‹ Documents parisiens sur l'iconographie de S. LouisChapitre 23 sur 35 · DESCRIPTION DES FIGURES D'ENLUMINE URE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES FIGURES D'ENLUMINE URE

mises au commencement de chascune des heures de l'office de S. Louys dans les heures et prières mss. de la royne Jeanne de Navarre, femme de Philippe d'Evreux.

Ci commencent les heures monseigneur saint Loys, roy de France. L'estude ^ [planche XIII].

A Matines, la royne Blanche, vestue d'une robbe rouge orangée des gueuUes de Castille, affeublée d'un manteau de pourpre, doublé de bleu verdastre, avec un volUe blanc ou couvrechef, mys tant à l'entour du col, du sein et du menton que sur le chef, ayant sa couronne d'or par dessus (et par conséquent du vivant de son mary), est represantée assise en une chaire haulte, de simple boys, à dossier et à grands accoudoirs, avec un coussin ou quarreau soubs ses pieds. Devant elle, le précepteur de sainct Louys est assis en un siège de boys sans dossier, vestu de cotte et manteau grisastre, ayant des manches rouges, et tenant des cierges à sa main droicte, monstrant de la gauche ce qu'il enseignoit au petit saincl Louys, assis par

i. Ce titre et les autres titres analogues sont inscrits en marge du ms. de Peiresc.

32 LIVRE d'heures

terre entre les deux, vestu de sa jaquette ou cotte bleue, au chapperon ou cappuchon r'abbattu sur les espaulles, tenant à sa main gauche un livre et de la droicte une plume ou un stile dont il apprenoit à escrire ou à lisre. Ayant la teste nue et les cheveux fort blonds, sans couronne, ce qui monstre que c'estoit du vivant du roy son père; car, entre la mort d'iceluy et son couronnement, il n'eust pas loisir d'estudier ', n'y ayant que 3 sepmaines, durant lesquelles le deffunct fut porté d'Auvergne à Sainct Denis, et luy sacré à Reims.

Le champ du tableau est en forme de tapisserie eschiquettée d'or, d'azur et de gueulles, qui sont les couleurs des armes de ladicte Blanche.

La PRIERE [planche XI VJ.

A Laudes, le petit sainct Louys est représenté à genoux contre un oratoire ou accoudoir (couvert d'un drap de pied jaulne), tenant ses heures à la main, oyant une messe haulte, célébrée par un prebstre qui porte une chasuble à l'antique sans estre fendue par les costez. Et les prebstres qui chantent au lettrain ont des chappes, aggraphées de grosses tibules d'or avec le cappuchon pendant derrière, de mesme estoffe. Derrière ce prince, il y a un clerc à genoux, vestu de rouge avec un surpelis blanc à grandes manches, tenant des heures en sa main, et prenant garde à celles où le prince lit ses prières.

Le champ du derrière est d'une tapisserie violette.

Le voyage du sacre [planche VII].

A Prime, sainct Louys s'en va à Rheims., à son sacre, dans un charriot à quattre roues, de simple bois, astellé comme une charrette d'un seul cheval de front entre deux timons (ou bras de charrette), lequel est couvert en forme de littiere de cuir rouge par dehors, cloué d'or et doublé de bleud par le dedans, brodé ou passemanté de rouge et blanc, avec des quarreaux verds pour se coucher dessus. Il est tout ouvert sur le devant, comme les vieux coches et,

I. Peiresc semble disposé à accorder ici et ailleurs aux détails des miniatures du livre d'heures une précision historique qu'il n'y faut point chercher.

aux costez, il y a des fenestres ouvertes dont les portières sont relevées par dessus le comble, comme des iittieres ouvertes. Le prince est dedans assis comme les tailleurs, à pieds croixsez, vestu de rouge, teste nue sans couronne, se monstrani à une fenestre; sa mère se montre à une autre, n'en paroissant que le visaige, la teste revestue ou couverte de ses voilles blancs, ayant une couronne par dessus. Le reste de la robbe estant caché derrière les costez qui soustiennent l'imperialle du charriot, de sorte qu'on ne pcult dire si c'estoit habit de couleur ou de deuil, si tant est qu'il s'en portast en ce temps là ', car le fils n'en portoit pas, puis qu'il estoit vestu de rouge, encore qu'il fust dans le premier moys du decezdu feu roy Louys VIII, son père, qui mourut à Montpensier en Auvergne, d'une cheutte de son lict (possible d'un semblable lict branslant), l'octave de la Toussains, l'an 1226. Et le roy saint Louys fut sacré le premier dimanche de l'Advant, premier du moys de décembre audit an, selon la chronique ms. de Nangis.

Ce charriot est accompagné de sept ou huit hommes de cheval, dont l'un entr'autres a un manteau bleu fourré de vair et un certain chappeau à la bourguignotte, dont le rebord est doublé de rouge et vert endenté, et porte des gands, donnant s'il semble les commandements pour le chemin qu'il falloit tenir.

Le champ du derrière est d'une tapisserie lozangée d'or, d'azur et de gueulles semées de fleurs de lis d'argent.

Le sacre [planche VIII].

A TfERCE est représenté le sacre de saint Louys, vestu d'une tunique de drap d'or, à genoux sur un quarreau verd, devant l'autel, sa tunique fendue sur les espaulles. L'evesque deSoissons (pendant la vacance de l'archevesché, car Guillaume, archevesque '-, estoit mort au voyage où mourut le roy) vestu d'une chasuble violette, non fendue par les costez (sur laquelle se void la marque du pal-

1. On portait le deuil en noir au temps de saint Louis et même longtemps avant (ViolIet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, article Deuil, t. III, pp. 332 et ss.).

2. Guillaume de Joinville, d'abord évêque de Langres, devint archevêque de Reims en 1219; il mourut à Saint-Flour, le 6 novembre 1226.

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