BÉRANGER
uernent mexicain, et fut cause d'un désAccord assez grand pour les empêcher de les présenter en bloc, sous la garantie collective des trois puissances, ainsi que cela avait été stipulé dans la Convention de Londres (4). Ils se séparèrent en fait, dès leur arrivée au Mexique, et pour ne pas se voir obligés plus tard, en donnant une signature collective, à soutenir des exigences qui ne leur paraissaient pas fondées en droit, les plénipotentiaires de l'Angleterre et de l'Espagne firent décider que chacun des commissaires aurait le droit de faire valoir en particulier les réclamations de son propre pays, sans pouvoir engager en rien l'action réservée de ses collègues (2).
Si même nous en croyons les mêmes dépêches, MM. Prim et Wyke n'hésitèrent point à demander à M. de Saligny communication des titres sur lesquels reposait sa réclamation, et celui-ci, tout en reconnaissant qiCil n'avait point de pièces justificatives à produire^ aurait répondu « qu'il avait
> reçu de son gouvernement Tordre d'établir le montant de
> ce qui pouvait être du aux sujets de l'empire, et qu'il avait » arbitrairement fixé ce chiffre à 60,000,000 francs (3), parce » que c'était le chiffre qui lui paraissait s'approcher le plus » de la vérité. Il aurait ajouté que cette somme pourrait » peut-être varier d'un ou de deux millions en plus ou en » moins, mais qu'il la maintenait telle quelle, et que per-
> sonne n'avait le droit d^ examiner le plus ou le m^ins de valeur » de sa réclamation (4). » Les commissaires des gouvernements anglais et espagnol auraient alors déclaré qu'il leur était impossible d'admettre un mode aussi étrange de procéder dans une expédition commune aux trois puissances qui l'avaient entreprise, et ils auraient protesté à l'avance
(1) Dépêche du général Prim à M. Calderon Collantes, en date de Veracruz, le 44 janvier 1862, et portant le n^ 2.
(2) Dépêche du général Prim à M. Calderon Collantes, datée de Veracruz, le 27 janvier 1862, et portant le n^ 9.
(3) M. de Saligny ne comptait que 5 francs à la piastre, ce qui est en opposition avec la valeur de ces pièces.
(4) Dépêche de sir Charles Wyke au comte Russeli, en date de Veracruz, le 49 janvier 4862.
contre l'adraission, à titre de crédit, de la créance introduite au nom de M. Jeeker.
On comprendra combien il me répugne de répondre, article par article, à ces réclamations où le nom trois fois saint pour moi de la France se trouve mêlé d^une manière aussi malheureuse, et l'on me pardonnera, je l'espère du moins, le silence auquel je me condamne volontairement. Mais eu renonçant à discuter, par respect pour le nom de mon pays, des exigences dont le moindre inconvénient aurait été de confisquer, ainsi que je l'ai déjà dit, la souveraineté du Mexique au profit de M. de Saligny et de ses successeurs, je dd\s cependant faire remarquer que la doctrine soutenue en cette circonstance par le général Prim et M. Wyke, doctrine entièrement conforme à ce que j'ai moi-même avancé plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage, se trouve également d'accord avec les paroles suivantes, prononcées le 17 juin 1862, dans la Chambre des communes d'Angleterre, par lord Palmerston.
c Jamais^ a-t-il dit, dans la discussion qui avait lieu ce
> jour-là, à l'occasion des affaires du Mexique, jamais le » gouvernement anglaù n'a pris de mesures pour contraindre le » Mexique à rembourser les sommes dont il est redevable envers » des particuliers. — Les réclamations présentées contre ce » pays, étaient de deux sortes. Les unes concernaient le
> défaut de paiement de certaines sommes auxquelles la
> République était obligée par des Conventions célébrées
> entre les deux gouvernements; et les autres avaient trait » à une somme de 660,000 piastres, volée avec effraction (d) » dans la maison même de la légation anglaise, où elle était » placée sous la garantie du sceau britannique. - C'étaient
> là des outrages nationaux et un manque de foi qui nous » donnaient le droit d'exiger une satisfaction. — Mais, 1^'je le répète, le gouvernement anglais n'a jamais voulu se
(i) Par le général don Leonardo Marquez, commandeur de Tordre impérial de la Légion d'honneur, chevalier grand croix de Tordre insigne de Guadalupe el de Taigle mexicain etc nommé en dernier lieu par Tarchiduc Maximilien son lieutenant-général dans Tempire.
charger de faire payer les crédits des particuliers qui, par un acte de leur propre volonté — comme M. Jecker — font des avances d'argent à des gouvernements étrangers. Les particu" liersy dans ce caSy agissent à leurs risques et périls^ et tout ce que peut faire le gouvernement, c'est d*employer ses bons offices pour engager le gouvernement débiteur à rembourser y mais le manque de paiement ne saurait être un motif de guerre. »
On aurait pu répondre à ce discours qu^un ministre tant soit peu logique n'aurait pas dû faire peser sur le gouvernement libéral la responsabilité d'un vol commis par l'administration réactionnaire : d'autant plus qu'en reconnaissant pendant trois ans, comme il l'avait fait, cette administration, en maintenant un ministre auprès d'elle, il avait enlevé au gouvernement légitime une partie de la force dont il avait besoin pour faire respecter son autorité, mais c'eût été, peut-être, se montrer trop exigeant, et pour en revenir à H. de Saligny, je termine l'incident par une réflexion, que je présente sous forme de dilemme, pour la faire mieux comprendre.
De deux choses Tune. M. de Saligny, en dressant son fameux ultimatum y croyait ou ne croyait pas accomplir un acte sérieux.
Dans le premier cas, il faudrait admettre tout d'abord que dans la pensée de H. de Saligny, le gouvernement mexicain, sans manquer à ses devoirs envers son pays, pouvait se plier à toutes les exigences de cet acte qui, sans cela, n'aurait point été sérieux.
Dans le second, ce serait une preuve qu'il se moquait à la fois de ses collègues, du gouvernement mexicain et de son propre gouvernement, ce qui serait un crime de lèse-nation au premier chef, car il s'agit de l'honneur et du sang de la France, et je ne reconnais à personne, pas même au gouvernement, le droit d'abuser de cet honneur et de ce sang.
Si donc, pour rester dans la première partie de notre
dilemme, nous admettons que le gouvernement mexicain,
sans manquer à ses devoirs, aurait pu consciencieusement
accorder, et qu'en effet il eût accordé à H. de Saligny :
10 La reconnaissance de la dette réclamée — 12,000,000