LIVRE D'HEURES DE JEANNE II
REINE DE NAVARRE Notice rédigée par Peiresc en 162 1 .
Les anciennes heures et prières de la royne Jeanne de Navarre, fille du roy Louys Huttin, escriptes en vellin, ont esté conservées dans le monastère des dames religieuses Cordelières du fauxbourg Saint-Marcel à Paris et sont de la grandeur du grand 8° ou petit 4°, reliées depuis une centaine d'années en veau rouge goffré et desteinct. Les ayant veues et tenues quelques jours par Tentremise de Monsieur du Liz, advocat gênerai du Roy en la Cour des Aydes, en l'année 1621 '.
Elles sont enrichies d\me infinité de belles images d'enlumineure de trez bonne main pour le siècle qu'elles ont esté faictes, avec tout plein de damasquineures, bordeures et feuillages fort diversifiez et où sont employées de trez belles couleurs et de Tor excellent tant mat que brunny.
Il y a tout au commencement un kalendrier en françois bien curieusement faict, accompagné de belles figures qui représentent et sont accommodées au service qui se faict en l'église toute l'année, de temps en temps. Oultre ce qui est de la situation du soleil aux signes du zodiaque et des saisons de Tannée.
« cinquante, et les aministroient au saint roi en cel jour, et metoient à la foiz (/ ces deniers en un sachet que li benoiez rois portait sous sa chape et pendoit à « sa ceinture, les queles cent livres il donoit pour Dieu as povres de sa propre
« main, endementieres que il aloit einsi par les églises ou dit jour >,
I. Charles du Lis, né vers i56o, mort vers lôSz, descendait en ligne directe de Pierre d'Arc, frère de la Pucelle d'Orle'ans. Il publia divers opuscules relatifs à Jeanne d'Arc et plusieurs écrits sur la juridiction des Aides.
En JANVIER, il y a un terrain plein d'arbres desfeuillez, soubs un hémisphère de ciel d'azur, à l'un des bouts duquel l'enlumineur a représenté le soleil en forme d'une placque d'or toute ronde dans laquelle est peint un astre rouge à rayons ondez. Cet hémisphère abboutit d'un costé au chiffre des kalendes et de Paultre à une maison crenellée, pour tenir lieu de l'une des xii maisons du zodiaque ', à une des portes de laquelle sort V Aquarius en forme d'un jeune garçon tout nud, ayant un genoul à terre, tenant de ses deux mains un vase dont il verse de l'eau.
Sur les créneaux delà maison, y a une femme couronnée avec le diadème autour de la teste (que je pense représenter l'Eglise ^), tenant une bannière bleue (en forme de guydon en triangle) attachée à une croix, paroissant dans la bannière une teste d'un Dieu le Père.
A costé de la maison y a un saint Paul accoudé et comme ravy en extase, et une main du ciel, laquelle espand sur luy une rosée rouge. Et l'escritteau S. Paulus.
Au dessoubs de cez figures sont escripts tous les jours du moys et rangées toutes les festes d'iceuluy, distinguées de rubliques pour celles de commandement, et d'ancre noire pour les autres, avec les epactes, lettres dominicales, et kalendes, nones et ides, et le nombre des leçons.
Plus bas est peinct un temple tout entier, prez duquel se void le prophète Hieremie tenant en chascune de ses mains un quarreau de pierre (arrachez dudit temple), avec l'escritteau au dessoubs, accommodé à la susdite bannière : Patrem vocavit me ^.
Au prez du prophète y a un saint Pierre, qui tire à soy un grand drap blanc, de dessus des espaules dudit prophète, où il semble attaché par derrière, comme pour desvoilier l'antiquité de la loy, et découvrir les secrètes intentions des prophètes, avec son escritteau : Credo in Deum patrem omnipotentem , creatorem cœli et terrae.
Touts les aultres moys de l'année sont de mesme ordre et de
1. Le commentaire des miniatures du Bréviaire de Belleville dont nous avons reproduit une partie (voir plus haut, p. 8, note 2) montre que Peiresc a pris, pour « les douze maisons du zodiaque », les douze portes de la Jérusalem céleste.
2. Le même commentaire permet encore de rectifier ici Peiresc : cette femme couronnée n'est pas l'Eglise, mais bien la Vierge Marie, « par quoy nous fut la « porte [de Paradis] ouverte. »