MINISTÈRE DE LA GUERRE
« San Luis Potosf, 21 mai 1867.
» C. Général,
w Après avoir pris Qucrétaro par la force des armes, vous avez informé ce ministère que huit mille soldats avaient été faits prisonniers, ainsi que quatre cents officiers ennemis, et dans ce dernier nombre, Ferdinand Maximilien de Hapsbourg, qui se dit empereur du Mexique.
» Avant.de publier aucun ordre relativement à ces prisonniers, le gouvernement a voulu peser la question avec tout le calme et toute la maturité que demandait la gravité des circonstances. 11 a fait abstraction de tous les ressentiments qu'aurait pu lui inspirer une
(1) M. d'Héricault dit seulement 5,000 ; mais le général Escobedo devait être mieux informé que lui, et cet ensemble de forces et de généraux rend de plus en plus étonnant tout ce qu'on a dit au sujet de la trahison de Lopez.
guerre aussi prolongée, et s'est efforcé de n'écouter que la voiK des grands devoirs qu'il a contractés envers le peuple mexicain. Il a considéré, non-seulement Tesprit de justice dans lequel les lois doivent être appliquées, mais encore la nécessité même de les faire exécuter. Il s'est demandé jusqu'où pouvaient aller la clémence et la magnanimité, et quelles étaient les limites que la justice et la stricte nécessité d'assurer la paix, de protéger les intérêts légitimes et de préserver les droits et la future prospérité de la République, ne permettaient pas de franchir.
» Après cinquante années de maux et de souffrances infligés au Mexique par la guerre civile, le pays était enfin arrivé à son but;-ii était parvenu à faire prévaloir le respect de ses lois et de sa constitution; il avait réduit à l'impuissance certaines classes corrompues de citoyens qui, pour la satisfaction de leurs intérêts privés, sacrifiaient tous les autres intérêts, ainsi que les droits mêmes de la société. La paix et la tranquillité étaient en voie de rétablissement conformément à la volonté du peuple et malgré ceux qui aspiraient à le subjuguer. Ce fut ce moment que choisirent les plus misérables restes de ces classes abattues pour appeler l'étranger, dans l'espoir d'assouvir avec son aide leurs cupidités et leurs vengeances. Ils se mirent à l'œuvre en excitant l'ambition et la brutalité d'un monarque étranger, et bientôt une intervention étrangère iniquement liguée avec la trahison, déborda sur la République.
» L'archiduc Ferdinand Maximilien de Hapsbourg se prêta comme instrument principal à l'œuvre d'iniquité qui, pendant cinq ans, a répandu sur la République tous les crimes et toutes les calamités possibles. Il vint pour opprimer le peuple, pour détruire sa constitution et ses lois, sans autre titre que quelques votes dénués de valeur, puisqu'ils furent imposés par la présence et la force des baïonnettes étrangères. Il vint ici, et assuma volontairement la responsabilité la plus sérieuse par une attitude condamnée par les lois de toutes les nations, qu'avaient prévue çt à laquelle avaient pourvu diverses lois antérieures de la République, dont la dernière était celle du 25 janvier 1862, définissant les crimes contre l'indépendance et la sûreté de la nation, contre le droit des gens, contre les droits individuels, la paix publique et l'ordre.
» Les actes notoires de la carrière de Maximilien tombent sous la plupart des responsabilités spécifiées dans cette loi. Non-seulement il s'est fait l'instrument de lintervention étrangère, mais encore, dans le but de poursuivre pour son propre compte une guerre de flibustiers, il a amené ici d'autres étrangers, Autrichiens et Belges, sujets de puissances étrangères qui n'étaient pas en guerre avec la République.
» Il a entrepris de renverser pour toujours les institutions politiques et le gouvernement que la nation s'était librement donnés, sous prétexte que le pouvoir suprême avait été frappé de déchéance par le simple vote de quelques individus nommés et délégués par Fenvahisseur étranger, jou contraints par la présence et les menaces d'une soldatesque étrangère.
» Il a disposé par la force, et sans aucun titre légal, de la vie, des droits et des intérêts des mexicains.
» Il a promulgué «un décret contenant des prescriptions barbares pour l'assassinat des mexicains qui défendaient, ou qui refusaient de dénoncer ceux qui défendaient l'indépendance et les institutions de leur pays.
» Il est l'auteur des exécutions nombreuses et sanglantes ordonnées en vertu de ce cruel décret, qu'il a fait appliquer tout d'abord à des mexicains distingués qui d'après toutes les présomptions, ne pouvaient pas même connaître encore le fait de sa promulgation.
» Il a ordonné à ses propres soldats, ou tout au moins il a permis, sous le faux titre de chef de la nation, aux soldats de l'envahisseur étranger de brûler ou de détruire des villes entières, d'un bout à l'autre du sol mexicain, notamment dans les États de Michoacan, de Sinaloa,de Chihuahua et de Nuevo-Leon.
» Il a ordonné à ses propres agents, ou permis aux agents de l'étranger d'assassiner des milliers de mexicains, auxquels on faisait un crime de défendre leur patrie.
» Et lorsque les armées de la puissance étrangère se sont retirées, lorsqu'il a vu la République toute entière soulevée contre lui, il a rassemblé autour de sa personne les plus coupables fauteurs de notre guerre civile, et a employé tous les moyens de violence, de déprédation, de dévastation et de mort pour soutenir jusqu'au bout ce faux titre' qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner, et qu'il n'a abdiqué, malgré lui, que lorsqu'il y a été contraint par la force.
» Parmi ceux qui se sont efforcés de le soutenir jusqu'à la fin, et qui n'ont pas craint d'encourir toutes les conséquences de leur trahison, figurent au premier rang les généraux D. Miguel Miramon et D. Tômas Méjfa. Tous deux avaient été élevés à une position éminente, à Querétaro, comme généraux en chef commandant des corps de l'armée de Maximilien. Toutefois, bien longtemps avant, ces deux généraux avaient déjà encouru de graves responsabilités pour avoir, pendant plusieurs années, entretenu la guerre civile, sans jamais reculer devant les actes les plus criminels, et pour avoir été de tout temps un obstacle et une menace contre la paix et la stabilité des institutions républicaines.
» L'article 28 de la loi mentionnée ci-dessus dispose que le châti-
ment dont elle frappe les coupables peut leur être Infligé sur la . simple constatation de leur identité, lorsqu'ils sont pris en flagrant délit ou dans un engagement de guerre. Comme ces deux circonstances se rencontrent à la fois dans le cas présent, la notoriéto des faits suffirait pour nous donner le droit d*agir conformément à cet article de la loi.
» Néanmoins, Tintenlion du gouvernement étant d'user de ses grands pouvoirs de manière à ce que, dans le cas actuel, il ne puisse s élever aucun doute sur la légalité et l'équité de la procédure, il a été résolu qu'on suivrait la marche indiquée pour d'autres cas par cette loi, qu'on entendrait dans le procès tout ce que les accusés pourraient avoir à dire pour leur défense, et que la sentence serait prononcée en conséquence, d'après toutes les règles de la justice. A cet effet, le C. président de la République a décidé que vous prendriez des mesures pour faire juger Ferdinand Maximilien de Hapsbourg et ses généraux sus-nommés Miguel Miramon et Tômas Méjia, et que le procès serait poursuivi conformément aux articles 6 à il de la loi du 25 janvier 1862, qui traitent des fornaes de la procédure.
M Quant aux autres officiers ou fonctionnaires faits prisonniers à Querétaro, vous en enverrez la liste au gouvernement, en indiquant leurs fonctions ou grades dans l'armée ennemie, afin qu'on puisse prendre à leur égard.des résolutions en accord avec les circonstances de leurs cas respectifs.
» Indépendance et liberté.
» Méjia.
» Au C. Mariano Escobedo, général en chef de l'armée du Nord. — Querétaro. »
Au reçu de cet ordre, le général Escobedo nomma le 24 mai M. Manuel Azpiroz, lieutenant colonel d'infanterie, attaché à son état-major, fiscal c'est-à-dire, officier rapporteur du procès; M. le lie. Joaquin, M. Escoto,û5e5or, je veux dire conseiller du fiscal; M. Jacinto Melendez, soldat à la 3« compagnie du bataillon de los Suptêmos Poderos, escribano, ce qui signifie greffier, et le même jour M. Manuel Azpiroz se rendit auprès de Maximilîen pour procéder à son interrogatoire.