‹ Documents parisiens du règne de Philippe VI de Valois (1328-1350): ExtraitsChapitre 52 sur 97 · Jean, qui devint plus tard Jean le Bon, roi de France · texte numérisé non relu

Jean, qui devint plus tard Jean le Bon, roi de France

3. Eudes IV, frère de Jeanne de Bourgogne et ainsi beau-frère de Philippe VI.

des plus prochains amis de madame de Navarre, pour lesquiex elle se vuet et entent conseillier et gouverner, lesquiex, ne ses autres amis, ne li ont mie conseillé ne bon ne fust que elle venist ci en sa personne; et pour ce il y sont pour elle et comme procureurs de elle, mes font à dire ou nom de elle et pour elle que comme elle soit sur le point qu'il esconvîent que elle se mette ou renonce aus meubles et aus debtes de son seigneur, et en ce et en autres choses est elle tenue de raison requerre et croire le conseil de ses amis, lesquiex y ont moult pensé et eu deliberacion par plusieurs foiz de ce que elle en devroit faire. Si ont regardé que comme madite dame sceust petit du gouvernement de son seigneur ; toutevoie, pensent ses amis, que tant pour les armes que sondit seigneur a suivies et les guerres du roy monseigneur, comme pour ce que il a esté en moult de jmïs, et darrainnement en ce voiaige où Dieu Ta pris, moult de debtes et de finances, de obligacions et d'autres choses touchant le fait et la conscience de sondit seigneur, y puet avoir obscures, doubteuses et incertaines, si que elle n'en pourroit venir à certaineté ne en faire satisfacion en manière que son cuer en fust apaisié et sa conscience seure, ne son seigneur bien acquittié. Encore, elle qui est une dame, ne par li ne se puet gouverner, ne ne pourroit la peinne ne la charge porter des besoignes, debtes et execucion de sondit seigneur, et par sa main seroit la chose trop longue, et en moult grant triboil, grevance et mesaise se mettroit s'il esconvenoit que à li venissent les plaintes et les demandes de ceux à qui sondit seigneur seroit tenuz, et toutesfoiz que elle les ourroit, li renouvelleroit sa douleur et la mesaise tel que le corps de li en seroit en péril; et quant il y a autres exécuteurs bons et saiges, tiex comme monseigneur de Navarre a esleuz, esquiex il avoit grant fiance, l'en se puet bien fier et attendre en euls, et il savoient de son estât, si en pourront miex esplectier et en moins de temps que elle ne pourroit; ne pour ce ne layraelle mie que elle ne face du bien pour son sçigneur en prières et en aumosnes, et le miex que elle saura, et bien y est tenue, elle l'a amé à la vie, si fera elle après ; mes sanz grant péril de âme et doubte de conscience ne pourroit elle prenrre la charge des debtes ne de l'execucion. Si que par la volenté et le conseil de ses amis, lesquiex il li convient croire, elle et messeigneurs sesdiz procureurs pour elle, combien que il li soit grief et moult à enuiz, li aient fait consentir renoncié aus meubles et aus debtes de sondit seigneur, et se tient et vuet tenir à son douaire, et vuet et se consent que touz les meubles de sondit seigneur, dont il y doit avoir largement et plus qu'il n'en fait mesfier aus debtes et execucion paier, les exécuteurs preignent et explettent tost et briefment pour son seigneur acquittier et l'execucion acomplir; et de ce faire diligemment les prie, quar c'est l'un des granz désirs que elle puisse avoir et la chose de quoy elle sera plus recon*

fbrtée, se Fexecucion de son seigneur et ses debtes sont bien paiez, et à ce ne vuet elle que desdiz meubles l'en espargne nuls, ne que l'en H en baille aucuns qui ne li soient ausi chierement venduz comme aus plus estrainge marcheant qui y pourra venir. Et en ceste renonciacion faisant, font protestacion lesdiz procureurs ou nom de elle et pour elle, que pour ce, ne li soit fait préjudice ou droit que elle a, puet ou doit avoir en ses meubles et en ses joiaux. Après lesquelles paroles, ledit chevalier se fist avouer et avoué fu de quanque il avoit dit par lesdiz dux, et à monstrer que nostredite nièce la royne de Navarre venist à point à faire ladite renonciacion et que faire la peust par procureur, et que, quant à ce, et ausi quant à prenrre ou laissier la garde ou le bail de ses enfanz, le temps n'eust couru contre elle, et que l'en ne peust dire que elle se y fust mise ne es des debtes de sondit seigneur pour demeure que elle eust faite en son hostel, ne pour ce que elle eust usé des biens communs puis la. mort de sondit seigneur. Et avant ledit enterrement de son cuer, ledit chevalier mist avant et fist lire unes lettres pendenz seellées de nostre seel et à faire foy de la procuracion desdiz procureurs; unes autres seellées du seel de nostredite nièce la royne de Navarre; desquelles lettres, et premier de celles qui estoient seellées de nostre seel, les teneurs s'ensuivent :

Philippe, par la grâce de Dieu rois de France, à touz ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme par aucuns amis de nostre très chiere et amée nièce la royne de Navarre, nous ait est[é] signifié nostredite nièce avoir oy nouvelles du trespassement de nostre très cher cousin le roy de Navarre, son seigneur, pour lesquelles nouvelles elle -est à grant douleur et mesaise de cuer, si que elle ne puet penser ne entendre à chose qui touche Testât et le gouvernement de elle ne de ses biens, ne pourveoir en besoignes que elle ait ou puisse avoir à faire ou cas du trespassement dessusdit, ne ausi ne li en endurent ne n'osent parler ceulxqui entour li sont; si nous ont supplié que, corne par la coustume, usage et observance commune du païs et des parties de France ouquel nostredite nièce demeure, les dames et famés nobles doient elles mettre ou renoncier es meubles et debtes de leurs mariz trespassez tantost après l'enterrement, et elles tenir à leur doaire se elles vueulent par certaines sollempnitez et signes acoustumez, si corne l'en dit. Et ainsi soit que elle estant par deçà, sondit seigneur et mari le roy de Navarre soit trespassez en lointeain pats et le corps de li enterrez en Navarre, combien que l'en ait entendu que le cuer sera apportez à enterrer par deçà. Nous, pour ce que avant l'enterrement dudit corps ne depuis, elle n'a eu ne avoir ne puet bonnement à présent deliberacion sur ce que elle devra faire, de prenrre ou renoncier comme' dit est, et aussi afin que par la demeure et habitation que faite a depuis le trespassement et l'enter-

rement du corps dessusdiz en l'ostel de sondit seigneur et use des biens communs, et fera de ci à l'enterrement dudh cuer, l'en ne puisse dire que elle ait pris la garde ou le bail de ses enfanz, ne que elle se soit meslée aus meubles, par quoy elle soit tenue à paier les debtes, H vueillons pourveoir de grâce et de remède convenable. Nous enclinanz à ladite supplicacion, voulons et octroions à nostredite nièce que laps ne cours de temps ne li soit ou puisse estre imputé à prenre ou renoncier ausdiz meubles et debtes et li tenir à son doaire; ainçois li octroions que elle ait temps de en faire ce que bon li samblera; c'est assavoir de prenrre ou renoncier jusques après l'enterrement du cuer de sondit seigneur, et que elle puisse renoncier se elle vuet açlonc ou entre deux, là où il li plaira, par li ou par procureur ou par autre, de bouche ou par lettres, en présence de aucuns noz notaires ou tabellions publiques ou autrement, sanz ce que elle soit tenue de venir pour ce faire à l'enterrement ne sur la fosse dudit cuer, ne de faire les signes, ne garder les sollempnitez que l'en dit qui sont requises en ce cas ; sur lesquiex signes et sollempnitez à garder, nous dispensons et les li remettons. Et aussi voulons et octroions, comme dit est, que pour chose que nostredite niecé ait demouré es hostiex de sondit seigneur et demeure, et des biens communs ait usé et usera et face, cependant l'en ne puisse dire, ne tenir, ne li opposer que elle se soit mise en ladite garde ou oudit bail, ne esdites debtes, ne que elle soit forsclose que elle ne puisse renoncier se elle vueut, mais neantmoins puisse et celi garde et bail et debtes prenrre ou laissier et y renoncier si corne bon li samblera. Et nous ordenons et décernons par ces présentes ladite renonciacion que nostredite nièce ou son procureur ou autre pour elle vourra faire, estre valable et d'autel eflfect, comme se elle eust renoncié le jour de l'enterrement du corps, ajoustées toutes sollempnitez acoustumées, et comme se oncques n'eust usé des biens meubles communs depuis l'enterrement du corps. Toutes lesquelles choses nous avons voulu, octroie, ordené et décerné par la délibéracion de nostre grant conseil, de grâce especial, de certaine science et pour cause et de nostre pleinne puissance et auctorité royal, non contrestanz les dessusdites et quelconques autres coustumes, usaiges et observances contraires et quelconques droit ou edit qui à ce la puissent avoir estreinte ou obligiée et par lesquelles ladite renunciacion pourrait estre impugnée ; toutes lesquelles coustumes, usaiges, observances, droiz et ediz, nous, quant au cas présent tant seulement, ostons et abolissons du tout, de nostredite poissance et auctorité royal et de certaine science, par ces présentes, es quelles, en tesmoing de ce, nous avons fait mettre nostre seel. Donné à Saint Germain en Laye, le in° jour de novembre, Tan de grâce mil CGC XL et trois.

DU RÈGNE DB PHILIPPE VI DB VALOIS. ai 5

Item. A touz ceux qui ces présentes lettres verront, Jehanne, fille du roy de France, par la grâce de Dieu royne de Navarre, contesse d'Évreux, d'Angolesme, de Mortaign et de Longueville, salut. Comme depuis les nouvelles dures et grieves à nous venues du trèspassement de nostre très cher seigneur et mari le roy de Navarre, que Diex absoille, lequel, si comme il plait à Dieu, nous a laissiée veuve en grant douleur, tristeice et mesaise de cuer, noz amis ausquiex nous sommes tenue, si comme raison est, de croire et nous par euls gouverner en ce cas, nous aient loué et conseillié, et encore louent et conseillent, par grant deliberacion et avis qu'il ont eu sur ce, si comme nous ont fait savoir par plusieurs foiz, que nous, après Tente rrement, ou avant, du cuer de nostredit seigneur que l'en dit qui sera apportez et enterrez en France, renoncions aus meubles et aus debtes de nostredit seigneur et nous tiegnions à nostre doaire. Nous, à qui il est moult grief du faire et moult le vousissions eschever, se nous peussions bonnement, sanz péril de nostre âme et grant charge de nostre conscience, noz très chers et très amez cousin et oncle, les dux de Normandie et de Bourgoigne qui sont de noz plus granz et plus prochains amis, et es quiex nous avons pleinne fiance de garder nostre honneur et la seurté de nostre estât, avons fait et establi, faisons et establissons par ces présentes noz procureurs ensemble et chascun par H, à renoncier pour nous et en nostre nom ausdiz meubles et debtes, et dire que nous nous tenons et voulons tenir à nostre doaire après ledit enterrement, ou lieu et en la manière qu'il verront que mestier sera et que bon leur samblera, et de faire en tout et partout, sur ce, et les dépendances, tout quanque nous ferions et faire pourrions se nous estions présente ; et quant aus choses dessusdites, et tout ce que neccessaire, profitable ou convenable y sera, nous donnons par ces lettres plain povoir et especial mandement à nozdiz cousin et oncle, et à chascun par li, et promettons souz l'obligacion de touz noz biens, avoir aggreable, ferme et estable tout ce qui sera dit, fait et ordenné sur les choses dessusdites et les dépendances d'icelles par euls et chascun par li. En tesmoign de ce, nous avons fait mettre nostre seel à ces présentes lettres. Donné à Breval, le xx* jour de novembre, Tan de grâce mil CCC XL et trois.

Et nous, à la requeste desdiz dux, procureurs de ladite royne de Navarre, desdites renonciacion, protestacion et autres choses dessusdites et de l'exhibicion et lecture desdites lettres, afin de en avoir mémoire et que pleinne foy en puisse estre faite ou temps avenir, leur avons donné noz présentes lettres, esquelles, en tesmoign de ce, nous avons fait mettre nostre seel. Donné à Paris, le m* jour (sic) l'an de ^âce mil CCC quarante et trois.

Par le roy, vous présent. J. Chambellan.

ai6 DOCUMENTS PARISIENS

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