon*

> terey (i); »— j'ai regretté bien souvent depuis que la crainte d'exposer sa personne l'eût empêché de se rendre à son poste. D'ailleurs, Cauales et Cortina n'ont jamais appartenu sérieusement au parti de Maximilien. Presque perdus l'un et l'autre sur cette frontière du Mexique, ils faisaient parfois la guerre pour leur propre compte aux marchandises qui se rendaient de Matamoros à Monterey, et M. Campbell n'avait en réalité rien à craindre de leur présence. Mais puisqu'il avait si peur de les rencontrer, il pouvait les éviter en prenant par le Texas la route de San Francisco, où il aurait traversé le Rio Grande, et se serait rendu à Monterey en passant par Gamargo.

Toiitefois, je le répète, je ne suis pas le juge de sa conduite. Je constate un fait, rien de plus ; et si je suis entré dans quelques détails, c'est uniquement parce que ce fait a eu une influence fatale sur les événements qui l'ont suivi.

En effet, l'archiduc, devenu simple chef de partisans, et voulant recommencer lui-même la tâche ingrate entreprise inutilement par le maréchal Bazaine, ne s'était pas seulement condamné à vaincre partout, à vaincre toujours, il devait encore le faire avec ses seules ressources, et M. Moth* ley, ministre des États-Unis en Autriche, le rappela brusquement à la réalité de cette situation, en demandant ses passeports à M. de Beust, pour le cas où ce ministre de l'empereur François-Joseph aurait autorisé, au mois de novembre i866, le départ des volontaires autrichiens enrôlés par les agents de Maximilien dans les États de son frère et avec le consentement de ce dernier.

La question se posait ainsi, à deux ans d'intervalle, sur le terrain où déjà, en 1864, elle s'était posée au sujet de la Belgique, avec cette différence, toute à l'avantage de M. de Beust, que l'empire d'Autriche existait par lui*même, et

(d) c( 071 the same day, ascertaining Ihat Ortega had crossed the Rio Grande from the United States into Mexico, and that prohably Ca^ nales and Cortina with their forces, would unité against Escobedo^ I deêmed il improper to proceed in the direction of Monterey. »

Dépêche de M. Campbell à M. Seward, en date du 24 décembre 66. — No 7.

non par une convention qui en avait proclamé à Tavance la neutralité. Cependant, ce ministre ne fit pas comme M. Chazal ; il s'arrêta devant la crainte d'exposer son gouvernement aux conséquences d'un conflit avec celui des États-Unis» et ce fait, inaperçu dans le temps, suffirait à lui seul pour nous édifier sur les véritables motifs de la conduite tenue en 1864 par le ministre belge.

L'archiduc se trouva donc privé d'un renfort de 6,000 hommes, qui lui aurait grandement servi, j'en conviens, pour continuer la guerre civile, mais qui n'aurait pourtant retardé sa chute que de quelques mois; et s'il ne se retira pas à la nouvelle dé ce nouvel échec , ce fut, ainsi qu'il Ta déclaré lui-même, c parce qu'il ne voulait pas ternir la gloire de ses aïeux. •

Cette phrase redondante, mais creuse et sans miséricorde, en dit plus sur le caractère deMaximilien que je ne pourrais le faire en dix volumes. D'après lui, la gloire de ses aïeux était intéressée à ce qu'il ne se retirât pas de la lutte sans essayer lui-même des hasards de la bataille. J'accepte cette prétention : mais il ne pouvait affronter ces hasards qu'à la condition de faire tuer inutilement des hommes, je parle ici des .simples soldats, qui n'avaient en définitive rien à gagner à ce qu'il fût ou ne fût pas empereur; donc, pour me servir de ses propres expressions, la gloire de ses aïeux était intéressée à ce qu'il fît tuer tout ce monde pour soutenir ses prétentions insensées, et plus il allait en faire tuer, plus il allait également ajouter de gloire à la gloire de ses nobles aïeux.

La puissance suprême est faite ainsi. Elle a eu de tout temps le maudit privilège de fausser l'esprit de ceux qui en ont été revêtus; de corrompre leurs âmes, d'éteindre en eux tout sentiment de justice, de générosité, de respect humain; et c^est à peine si, depuis le commencement des monarchies, l'histoire nous offre une douzaine de princes véritablement justes, véritablement bons. Sénèque ne comprenait pas la gloire de la même manière que Maximilien : < La gloire, c disait-il, est à la vertu ce que l'ombre est au corps; » mais pour être souverain, on n'a pas besoin d'avoir étudié Sénèque, et l'archiduc, je me hâte de le reconnaître, ne valait

ni plus ni moins que ses frères en royauté. Sa gloire consistait à pouvoir se coiffer quelques jours de plus du bonnet impérial, absolument comme celle de l'Empereur son frère, avant les campagnes de 1859 et de 1866, à se dire souverain d'une partie quelconque de l'Italie : mais l'humanité n'a rien à voir dans ces gloires frelatées , et l'abbé Grégoire avait grandement raison le jour où il laissa tomber de ses lèvres frémissantes ces rudes paroles : « L'histoire des rois est le y> martyrologe de l'espèce humaine ! i

Pour en revenir àMaximilien, l'heure fixée pour sa chute avançait à grands pas. Au moment même où se tensdt à Mexico le conseil dont j'ai inséré l'analyse à la fin du cha« pitre précédent, M. Berthemy, ministre du gouvernement français à Washington, recevait de son coté des ordres directs de Paris au sujet du Mexique. 11 demandait une entrevue à M. Seward, il se mettait à ses ordres, à la condition seulement d'exclure le nom de M. Jùarez de toutes les combinaisons faites et à faire pour rétablir la République sur les ruines de l'Empire, et le ministre d'État consignait cette nouvelle ouverture dans la note suivante, adressée par lui, le 17 janvier 1867, à M. L. Campbell.

MINISTÈRE d'état.

« Washington, 17 janvier 1867<.

» Récit d'une conversation entre le secrétaire d'État et M, Berthemy, ministre plénipotentiaire de la cour de France aux États-Unis :

» M. Berthemy a dit : « J'ai reçu de mon gouvernement Tinstructlon de faire part à M. le secrétaire d'État de la satisfaction avec laquelle l'empereur a reçu les bonnes assurances faites par le général Dix dans le discours qu'il a prononcé à l'occasion de sa réception à Paris. Le gouvernement de Sa Majesté se croit autorisé par ces assurances à attendre de la part du cabinet de Washington une disposition d'esprit favorable à une entente amicale entre les deux gouvernements relativement au règlement définitif de la question mexicaine. /

» J'ai reçu en outre de mon gouvernement l'instruction de dire que le nom de M, Juarez étant exclu de nos combinaisons, et l'empereur Maximilien étant prêt à accepter tous les arrangements que le

gouvernement français pourra proposer, d'accord avec les États- Unis, nous n'avons encore pris aucune résolution en faveur d*aucun prétendant ou candidat capable de reconstituer la situation politique du Mexique, ni avec M. Ortega ni avec aucune autre personne.

» Je suis autorisé cependant à dire à M. le secrétaire d'Ëtat que s'il a en vue quelque autre nom répondant mieux aux exigences de la situation, nous sommes prêts à examiner, avec un sincère désir d'entente, toutes les propositions que le gouvernement (les États- Unis jugera à propos de formuler. »

Tff M. Seward a répliqué : « Je vais vous répondre franchement et sans réserve. Les dispositions des États-Unis relativement à ce sujet sont entièrement amicales et cordiales envers la France. Ils feront tout ce qu'ils pourront pour remplir les désirs de la France, tout en conservant leurs relations étaUies avec la République mexicaine. Mais l'attitude du gouvernement des États-Unis vis-à-vis de la 'République mexicaine a été jusqu'à cç jour la reconnaissance exclusive du président Juarez comme chef du pouvoir exécutif de l'État.

» Les États-Unis ne peuvent pas penser que la situation présente du Mexique pourrait justifier aucun changement d'attitude. Les États- Unis attendent comme un événement probable que le président du A^exique recouvre le pouvoir qu'il lui faut pour exercer son autorité constitutionnelle, nécessaire à la paciGcation du pays et à la restauration de l'ordre, lorsque les troupes françaises auront achevé leur évacuation. En tout cas, et quelle que soit l'attitude que nous désirions prendre, nous nous sommes interdit par nos engagements d'agir d'une manière injurieuse envers le gouvernement républicain existant et de rien faire de contraire à son autorité.

» Les États-Unis désirent vivement ne porter par aucune transaction, ni même par aucune apparence d'intervention, aucun trouble dans les affaires mexicaines, même si le président Juarez le leur demandait, ce qui n'a pas eu lieu. Pour ces raisons, le gouvernement des États-Unis n'est pas préparé actuellement à accéder à la politique qui lui est suggérée par l'empereur.

» WiLUÀU H. Sewârd. »

Il est inutile de se demander à quel titre le gouvernement français, — après le manifeste d'Orizaba, dont il devait avoir connaissance au moment où il envoyait ses instructions à M. Berthemy, — pouvait affirmer que Manmilien était prêt à accepter Ums les arrangements qu'on pourrait lui proposer. Ce sont toujours les mêmes allures léonines, le même sans gêne, le même oubli des convenances les plus

simples, les mêmes prétentions de se poser en arbitre suprême et de trancher seul une question dans laquelle il s^agiflsait avant tout de Tavenir de rarchiduc. Je n'en parlerais donc pas si derrière ce mensonge de la dernière heure on ne voyait poindre la pensée de se servir du gouvernement américain pour imposer ses rancunes aux populations du Mexique, et se débarrasser, en excluant le nom de M. Juarez de toutes les combinaisons futures, de l'homme dont la présence à la tête des affaires de son pays était considérée par le gouvernement français comme un outrage à son omnipotence.

Idée mesquine, dira-t-on, je suis le premier à le reconnaître; mais idée vraie et qui devait plaire doublement aux Tuileries, d'abord, parce qu'elle servait les haines du héros de décembre; puis, parce qu'elle aurait eu pour résultat de livrer le Mexique aux horreurs d'une nouvelle guerre civile en exaltant en secret les convoitises de tous les compétiteurs du pouvoir.

En effet, à Theure même où M. Berthemy essayait à Washington de rallier M. Seward à la politique tortueuse de son mattre, au Mexique, le maréchal Bazaine procédait de la même manière auprès du général Porfirio Diaz, et pour mieux endormir la loyauté du général, se servait d'un ancien consul des États-Unis, nommé Marcus Otterbourg.

Cet ancien consul avait profité de sa situation pour entreprendre certaines spéculations un peu hasardées avec l'administration de l'archiduc. Il craignait, peut-être avec raison, de ne pas rencontrer chez le nouveau gouvernement toute la condescendance dont il pourrait avoir besoin .pour les terminer. Il se prêta donc de bonne grâce aux manèges du maréchal, et sans plus de façon, alla frapper directement à la porte du général Diaz.

Ce qu'il lui dit, personne ne le sait encore au juste ; mais ce devait être bien mal, car nous trouvons les deux passages suivants dans une lettre adressée le 3 mai 1867 par le général lui-même, à M. Matias Romero, ministre de M. Juarez à Washington.

a Avant mon arrivée devant Mexico, Portillo, qui se fait appeler fnioistre de la guerre, m*a offert de me remettre la ville si )e yoplais

lui donner des garanties pour sa sûreté personnelle. 0*Horan m*a fait les mômes propositions, en ajoutant qu'il me livrerait le général Marquez, à la condition d'avoir la vie sauve et d'obtenir un passeport pour l'étranger. Les scélérats sont toujours traîtres, môme envers leurs propres amis.

» En outre de cela, le maréchal Bazaine , par Vintermédiaire d*une tierce personne, m'a fait offrir de mettre entre mes mains les villes occupées par les Français et de me livrei' Maximiliefi, Marquez^ Miramon^ etc.^ si f acceptais une proposition qu'il me faisait et que j'ai repoussée^ parce que je ne l'ai point trouvée honorable. Une autre proposition, venant également de l'initiative du maréchal Bazaine, avait traita l'acquisition de 6,000 fusils et de quatre millions du capsules; si je l'avais désiré, il m'aurait vendu aussi des canons et de la poudre ; mais j'ai refusé d'accepter ces propositions. L'Intervention nous a ouvert les yeux ; et à l'avenir nous serons plus prudents dans nos rapports avec les puissances européennes, surtout avec le gouvernement français.»

M. de Kératry qui a réponse à tout quand il s'agit de défendre la conduite du maréchal, prétend que cette proposition PEU HONORABLE avait trait à la reconnaissance de la dette et des emprunts français {\),

Cette réponse n'est pas sérieuse.

A l'époque dont nous parlons, le Mexique ne devait plus rien à la France. Juste ou non, sa dette avait été couverte, par conséquent éteinte, le jour où M. Dano avait signé avec M. Ramirez le fameux compromis en vertu duquel on lui avait délivré 23 millions 600 mille francs en titres du second emprunt. Si donc il a plu au gouvernement français de dépenser en dehors des réclamations plusieurs centaines de millions pour mettre au monde un empereur mexicain; si même il lui a convenu d'autoriser cet empereur à émettre en France différents emprunts pour consolider son autorité, ces deux spéculations les concernaient mutuellement Tun et l'autre, mais le Mexique n'y avait rien à voir ni directement ni indirectement. Le chef du gouvernement français était seul intéressé à obtenir du successeur- de Maximilien une sorte de reconnaissance banale, plus fictive que réelle, et c'est probablement dans ce but que M. Marcus Otterbourg

(i) M. de Kératry* a voulu dire des emprunts mexicains.

avait été envoyé au cainp du .général Porfirio Diaz. Voyons donc en quelques mots ce que le maréchal pouvait espérer de cette démarche.

Sans avoir besoin pour cela d'être un aigle, M. Bazaine savait pafaitement qu'au Mexique, après le départ de l'ar*mée française, le gouvernement qui aurait la malencontreuse idée de faire payer au pays les verges dont s'était servie l'Intervention pour le fouetter, ne durerait pas vingtquatre heures. Puis, même en ce cas, pour reconnaître ces dettes, pour accepter la responsabilité de ces emprunts, il fallait avoir une sorte de droit qu'on rencontre seulement chez un gouvernement constitué, et le vainqueur d'Oajaca n'était alors qu'un simple général dont l'engagement ne pouvait avoir de valeur qu'à la condition de se faire gouvernement, je veux dire de trahir son pays pour se livrer au dernier moment au maréchal et à l'Intervention.

Voilà pourquoi, je le répète, la réponse de M. de Kératry n'est pas sérieuse.

. Je n'ai jamais eu pour ma part la prétention de déchiffrer les énigmes : mais celle-ci est tellement simple, qu'en dépit de mes craintes, je me hasarderai à en chercher le mot.

Le voyage de M. Marcus Otterbourg au camp du général Porfirio Diaz une fois admis, et M. de Kératry ne le contredit pas, ce voyage devait avoir un but; c'est ce qu'il s'agit de trouver.

Nous avons vu plus haut comment M. Berthemy avait reçu de Paris la mission de proposer à M. Seward de rétablir en commun la république au Mexique à la conditioti d'exclure le nom de M. Juarez de toutes les combinaisons.

Dès lors il est permis, sans trop courir pour cela le risque de s'égarer, de supposer que le maréchal avait reçu des ordres identiques.

La difficulté était donc de rencontrer un homme qui ne fût pas M. Juarez et qui, cependant, représentât quelque chose aux yeux des populations du Mexique.

Cet homme où le trouver?

Le général Ortega aurait bien fait l'affaire : de son côté, il aurait peut-être pu s*entenifièmec les hommes de Tïnter-

▼ention; mais on ne pouvait pas même songer à le faire sonder, attendu qu'il était prisonnier.

Il ne restait que les généraux Diaz et Escobedo. Celui-ci bien loin, celui-là tout près, et c*est ce qui explique la mission de ce M. Marcus Otterbourg.

On ne pouvait pas demander|au général Diaz une reconnaissance qui ne signifiait absolument rien dans la situation subalterne où il se trouvait fmais on a dû tenter son ambi* tion en lui offrant le titre de président de la République restaurée, à la condition qu'il reconnaîtrait de son côté les dettes et les emprunts de Maximilien. Donnant donnant, les affaires ne se font pas autrement. Voilà ce qui peut seul expliquer répithètede j^ete honorable appliquée à la proposition que lui fit en cette circonstance le susdit Marcus Otterbourg.

Le maréchal n'ignorait pas que cette proposition ne pouvait pas être exécutée, par conséquent qu'elle ne le serait jamais; maison la faisant il obéissait au besoin de fournir au gouvernement impérial les moyens de tromper la France une fois dé plus, en donnant à M. Rouher l'occasion d'afiirmer à la tribune du Corps législatif que cette dette et ces emprunts ne couraient aucun risque, et de laisser après lui la guerre civile en perspective à des populations assez mal conseillées pour ne pas avoir admis {les bienfaits de l'Intervention : double but qui échoua devant la loyauté du général, et ne laissa au maréchal que la honte de l'avoir tenté inutilement.

Après un pareil échec, il était impossible à M. Bazaine de colorer d'une manière quelconque les motifs et les circonstances de sa retraite.

Le 25 janvier 1867 le colonel Boyer adressa par ses ordres l'avis suivant aux rédacteurs des journaux VEstafette et YÈre nouvelle^ pour prévenir les Français du prochain départ de l'armée.

« Mexico, le 25 janvier 4867.

» Monsieur le rédacteur,

» Son Excellence le Maréchal commandant en chef, désirant venir en aide, jusqu^au dernier moment, à nos compatriotes qui désirent être rapatriés, me charge de vous informer qu*un dernier convoi quittera Mexico le i«' février prochain, à destination de Vera-Cruz.

» Personne ne pourra, après cette date, être admis à faire partie des convois qui pourraient quitter la capitale. La date du 1^' février est donc une limite extrôme, que je vous serai obligé de faire connaître le plus prochainement possible à nos compatriotes.

» Le colonel chef du cabinet^

» NilPOLÉON BOYER. »

Le 3 février, il publia lui-même une proclamation conçue en ces termes :

CORPS EXPÉDITIONNAniE DU MEXIQUE.

« Quartier-général à Mexico, 3 février 4867.

» Mexicains,

» Dans peu de jours, les troupes françaises quitteront Mexico.

» Durant les quatre années qu'elles ont passées dans votre belle capitale, elles n*ûnt eu qu'à se féliciter des relations sympathiques qui se sont établies entre elles et la population.

y> C'est donc au nom de Tarmée française qu'il commande, ea môme temps que sous l'impression de ses sentiments personnels, que le Maréchal de France commandant en chef prend congé de vous.

» Je vous adresse donc les vœux communs que nous formons, pour le bonheur de la chevaleresque nation mexicaine.

» Tous nos efforts ont tendu à établir la paix intérieure. Soyez assurés, et je vous le déclare au moment de vous quitter, que notre mission n'a jamais eu d'autre objet, et que jamais il n'est entré dans les intentions de la France de vous imposer une forme quelconque de gouvernement contraire à vos sentiments.

«Maréchal Bazaimb. »

Enfin, l'évacuation eut lieu le 5, et pour la raconter j'abandonne la parole au rédacteur de VÈre nouvelle.

Voici comment s'exprimait ce journal dans son numéro du 6 février au matin.

Départ des troupes françaises.

« Hier, à 10 heures et demie du matin, a eu lieu l'évacuaUon de Mexico par la dernière colonne du corps expéditionnaire,

» Dôç }^ petit jour, qn mouvement inusité dan^ toute la vUl0 anQpqçait le$ derniers préparatifs du grand événcn^ent. Les o^picief^ ej^-

pédiaient leurs bagages, les soldats quittaient leurs quartiers pour n'y plus rentrer, les divers corps allaient reprendre leur drapeau. A neuf heures, tout Teifectif était réuni sur Fesplanade du cheval de bronze, où le maréchal Bazaine est venu se mettre à sa tôte, après ravoir rapidement passé en revue. Le défilé a alors commencé le long de TAlameda, puis par les rues de San-Francisco, de Plateros et de la place d'armes, pour aller prendre le chemin de la garita de San Antonio Abad.

» La colonne marchait dans Tordre suivant :

Escorte de turcos montés.

Le maréchal Bazaine.

L'élat-major.

Escorte de chasseurs d'Afrique.

Un escadron de la même arme.

Le général Du Preuil.

Escadron de chasseurs de France.

Les chasseurs de Vincennes.

Le général de Castagny.

Le 7« et le 95* de ligne.

L'artillerie.

Bataillon du 3« de zouaves.

Venaient ensuite les cacolets et les bétes de charge.

Enfin une escouade du 3* zouaves fermait la marche.

» Sur tout le parcours, les troupes ont pu recueillir des marques non équivoques de la sympathie et des regrets qu'elles laissent. Mais il n'y a eu, d'ailleurs, de manifestation d'aucune sorte.

» Pendant le reste de la journée, la ville a conservé sa tranquillité et son aspect habituels. Seule TabseDce des promeneurs en uniforme retirait à la physionomie des rues principales un peu de son animation pittoresque.

x> Le quartier-général est allé, nous dit-on, s'établir à Iiçtapalapa, tandis que les campements s'étendent de la Piedad au Churubusco. En outre, deux compagnies de zouaves, un escadron de cavalerie et un détachement d'artillerie restent dans la citadelle. Ce dernier point doit être évacué aujourd'hui ou demain, et c'est seulement alors que les troupes commenceront, à petites journées, leur marche définitive sur Puebla. »

Le maréchal descendit, en effet, à petites journées le pla* teau de rAnâhuac pour se rendre à Yeracruz.

Le 10 et le 11 février, il était à Puebla, d'où le général impérialiste Noriega adressa une pliEiinte à son gouverne-?

ment contre les actes arbitraires et violents commis par les autorités françaises pendant le passage de Tarroée dans cette ville.

Le i4, il apprit la déroute de Miramon à San-Jacinto, et fit écrire à M. Dano par M. de Castagny, pour le charger d'engager Maximilien à s'embarquer, en même temps que lui, pour TEurope.

Le 18, il était à Orizaba, où il séjourna jusqu'au l'r mars.

Enfin , il s'embarqua le 7 de ce dernier mois, à bord du vaisseau le Souverain, et Ton n'eut connaissance à Mexico de son départ que par la note suivante, insérée dans le bulletin de VÈre nouvelle du i2 mars 1867 :

« On croit savoir que le maréchal Bazaine s'est embarqué jeudi dernier (le 7) à Veracruz ; mais il aurait laissé derrière lui un détachement et quelques officiers supérieurs — - entre autres le général Osmont — qui doivent prendre passage sur le paquebot français. Ces nouvelles proviennent du camp dissident d*Ayotla; elles auraient été apportées par le télégraphe, qui fonctionne de nouveau sur les parties de la route occupées par les forces libérales. »

Ici devrait se terminer la plus belle page de Thistoire du second empire , et si le maréchal avait eu le courage, l'esprit, si Ton aime mieux, d'arracher Maximilien à ses rêves, d'ajouter pour cela quelque chose à la lettre de ses instructions, il en aurait été certainement ainsi. Le gouvernement français n'avait point, en effet, le droit de supposer qu'après notre départ, Tarchiduc pourrait conserver Tempire. Il n'avait pas le droit, en se retirant du Mexique, d'y laisser tout dans la confusion et la violence. Le devoir de protéger quand même les nombreux nationaux qui restaient derrière l'armée , lui donnait le droit d'exiger de Maximilien une abdication qui aurait sauvé ce malheureux prince. Il ne devait pas sortir du Mexique, enfin, sans y laisser un gouvernement véritablement autonome , fallut-il recourir à M. Juarez , avec lequel il aurait traité. Un arrangement semblable aurait été pénible, sans doute, pour l'amourpropre de ceux qui avaient entrepris l'expédition; mais qu'est-ce qu'une blessure d'amour-propre, quand il s*agit de réparer une faute, de protéger et de sauver des existences toujours précieuses, d'assurer des intérêts d'humanité

qu'on avait si follement compromis? Malheureusement, il n'en fut point ainsi. Le cabinet des Tuileries crut, ou parut croire, ce qui revenait au mêmCy à la fiction d'un empire mexicain privé de la protection militaire de la France ; le maréchal, incapable de prendre tout seul une détermination, exécuta les ordres qu'on lui envoya de Paris avec l'exactitude d'un soldat bien dressé ; et l'archiduc, tout entier à ses espérances, et comptant peut-être sur son étoile pour le tirer du mauvais pas où il s'engageait, résolut de continuer une guerre dont ses partisans lui prédisaient à Tavance les succès.

Il fallait, pour y croire, avoir une confiance bien grande dans les promesses de ces gens-là, car, à première vue, leurs actes s'accordaient mal avec leurs paroles.

Le P. Fischer, par exemple, mandataire du parti clérical, lu^ avait promis à Orizaba, au nom de ses commettants, de luî> donner 25 millions de piastres , 125 millions de francs, pour le mettre en état de poursuivre la guerre contre le parti libéral, et de ces millions si complaisamment alignés devant ses yeux pour séduire son imagination, au moment du départ de l'armée française, il n'était point encore entré un seul centime dans les caisses impériales.

Le 14 janvier, le ministre de l'intérieur, parlant au nom de son collègue des finances, avait affirmé, comme nous l'avons vu, dans la réunion convoquée pour décider souverainement du sort de l'empire, que les revenus du trésor, au moment où il parlait, s'élevaient à la somme de il millions de piastres, 55 millions de francs, et deux jours après, le 16, M. Campos, sous -secrétaire d'Etat au département des finances, avait, au contraire, été obligé de réunir une cin* quantaine de capitalistes au ministère pour leur exposer que, tout en comptant sur des ressources suffisantes, ce même trésor se trouvait alors en face de besoins urgents, qui ne lui permettaient pas d'attendre les rentrées normales, et leur avait demandé une avance d'un pauvre petit million de piastres qui devaient être réparties proportionnellement à la fortune de chacun.

Enfin , le 4 février, le Joiutial de V Empire publiait un décret portant la date du 1^^* du même mois et imposait uœ

contribution extraordinaire de i o/o sur les propriétés rurales et urbaines, sur les établissements industriels, et sur toutes les affaires commerciales et financières d'un capital supérieur à mille piastres, avec la condition onéreuse pour les intéressés qui résidaient dans la capitale et la vallée, que, même dans le cas où leurs propriétés seraient situées dans d'autres départements, ils devraient acquitter dans la capi-» taie les contributions qui, d*après l'économie du décret, devaient être payées sur les lieux où se trouvaient situées les propriétés.

Dans une situation pareille, un homme doue du moindre bon sens aurait certainement compris toute l'inanité de ses rêves , et accepté avec satisfaction , si je ne dis avec reconnaissance, la dernière proposition du maréchal ; mais l'archiduc, il faut bien en convenir, avec ses réminiscences du temps de Charles-Quint, était et devait rester jusqu'à sa mort un véritable enfant. Il s'était imaginé que pour entourer son nom d'une auréole immortelle, il lui suffirait de contrarier la politique du gouvernement français, et comme il ne pouvait pas lui venir à Vidée qu'on oserait jamais porter la main sur un membre de la maison d'Au-» triche, il s'était décidé à pousser l'aventure jusqu'au bout.

En conséquence, il ne voulut rien voir, il ne voulut rien entendre de tout ce qui se disait, de tout ce qui se faisait autour de lui : il se fit voloutairement sourd et aveugle, et cela ne suffisant pas encore, il sortit de Mexico le 13 février et prit avec les troupes qu'il put réunir le chemin de Querétaro.

Je n'ai ni le temps, ni l'intention de raconter l'histoire de ce siège, mais j'entrerai dans quelques détails dont les témoins oculaires n'ont point encore jugé à propos de parler, et je raconterai franchement les circonstances qui ont accompagné la reddition de la ville.

Commençons par les détails.

Le i3 avril 4867 l'archiduc voulant fa^re travailler sans interruption aux fortifications de la place, imposa par un décret ce travail à tous les soldats de l'armée impériale et aux habitants âgés de 16 à 60 ans.

Ce décret dont l'original existe, était contre*signé par

M. Manuel Garcia Aguirre, ministre de la justice, et par le chef d'état major, Severo Castillo.

Liés individus désignés dans ses articles étaient tenus de se présenter volontairement à Tétat-major dans les vingtquatre heures qui suivaient leur appel, et ceux qui ne pou* vaient ou ne voulaient pas travailler devaient se racheter au moyen d- une rançon de i franc 25 à 70 francs par semaine, ainsi que je l'expliquerai ci-dessous.

L'article 9 de ce décret autorisait tous les agents de la force publique, voire même les simples citoyens, à exiger de leurs compatriotes la présentation d'un certificat attes*tant leur inscription sur les registres de l'état major de la place. Ceux qui n'avaient pas ce certificat, ou qui ne s'étaient pas fait inscrire pendant les vingt-quatre heures dont j'ai parlé plus haut, étaient arrêtés immédiatement» et pour qu'il n'y eut pas d'erreur à cet égard, le législateur avait chargé une commission composée de trois membres de faire pratiquer par ses agents une visite dans toutes les maisons, et de se faire représenter les certificats dinscription ou d'exemption.

Quant à ceux qui ne s'étaient pas présentés dans les vingt^quatre heures ci-dessus mentionnées, ils étaient coo* damnés à deux années de travaux forcés, peine équivalente, pour ainsi dire, à celle de mort, car pendant tout le temps que devait durer la défense de la place, ces malheureux étaient obligés d'aller travailler sur les points les plus avancés des fortifications.

Le lendemain, 14, un autre décret signé par les mêmes personnes, dans le but de réunir des vivres pour les assiégés, vint imposer une nouvelle exaction, moins directe peutêtre, mais plus pénible certainement que la première. Les collecteurs étaient autorisés à prendre ces vivres partout où ils en trouveraient, et à les solder en bons de la même espèce que ceux qui servaient déjà aux paiements des fournitures faites à l'armée ; c'est-à-dire, qu'on s'en emparait sans les payer, et qu'en délivrant du papier sous forme de reçus ou de bons qu'on savait parfaitement ne devoir jamais acquitter, on autorisait le vol d'une manière systématique.

Deux jours après, il parut un nouveau décret pour régu*

lariser la situation de ceux qui roulaient 8e faire exempter du travail des fortifications.

D'après celui-ci, les ouvriers, les journaliers» les domestiques, tous ceux enfin qui n'avaient ni capital, ni établis* sements industriels, devaient payer 1 francs 25 centimes par semaine pour leur rachat; les maîtres d'établissements dont la valeur était estimée au-dessous de 5,000 fr. et les employés qui n'avaient que leur solde étaient taxés à 2 fr* 50; ceux dont la fortune dépassait 5,000 francs, à 3fr. 75 ; ceux qui possédaient 40 mille francs à 1 piastre, et ceux qui dépassaient ce dernier chiffre au maximum de la taxe, c'està-dire, à 14 piastres ou 70 francs.

Un autre décret imposait encore aux propriétaires des maisons situées dans l'intérieur de la ville, une piastre de contribution par semaine pour chaque entrée, porte, fenêtre ou balcon donnant sur les rues, et ceux qui, dans les trois jours de sa promulgation, n'auraient point acquitté leur quote part, devaient être condamnés à une amende dix fois plus forte que la somme qu'ils avaient à payer.

Enfin un cinquième et dernier décret ordonnait à tous ceux qui avaient des grains dans leurs magasins, de les mettre en vente au prix courant de la place, à l'exception du maïs qui était fixé à 4 piastres la charge pour les habitants et seulement à S pour les militaires.

Il est vrai qu'un vertu de l'article 3 de ce dernier décret, il était défendu aux collecteurs d'employer la force ou la violence pour enlever les vivres des maisons particulières; mais nous verrons dans le chapitre suivant de quelle manière on exécuta cette disposition.

Suite du siège de Querétaro. - Le colonel Lopez. — Reddition de la ville. — Maximilien prisonnier.

Les chefs de rarmée impériale n^avaient qu une idée, ramasser de l'argent, beaucoup d'argent, pour être en état de profiter de toutes les éventualités. Dans ce but, ils ne s'arrêtèrent devant aucun moyen pour s'en procurer. Les nationaux et les étrangers furent abandonnés sans défense aux convoitises d'une soldatesque brutale et désespérée. Les malades, les vieillards, les femmes, les enfants, personne n'échappa aux rigueurs de ces exactions. Les maisons furent livrées à un véritable pillage ; les citoyens les plus honorables virent leurs femmes et leurs filles insultées , maltraitées sous leurs yeux; ils assistèrent à la violation des endroits les plus secrets de leurs foyers domestiques, et tout cela se faisait au nom d'un prince qui prétendait avoir pris pour devise : V Equité dans la justice.

Je me contenterai de citer seulement quelques faits, car il me serait impossible de tout dire.

MM. Luis Mutuvarria et Ângel de la Peha étaient tous deux espagnols : le dernier remplissait même les fonctions de consul de son pays à Querétaro. — Sans respect pour leur nationalité, on fractura les portes de leurs magasins et Ton en enleva 8,000 fanègues de maïs (i), sans permettre seulementaux propriétaires d'en retenir une part, si petite qu'elle fût, pour leur usage personnel. Puis on exigea d'eux de l'argent et d'autres objets, et comme ils ne les livraient pas assez promptement, on les arrêta. - On détruisit une maison de M. de la Pena pour s'emparer des madriers qu'elle contenait, et celle où il demeurait avec sa famille fut soumise à cinq visites ayant pour but de se saisir de tous les objets qu'il avait en dépôt chez lui en qualité de négociant.

(1) La fanègue pèse î25 livres.

— On le contraignit, en outre, à livrer la clé d'un magasin qui ne lui appartenait pas, et les défenseurs de Vempire en vendirent les marchandises à vil prix. — Les pertes de M. Mutuvarria s'élevèrent à 155,000 francs, et celles de M. de la Pena furent à peu près égales.

— On exigea de M.Juan Llata une somme de 30,000 fr. en numéraire. — Comme il ne pouvait la payer immédiatement, il fut exposé pendant 18 heures aux balles des assiégeants dans une tranchée ouverte au pied du couvent de la Cruz, puis confiné dans la cage étroite d'un escalier où il resta sans boire ni manger jusqu'à ce que son fils et ses amis eussent réuni et livré cette somme. — Mais à peine remis en liberté, on le poursuivit de nouveau avec tant de fureur qu'on Tobligea à se cacher pendant 25 jours dans l'intérieur d'un mausolée.

— Un chanoine, M. Pedro Ladron de Guevara, fut retenu six jours en prison pour l'obliger à payer une somme de 500 francs.

— Une jeune personne, fille de M. Guadalupe Barragan, fut arrêtée et renfermée dans un réduit immonde, où ne pénétraient ni le jour ni Tair, et retenue dans ce cachot, sans même permettre que ses parents lui apportassent des aliments, jusqu'à ce que son père, qui s'était caché pour éviter les poursuites, se fût présenté et eût versé l'argent qu'on exigeait de lui. — On l'arrêta ensuite, et on le conduisit à la tranchée où il fut exposé aux balles des assiégeants.

— Une veuve, M^^ Guadalupe Corio de Valdés, une des plus honorables personnes de Querétaro, eut également à payer son tribut à cette barbarie sans exemple. Après lui avoir arraché 25,000 francs en argent, on lui enleva 600 fanègues de maïs et quelques autres de blé; et pour la contraindre à dénoncer le lieu où s'étaient cachés ses frères et son neveu afin d'échapper aux exactions des défenseurs de l'empire, on l'arrêta et on la retint sept jours en prison.

— Un espagnol nommé Joaquin de la BorboUa fut arrêté deux fois pour avoir voulu s'opposer aux vols que commettaient chez lui les protecteurs de l'ordre et détenu, la première, dans une écurie du couvent de la Cruz, la seconde, dans une caserne.

— M. Luis Saldivar, âgé de 64 ans, ne pouvant satisfaire aux nombreuses exactions qu*on exigeait de lui, fut également arrêté pendant plus d'une semaine, et exp'osé durant 24 heures dans la tranchée la plus avancée que les assiégés possédaient sur la ligne de Saint-Sébastien.

— Dans cette même tranchée, il rencontra un honnête artisan, M. Santiago Carmona, que l'on avait exposé comme lui au feu des assiégeants parce qu'il n'avait pas pu acquitter une somme de 450 francs qu'on exigeait de lui.

— MM. Gregorio Juarez et Pedro Castera furent conduits pour les mêmes motifs dans la tranchée de San Francisquito.

— M. Castera avait été arrêté pour ne point avoir voulu payer une somme de 600 francs qu'on exigeait de son oncle.

— On voulut l'obliger à prendre un fusil pour se battre contre ses coreligionnaires, et comme il s'y refusait, on le plaça pendant toute une nuit sur les parapets, une torche à la main, pour qu'il pût servir de point de mire aux assiégeants.

— M. Joseph Montfort, né en Suisse, fut arrêté pour les mêmes motifs ; exposé également dans les endroits les plus périlleux, et y gagna une maladie sans obtenir pour cela sa mise en liberté.

— M. Benito Bustamente, âgé de 60 ans, vit enfoncer les portes de sa maison, et les soldats de l'empire n'y ayant pas trouvé l'argent qu'ils étaient venus y chercher, lui enlevèrent des bijoux et des effets pour une valeur de 10.000 fr.

— Ils le frappèrent si durement qu'il en tomba malade. — Cette dernière circonstance ne l'empêcha pas cependant d'être arrêté, et n'ayant pu livrer une certaine quantité de maïs qu'on lui demandait et qu'il n'avait pas, il fut conduit devant un officier qui ordonna de le fusiller. — Après bien des supplications on finit enfin par faire révoquer cet ordre, mais on l'exposa pendant cinq jours sur un parapet.

Je n'en finirais pas si je voulais raconter une à une toutes les souffrances imposées aux victimes dont les noms furent recueillis après la chute de Tempire, et joints aux procès instruits contre les généraux et les chefs supérieurs traduits à cette époque devant les conseils de guerre.

C'est pourquoi je me résume. Tous ces crimes résultant

du pillage, de l'arrestation sans motifs, de Tenlèveinent, de la privation de nourriture, de l'exposition des prétendus coupables dans les tranchées les plus périlleuses, ont été commis pendant le séjour de Maximilien à Querétaro : que dis-je ? — en vertu d'une loi signée de lui, de M. Garcia Aguirre et du général Castillo. Dès lors, il était impossible qu'il n'en eût pas connaissance. Ces crimes étaient même si nombreux qu'ils égalent seuls, s'ils ne les surpassent, tous ceux qui se sont commis dans le pays entier depuis la proclamation de l'indépendance.

Dans les listes que je n'ai pas voulu donner en entier, afin de ne pas fatiguer les lecteurs par la répétition multipliée des mêmes infômies, on trouve le nom de dix dames qui, sans pitié pour leur âge, pour leur situation et pour la délicatesse de leur sexe, furent toutes traitées avec la même brutalité par les partisans de celui que ses flatteurs avaient surnommé le Magnifique.

Enfin, pour donner une idée, bien incomplète sans doute, de ce que les habitants de Querétaro eurent à soufiVir dans leurs personnes et dans leurs intérêts, il me suffira de dire que, sur Ai individus dont les noms se trouvent entre mes mains, le cbiflFre des vols commis à leur préjudice avec les circonstances aggravantes dont j'ai parlé plus haut s'élève à la somme de 1,267,125 francs.

Cet état de choses durait depuis 70 jours, et dans cette ville, soumise entièrement à l'influence des prêtres, il menaçait de s'éterniser, quand un événement imprévu vint hâter le dénoûment et mettre fin au régime impérial.

Je veux parler de la capture de Maximilien et des circonstances qui l'ont amenée. Cette question est grave, bien grave, et je ne saurais la résoudre moi-même ni dans un sens, ni dans un autre. Il s'agit, en effet, de savoir s'il y a eu trahison, ou si l'attaque du 15 mai a été tout simplement la conséquence d'une démarche tentée par Maximilien luimême, dans un moment de lassitude facile à comprendre, et qui aurait eu pour but de lui ouvrir un chemin jusqu'à la mer, afin d'abandonner définitivement le pays. J'ai tenté vainement de me renseigner à cet égard auprès des personnes qui pouvaient savoir la vérité : je n'ai rien appris en

dehors de ce qui a déjà été dit. Je n^ai pas même trouvé une seule pièce qui pût me guider à travers cette nuit dont le temps seul pourra dissiper les ténèbres. Il n'y a que des rumeurs, des présomptions, et ces dernières varient nécessairement en raison des intérêts et de la conduite tenue dans le passé par ceux que Ton interroge.

Je me contenterai donc de donner Thistorique de cette nuit du \A au 15 mai 1867, d'après la version d'une personne en position de savoir bien des choses, M. Juan de Dios Arias, alors attaché à l'état-major du général Escobedo, et maintenant chef de bureau au ministère des affaires étrangères. Je la donnerai tout entière, parce qu'elle est peu connue en Europe, et chacun, après l'avoir comparée avec les récits publiés sur le même sujet par les partisans de l'empire, pourra du moins raisonner son opinion. Voici comment il s'exprime :

« L'archiduc avait demandé un rapport sur la situation aux généraux Castillo, Méjia et Miramon, Dans cette pièce qu'ils lui remirent le 14 mai au matin, les trois signataires commençaient par se louer eux-mêmes, puis ils accusaient le général Marquez d'impéritie et de trahison, et reconnaissaient à la fm que la place n'était plus tenable. Mais au lieu de conseiller une capitulation honorable, dont l'abdication du prince devait être la conséquence naturelle, ils l'engageaient au contraire à attaquer lui-même les libéraux avec 5,000 hommes qui lui restaient, et, dans le cas où il serait repoussé, à évacuer la ville, après avoir encloué les pièces, afm de continuer en rase campagne la guerre de partisans.

» L'archiduc trompé jusqu'alors par les promesses mensongères de ses ministres, de ses généraux et «de ses conseillers, avait refusé de partir, dans Tespoir de prouver à l'Europe qu'il pouvait maintenir l'empire, sans avoir besoin pour cela d'une armée française. Ce rapport lui dessilla complètement les yeux. 11 reconnut, mais trop tard, qu'il se dévouait inutilement pour des hommes compromis au premier chef par leur conduite antérieure, et qui le sacrifiaient afm de pouvoir se sauver eux-mêmes à l'abri de son nom, mais qui l'abandonneraient infailliblement quand ils croiraient pouvoir le faire avec avantage. Cette découverte fut pour lui un trait de lumière. II pensa qu'il ferait bien de sauver sa personne en abandonnant ces tristes conseillers à leur sort, et pour entamer cette négociation toute de confiance avec les libéraux, il jeta les yeux sur un de ses favoris, le colonel Miguel Lopez.

» Co colonel était mal vu de la plupart des généraux et de ses collègues qui jalousaient sa situation auprès de Tarchiduc. Celui-ci pensa que cette haine était un titre à ses yeux. En conséquence, il lui confia la mission .de se rendre auprès du général Escobedo et d'en obtenir pour lui Tautorisation de sortir de la ville sous Tescorte d'un seul escadron, afin de s'aller embarquer sur le point le plus rapproché du golfe et en promettant de la manière la plus solennelle de ne jamais remettre les pieds dans la République.

» Une résolution aussi inattendue fit connaître à Lopez tout ce que la situation avait d'horrible et de sombre. 11 comprit tout d'abord l'impression douloureuse que devait produire sur l'armée la fuite de son chef, le désespoir de cette armée nue, mourante de faim, livrée sans garantie aucune ù des ennemis furieux, et les torrents de sang qui devaient être répandus inutilement après une pareille évasion.

» Il y à plus, la férocité dont les monarchistes se plaisaient à accuser les républicains lui faisait craindre de voir la ville elle-même livrée pendant les premiers moments à toutes les horreurs, à toutes les violences d'une armée sans discipline, qui avait soif de sang, et il crut que la dernière heure de Querétanp avait sonné. Il n'en promit pas moins d'obéir.

» Dans la soirée de ce môme jour, 44, il obtint par l'intermédiaire d'un agent secret une carte de passe, et se rendit auprès du général Escobedo pour accomplir son étrange mission. Celui-ci avait déjù refusé les propositions de plusieurs officiers étrangers qui lui avaient offert de lui livrer la place, afin de ne pas la devoir à un acte de trahison (4). Il fut grandement surpris de tout ce qu'il entendait, et il demanda à Lopez des renseignements sur la véritable situation des assiégés.

» Lopez connaissait toute la vérité. 11 n'ignorait aucune des tentatives faites- antérieurement pour livrer la ville : il savait qu'au moment même où il parlait, il était question à Querétaro, parmi les principaux chefs, de s'ouvrir un passage à travers les lignes républicaines et d'abandonner la place à son malheureux sort. 11 répondit avec d'autant plus de franchise que la mission dont il était chargé était un aveu implicite de cette situation, et suffisait à elle seule pour convaincre le général de l'impossibilité où se trouvait l'archiduc de prolonger davantage la résistance.

(4) Parmi les lettres dont il s'agit, il y en avait une d'un ancien sous-officier français, nommé Mathis de Dalmstad. Ce Mathis prétendait que Maximilien les avait trompés, et demandait au générai Escobedo à passer dans ses lignes avec 30 hommes, tous français, pour obtenir ensuite la faveur de pouvoir retourner en France.

» Le général avait Tordre exprès de ij'accorder aucune capitulation, de ne faire aucune concession, si minime qu'elle fût, car le gouvernement avait prévu ce qui arrivait, et voulait en finir d'un seul coup avec ceux dont les criminelles manœuvres avaient eu jusqu'alors pour but constant d'entretenir la guerre civile au sein du pays.

» Il se renferma dans la lettre de ses instructions et refusa de la manière la plus absolue l'autorisation qu'on lui demandait au nom de Maximilien. Alors Lopez, qui n'avait pas demandé de garantie pour lui-même et qui n'en a pas demandé non plus dans la suite, le supplia de ne pas rejeter définitivement la prière d'un prince qui n'avait plus d'espoir qu'en lui, et d'accorder une capitulation quelconque à ses compagnons d'armes, afin d'éviter de nouveaux malheurs, car l'archiduc étant bien décidé à ne plus combattre, la résistance devait être faible et les efforts de ses partisans complètement infructueux.

» Lopez croyait avec raison qu'en pareille circonstance il était inutile de continuer à répandre le sang, et cette pensée n'était pas de nature à ranimer son courage. De son côté, le général républicain lui avait tout refusé, non par esprit mesquin de vengeance ou d'opposition, mais parce qu'il ne pouvait rien accorder. En conséquence, l'émissaire de Maximilien dut retourner auprès de son maître avec la lassitude d'un homme qui a perdu sa dernière espérance.

» Personne n'a jamais su ce qui se passa dans l'esprit du prince en apprenant ce refus, car il en écouta la déclaration avec un calme apparent et sans donner aucun signe visible de mécontentement. Il attendait peut-être un moment plus favorable» mais il ne parut pas avoir l'intention de faire quoi que ce fût, ni môme de vouloir mettre à exécution le projet de ses généraux.

» Pendant ce temps, le général Escobedo songeait à profiter de la situation, et comme Maximilien pouvait préparer une nouvelle attaque dans le but de faciliter son évasion, il pensa qu'il ferait bien de le «prévenir.

)) En effet, le moment ne pouvait pas être plus favorable : les forces de Maximilien, démoralisées, exténuées par des fatigues sans cesse renaissantes, par les veilles et par la faim, avaient besoin, si l'on voulait tenter une sortie, de prendre un peu de repos ; et comme on était persuadé que les assiégeants avaient l'intention de réduire la place par la famine, on ne devait pas craindre un véritable assaut. D'autre part, Lopez, cet agent de Maximilien chargé du commandement du couvent de la Cruz, devait être complètement disillusionné, et quelle que grande que pût être son intention de résister, il devait

être également découragé par la résolution de son maître qui, sans essayer une capitulation, impossible il est vrai (mais il ne s*en doutait pas au moment où il avait envoyé son émissaire auprès d*Escobedo), ou tout autre moyen honorable, comme aurait été, par exemple, celui de forcer les lignes du siège, n'avait pensé qu'à sa sûreté personnelle, sans s'occuper un seul instant de ce qui en résulterait pour ceux qui l'avaient défendu avec tant de courage et de dévouement.

» En outre, comme la garnison de la Cruz devait être peu nombreuse, tant par suite de la diminution des forces de l'ennemi que par la nécessité où il s'était trouvé d'éparpiller ses troupes sur toute la longueur de la ligne de défense, il suffisait d'un simple effort pour enlever le couvent, et Ton n'avait pas même besoin de pratiquer la moindre reconnaissance, car les forces républicaines n'étaient séparées de celles de Maximilien que par la largeur d'une rue, et pouvaient observer ce qui se passait chez ces dernières à 40 ou 42 mètres de distance seulement.

Le même soir, donc, sur les 44 heures, c'est-à-dire peu de temps après le départ de Lopez, le général Escobedo avait arrêté toutes ses dispositions pour s'emparer pendant la nuit du couvent de la Cruz et faire donner un assaut général dans la matinée du lendemain.

» Le général Francisco Vêlez, dont les' qualités militaires, le patriotisme et l'énergie étaient appréciés de toute l'armée, reçut l'ordre de prendre le commandement de deux bataillons choisis, connus sous les noms de Supremos Poderes et de Nuevo-Leoii, et de s'emparer avec eux du couvent.

y> Vêlez organisa sa petite troupe et la plaça de manière à ce qu'elle ne pût pas être aperçue par l'ennemi. Mais comme les accidents de terrain, les matériaux et les décombres ne permettaient pas, pendant l'obscurité de la nuit, de marcher franchement à Tassaut, Vêlez, lui-même, en compagnie du général Feliciano Chevarria, des colonels José Rincon et Agustin Lozano, et de deux autres officiers supérieurs, se mit à la recherche d'un chemin praticable Ils arrivèrent ainsi jusqu'à une embrasure gardée par une sentinelle fatiguée, et qu'ils surprirent avant qu'elle pût rien faire pour s'opposer à leur dessein.

» Tout allait donc bien. Vêlez fit avancer ses deux bataillons et donna l'ordre au général F. Paz, commandant de l'artillerie du siège, d'occuper le jardin du couvent qui était déjà presque tout entier en son pouvoir. Puis, il marcha lui-môme en avant, afin de reconnaître le reste du jardin.

» Le colonel Lopez s'y trouvait dans le même moment, occupé à

faire une ronde. 11 se trouva tout à coup face à face avec les envahisseurs qui le menacèrent de lui brûler la cervelle s'il faisait le moindre mouvement, et le contraignirent ainsi, le pistolet au poing, à les conduire par un chemin sûr dans Tintérieur du monastère. Les instants étaient précieux ; toute résistance était inutile, et Lopez, poursuivi par Tidée que Maximilien allait tomber au pouvoir de ses ennemis, céda, dit-on, dans le but de se réserver un moyen de pouvoir prévenir le prince du péril qui le menaçait.

» Tout le monde dans 'le couvent, y compris Tarchiduc lui-même, dormait d un profond sommeil. Les divers postes furent donc occupés facilement par les assaillants; mais il était nécessaire de pourvoir à chaque instant à de nouveaux besoins ; les officiers étaient occupés à donner des ordres, la surveillance était naturellement moindre, et Lopez en profita pour faire aviser Maximilien de ce qui se passait. Cette nouvelle lui arriva assez promptement pour lui permettre d'organiser une certaine défense, car il pouvait compter sur un bataillon de confiance qui couchait dans le cloître où il était lui-même logé; mais il paraît qu'il était entièrement découragé, ainsi que ses généraux, car après avoir perdu un temps précieux pendant lequel ils auraient pu tomber prisonniers, ils sortirent enfin au milieu de la confusion générale, à pied, sans aucune marque de distinction, et sans savoir de quel côté se diriger.

» Lopez avait donné sa parole de ne point chercher à s'évader. Il faisait alors tous ses efi'orts pour empêcher l'efi'usion du sang; mais s'étant aperçu que Maximilien n'avait point été reconnu par les assaillants, il lui fit donner un cheval pour hâter sa marche et se sauver plus facilement.

» L'archiduc ne savait, à proprement parler, que dire ni que faire. 11 espérait peut-être une circonstance favorable pour prendre l'offbnsive. 11 hésita donc pendant quelques instants, et monta ensuite sur le cheval qu'on lui off'rait en ordonnant à Lopez, qu'il croyait encore libre, de diriger au pas de course les troupes disponibles sur le Cerro de las Campanas où il se rendait lui-même.

» En ce moment, les troupes destinées pour l'assaut pénétrèrent avec les réserves sur la place et dans le couvent de San Francisco, où elles firent sonner les cloches en signe de triomphe.

» Toutes les forces des assiégeants s'ébranlèrent à ce signal, mais les défenseurs de la ligne fortifiée ayant appris que les républicains avaient déjà pénétré dans l'intérieur de la place et allaient les prendre entre deux feux, abandonnèrent successivement leurs postes et se retirèrent au centre de la ville.

» Le général Miramon, réveillé en sursaut par le bruit des armes, ^tait sorti de son habitation et se dirigeait du côté de la place princi-,

pale, quand il se rencontra face à face avec une patrouille libérale, dans la rue de San-Francisco. Il voulut lui disputer le passage, mais ayant été blessé à la figure par une balle de pistolet, il alla se faire panser chez un médecin pu il fut reconnu, par hasard, et fait immédiatement prisonnier.

» Toutes les avenues de la ville étaient couvertes de Républicains, et les bataillons impériaux se voyant partout entourés d*ennemis, se débandaient presque tous volontairement ou mettaient bas les armes. Cependant, quelques-uns, guidés seulement par Tinstinct, se dirigèrent du côté du Cerro de las Campanas, où Maximilien luimême ne pouvait rien faire pour remédier au désordre, car autour de lui les groupes de troupes déconcertés n'opposaient aucune résistance sérieuse aux colonnes des assiégeants qui avançaient à grands pas et formaient autour du Cerro un cercle de fer et de feu.

» Maximilien comprit alors que tout était terminé. H fit arborer auprès de lui un pavillon blanc; il donna Tordre de faire cesser le feu ; il demanda à parlementer, et envoya deux ou trois de ses aides de camp à la recherche du général en chef de Tarmée victorieuse, pour lui annoncer qu'il se rendait.

» Les parlementaires rencontrèrent sur leur chemin les généraux Ramon Corona et Aureliano Rivera, qui, en apprenant ce dont il s'agissait, firent également suspendre le feu et en donnèrent avis au général Escobedo occupé alors à visiter la ligne d'attaque.

» Avant son arrivée, une troupe impériale située au pied du Cerro, se rendit, sous la protection d'un pavillon blanc, au point où se trouvait Corona, et un des officiers qui la commandait s'approcha du général pour lui dire que Maximilien désirait lui parler,

» Corona se rendit donc, en compagnie du général Cortina et de son état-major, au lieu où l'attendait l'archiduc, et celui-ci lui dit quHl n'était plus empereur, attendu quHl avait abdiqué ce titre à Mexico devant son conseil de gouvernement.

» Corona lui répondit poliment qu'il ne pouvait point être question de cela dans un pareil moment, mais qu'il lui promettait qu'il ne courait aucun risque non plus que les individus qui se trouvaient auprès de lui.

» Escobedo, suivi de son état-major, arriva quelques instants après. Maximilien fit quelques pas en avant pour le recevoir; puis, après un salut grave, mais poli, il lui manifesta l'intention de lui parler en particulier. Le général fit retirer sa suite, et se prépara à entendre ce que le prince avait à lui dire.

)) Il s'agissait de la proposition qu'il avait déjà faite par l'intermédiaire de Lopez.

— » Me permettrez-vouSj dit-il, qve, soies la garde d'une escorte, je

me rende à un point quelconque de la côte où je pourrai m'embarquer pour V Europe : je promets sous la garantie de mon honneur de ne jamais remettre les pieds au Mexique,

— » Il m'est impossible, répondit laconiquement Escobedo, de vous accorder ce que vous me demandez.

— » Puisqu'il en est ainsi, répliqua Maximilien, vous 7ie permettrez pas, je l'espère, quon m'insulte, et vous me traiterez avec la considération due à un prisonnier de guerre.

— » Vous êtes en effet mon prisonnier, répondit Escobedo. »

» Après ces quelques mots, le prince détacha son épée et la présenta au général qui la fit recevoir par le chef de son état-major.

» Les généraux de Maximilien se rendirent en même temps. Escobedo dicta quelques ordres sur les lieux. Il se dirigea ensuite sur la ville avec ses prisonniers, mais ayant rencontré sur son chemin le général Riva Palacios, il le chargea de les conduire au jcouvent de la Cruz, où ils devaient être gardés avec le plus grand soin (4). »

Il y a certainement bien loin de ce récit à ce qui a été écrit jusqu'à ce jour au sujet de la prise de Querétaro; mais je ne puis rien y faire. Je rapporte les faits tels qu'ils ont été publiés à Mexico par un témoin oculaire, en présence des acteurs de ce drame qui ne les ont pas démentis , et ne prépare pas les éléments d'une légende dont il serait impossible plus tard de dégager la vérité pour faire à chacun la part qui lui revient dans la catastrophe finale.

Mais allons plus loin. Prenons au hasard un des nombreux mémoires publiés depuis deux ans sur cette question, celui de M. d'Héricault, par exemple, et voyons ce qu'il contient.

Dans cette œuvre, écrite sous l'impression d'un sentiment que je respecte sans le partager, l'auteur, après avoir reconnu, p. i47, que l'armée impériale comptait à Querétaro cent vingt soldats pour chaque colonel et trois cents pour chaque général, ce qui, dit-il, était peu, continue de la manière suivante :

« Les habitants trouvèrent que c'était beaucoup. Ils commençaient, en effet, ù comprendre que c'étaient eux qui allaient nourrir ces braves, si bien commandés. L'enthousiasme devint descriptible, jusqu'au moment où il tomba en face de la famine. »

(1) Resena historica de la formacion del ejército del Norte y deî sitio de Querétaro, por el C. Juan de Dios Arias, p. 224 A 233.

Dès lors il était naturel qu^il expliquât de quelle manière on était parvenu à les nourrir. Cependant, il ne dit rien des décrets rendus au mois d'avril par Maximilien pour assurer la subsistance de sa petite armée; ni des exactions nombreuses qui en ont été la suite; ni des moyens atroces employés contre les contribuables en les exposant dans les tranchées aux balles des assiégeants.

Et pourtant ces décrets étaient publics; ces exactions étaient patentes; les souffrances de la population étaient les résultats du siège, et les plaintes des victimes ont dû parvenir plus d'une fois jusqu'aux oreilles de Maximilieu.

Plus loin, p. 482, il parle d'un conseil de guerre tenu le 13, dans lequel on aurait décidé de faire une sortie le lendemain, mais il ne dit rien du rapport des généraux Castillo, Mejia et Miramon, et sans la prise de Querétaro nous n'en aurions probablement jamais eu connaissance.

Eh bien, soit, on avait tenu conseil et dans cette réunion on avait décidé de faire le 14, au matin, une attaque générale qui ne pût pas avoir lieu ce jour là et fut remise au lendemain.

« Si la victoire avait été incomplèle, dit à ce sujet M. d'Héricault, on aurait au moins percé les lignes ennemies, et Ton se serait retiré dans la Sierra Gorda, pour prendre conseil des circonstances et de là gagner la mer ou Mexico.

» Si, comme tout le faisait supposer, on avait chassé Tennemi, on aurait marché vers TÉtat de Nuevo-Leon, et là au centre du Mexique, on aurait rassemblé ce fameux Congrès, dont Tidée était si chère à Maximilien. »

Ces quelques lignes contiennent autant d'erreurs que de mots. D'abord, l'État de Nuevo-Leon, situé sur la frontière Nord-Est du Mexique, ne pouvait pas être un point central. Si donc on avait voulu aller au centre, il aurait fallu prendre la route de Mexico et non celle de Monterey. Puis, s'il n'est pas impossible à quelques cavaliers bien montés, en sacrifiant beaucoup de monde sur un autre point, afin de mieux cacher leur dessein, de s'ouvrir un passage à travers des bandes mal armées et sans discipline, il n'en est pas de même d*une troupe de 5,000 hommes, surtout quand cette troupe est obligée de sortir petit à petit d'une ville, et ne

peut déployer que très-difficilement les ressources dont elle dispose.

Au lieu de chasser devant elle les libéraux, il y avait cent à parier contre un qu'elle serait elle-même refoulée dans la place, et comme il était impossible de tenter une sortie générale et de défendre en même temps les fortifications, il est probable qu'avant d'y rentrer elle aurait été prévenue par les assiégeants qui l'auraient prise ainsi entre deux feux.

M. d'Héricault a prévu cette objection. A l'en croire, l'attaque projetée pour le 14 aurait été remise au 15 dans le but d'armer le peuple qui se serait présenté au nombre de 4,000 pour occuper les postes fortifiés pendant que l'armée régulière aurait fait sa sortie ; et cette garantie, je parle toujours d'après lui, n'aurait rien laissé à désirer.

Je lui accorderai, s'il le désire, cette satisfaction à laquelle je ne crois cependant pas, mais après, que serait-il arrivé? — Maximilien vainqueur à Querétaro se serait trouvé dans une situation identique à celte où il était avant de sortir de Mexico, et son idée de congrès n'aurait pas gagné pour cela un pouce de terrain.

Les généraux de Tarchiduc, mieux instruits de ce qui se passait que M. d'Héricault, ne pensaient pas ainsi. Dans leur rapport du 14 ils ne parlaient pas d'armer le peuple, preuve évidente qu'il n'en avait jamais été question ; mais après avoir reconnu l'impossibilité de prolonger plus longtemps la défense de la place, ils rejetaient toute la responsabilité des malheurs présents sur le général Marquez et concluaient ainsi :

« Dans celte dure extrémité, les soussignés, croient remplir un devoir de conscience et de soldats en disant à V. M. que son caractère de souverain et leur qualité de généraux leur imposent à tous un dernier devoir qui sera en même temps un sacrifice coûteux et héroïque.

» Il faut attaquer de suite l'ennemi et le mettre en déroute sur tous les points de sa ligne. Si les troupes impériales sont repoussées dans cette attaque, il faudra évacuer immédiatement la place, après avoir inutilisé l'artillerie et tous les trains, et fôire une trouée coûte que coûte, à todo trance, unique moyen d'arracher à la barbarie de

rcunemi le plus grand nombre possible de soldais do Tarmée impériale. »

Faire une trouée coûte que coûte dans les rangs des assiégeants, et recouvrer en pleine campagne une certaine liberté d'action, c'était plus facile à dire qu'à exécuter: mais après? — En admettant môme, ce qui n'était pas du tout certain, qu'on réussît ainsi à se frayer un passage, il fallait se résoudre à déposer la pourpre pour revêtir la casaque de Taventurier; à continuer au jour le jour une guerre sans trêve ni merci dans des solitudes immenses où Ton manque parfois de l'indispensable, du nécessaire toujours ; à passer sa vie toujours errant et toujours poursuivi ; à tomber enfin entre les mains de ses ennemis, ou bien, si Ton avait le bonheur de leur échapper, à mourir obscurément dans quelque coin, d'une maladie résultant de ce genre de vie. La perspective n'avait certainement rien d'encourageant pour un fils puiné de la maison d'Autriche. L'archiduc a dû y songer plus d'une fois pendant le cours du siège, et c'est là ce qui pourrait jusqu'à un certain point expliquer, sinon justifier, la mission de Lopez au camp d'Escobedo.

Si donc il y a eu trahison, ce que personne n'a encore établi d'une manière positive, il serait bien difficile d'admettre que cet acte ait été l'acte d'un homme isolé. On ne comprendrait pas, en effet, que dans une garnison ainsi livrée par un simple colonel, il ne se soit pas trouvé un seul officier qui ait eu le courage de résister, de protester à la tête des siens, quitte à se faire tuer en remplissant son devoir. M. d'Héricault prétend, pages 483 et 184, qu'on devait faire une sortie générale le 15 au matin, et qu'à 2 heures on n'attendait plus que V ordre de se mettre en mouvement. Cela peut être fort beau dans une légende, mais la vérité s'accorde peu avec cette mise en scène théâtrale. Tout le monde, au contraire, était endormi, et si l'on en excepte le général Mîramon, toutes les troupes, sans distinction, se sont inclinées devant la fatalité qui les livrait à leurs ennemis. On doit fen conclure, jusqu'à plus ample informé, qu'après avoir vécu si longtemps dans le pays des chimères, Maximilien a fini par être la victime de ses désillusions et du découragement de ceux qui l'entouraient.

Intervention des États-Unis en faveur de Maximilien*

Le général Escobedo, contre qui l'on a tant crié, se trouvait en ce moment arbitre suprême de la vie de Maximilien et d'un grand nombre de ses complices. 11 pouvait les faire fusiller après avoir seulement constaté leur identité, et s'il s'était conduit ainsi, personne assurément n'aurait eu le droit de lui reprocher d'avoir appliqué à l'auteur et aux exécuteurs du décret infâme du 3 octobre 1865 la loi qu'ils avaient faite eux-mêmes et dont ils s'étaient servis pour organiser la terreur sur tout le territoire de la République, depuis la frontière américaine jusqu'aux extrémités du Sud ; depuis le golfe du Mexique jusqu'aux rives de l'Océan Pacifique.

Mais ce général n'était pas un instrument aveugle. C'était un exécuteur circonspect de la loi. Il savait parfaitement que la capture de l'archiduc allait produire une sensation immense dans l'ancien comme dans le nouveau monde; que le présent et la postérité avaient les yeux fixés sur lui ; et, pour ne point laisser de prétexte à la malveillance, il remit tous ses prisonniers à la disposition du gouvernement.

Les ordres de celui-ci ne se firent pas attendre. Ils portaient que Maximilien, en compagnie des généraux Mejîa et Miramon, serait jugé conformément à la loi du 23 janvier 1862 ; mais avant de faire connaître les détails de son procès, il nous faut revenir sur nos pas et nous expliquer sur les démarches tentées en sa faveur par le gouvernement des États-Unis.

Le 6 avril i 867, le comte Widenbruck, ministre du gouvernement autrichien à Washington, avait adressé à M. Seward un mémorandum conçu en ces termes :

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