‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 63 sur 71 · MEMORANDUM · texte numérisé non relu

MEMORANDUM

« L'empereur d'Autriche, mon gracieux souverain, a appris que son frère se trouvait, à Querétaro, entouré par les forces de l'armée libérale. L'Empereur, en se rappelant ce qui s'est passé au sujet des prisonniers, après la journée de Zacatecas, craint que la vie de son frère ne soit exposée à courir des dangers, s'il vient à tomber entre les mains des assiégeants.

» J'ai reçu hier de mon gouvernement un télégramme dans lequel il me charge de parler à ce sujet à M. le secrétaire d'État, et de lui demander s'il est décidé à user de son influence auprès de Juarez, pour le coni^raindre, en ce cas, à respecter la personne du frère de mon empereur. Il est bien entendu que cette intervention généreuse s'étendrait également aux autres prisonniers, particulièrement aux étrangers. Nous n'hésitons pas à vous faire cette demande, M. le secrétaire, non-seulement parce que nous avons confiance dans les dispositions amicales du gouvernement américain, mais parce que ce gouvernement paraît avoir le droit de contraindre Juarez à respecter les prisonniers de guerre^ attendu que c'est à Vappui moral du gouvernement américain que le parti libéral du Mexique doit ses avantages actuels.

» Wydenbruck.

» Washington, 6 avril 4867. »

Les jours se suivent, dit un proverbe, et ne se ressemblent pas. Le proverbe a grandement raison. Seize mois auparavant, le 29 novembre 1865, si l'on s'en souvient, M. Seward, en apprenant l'assassinat des généraux Arteaga et Salazar, avait supplié M. Drouyn de Lhuys d'interposer l'influence du gouvernement français entre les victimes du décret du 3 octobre de la même année et leurs bourreaux; et le ministre impérial, au lieu de dégager la responsabilité de son maître de cette politique sanguinaire, avait renvoyé M. Bîgelow à M. Juarez, en lui disant que Maximilien était un empereur comme un autre et que la France n'avait rien à lui dicter au sujet de sa conduite.

Cette fois, les rôles étaient changés. M. Wydenbruck venait l'implorer en faveur de ce même Maximilien, au nom de l'appui moral que le gouvernement américain avait prêté au parti républicain du Mexique, et M. Seward, maître à son tour d'accorder ou de refuser ses bons ofiices, aurait pu

se débarrasser du ministre autrichien, en le renvoyant à la réponse de M. Drouyn de Lhuys à M. Bigelow.

11 ne le fit pas cependant. 11 imposa silence à ses souvenirs pour ne voir dans la demande de M. Wydenbruck que son but humanitaire, et donna, au nom de la République, une leçon de générosité aux ministres des empires présents et des royautés futures. Mais, en chargeant M. Catnpbell de transmettre sans délai cette requête toute officieuse au gouvernement mexicain, il eut le tort d'oublier que la situation de ce diplomate ne lui permettait pas de se charger d'une négociation aussi délicate auprès de M. Juarez; il commit la faute plus grande encore de blesser à l'avance les justes susceptibilités des républicains, en présentant sa demande sur le ton comminatoire dont s'était servi le ministre autrichien dans son mémorandum du 6 avril.

Voici cette dépêche; celle de M. Campbell et la réporlse de M. S. Lerdo de Tejada :

No 4.

MINISTÈRE d'État.

Washington, 6 avril 4867.

A Monsieur L. D. Campbell, ministre des États-Unis auprès du gouvernement mexicain , à l* hôtel Sa7i Carlos, à la Nouvelle- Orléans,

« Monsieur,

w Le prince Maximilicn sera probablement fait prisonnier à Querétaro, par les forces libérales du Mexique. La sévérité dont on a usé à regard des prisonniers de Zacatecas fait craindre que Ton ne se conduise de même avec le prince et les soldats étrangers. De pareilles sévérités seraient préjudiciables à la cause nationale du Mexique et au système républicain dans le monde.

» Vous ferez savoir promptement et par des moyens sûrs au président Juarez que, dans le cas où le prince serait fait prisonnier, ce gouvernement désire qu'il reçoive, ainsi que ses compagnons, le traitement humain accordé aux prisonniers de guerre par toutes les nations civilisées.

)) Les frais de celte démarche auprès du président Juarez seront

supportés par ce département.

» William H. Seward. »

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