‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 52 sur 54 · PROCÈS-VERBAL · texte numérisé non relu

PROCÈS-VERBAL

M, Mariano Nunez, appelé par M. le lieutenant-colonel commandant supérieur pour témoigner sur les faits relatifs au mariage de M» Barbollo, m'a dit ce qui suit :

« Le 42 octobre, vers 6 heures du soir, M. Barbollo me pria de venir chez lui pour assister à son mariage. Vers 7 heures, M. le curé J. M. Bes. Guerra entra. M. Barbollo et son épouse se levèrent. » Barbollo lui prenant la main dit : « Vous êtes témoins, messieurs, » que devant M. le curé de la paroisse de cette ville, je prends » M™* Esparza pour épouse. — La senora Esparza répondit qu'elle » prenait M. Barbollo pour époux. »

— M. le curé se leva et dit : « Sans vous offenser comme je l'ai » fait hier (1) et de sang-froid, vous ne vous êtes pas conduit, M. Bar-

(1) Cette phrase indique qu'il avait dû se passer la veille quelque chose de bien grave entre eux.

» bollo en vrai cavalier. Je proteste contre cet acte que je déclare » illégal et je prendrai les mesures que je croirai convenables. »

» M. le curé sortit et la plupart des personnes sortirent après lui.

» J*ai su depuis que M. le curé fut appelé pour recevoir la signature de la renonciation à la propriété^ pièce qtte Von exigeait pour leur accorder la bénédiction.

» L'on m'a dit que M. fiarbollo était prisonnier, parce qu'il avait trompé M. le curé. M. le curé croyait venir recevoir la cession ou la renonciation à la propriété, pièce sans laquelle il ne voulait pas \^ marier.

» M. Nunez n'ayant rien à ajouter, je l'ai engagé à signer.

» Mariano Nunez.

» Zacatecas, le 18 octobre 1864.

» Le capitaine du 2® zouaves^

» FiGAROL.

» M. José Villega, habitant de Zacatecas, appelé par M. le commandant supérieur, confirme la réponse de M. Nufiez et je l'ai engagé à signer.

» José N. DE Villega.

» Zacatecas, le 18 octobre 1864.

» Le capitaine,

» FiGAROL.

» Ces messieurs, Nunez et Villega, citent comme témoins ayant assisté à la scène MM. Francisco Maldonado, Rafaël Lopez de Nava et Antonio Boldan. »

Ainsi, dans une ville de 16 à 17,000 âmes, occupée militairement par l'armée française, où, par conséquent, elle était toute puissante, un prêtre a pu refuser de bénir l'union conjugale de deux personnes qui croyaient avoir besoin de cette bénédiction pour être mariés légitimement, jusqu'à ce qu'on lui eût remis les titres d'une propriété vendue à l'une d'elles, par le gouvernement : le futur a été arrêté comme un malfaiteur pour avoir fait venir le prêtre chez lui afin de lui déclarer, en présence de quelques témoins, qu'il prenait la future pour femme, et l'autorité française, au lieu de venger la conscience publique outragée par ce perturbateur en soutane dans ce qu'elle a de plus sacré, de plus saint, en faisant exécuter la loi, s'est contentée de faire dressier un procès-verbal de ce qui s'était

passé par un capitaine de zouaves, et a envoyé le tout au maréchal pour qu^il le transmit avec ses doléances au gouvernement de l'Intervention.

Ah ! s'il eût été question d'un honnête homme, d'un patriote coupable, comme les frères Delgado, de ne point vouloir trahir sa patrie, l'autorité française n'aurait point eu besoin de s'adresser au général eu chef. Elle aurait agi de stiite, vigoureusement, sans crainte ni pitié, et n'aurait pas manqué de raisons, bonnes ou mauvaises, pour expliquer les abus de pouvoir qu'elle aurait pu se permettre. — Mais il était question d'un prêtre ; du propre frère de Sa Grandeur, Monseigneur Tévêque de Zacatecas ! — Les lois dirigées contre les libéraux n'étaient point faites pour être respectées par de pareilles gens, l'autorité s'est tue, et le goupillon s'est imposé une fois de plus à l'omnipotence du sabre.

Ce n'est pas tout, le maréchal a dû transmettre une copie de ce rapport au gouvernement impérial, et celui-ci devait à son tour l'insérer tout au long dans le Moniteur. Cependant, il n'en a rien été. Le journal oJËciel du l^r décembre annonçait simplement l'occupation des États de Tamaulipas, Cohahuila, Nuevo-Leon et Durango; celui du 17, contenait les détails d'un déjeuner offert par le maréchal aux archiducs, sous une tente de campagne, le 30 octobre à Guajinialpa, et ils gardaient l'un et l'autre le silence le plus complet sur cette pièce importante. On est donc en droit d'eu conclure qu'il a été trompé lui-même par le maréchal Bazaine si celui-ci ne la lui.a pas envoyée ; ou bien, dans le cas contraire, qu'il a volontairement trompé notre pays.

Reconnaissance de Maximilîen par les gouvernements

de la vieille Europe.

En Europe, non plus, les affaires de rinterventîon ne marchaient pas précisément au gré des interventionnistes. Soit qu^on se fût trop hâté d'afficher au grand jour des prétentions basées uniquement sur l'emploi de la force brutale ; soit que le passé des agents chargés de les faire valoir n'inspirât pas toujours la confiance désirable, je ne sais, mais il est certain que quelques gouvernements paraissaient hésiter à entrer en relation avec cet empire de fabrique décembriste. Voici mes preuves.

Je commence par le personnage accrédité près la cour des Tuileries.

En dépit des tendances visibles de notre siècle à une universalité qui, selon l'expression judicieuse de Tallandier, cherche à absorber chaque individu dans l'État et chaque peuple dans le genre humain, s'il est une affection sincère, véritable au cœur de l'homme, c'est sans contredit celle qu'il porte au pays qui Ta vu naître. Tous, ou du moins presque tous, nous aimons d'une manière ineffable, particulière, le sol où nous sommes nés. Idée rétrécie, diront les chevaliers errants du cosmopolitisme, sans même se douter de la signification véritable du terme dont ils s'affublent, mais idée respectable, en dépit de tout, parce que sur ce coin de terre riche ou pauvre, peu importe, le berceau et la tombe se sont réunis pour parler à notre cœur. Nous n'y sommes pas seulement nés ; nous y avons vécu, nous y avons souffert, et son image gravée dans notre mémoire par les impressions premières de l'enfance, s'est encore accentuée plus tard au souvenir de ces joies placides, éternel regret, comme éternelle envie de l'âge viril.

Non, rien ne s'oublie ! c'est chez nous un instinct, une

véritable nécessité. Nos premières sensations reçoivent, en dépit de nous, une empreinte indélébile dans notre jeunesse, maléable et souple comme la cire : cette cire durcit ensuite, le temps la solidifie, elle acquiert le relief du bronze et il n'y a point de soleil qui puisse la fondre. Le cœur de l'homme, quoi qu'il fasse, reste toujours attaché à la terre où il a balbutié les premiers mots que lui a enseignés la nature, où il a trouvé le sourire du berceau, où l'attendent plus tard les pleurs de la tombe . Jamais il n'oublie, même au milieu des nuages où l'entraîne parfois le tourbillon du monde, la blanche maisonnette souriant au vallon parmi les arbres en fleurs; ni les tiédes soirées passées à l'ombre des pampres verts; ni les premières rêveries, aspirations vagues écloses on ne sait comment pendant la promenade solitaire le long des halliers étoiles de chèvre-feuille ; ni les légendes de la veillée, ni la face bénigne et joviale de l'aïeul, ni les récits de la grand'mère ! Jamais, je le répète, il n'oublie rien de tout cela, parce que tout cela, pour lui c'est la patrie, et que la patrie, pour tout dire en un mot, c'est la famille des peuples.

Il y a cependant quelques individus qui font exception à cette règle générale : ces individus sont rares, cela est vrai, mais enfin il y en a. Ceux-ci ne considèrent le sentiment dont je viens de parler que comme une chaîne à eux imposée par le hasard en les faisant naître ici plutôt que là, et dès qu'ils sont majeurs, ils profitent de leur libre arbitre pour secouer un joug incommode en demandant volontairement leur admission au foyer protecteur d'un autre peuple. On pourrait les appeler les éclectiques de l'humanité. Ils sont dans leur droit, je le reconnais; et si le seigneur Hidalgo, car c'est de lui que je m'occupe, s'était contenté de renoncer à sa qualité de mexicain pour se faire naturaliser espagnol, je n'aurais pas le droit de jeter le moindre blâme sur sa conduite. Mais abjurer sa nationalité première pour machiner ensuite contre son ancienne patrie et prétendre la représenter plus tard auprès de l'étranger au nom d'un prince que ces menées étaient parvenues à lui imposer momentanément, c'est là ce qu'on peut appeler sans crainte le comble de Tignominie, et ce qui n'a pu se présenter qji'à la

suite d'un cataclysme où toutes les règles du juste et de l'injuste ont été anéanties pour un instant devant la force faisant éclipse au droit et à la vérité.

Je ne dirai rien de sa réception officielle en qualité de ministre de Maximilien à la cour des Tuileries. Cette réception a été ce que sont toutes les cérémonies du même genre; mais il n'en fût pas de même en Angleterre où son collègue, M. Arrangoiz, rencontra des difficultés sur lesquelles on n'avait pas compté, et que Ton comprendrait difficilement si je ne citais m extenso la correspondance de ces deux agents avec le ministre des affaires étrangères de l'archiduc.

Il s'agit tout d abord du roi des Belges, Léopold I«p, et des promesses qu'il a faites au seigneur Hidalgo.

Voici cette dépêche.

NO i.

Légation du Mexique en France.

N- s. - RRSERVÉ.

« Paris, 14 août 1864.

» Très Excellent Seigneur.

» A son retour de Vichy (1), le roi des Belges m'a dit que S. M. avait prévenu ses ministres et ses agents à l'étranger, de faire tout ce qu'ils pourraient pour seconder dans toutes leurs négociations les représentants du Mexique, et que j'en prévinsse mes collègues, ainsi que je me suis hâté de le faire.

» Il m'est agréable, etc..

» JosE Hidalgo.

» A. S. E. le minisire des affaires étrangères..., Mexico. »

Tout allait donc bien, et l'on pouvait sans courrir trop de risques, compter sur la reconnaissance immédiate de toutes les puissances européennes, y compris l'Angleterre, quand lord Palmerston, dans sa réponse aux interpellations de

(4) Il s'agit de ce fameux séjour à Vichy où le roi des Felges était allé, si nous en croyons M. Ch. d'Héricault, pour traiter de la royauté du Guatemala en faveur du comte de Flandre.

M. Ringlake, est venu maladroitement crever ce ballon gonflé de vent, et remettre plus maladroitement encore tout en question. J^abandonne la parole au seigneur Hidalgo.

Légation du Mexique en France.

« Paris, U août 1864.

» Très Excellent Seigneur.

» Le jour du départ du dernier courrier, deux heures avant de fermer ma correspondance, j*ai vu le ministre des affaires étrangères (i). S. E. m'a dit que lord Clarendon, arrivé la veille à Paris, lui avait demandé spontanément à quelle époque on notifierait à TAngleterre Tarrivée de notre Empereur au trône, parce que le minislère anglais n*attendait que cela pour reconnaître V Empire,

» C'est ainsi que je Tannonçai à V. E. par le télégraphe le même jour, et j'étais en cela d'accord avec ce que M. Layard, sous-secrétaire aux affaires étrangères, avait déclaré le môme jour à la Chambre des communes.

» Deux jours après, à la grande surprise de tout le monde, lord Palmerston, en plein parlement, a tenu un langage qui laissait des doutes et était, jusqu'à un certain point, contraire aux déclarations antérieures de M. Layard et de lord Clarendon.

» Sur ces entrefaites M. Arrangoiz, se rendant à Londres, passa par Paris, et nous allâmes ensemble chez M. Drouyn de Lhuys, qui engagea mon collègue à rester ici jusqu'à ce que le gouvernement français ait eu le temps d'adresser des demandes confidentielles à celui de la Grande-Bretagne.

» M. Arrangoiz adressera les détails de toute cette affaire à V. E. ; mais comme, avant hier, j'ai eu de nouveau l'occasion de m'entretenir avec M. Drouyn de Lhuys, je crois de mon devoir de la prévenir que ce ministre m'a déclaré qu'il avait écrit au représentant de la France en Angleterre, d'un ton assez sec, bien que confidentiel, parce que lord Clarendon, dans l'espace d'une demi-heure, avaft demandé par deux fois à quelle époque arriverait la notification à Londres.

» Je suppose que M. Drouyn de Lhuys s'est exprimé de manière à

(1) M. Drouyn de Lhuys.

ne pas laisser supposer à Londres que Ton considérait la reconnais* sance de TAngleterre comme étant essentielle à l'existence de FEmpire mexicain..

» M. Drouyn de Lhuys a donné son approbation au langage digne, mais énergique, tenu par M. Arrangoiz à Tambassadeur anglais ù Paris.

» Je profitai de la circonstance pour faire observer que Fépoque est passée oii les ministres anglais se permettaient presque de renier nos représentants, et que nous espérions qu'avant peu ils auraient la conviction que sous Tempire il n'en serait pas ainsi.

» Je crois que la réponse du cabinet anglais, réponse qu'on attend aujourd'hui ou demain, doit être très-favorable. M. Arrangoiz a dû retourner à Bruxelles, mais il m'a autorisé à ouvrir le pli qui contiendra la réponse de l'Angleterre, et m'a chargé de lui en communiquer le résultat par le télégraphe, afm de se rendre immédiatement à Londres, si sa présence y est nécessaire.

» Au moment de quitter avant hier M. Drouyn de Lhuys, je lui ai dit que, d'après les nouvelles privées que j'avais reçues de Madrid, le gouvernement espagnol attendait l'arrivée de M. Facio pour le recevoir officiellement, et qu'à cet effet, il avait déjà nommé, en qualité de ministre au Mexique, le marquis de la Rivera, celui-là même qui occupait cet emploi en 1853, au temps du général Santa- Anna; mais qu'il était à craindre, si la nouvelle de ce qui se passait à Londres parvenait à Madrid, que le cabinet espagnol, en se rappelant que l'Espagne, dans la question du Mexique, avait marché d'accord avec l'Angleterre, ne voulût pas recevoir M. Facio avant la réception à Londres de M. Arrangoiz.

» M. le ministre a trouvé mon observation juste et m'a conseillé de dire à M. Facio de retarder son départ jusqu'à ce qu'il eût reçu lui-même une réponse à une lettre confidentielle qu'il allait écrire immédiatement à M. Mon.

» Recevez, etc.

» José Hidalgo. »

Cette dépêche contenait, en outre, xinpost scriptum, dictame précieux envoyé tout exprès pour cicatriser la blessure que devait produire cette nouvelle sur l'amour-propre de Tarchiduc, en abritant le mauvais vouloir de lord John derrière une formalité de convention.

P. S, « Je reçois, en ce moment, un télégramme en chiffres de M. Arrangoiz, dans lequel il me dit que le roi Léopold lui conseille de partir immédiatement pour Londres.

» J*en ai informé sur le champ M. Drouyn de Lhuys qui m*a répondu que, d'après lord Cowley, Vunique difficulté consiste à connaître le contenu des lettres de créance qui ne sont point encore arrivées. Conformément aux intentions de M. Drouyn de Lhuys, j'ai conseillé à M. Arrangoiz de se servir de Tinfluence du roi des Belges pour aplanir cette difficulté.

» L'ambassadeur d'Espagne a répondu à M. Drouyn de Lhuys qu'il croyait (i) que son gouvernement recevrait M. Facio. Il est probable que, cette nuit ou demain, j'apprendrai quelque chose à cet égard, et je le communiquerai immédiatement à V. E. par le télégraphe. '

» Je vous réitère, etc. i

» A S. E. le ministre des affaires étrangères..., Mexico. » i

Que s'était-il donc passé pour changer ainsi, du jour au lendemain , les dispositions du gouvernement anglais à ' '

l'égard de Maximilien? Un simple discours.

Dans la séance du 28 juillet 1864, M. Kinglake, membre de la Chambre des communes, de concert avec M. Taylor, avait appelé l'attention de ses collègues sur les relations de l'Angleterre avec le Mexique. Il avait blâmé, de la manière la plus énergique , le gouvernement anglais pour avoir manifesté l'intention de reconnaître en ce pays un gouvernement qui ne pouvait s'y maintenir qu'à la condition d'y être const^imment soutenu par une armée française, et il avait terminé en demandant le dépôt de toutes les pièces qui avaient trait à cette question.

M. Layard, sous-secrétaire d'État au département des affaires étrangères, avait répondu qv^ le gouvernement, avant de reconnaître Maximilien exigerait de ce prince une preuve établissant qu'il était le maître de la plus grande partie du !

Mexique, et pour tempérer ce que ce langage pouvait avoir de trop dur aux oreilles de certaines personnes, il aiiait ajouté immédiatement après : que dans la situation oii se trouvait le pays, il ne lui semblait pas impossible qu'il ne le fit.

C'était une promesse; plus même qu'une promesse, c'était un engagement, et c'est à la suite de cette réponse que lord

(1) Il n'en était pas certain.

Clarendon, fraîchement débarqué à Paris, s'était expliqué avec tant d'abandon auprès de M. Drouyn de Lhuys.

Malheureusement pour M. Arrangoiz et ses amis, lord Clarendon n'avait exprimé qu'une opinion personnelle. Le lendemain, M. Kinglake, peu satisfait de la réponse de M. Layard, avait renouvelé sa demande en présence du premier lord de la Trésorerie, et celui-ci, mis ainsi sur la sellette, avait répondu par un discours que j'emprunte au Times du 30 juillet \ 864.

« Lord Palmerston. La politique que le gouvernement de Sa Majesté a l'intention de suivre, ne diffère pas de celle que le gouvernement a invariablement suivie dans des cas semblables. L'Angleterre a toujours reconnu les gouvernements établis. Sans nous préoccuper de rorigine du gouvernement, et soit qu'il s'agisse d'une république ou d'une monarchie, lorsque nous trouvons un gouvernement établis nous entrons en relations amicales avec ce gouvernement. {Écoutez /)

» On aurait tort de croire que nous ayons reconnu le Mexique avant qu'il fût pratiquement et régulièrement établi. Nos engagements ne sont pas allés aussi loin. L'archiduc nous a demandé, lorsqu'il se trouvait encore en Europe, de reconnaître son futur empire. Nous n'avons pas été disposés à le faire, et nous avons dit que ce serait entièrement contraire à nos habitudes et à nos principes; mais que si, à son arrivée au Mexique, il était accueilli par le peuple et son gouvernement régulièrement établi, notre désir était que le Mexique eût un gouvernement stable.

» La grande cause de mécontentement que nous avons eue pendant longtemps, relativement à ce pays, est que le Mexique a été gouverné successivement par des chefs militaires qui, après avoir obtenu le pouvoir, se sont appuyés sur ce même pouvoir pour piller et massacrer des sujets anglais ; car ils ne nous traitaient pas mieux, au contraire, que les sujets de toute autre nation.

» C'était donc une grande question pour nous de voir s'établir à Mexico un gouvernement avec lequel nous pussions maintenir des relations, et de qui nous pussions attendre qu'il rendît justice aux sujets britanniques résidant au Mexique ou engagés dans des relations de commerce avec ce pays : {Écoutez, écoulez.)

» Il se peut que la partie du Mexique qui est occupée par les troupes françaises soit limitée ; mais il ne s'en suit pas que dans d'autres parties du pays non occupées par les troupes françaises, le peuple ne soit pas disposé à appuyer le gouvernement de l'Empe-

reur. Nos informaiions portent qae la portion indienne, qui forme une grande partie du chiffre total de cette population, est bien disposée pour TEmpereur.

» On dit que ses souvenirs historiques la disposent à Taccueillir, et je crois, d'ailleurs, qu'elle n'a pas d'amour exagéré pour la race espagnole, par laquelle elle n'a pas été trop bien traitée.

» On croit pour ces raisons que cette population serait heureuse de voir le gouvernement de l'Empereur établi au Mexique, et qu'elle se soumettrait volontiers au régime de ce gouvernement. {Écoutez^ écoutez,)

» Sans doute, il y a toujours un certain nombre de troupes commandées par des chefs du pays qui font de l'opposition à l'armée française ; mais on nous dit que le gouvernement français ramène un certain nombre de ses soldats, et nous devons inférer de ce fait que la disposition de la part du peuple du Mexique, à se soumettre au régime de l'Empereur, est beaucoup plus considérable que mon honorable ami ne le croit.

« Tout ce que je puis dire c'est que notre conduite dépendra de ce que nous apprendrons sur la manière dont l'autorité de l'Empereur est établie. Si nous jugeons qu'il y a quelque perspective de voir s'établir un gouvernement permanent, nous serons heureux dé le reconnaître. Un tel gouvernement sera un avantage pour le Mexique et pour l'Europe. Si, d'autre part, nous voyons que les choses sont toujours incertaines, et qu'une guerre qui peut aboutir à un résultat ou ù un autre continue toujours, nous dirons, en ce cas, que ce gouvernement n'aurait pas un caractère assez sérieux pour nous obliger ù reconnaître l'archiduc comme empereur du Mexique. »

Cette nouvelle réponse, à moins que nous ne nous trompions, signifiait clairement que le gouvernement de la reine ne reconnaîtrait la souveraineté de l'archiduc que dans le cas où ce prince, avec Tappui seul de ses partisans, pourrait en finir avec la légalité de M. Juarez, en obligeant le président à abandonner la partie : autrement non !

De là le chagrin de M. Drouyn de Lhuys et la déconvenue de ses deux protégés MM. Hidalgo et Arrangoiz.

Comment, en eftet, à moins de vouloir à toute force passer pour fou, songer sérieusement à reconnaître Maximilien, quand le pays tout entier, à l'exception seule des localités où les Français avaient établi des garnisons, était encore entre les mains des défenseurs de la liberté?

La déclaration du premier ministre tomba donc comme un

coup de foudre sur la tête de M. Arrangoiz : il en ajourna ses préparatifs de voyage, et ne sachant à qui s'en prendre de sa mésaventure, il accusa sir Charles Wyke de lui avoir joué ce mauvais tour auprès de son ami Kinglake.

— Légation du Mexique en Belgique.

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