‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 12 sur 54 · RUSSELL · texte numérisé non relu

RUSSELL

Xavier de Isturitz, ft.ahault.

Comme on le voit, le projet de Convention était aussi clair, aussi précis que le comportait un acte diplomatique. Pourquoi n'en fut-il pas de même de la Convention?

Ce projet définissait de la manière la plus simple le but de l'expédition. C'était « pour obtenir protection en faveur « des personnes et des propriétés des sujets étrangers. > Il affirmait, ainsi que M. Billault lui-même Ta reconnu devant le Corps législatif dans la séance du 27 juin 4861, « que les » hautes parties contractantes s'engageaient d'avance à ne > point faire usage des forces qu'elles allaient employer en » vertu de cette Convention, pour des objets autres que ceux » qui étaient spécifiés dans son ptéambule, et, spécialement, » — le mot était écrit tout au long — à ne point s'en servir » pour intervenir dans les affaires intérieures de la Répu- » blique; » mais il ajoutait, ce que M. Billault s'est bien gardé de déclarer — dans la crainte, sans doute, de ruiner tout d'un coup, par cet excès de vérité, l'échafaudage si laborieusement élevé de ses espérances monarchiques — « qu'immédiatement après l'occupation de Veracruz et des » ports adjacents, les chefs des forces alliées devraient adres- » ser une note collective aux autorités établies dans la RépiC" » blique, afin de leur faire connaître les motifs pour lesquels » les alliés avaient recours aux moyens coercîtifs et les invi- » ter à entrer immédiatement en négociation, »

On dirait qu'en la recevant du comte Ptussell (l)i les plénipotentiaires des gouvernements français et espagnol avaient seulement en vue d'endormir ses craintes ; mais que, l'expédition une fois résolue, et avant de signer la Convention définitive, ils revinrent adroitement près de lui sur les conséquences que cet acte pourrait avoir. Ils durent alors lui faire observer qu'on n'avait nullement l'intention de contraindre les Mexicains à adopter telle ou telle forme de gouvernement; qu'on les laisserait, au contraire, parfaitement libres à cet égard, d'autant plus libres qu'on avait des motifs "plausibles pour affirmer qu'ils viendraient d'eux mêmes réclamer

(1) Lord Russell avait été chargé par ses collègues de formuler lui-même les bases de ce projet. — Voir plus loin la dépêche de M. de la Fuente fi M. Zamacona, datée de Londres le 24 cet. 4864.

œmme une faveur un appui moral qu'on ne pouvait en aucune manière leur refuser , et Ton obtint de la facilité du noble lord la suppression de ces paragraphes fâcheux afin — pour parler comme M. Bîllault — de ne pas décourager le mouvement national, que les gouvernements de France et d'Espagne, sur la foi de leurs agents et des traîtres intéressés à les tromper, croyaient certain, et que les puissances intervenantes attendaient pour procéder à l'organisation d'un gouvernement conforme à leurs seules volontés.

Et qu'on ne crie pas à la calomnie : qu'on ne dise pas que j'invente à loisir des suppositions pour les besoins de la cause libérale ; voici, pour convaincre les plus incrédules, une dépêche de M. Calderon Collantes, ministre d'État du gouvernement espagnol, adressée de Madrid, le 22 octobre 1861, c'est-à-dire, huit jours avant la signature delà Convention de Londres, aux ambassadeurs de son gouvernement accrédités près des cours de Saint- James et des Tuileries, dans laquelle toutes mes prétendues suppositions sont officiellement reproduites dans l'ordre même que je viens d'indiquer.

« Le Ministre d*Étal au Ministre de S. M, à Londres et à son

ambassadeur à Paris.

Madrid, le ââ octobre 1801.

» Excellence,

M Le Ministre de S. M. B. accrédité près de cette Cour, m'a remis une copie du projet de Convention qui doit être signé par les plénipotentiaires de TAngleterre, de la France et de TEspagne, pour réglementer leur action commune au Mexique, afîn d'obtenir du gouvernement de cette république l'accomplissement des engagements contractés par elle avec les souverains des trois nations ci-dessus mentionnées, et d'assurer la protection des personnes et des propriétés de leurs sujets.

» J'ai soumis immédiatement le projet dont il s'agit à l'examen du gouvernement qui, après une mûre délibération, a décidé que je communiquerais à V. E. les observations que ce projet lui a suggérées et les modifications qui peuvent s'y introduire, selon lui, afin que V. E. en tienne compte dans ses relations avec ce gouvernement et dans les conférences qui auront lieu pour mener à bonne On une négociation aussi importante.

» Le préambule de la Convention détermine avec clarté le motif

- èo-

de faction commune des trois puissances, et exprime en termes énergiques les causes qui Tont rendue nécessaire. ^ La violation de toutes les lois, de tous les principes ; les outrages commis par suite de cette violation contre les gouvernements des trois puissances ; les iniquités dont les personnes et les propriétés de leurs sujets ont été victimes, réclament impérieusement des satisfactions promptes et complètes, et des garanties efficaces et sûres, afin que des attentats aussi scandaleux ne se renouvellent pas.

» Les moyens que Ton doit employer pour obtenir des résultats aussi importants sont spécifiés dans fart, i*"^ du projet de Convention, et ces moyens ne laissent rien à désirer au gouvernement de S. M.

» Cependant, comme les forces de mer et de terre que doit fournir chaque puissance seront fixées au moyen de communications entre leurs gouvernements respectifs, il convient que V. E. sache que le gouvernement de S. M. désire envoyer une force navale égale, pour le moins, à celle que destine chacun des gouvernements avec lesquels il contracte, et qu'il est décidé à envoyer une force militaire supérieure à la leur.

» Pour cela, il a plus de facilité que les deux gouvernements amis, car il peut prendre cette dernière force dans ses provinces d'outre-Mer sans diminuer ses garnisons et de manière à ce que leur tranquillité n'en soit pas le moins du monde compromise. Le nombre des sujets que S. M. la reine compte sur le territoire mexicain et les intérêts considérables qu'ils y possèdent, suffiraient pour établir le droit que possède f Espagne en faisant cette demande ; mais comme elle pourrait exciter des doutes et des méfiances contraires aux sentiments de loyauté et de désintéressement qui animent le gouvernement de la reine, V. E. pourra la présenter comme une offre plutôt que comme une exigence.

» L'art. i4 mérite l'approbation la plus complète du gouvernement de S. M, Bien que les dispositions qui en font Vobjet pourraient peut-être se réserver afin de les consigner dans les i^u tractions qui doivent se remettre aux chefs des forces unies ^ il est nécessaire, cependant, de bien définir dans la Convention quelle doit être leur conduite à partir du moment où ils se présenteront sur les côtes du Mexique, et bien plus encore après l'occupation de Veraeruz et des points importants dont ils doivent s'emparer sur cette côte.

» Cet article contient en outre une disposition essentielle et que l'on ne doit pas omettre, c'est que les gouvernements des hautes puissances contractantes se réservent le droit de prendre les mesures qu'elles croiront convenables pour surveiller et rendre effective l'exécution des traités qui -seront câébrés. Dès lors, l'occupa-

lion de Veracruz et des ports adjacents devra durer autant de lemps qoll seira nécessaire pour que ]e gouvernement mexicain ne paisse s'écarter en aucun cas des engagements qu'il aura contractés et qu'il UQ soit plus indispensable, dans Favenir, de renouveler des démonstrations peut-être plus vigoureuses pour l'y contraindre.

L'art, ili du projet est entièrement conforme aux idées que le gouvernement de la reine a constamment manifestées. Il a toujours pensé qu'on devait laisser aux Mexicains une liberté entière pour constituer leur gouvernement de la manière la plus conforme à leurs intérêts, à leurs coutumes et à leurs croyances. Sur ce point, le gouvernement de S. M. a toujours été des plus explicites. Mais s'il a cru, s'il croit encore que les Mexicains doivent être les arbitres de leurs destinées, il croit également quHl est nécessaire de les mettre en état de pouvoir examiner sans passion et sans égarement la situation oii les a conduits leurs erreurs^ afin qu'ils puissent adopter les moyens les plus convenables pour V améliorer (1).

« On pourrait obtenir ce résultat en ordonnant au gouvernement mexicain et aux chefs de forces belligérantes (2) de suspendre les hostilités, et de célébrer un armistice assez long pour discuter et résoudre pacifiquement, si cela est possible, les questions intérieures.

» Autrement, bien qu'il soit probable que la présence des forces combinées suspendra la lutte et arrêtera l'eifusion du sang, il se pourrait, cependant, que les horreurs dont la République a été le théâtre pendant si longtemps, prissent, au contraire, plus d'extension encore.

» Dans ce cas, il serait imprudent et peut-être un peu risqué de renoncer d'une manière absolue, et par anticipation, à une action qui 'pourrait être nécessitée plus tard par des événements imprévus.

L'art. 114 paraîtrait aussi clair et aussi précis, si le gouvernement de S. M. B. (3) consentait à en supprimer la dernière période et à le terminer au mot préambule. De cette manière, le but de la Con-

(1) C'est justement, ainsi que nous le verrons plus tard, la théorie dont le général Forey a utilisé la pratique.

(2) Au moment de l'arrivée à Veracruz des commissaires alliés, ia réaction, partout vaincue, se personnifiait dans la bande de Marquez. Voir la déclaration des susdits commissaires en tête des préliminaires de la Soledad.

(3) On ne parle pas du gouvernement français. C'est une preuve de l'entente qui existait à cet égard entre les cabinets de Madrid et de Paris.

vention ne serait point obscur, et on le déterminerait sans limiter l'action successive dans les clwses qtie les circmstances peuvent exiger. Pour ces causes, le gouvernement de S. M. croit que Tart. ill pourrait être rédigé de la manière suivante :

» Les hautes parties contractantes s'engagent mutuellement à ne pas distraire les forces dont elles vont faille usage en vertu de la pi'ésente Convention, pour les employer à un objet, quel quHl soit, différent de ceux qui sont spécifiés dans son préambule (1).

» Comme Tinlervention, dans le gouvernement intérieur de la République, ne se trouve pas comprise dans ce préambule, il est évident que toute action exécutée dans ce but serait contraire à la Convention.

» Le gouvernement de S. M. croit, pour ce motif, que la rédaction proposée par lui, donnerait satisfaction aux intentions des trois gouvernements, et il insiste seulement sur la nécessité de suspendre les hostilités parce que cette nécessité a été reconnue par le gouvernement britannique et parle gouvernement impérial quand, au printemps de 1860, ils ouvrirent des négociations pour étudier les moyens capables de conduire à rétablissement d'un gouvernement raisonnable sur le territoire mexicain (2).

» L'exécution de cette idée était si avancée que les trois gouvernements ayant donné à leurs représentants .des instructions pour contribuer à la pacification du pays, ils reçurent à cet elTet des propositions formulées par le président substitué de la République et par le général Degollado (3).

(1) Dans le remaniement des articles on supprima le mot spécialement et tout le membre de phrase auquel faisait allusion le ministre espagnol.

(2) Cette tentative échoua par la mauvaise foi de Miramon, ainsi qu'on peut s'en assurer par la correspondance du négociateur anglais, M. William Cornwallis Âldham.

(8) 11 y a dans ce paragraphe une double erreur.

10 Le général Miramon, dont il s'agit ici. n'était pas le substitué du président de la République, comme le dit par erreur M. C. Collantes, mais celui de M. Zuloaga, chef de l'administration réactionnaire émanée du coup d'État, ce qui est bien différent. Le président de la République, alors comme aujourd'hui, était M. Juarez, et c'est en vertu de ses ordres que M. S. Degollado, alors ministre des affaires étrangères, fit à M. Aldham les ouvertures dont parle le ministre espagnol. v

2° Quant à M. Miramon, sa conduite était tellement infAmo, que le

» Or, ce que la situalion du Mexique réelamail à eetle époque, ebl devenu depuis une impérieuse nécessité, de telle sorte que ce n'est pas seulement un besoin politique, mais un devoir d'humanité.

» On ne peut donc pas croire que les gouvernements d'Angleterre et de France aient abandonné une idée aussi juste, et V. £. mettra tout en œuvre pour leur persuader que Faction commune des trois puissances serait peu digne, si le sang des Mexicains et des Européens qui habitent ce malheureux pays devait continuer à couler à flots en présence de leurs glorieux pavillons.

» L'art. IV pourrait se refondre avec le premier, mais comme l'Espagne a constamment protesté de son désintéressement et qu'elle n'aspire à aucun avantage matériel en dehors de ceux que peuvent obtenir les deux nations amies, V. E. se contentera de manifester au gouvernement près duquel vous êtes accrédité Topinion de celui de S. M. sur le peu d'importance de eet article, et même sur les ioconvénients de la répétition d'une même idée qu'on pourrait interpréter comme l'expression d'une méfiance sans motifs, ou comme la manifestatûm d'une volonté irrévocable de laisser le peuple mexicain abandonné à ses propres forces et à ses déplorables habitudes (1), en rendant impossible l'organisation d'un gouvernement raisonnable par le découragement que la crainte d'un pareil abandon pourrait produire sur les caractères droits et sur les personnes bien intentionnées.

» Du reste, quand bien même cet article conserverait la rédaction qu'on lui a donnée dans le projet de Convention et ne s'arrêterait pas au mot d'avantage spécial, ce qui, dans l'opinion du gouvernement de la reine, serait tout ce qu'il devrait contenir, ses intentions et ses désirs n'en seraient encore nullement contrariés.

» // est inutile de dire que le gouvernement de la reine considère la forme monarchique comme préférable à toutes les autres formes de

même M. Aldham, le 28 mars 4860, se crut obligé de lui écrire une lettre dans laquelle se trouve, entre autres, la phrase suivante :

« Si V. E. continue à suivre le chemin qu'elle a suivi jusqu'à ce jour y elle ne régnera jamais sur les cœurs de ses concitoyens. Une petite partie de ceux-ci pourra bien s'unir à elle, mais ce sera par crainte et non par amour

Une pareille lettre, je l'espère, n'a pas besoin de commentaires.

(1) M. Calderon Collantes, pour un ministre venu d'un pronuneiamiento, aurait dû peut-être se montrer un peu plus indulgent, et, dans tous les cas, ne pas oublier ainsi l'histoire courante de son propre pays.

gùuveniement; mais il ne mettra pas en avant son opinion sur la convenance qui en résulterait en faveur du peuple mexicain s'il adoptait cette forme pour se constituer définitivement.

» Si, cependant, tel était son désir ; s'il faisait des efforts pour le réaliser et s'il consentait à discuter l'élection d'un souverain, l'Espagne ne pourrait demeurer indifférente dans une question aussi grave, surtout si un candidat quelconque était désigné au choix des Mexicains par l'un ou l'autre des gouvernements amis. Sur ce point, le gouvernement de la reine croit fermement que si l'on veut faire quelque bien au Mexique, si l'on veut éviter des complications qui pourraient amener, sinon des périls, du moins de grands embarras aux trois gouvernements, ils doivent tous garder la plus grande réserve, et laisser au peuple mexicain la liberté la plus ample, la plus absolue, pour se prononcer à cet égard de la manière qui lui conviendra le mieux.

» L'art. V du projet de Convention est parfaitement rédigé et le gouvernement ne désire rien de plus.

» V. E. qui connaît les sentiments qui l'animent et les vues aux- ({uelles il a toujours travaillé, pourra transmettre au gouvernement près duquel elle est accréditée l'expression complète de ses idées. Si les observations que je viens d'exposer n'étaient point accueillies par les deux gouvernements amis, celui de S. M., bien que persuadé que l'action commune des trois puissances ne produira pas les résultats qu'on en attend, acceptera cependant le projet de Convention tel qu'il est, et dans ce cas, il autorise dès à présent V. E. (1), à le signer conformément aux pouvoirs que vous avez reçus de S. M. à cet effet.

» Les maux du Mexique ne peuvent se prolonger sans deshonneur pour les peuples et pour les gouvernements qui ont des intérêts et des sujets à protéger dans ce vaste pays. L'action commune des trois gouvernements qui ont le plus d'intérêt au rétablissement d'un ordre quelconque dans ce pays désorganisé, ne peut se différer davantage (2). Plus tard , cette action serait peut-être inutile ou infructueuse.

{\) Cette phase s'adresse au Ministre accrédité près du cabinet de Saint-James.

(2) Alors pourquoi avoir reconnu le coup d'État? — Pourquoi, surtout, aujourd'hui que les hommes de cette fatale époque ont été balayés par la volonté populaire, ne pas s'attacher à consolider le gouvernement qui existe, le seul qui ait des racines dans le pays?

Pourquoi ? — La raison en est bien simple. Parce que l'Espagne

» L'anarchie entraîne toujours avec elle la démoralisation et la ruine des peuples, et ce serait en vain qu^on demanderait à celui du Mexique ce qui aurait disparu au milieu de ses terribles convulsions.

» Pour cela, S. M. la reine, notre maîtresse, m'ordonne de recomniander à V. E. la plus grande activité, le tact le plus exquis dans la continuation et la fin de la grave négociation qui vous est confiée et dans laquelle V. E. doit continuer les importants services qu'elle a rendus dans les différentes phases que cette négociation a parcourues jusqu'ici.

» Je le dis à V. E. par ordre de la reine et du Conseil des ministres, afin qu'elle n'en ignore et qu'elle agisse en conséquence.

w Que Dieu garde V. E. pendant de longues années.

» Signé : Calderon Collantes. »

Maintenant que penser de cette jonglerie qui consiste, tout en protestant bien haut de son respect pour la souveraineté des peuples du Mexique, à l'escamoter, cependant, sous prétexte qu'il est nécessaire de les mettre en état de pouvoir examiner sans passion et sans égarement la situation où, les ont conduits leurs erreurs, afin d'adopter les moyens les plus convenables pour l'améliore^? — Et de cette autre, où il est dit * Qu'il serait imprudent et peut-être un peu risqué de renoncer d'une manière absolue, et par anticipation, à une action qui pourrait être nécesdtée plus tard par des événements imprévus ? — Et de cet appel, enfin, au ministre du gouvernement anglais pour le prier de permettre la suppression de la dernière période de l'article 1 H ?

Du moment où Ton agissait à trois, et non pas à deux, pourquoi ne pas s'adresser à M. Thouvenel aussi bien qu'au comte Russell?

Serait-ce parce qu'on était assuré d'avance de son consentement ?

Ou bien, simplement, parce que M. Calderon Collantes

prétendait dépouiller la République en lui imposant par la force certaines créances qu'elle ne pouvait pas admettre ; que le traité Mon- Almonte avait été signé pour cela, et que M. Juarez refusait de s'incliner devant les exigences de ce traité.

espérait, à tort ou à raison, s'entendre plus facilement avec lui ?

Ce sont là des questions sur lesquelles il serait oiseux de s'étendre aujourd'hui que le sort a prononcé et que je ne fais qu'indiquer en passant. J'ai beau chercher dans les nombreuses dépêches écrites à cette occasion, j'ai beau lire et relire les discours prononcés en Angleterre, en France et en Espagne, je ne trouve rien, absolument rien qui me donne la clef de cette énigme, et encore bien moins qui explique ce déploiement inusité de forces contre un pays dont le crime le plus grand, aux yeux des parties contractantes, était de ne pas avoir désespéré de sa régénération, et d'avoir tenté cet eftbrt suprême sans avoir au préalable garni ses caisses des sommes indispensables pour satisfaire les convoitises de tous ceux qui se croyaient intéressés à s'y opposer.

Ce n'était en dernière analyse qu'une question d'usure, qu'une question de gros sous, et c'est pour cela que sur trois, deux des parties intervenantes, avaient compris tout d'abord qu'il fallait détruire la République en ce pays et la remplacer par une monarchie appuyée sur des baïonnettes étrangères, afin de cacher l'immoralité du but qu'elles poursuivaient en la couvrant du vernis menteur d'une légalité de convention.

Eh bien soit! Examinons l'acte de Londres à ce dernier point de vue, et voyons si nous y découvrirons les causes pour lesquelles le ministre espagnol se défiait ainsi du gouvernement anglais.

Qu'on se figure alors un négociant quelconque, le gouvernement mexicain, dont les affaires, par suite d'un événement de force majeure et par conséquent indépendant de sa volonté, le coup (TÉtat du 17 décembre 1857, se trouvait dans une situation désespérée, et dont les créanciers, les gouvernements d'Angleterre et de France, au lieu de s'entendre avec lui, au moyen d'un concordat débattu en commun, pour lui donner le temps de rétablir ses afiaires et de les payer plus tard intégralement, se réunissent dans un but diamétralement opposé et viennent, le pistolet au poing, exiger un paiement que leur malheureux débiteur, quelque grand

d'ailleuid que soit son bon vouloir, ne saurait etteetucr sur l'heure, et l'on aura, commercialement parlant, le sens exact et précis de la Convention de Londres.

En dépit des changements apportés au texte primitif du j3rojet, la valeur morale de cet acte diplomatique était contenue toute entière dans les prescriptions de Tart. 3 : Une commission composée de trois commissaires, un nommé par chacune des puissances contractantes, sera établie avec plein pouvoir de statuer sur toutes les questions que pourrait soulever l'einploi ou la distribution des sommes qui seront recouvrées au Mexique, en ayant égard aux droits respectifs des parties contractantes : et le premier paragraphe de l'art, Jer : Les trois puissances s'engagent à faire, aussitôt après ^la signature de la présente Convention, les dispositions nécessaires pour envoyer sur les côtes du Mexique des forces de terre et de mer combinées dont l'effectif sera déterminé par un échange ultérieur de communicalions entre leurs gouvernements, mais dont Vensemble devra être suffisant pour pouvoir saisir et occuper les différentes forteresses et positions du littoral mexicain, n'était que le moyen ostensible d'obliger leur débiteur insolvable à s'exécuter.

Toutefois, ne l'oublions pas, la Convention de Londres en donnant une forme positive au but purement mercantile de Texpédition, avait soin de déclarer à l'avance (1) que les puissances contractantes s'engageaient à ne rechercher pour eUes-mêmes aucune acquisition de territoire, et à n'exercer dans les affaires intérieures du Mexique aucune influence de nature à porter atteinte au droit de la nation mexicaine de choisir librement la forme de son gouvernement. Elle stipulait même, dans son préambule, et cela de la façon la plus formelle, que les puissances signataires se proposaient uniquement d'exiger des autorités mexicaines une protection plus efficace pour les personnes et les propriétés de leurs sujets, ainsi que l'exécution des obligations contractées envers elles par la République du Mexique, et pour peu quon connaisse la nature des institutions qui régissent les destinées de l'Angleterre, on comprendra sans peine qu'il ne pouvait pas en être autrement- Ci) Art. il.

Ce fut, en effet, pour rester fidèle au principe reconnu et proclamé par toutes les puissances de l'Europe de la nonintervention, que l'Angleterre, en i859, refusa de se mêlera la lutte que soutînt à cette époque le peuple italien pour constituer son autonomie et conquérir son indépendance. — Ce fut par respect pour le même principe que son gouvernement insista avec tant de persévérance pour l'évacuation de la Syrie par les troupes françaises ; et que, dernièrement encore, dans une question qui intéressait au plus haut degré la prospérité et la tranquillité de l'Angleterre, puisqu'il s'agissait du travail et par conséquent de l'existence de plusieurs millions de citoyens anglais, je veux parler de la question américaine, il déclara, en dépit de ses prédilections bien connues pour les hommes du Sud, qu'il observerait la plus stricte neutralité entre les deux partis. La conduite du négociateur anglais se trouvait donc toute tracée par les précédents de son pays, et c'est parce qu'il était impossible de supposer qu'il pourrait jamais lui venir à l'idée de détourner de son but l'expédition dirigée contre le Mexique pour la faire servir de piédestal aux ambitions de certaines puissances européennes, ou de drapeau aux contrerévolutionnaires du pays, que M. Calderon Collantes cherchait avec tant de soin à préparer le comte Russell aux éventualités qui se préparaient.

Continuation du même sujet. ~~ Intrigues du gouvernement espagnol. — Duplicité de lord Russell. — Timidité des États-Unis.

Cette Convention avait été précédée de négociations longues et difficiles entre les trois gouvernements, et, comme il arrive toujours en pareil cas, ces négociations avaient été tenues secrètes. Elles ne furent connues que le 24 septembre au matin, par un article publié dans un journal anglais, le Moming-Post, ce qui lui valut la réponse suivante du Journal des Débats •

€ Nos lecteurs auront sans doute été quelque peu surpris, comme nous, de la confidence que le Morning-Post vient de nous faire au sujet du traité que la France, l'Angleterre et l'Espagne seraient sur le point de conclure en vue d'une expédition combinée contre le Mexique. En lisant le programme complet de cette expédition dans un journal qui passe pour être bien renseigné sur les secrets du cabinet anglais (1), on ne saurait se défendre d'une réflexion trèssimple et très-innocente. Si le trailé dont il s'agit est à la veille d'être signé, si les trois gouvernements sont déjà tombés d'accord non-seulement sur le principe, mais sur le plan et sur les détails de l'expédition, ainsi que le. prétend le journal anglais, comment se fait-il que nous en recevions la première nouvelle de Londres? Comment, à l'heure qu'il est, en sommes-nous réduits aux renseignements qui nous sont fournis par la presse anglaise ? Pourquoi le Moniteur , ou du moins les journaux qui lui servent de suppléants au besoin, continuent-ils de garder à ce sujet un silence absolu? D'un autre côté, comment la notification presque

(1) Le Moming-Post avait la réputation d'être l'organe particulier de lord Palmerslon, alors premier lord de la trésorerie.

<»tHcielIc (jue le Moniinij Post vient de nous l'aire peut-elle se coneilier avec le langage que tiennent depuis quelques jours les journaux de Madrid, et avec les pompeux détails qu'ils nous ont donnés au sujet de Texpédition que le gouvernement espagnol entreprendrait pour son propre compte et « de sa propre résolution » contre le Mexique? Ce sont là des questions sur lesquelles il nous semble que le public français aurait quelque droit d'être éclairé. Cependant, la Patrie est le seul journal qui prenne la parole aujourd'hui pour nous dire que les informations du journal anglais manquent d'exactitude, et que le gouvernement français n'a pris encore aucune décision sur la manière de régler son différend avec le Mexique. Mais quel est le degré de confiance, d'exactitude et d'autorité qu'il est permis d'attacher en ce moment aux informations de la Patrie elle-même? C'est une question que ce journal nous excusera bien de poser et que nous croyons pouvoir élever sans lui faire injure, après le procédé violent, après la sentence d'excommunication trop peu fraternelle qui vient de l'atteindre, au grand étonnement, nous dirions volontiers au grand scandale de l'opinion publique (1). »

Le Journal des Débats avait mille fois raison.

En effet, dans une note datée du 19 du même mois, M. A. de la Fuente, ministre du gouvernement mexicain à Paris, après avoir rappelé au ministre des affaires étrangères de son pays l'entrevue qu'il avait eue chez Mad. Agiiero, le 20 août précédent, avec le général Prim et M. Camyn, alors sous-secrétaire au ministère d'Etat en Espagne, et la condition unique, pour ainsi dire sine quâ non, que celui-ci avait de lui-même posée comme devant précéder la reconnaissance du gouvernement de M. Juarez par la cour d'Espagne (!2), continuait ainsi :

(1) Journal des Débats, n^ du 25 septembre 1861. '

(2) Celte condition unique était racceplation pure et simple du traité Mon Almonte.

A cet égard, le gouvernement espagnol tenait surtout à faire admettre le principe; il tenait moins aux détails, et M. Camyn allait jusqu'à promettre, s'il le fallait absolument, de soumettre ensuite

» L'altilude prise vis-à-vis du Mexique pat* les cours de Paris el de Londres depuis Tarrivée du dernier courrier anglais (1)» et les publications insérées dans les journaux de ces deux capitales, ont réveillé M. Calderon Collantes, et lui ont fait soni^er à quelque coup d'éclat pour échapper à l'accusation de s'être laissé devancer par la France et par l'Angleterre. Il n'est pas vrai, bien que cela soit affirmé par un journal ministériel, que l'Espagne ait fait ù l'avance des préparatifs de guerre : mais elle a profité de l'occasion pour se lîîontrer résolue et prête à jouer un rôle dans les conseils et les opérations des puissances susnommées, et si nous devons en croire les révélations des journaux, révélations parfaitement d'accord, du reste, avec les renseignements que j'ai pu me procurer, elle a offert d'envoyer des troupes pour effectuer un débarquement sur les côtes du Mexique. Mais le parti conservateur ne se contente pas de cela. 11 demande à grands cris que l'Espagne agisse toute seule, sans soumettre ses actes au contrôle de la France et de l'Angleterre. Quelques organes du parti libéral, entre autres le Conlemporâneo, sonlienneiM' ^^ même opinion, et aux dernières dates la Carrespondenda déclare que tel est aussi l'avis du gouvernement. Les journaux de Londres, au contraire, affirment, ainsi que V. E. le verra, que le gouvernement espagnol désire ardemment se voir appuyé par ceux de France et d'Angleterre, afin d'obtenir un triomphe facile sur nous. L'arrogance proverbiale du cabinet de la Péninsule, son ignorance crasse, auraient-elles donc été cause que les deux autres gouvernements l'ont exclu de leurs arrangements contre nous? Cela pourrait bien être, car il est impossible que les rêveries d'un Juan de Bourbon ou de tout autre prince obtienne même les honneurs de la discussion (2). Cette hypothèse expliquerait

les crédits contestés à l'examen d'une nouvelle commission.

Quant aux autres questions, à l'expulsion de M. Pacheco, par exemple, le ministère espagnol en faisait bon marché.

a Avant de continuer, je dois faire observer à Votre Excellence, » écrivait M. de la Fuente, que le gouvernement espagnol ne paraît » attacher aucune importance à l'affaire de M. Pacheco ; il ne se » préoccupe que de la convention relative à la dette espagnole. »

{Dépêche de M, de la Fuente, en date du 2i août i86i, au ministre des affaires étrangères du Mexique.)

(i) Il s'agit de la loi promulguée à Mexico le 17 juillet.

(2) Dans une dépêche en date du 17 du même mois, M. Andres Osegura, secrétaire de la légation mexicaine, ù Paris, envoyé à Londres, par M. de la Fuente, lui disait qu'un mois auparavant,

parfâilement pourquoi les journaux ministériels du gouvernement espagnol prétendent aujourd'hui que leur pays veut agir seul, et enverra pour son compte des forces au Mexique, non pour en faire la conquête, mais pour exiger satisfaction des injures et des offenses dont ils ont à se plaindre.

» Le nom de TEspagne n'a donc été pris en considération par les cours de France et d'Angleterre, que depuis l'arrivée du packei anglais qui a apporté la nouvelle de la suspension des paiements.

» Il en a été de même dans la conférence que j'ai eue avec M. de Thouvenel au commencement du mois de juillet, et dans celle qu'il m'a accordée au commencement de septembre. Dans l'une et dans l'autre, ce ministre ne m'a parlé que de l'accord qui régnait entre son gouvernement et celui de la Grande-Bretagne, pour prendre des mesures qui nous obligeassent à accéder à leurs demandes.

» Le 12 juillet, il s'exprimait encore de la même manière, en répondant à la commission qui lui avait été adressée par l'assemblée des teneurs de bons Mexicains. Enfin, en lisant les articles^imprimés et les copies, manuscrites que j'adresse au gouvernement avec ma correspondance de ce jour, il est facile de se faire une idée de l'impression défavorable que les prétentions de l'Espagne ont causée en France et en Angleterre, et l'on comprendra qu'un mécompte seul a pu produire sa résolution d'agir isolée, afin d'assouvir la haine qu'elle porte au parti libéral du Mexique pour la honte qu*il lui a infligée à elle-même, en refusant de reconnaître le traité Mon- Almonte, et celle dont il a couvert du même coup le parti réactionnaire qui l'avait signé et l'ambassadeur Pacheco qui n'avait été envoyé que pour cimenter l'influence espagnole dans notre pays (1)... »

Mais bientôt les sentiments secrets de l'Espagne s'accentuèrent davantage. Les fils du Cid et de Pelage aspiraient à donner un roi aux Mexicains, et le 23 octobre suivant

M. Murphy, le mémo qui a été depuis Ministre de Maximilien à Vienne, était venu en Angleterre pour y poser la candidature d'un Bourbon quelconque au trône restauré du Mexique, et avait été obligé de se retirer, sans avoir rien obtenu, après 15 jours d'attente et deux entrevues avec Lord Russell.

(1) Dépêche de M. de la Fuente, au Ministre des affaires étrangères du gouvernement mexicain, en date du 49 septembre 1861. — M 48.

M. de la Fuente, rendant compte à son gouvernement de deux conversations qu'il avait eues, Tune avec M. Dayton, l'autre avec M. Adams, ministres des États-Unis à Paris et à Londres, s'exprimait ainsi :

« Le premier de ces Messieurs m'a dit, le jour de mon » départ pour l'Angleterre, que l'Espagne, tout en affirmant » à chaque instant que son intention n'était pas d'intervenir » dans les affaires intérieures de la République, se proposait •• cependant de fomenter au Mexique un parti qui deman- » derait pour roi un prince de la famille royale, et que ce » prince ne serait pas l'infant D. Juan, comme on le croyait » généralement, mais D. Sébastien, oncle de la reine (1). »

Le second, après lui avoir demandé s'il existait, oui ou non, au Mexique, un parti qui aspirât à établir dans le pays un gouvernement monarchique régi par un prince espagnol, avait ajouté ces paroles significatives :

« Le ministre des Etats-Unis à Madrid m'a écrit que le » plan des Espagnols était de se faire demander par leurs » amis du Mexique de leur envoyer un prince de la famille » royale pour gouverner la nation, que les Espagnols y con- » sentiraient et feraient alors marcher un corps de troupes » pour appuyer le nouveau roi (2). »

Enfin, M. Adams lui avait encore dit au sujet des dettes du Mexique, de l'offre faite par les États-Unis d'en garantir les intérêts pendant cinq ans, et des motifs qui avaient fait rejeter ces offres par TAngleterre, motifs sur lesquels j'aurai bientôt à m'expliquer, « que lord Russell lui avait parlé d'un » plan qu'il se proposait de soumettre au gouvernement des » Etats-Unis relativement à cette affaire; que S. S. avait^ > prié les gouvernements de France et d'Espagne de sus- » pendre leurs opérations contre le Mexique jusqu'à l'arrivée » de la réponse de Washington ; que la France, après avoir » hésité pendant quelque temps, avait consenti à cette sus- » pension; mais que l'Espagne avait répondu qu'elle ne

(i) Dépêche de M. de la Fuente au minisire des affaires- étrangères du Mexique, en date du 23 octobre 1861. — Très-réservée, n^ 1. (2) Même dépêche.

• pourrait attendre que jusqu'au i^»' octobre; que le l^"»' no- » veinbre , elle commencerait ses opérations contre le » Mexique, soit que la réponse de Washington fût arrivée » ou non; et qu'en présence de l'obstination que montrait î» l'Espagne à envoyer son escadre dans les eaux du Mexique, » l'Angleterre et la France seraient également obligées d'y » envoyer les leurs. — IVl. Âdams avait alors demandé à 1 lord Russell si cet envoi de forces aurait pour but de procé" y> der immédiatement à une intei'vention ; celui-ci lui avait » répondu que non, et l'avait autorisé à le faire savoir au » gouvernement des États-Unis (I). »

M. de la Fuente s'adressa alors directement à lord Russell, et comme sa dépêche établit, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, la situation véritable du Mexique vis-àvis de ses créanciers et les motifs qui, après avoir donné pour instructions à ce ministre l'ordre de s'entendre avec eux pour obtenir un délai (2), empêchèrent cependant le gouvernement de se mettre d'accord avec les ministres étrangers avant de présenter au Congrès la loi du 17 juillet, je crois qu'il est nécessaire de la reproduire toute entière.

« Je lui ai dit, écrivait, le 24 octobre 1801, M. de la Fuente au ministre des affaires étrangères du gouvernement mexicain, je lui ai dit qu'une nécessité impérieuse avait seule obligé le Mexique à promulguer la loi sur la suspension des paiements, et que cette nécessité avait été reconnue par les ministres de France et d'Angleterre euxmêmes, puisque loin de reprocher au gouvernement fédéral de s'être retranché derrière l'exposition inexacte d'une détresse imaginaire, ils se contentaient de lui faire un crime de ne point s'être entendu préalablement avec eux pour obtenir une solution convenable, et d'avoir lui-même créé ses embarras financiers par une mauvaise administration des biens nationalisés.

> J'ai ajouté qu'il était très-facile de répondre à ces deux objections, parce qu'en premier lieu le gouvernement n'avciit

(i) Dépêche de M. de la Fuente au ministre des affaires étrangères dn Mexique, datée du 24 octobre i86l. — Très-réservée, n" 2. (2) Voir ci-dessus les instructions de M. ^e la Fuente.

proposé au congrès la loi de suspension des paiements, sans ouvrir au préalable une nép^ociation diplomatique pour demander le délai dont la République avait besoin, que sous l'empire de la nécessité impérieuse où il se trouvait, nécessité qui ne permettait pas de retard; et qu'en second lieu, s'il faut tenir compte des dispositions au moyen desquelles les ministres étrangers s'étudiaient à contrarier le gouvernement, jusqu'au point de nuire au bon résultat quil avait obtenu en stipulant un arrangement avec ses créanciers^ arrangement qui n'avait avorté que parce que les ministres de Frame et d'Angleterre l'avaient désapprouvé, ces dispositions établissaient d*une manière surabondante que leur intention était de priver le gouvernement des moyens qui pouvaient amener une solution pacifique et satisfaisante pour lès deux parties. Je lui ai fait observer qu'une pareille auimosité aurait rendu inutile et même périlleuse toute discussion diplomatique dans un moment où le gouvernement mexicain était obligé de faire face à des exigences aussi impérieuses ; et que, quant à la dilapidation des biens du clergé, cette accusation tombait d'elle-même, puisque dans le contrat dont j'ai parlé plus haut, le gouvernement avait trouvé la manière de contenter ses créanciers au moyen de propositions dans lesquelles entraient justement les biens qu'on l'accusait d'avoir dilapidés.

» Je lui ai dit aussi qu'il y avait une raison plus décisive encore pour mettre en relief la conduite irréprochable du gouvernement à l'égard de ses créanciers, et que cette raison était que la loi de nationalisation avait décidé ellemême que les bons de la dette nationale seraient admis pour trois cinquièmes dans le paiement de ces biens; que la dette étrangère pouvait être amortie de cette manière aussi bien que la dette intérieure, et que l'argument des teneurs de bons, pour ne pas profiter des bénéfices de cette loi, manquait de force, puisque cet argument consistant à dire que leurs bons ayant plus de valeur que ceux de la dette intérieure, tout le monde préférait acheter ces derniers parce qu'ils étaient moins cher, personne ne les empêchait de vendre les leurs et d'en affecter le produit à l'achat de ceux qui leur paraissaient plui? avantageux.

» Quant aux autres motifs de plainte, je lui ai fait observer qu'ils n'étaient pas mieux fondés. Je lui ai dit que les 660,000 piastres enlevées de force par Miramon de l'hôtel de la légation anglaise, il était nécessaire de ne pas l'oublier, provenaient du gouvernement de M^ Juarez, qui les avait versées au milieu des nécessités, des désordres, des désastres de la guerre civile, ainsi que toutes les autres sommes qui avaient eu pour but de satisfaire aux exigences de la dette anglaise, tandis que celui qui s'en était emparé était un intrus, un rebelle, qui s'en était servi pour faire la guerre au gouvernement légitime, au gouvernement reconnu par la grande majorité de la nation : que malgré cela, cependant, le gouvernement constitutionnel ne s'était- jamais refusé à entrer à cet égard dans un arrangement équitable ; qu'il avait commencé par exercer des poursuites contre les véritables coupables; qu'il n'y avait eu alors aucune objection contre sa manière de procéder, et que depuis, il était in^pq^sible d'établir qu'il eut oublié ses promesses.

» Dès lors ai-je ajouté, en considérant d'une part le soin religieux que le gouvemerpent fédéral a mis jusqu'ici à faire honneur à ses obligations pécuniaires ; de l'autre, la situation où se trouve en ce moment le pays, il était impossible de ne pas reconnaître la nécessité où l'on était de lui accorder un délai.

» Quant au manque de protection dont se plaignaient les sujets britanniques, je lui ai dit que les griefs provenaient presqu'en totalité du parti réactionnaire, et que le gouvernement faisait tout ce qui dépendait de lui pour les réparer ; que la guerre soutenue sans relèche par ce gouvernement contre la faction ennemie des étrangers était une preuve manifeste de la protection dont ceux-ci étaient l'objet; que sa conduite à cet égard était irréprochable et que si, jusqu'à ce jour, il n'avait'pas pu rétablir la tranquillité, ce n'était certainement pas faute de bon vouloir; que dans tous les cas, le remède à l'état de choses actuel ne consistait pas à lui susciter des difficultés, mais à lui donner le temps de respirer et de recouvrer assez de force pour faire régulièrement honneur à ses obligations internationales; qu'à la grande rigueur, aucune de ces causes n'offrait de motif

suffisant pour traiter le Mexique d*une manière hostile; qu'elles demandaient, au contraire, une solution pacifique, d'autant plus qu'on avait des motifs pour croire que le gouvernement des Etats*Unis consentirait à répondre pendant un temps assez long de la dette extérieure du pays, ce qui mettrait fin aux griefs de l'Angleterre en lui démontrant qu'elle n'avait rien à perdre.

» Lord Russell, ajoutait M. Fuente, écouta avec la plus grande attention ces raisonnements aussi bien que tous ceux que je crus encore devoir lui donner sans répondre un seul mot à aucun d'eux, puis il me dit avec le plus grand calme : c Le Mexique a manqué à ses obligations en rendant » une loi qui suspend pour deux ans le paiement de sa dette » extérieure. L'Angleterre n'a point accepté la médiation et » TofiFre des États-Unis parce que, en outre des intérêts de » sa dette particulière, elle a d'autres revendications à exer- » cer contre le Mexique, comme l'argent, par exemple, » enlevé de force par Miramon de l'hôtel de la Légation » britannique où il était déposé. » Il me demanda ensuite si la France avait également refusé la médiation des États- Unis; je lui répondis que oui, et il continua en disant : c que » l'Angleterre, la France et l'Espagne s'uniraient bientôt, » pour présenter au Mexique leurs propositions, afin de le » contraindre à remplir ses devoirs, et qu'il espérait que > celui-ci les accepterait. » Il me donna à entendre qu'il était lui-même chargé de leur rédaction, en ajoutant qu'il ne Ifis avait point encore formulées pour les soumettre à la France et à V Espagne; et sur ma demande s'il ne jugerait point convenable que je m'entendisse avec lui relativement à ces propositions, il me répondit que c'était impossible jiwgM'à ce qu'on eût arrêté les termes dans lesquels elles devaient être présentées au gouvernement fédéral (1). »

De cette manière, la cause du Mexique était condamnée. Lord Russell, et dans sa personne je comprends les plénipotentiaires de France et d'Espagne dont, après tout, il

(1) Dépêche de M. Fuente ù M. Zamacona, en date de Londres, le 2i octobre 1861. — Très- réservée, n« 3.

n'était que le porte-voix, lord Russell, dis-je, avait trouvé le moyen d'avoir réponse à tout.

S'agissait-il de la situation lamentable que la reconnaissance intempestive du coup d'Ktat du 17 décembre 1857, par les ministres de France et d'Angleterre, avait faite à ce malheureux pays, il répondait avec ce flegme qui caractérise au suprême degré le grand seigneur anglais : Le Mexique a manqué à ses obligations en promulguant une loi qui suspend pour deux ans le paiement de sa dette extérieure.

Lui représentait-on que la plus grande partie des griefs dont se plaignaient les puissances européennes provenaient du parti réactionnaire, de ce parti qu'elles avaient encouragé, choyé, reconnu, en dépit de toutes les lois, voire même de tous les us et coutumes internationaux , il ajoutait avec le même flegme : qu'en outre des intérêts de sa dette particulière, V Angleterre avait enœre d'autres revendications à exercer contre le Mexique.

Si bien que, en présence de ce manque de foi, d'une part, de ces revendications nouvelles d'une autre, le Mexique se trouvait pressé comme dans un étau, et il ne restait à la pauvre République qu'à se courber sous la condamnation prononcée contre elle par lord John, au nom de ses hauts et puissants alliés.

Cette conduite n'était peut-être pas entièrement d'accord avec les paroles que lord Palmerston, chef du cabinet auquel appartenait lord Russell, avait prononcées à la Chambre des communes dans la séance du J7 juin précédent; mais ce n'est point à moi qu'il appartient de mettre d'accord entre eux les hommes d*Etat de la Grande-Bretagne. Je passe donc.

D'ailleurs, il me vient un doute.

En me rappelant les invasions successives que cette île a eu à subir de la part des Romains, d'abord, puis des Angles, des Saxons, des Danois, des Normands, qui sais-je encore ? dont les couches nombreuses se sont superposées avec le temps les unes aux autres, il me semble, sauf erreur, que les droits de la propriété n'ont pas dû toujours y être aussi respectés qu'ils le sont aujourd'hui ; et quand je songe aux massacres, aux Gfuerros civiles, aux échafiiuds qui l'ont ensan-

«plantée pendant si longtemps, j'ai grand peur que piirmi les plus nobles il n'y en ait quelques-uns dont les ancêtres îxient été flétris de leur temps, et par leurs adversaires, des noms de brigands et de bandits que Ton se plaît tant de nos jours à prodiguer aux défenseurs de la nationalité du Mexique.

Quant à lord Russell, puisqu'aussi bien il s'agit en ce moment de lui, il disait, le 2i octobre 1861, à M. de la Fuente, ministre de la République accrédité près les cours de Saint- James et des Tuileries, quil n'avait point encore formule les propositions quil devait soumettre à la France et à l'Espagne au sujet de V intervention (1); et voici qu'à la date du 22 du même mois,M.Calderon Collantes, ministre d'État du gouvernement espagnol, répondait justement à ces propositions qui lui avaient été remises par le ministre anglais accrédité près du cabinet de Madrid. Depuis le jour où M. de Talleyrand a laissé, dit-on, tomber de ses lèvres cet adage singulier : « La parole a été donnée à l'homme pour » déguiser sa pensée, » on a trouvé habile, surtout plus prudent, dans le cercle où vivent les sommités sociales, de s'abriter derrière des réticences qui,, si nous en croyons le R.P. Escobar, au moyen d'une direction d'intention, consistent à dire le contraire des paroles que l'on a cependant prononcées. Dans le monde diplomatique, cette manière de s'exprimer s'appelle, selon le cas, finesse, ruse, artifice ; mais, dans le dictionnaire, la seule autorité qu'un homme qui se respecte puisse invoquer, on donne à cet acte une tout autre signification.

Quoi qu'il en soit, les renseignements offerts par M. Fuente avaient été repoussés par lord Russell, de la même manière et pour les mêmes motifs qui lui avaient déjà fait refuser la médiation américaine. 11 retourna chez M. Adams pour lui demander s'il connaissait le dispositif de la proposition faite aux États-Unis, et celui-ci lui répondit qu'il en ignorait les termes aussi bien que l'esprit; qu'il ne savait pas même si les gouvernements de France et d'Espagne en avaient con-

(1) Voir plus haut la dépêche de M. Fuente ù iM. Zamacona.

— no —

uaissaiice, mais qu'en se rapportant à la dernière conversation qu il avait eue avec lord Russell, il penchait cependant du côté de l'affirmative, puis il ajoute :

« Il y a pour moi une difficulté dont je ne puis me rendre » compte. Cette difficulté consiste dans la déclaration faite » par TEspagne de ne pas attendre la réponse des États-Unis > au delà de la fin d'octobre. Lord Russell, la semaine der- » nière (1), m'a parlé de l'envoi de ses propositions à Was- » hington comme d'une chose qui devait avoir lieu prochai- » nement, mais qui n'est point encore faite. Or, il est » impossible de savoir à cette époque la réponse du gouver- » nement des États-Unis. Cette date fixée par l'Espagne, » comme le terme dernier de son attente, équivaut de sa » part à un refus de connaître et de prendre cette réponse » en considération. Si donc les deux autres puissances en- » voient également leurs flottes dans les eaux du Mexique, » ce ne peut être que dans le but de s'opposer à ses des- » seins (2). »

M. Adams se trompait dans ses suppositions. Pour parler plus clairement, il avait le tort de compter sur une promesse que lord Russell n'avait pas prise un seul instant au sérieux.

J'ai tenu à me rendre compte de ses fameuses propositions et je les ai cherchées dans le Blue-Book, dans les journaux de l'époque et dans la Correspondance transmise au congrès des Etats-Unis, par le président, pour lui faire con^ fiattre la situation des choses au Mexique.

Je n'ai rien trouvé à cet égard; rien, absolument rien, ni dans le Blue^Book, ni dans les journaux ; mais voici ce que j'ai rencontré dans la Correspondance :

C'est d'abord une dépêche de M. Adams à M. Seward, en date du 24 octobre d861, n» 62, dans laquelle le ministre américain, en rendant compte à son gouvernement de son entrevue avec M. Fuente, s'exprimait ainsi au sujet de ces propositions: « il (M. Fuente) était anxieux de savoir de

(I) Du 13 au !20 du même mois.

{^} Dépêche de M. Fuente à M* Zamacona en date du 25 cet. 1861 . — Très-réservée, n° 4.

> moi la nature des propositions faites aux Etats-Unis. — * He seemed anxious to make inquiries ofme as to the nature of » the proposition to he made to the United-States ; —- » à quoi il ajoute : < Lord Russel] a conservé vis-à-vis de lui le même » silence qu*il avait gardé avec moi au sujet de ses projets. » — Lord Russell had been as silent to him in regard to his

> prqjects as he was to me. — »

Puis une autre en date du l^r novembre 1861, n« 66, dans laquelle il répond en ces termes à une note de M. Seward, en date du 10 octobre précédent, et portant le n» 99: « Il me » suffira de vous rappeler la situation où les choses ont été •» laissées à la suite de ma conférence avec lord Russell, » pi^ur vous convaincre qu'il m'était impossible de proposer » un moyen quelconque d'agir au nom du gouvernement des » Etats-Unis, ainsi que vous me le suggérez dans votre note » no 99. S. S. n'ayant pas jugé convenable de me faire con- » naître la nature du plan qu'elle était sur le point de sou- » mettre à votre examen, par l'intermédiaire de Lord Lyons, » il fallait que j'attendisse de l'apprendre par vous, ainsi » que l'accueil que lui avait fait le président; — It will » clearly appear from the représentation there made of the state » in which the matter was left after my conférence with lord » Russell, that it is utterly ont of my power to propose a course » of action for the government of the United-States , as suggested » in your n^ 99. As his lordship did not think fit to make me » acquainted witli the nature of the plan he was about to submit y> to your considération through lord Lyons, I mu^t wait to leurn » it from you, as well as the réception which it has met with » from the président. »

Et enfin, la réponse de M. Seward, en date de Washington, le !«»' novembre 186i, no 128, réponse dans laquelle ce ministre s'exprime ainsi : « Monsieur, j'ai reçu votre dépê- » che du ler novembre, n» 66. Elle traite de la question » mexicaine. Mais, jusqu'à présent, jen*ai pas reçu la note » DE lord lyons, que VOUS ME FAISIEZ ESPÉRER. Au contraire, » j'ai appris qu'une Convention (1) a été conclue entre

(1) Celle du 31 octobre 1861.

» TEàpagne, la France et la Graiide-Bretagiuî, etc.. — Sir: » Yoîcr despatch of november \, w'> 06, lias been received. It » treats of the Mexican questioti. But thus for I Juive not re- » ceived from lord Lypns the note on that subject wfdch we were » antorized to expect. On the contrary, I hear informaUy that a » Convention has been condnded betiveen Spain, France and » Great Britain.etc.,.. »

Maintenant concluons.

11 résulte du rapprochement de ces différentes pièces :

j« Que lord Russell s'était, en effet, engagé vis-à-vis de M. Adanjs, à envoyer au gouvernement des États Unis, par l'intermédiaire de lord Lyons, des propositions dont il avait cependant jugé convenable de lui cacher la nature.

2» Que celui-ci en avait fait part à 3i. Fuente, comme d'un espoir, bien faible, il est vrai, mais fondé toutefois sur la parole d'un ministre anglais, et d'autant plus précieux en ce moment qu'il n'en restait pas d'autre à la République.

30 Que lord Russell, satisfait sans doute de l'espèce de déférence que ses collègues de France et d'Espagne avaient montrée pour sa personne et ses opinions en le chargeant de formuler la minute du projet de Convention qu'ils allaient signer en commun, avait oublié immédiatement la promesse qu'il avait faite à M. Adams dans un moment d'abandon, et à laquelle il tenait d'autant moins que la sécession, victorieuse alors dans le Sud, promettait de délivrer à jamais l'Angleterre dés craintes que lui inspirait la trop grande expansion de la puissance du Nord.

En conséquence, la convention, modifiée dans son essence, ainsi que nous l'avons vu, à la suite de la dépêche deM.Calderon Collantes, fut signée à Londres, le 3J octobre 1861. On en inséra une analyse à Paris, dans le Moniteur du 4 novembre, et le lendemain, 5, M. Fuente retourna chez M. Adams pour l'entretenir de ce grand événement. Ici, je lui abandonne de nouveau la parole :

« Aussitôt que j'eus pris connaissance, écrivait-il à M. Zamacona (1), du bulletin du Moniteur que je vous

(l) Dépêche de M. Fuente à M. Zamacona, datée de Londres, le o novembre 1861. ~ Réservée, n« il.

adresse en même temps que cette dépêche, je me suis rendu chez M. Adams, je m'attendais à sa surprise à la nouvelle de la Convention célébrée entre l'Angleterre, la France et l'Espagne, avant que Ton eût reçu à Londres la réponse que lord Russell attendait du gouvernement de Washington, et je croyais également qu'il s'empresserait de demander des explications sur les causes de cette grande hâte aussi bien que sur les termes de la triple alliance établie par le traité de Londres.

> Je lui demandai donc tout d*abord s'il connaissait l'acte dont le Moniteur français avait publié la veille l'analyse sur la question du Mexique, à quoi il me répondit qu'il en avait été instruit, le matin même, par un journal anglais ; puis, faisant allusion à une demande que je lui adressai, il me dit qu'il ne savait absolument rien des stipulations convenues entre les trois puissances, signataires de cet acte. J'appelai alors son attention sur ce que ce traité avait été conclu sans attendre la réponse du gouvernement américain, réponse à laquelle lord Russell, lui-même, avait cependant fait allusion dans la conférence qu'il avait eue récemment avec lui, à quoi je reçus pour réponse que le ministre anglais avait eu tout le temps de la recevoir, puisque son gouvernement, tout en ne lui disant pas un mot des propositions dont il s'agit, lui parlait pourtant de certaines notes expédiées de Londres à l'époque où avait eu lieu cette conférence. J'ai pris la liberté de lui faire observer que si, aujourd'hui même, il avait pu recevoir ces notes, il n'en était pas moins vrai que le 3i octobre, jour de la signature du traité, lord Russell ne pouvait pas encore connaître la résolution du gouvernement américain. Pour toute réponse, M. Adams m'a donné à lire, et il a mis dans son geste une certaine emphase, un journal de Londres dans lequel on disait que la circulaire de M. Seward, au sujet de la fortification des ports et des côtes de son pays était entièrement inutile, parce que l'expédition projetée par l'Angleterre, la France et l'Espagne, ne contenait aucune vue hostile contre l'Union américaine, et n'avait pas pour but de procurer aux nations alliées un long établissement dans la République. Après avoir lu ce passage, je lui dis que, malgré toutes ces protestations, le

gouvernement de Washington avait parfaitement fait, selon moi, en se préparant aux plus terribles éventualités.

» La conversation, comme on le voit, menaçait de prendre une tournure embarrassante. Pour y couper court, je lui ai dit que le désir' bien naturel de savoir ce que les gouvernements de France, d'Angleterre et d'Espagne avaient résolu de faire contre le Mexique, m'engageait aujourd'hui à profiter de ses offres obligeantes et de le supplier, si toutefois il pouvait le faire sans inconvénient d'aucune espèce, de demander à lord Russell, quels étaient les véritables termes du susdit traité. Il m'a répondu avec une confusion visible que déjà il avait songé à faire cette demande en son nom personnel; mais qu'il avait été retenu en songeant qu'il n'avait aucun titre pour la faire, et qu'il avait craint, à cause de cela, de s*exposer à un refus : mais que la semaine prochaîne il espérait trouver une occasion dont il profiterait pour demander indirectement au ministre anglais les renseignements que je désirais connaître. Après cela, je fis tomber la conversation sur les véritables vues que devaient se proposer les puissances alliées. M. Adams convînt avec moi de l'immense impulsion que la triple alliance donnerait à la politique de l'Espagne contre le Mexique, et il alla jusqu'à confesser qu'un des principaux motifs de Texpédition pourrait bien être de profiter de la première circonstance favorable pour reconnaître l'indépendance des États séparatistes. »

Ce fut la dernière scène d'une comédie qu'on jouait depuis quatre ans et qui devait bientôt tourner au drame.

Elle avait eu pour premier acte la reconnaissance, par les ministres de France et d'Angleterre, des intrus du coup d'État, alors que le gouvernement légitime était établi depuis quatre jours à Guanajuato.

Pour second, l'influence morale que ces intrus avaient tirée de cette reconnaissance pour contracter des engagements qui devaient un peu plus tard ruiner le pays et servir de prétexte à l'intervention.

Pour troisième, l'envoi à Veracruz des amiraux Dunlop et Penaud, afin d'imposer, la mèche allumée sur la lumière de leurs canons, des conventions auxquelles on savait par-

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faitement qu'il serait impossible de faire honneur, et qui devaient servir alors de prétexte pour accuser la bonne foi du gouvernement.

Pour quatrième, les manœuvres dilatoires mises en œuvre par M. de Saligny pour retarder, par totfs les moyens que pouvait lui suggérer sa mauvaise foi, la présentation de ses lettres de créance au gouvernement constitutionnel.

Pour cinquième, enfin, la conduite observée par lord Russell dans ses rapports avec les ministres du Mexique et des États-Unis.

La fin était digne du commencement.

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