‹ Documents parisiens sur l'iconographie de S. LouisChapitre 3 sur 35 · Voyez plus loin, pp. i3, 19, 17 et · texte numérisé non relu

Voyez plus loin, pp. i3, 19, 17 et

il a plus que celui-ci le sentiment archéologique, et l'on doit reconnaître chez lui l'intention de suivre fidèlement son modèle, bien qu'il ait donné une physionomie bien moderne — au sens artistique s'entend — à plusieurs des personnages en face desquels se trouve saint Louis.

Il ne paraît point difficile de déterminer l'époque à laquelle appartiennent les peintures de la Sainte-Chapelle : les costumes ne permettent pas de les croire postérieurs au xiv« siècle, et si la barbe que portent saint Louis et quelques autres personnages fait tout d'abord songer au milieu de cette période, on est bientôt forcé de reconnaître que la courte barbe du saint roi n'est pas une adaptation à la figure de ce prince de la barbe portée par les contemporains du roi Jean '. Et, en effet, dès les vingt premières années du xiv^ siècle, c'est-à-dire au temps de Philippe le Bel et de ses fils, on représentait ordinairement saint Louis avec une barbe courte ^ ; or, la mode n'étant pas telle alors, l'auteur n'a pu, dans l'espèce, être influencé par elle; d'autre part, les personnes qui avaient intimement connu saint Louis — et il en existait encore un certain nombre au temps de Louis Hutin et de Philippe le Long ^ — se seraient certainement récriées à la vue d'un travestissement aussi grave de la figure royale. On est ainsi amené à voir dans le saint Louis barbu un type traditionnel accepté dès l'an i3i6, type inspiré probablement parle souvenir du saint Louis d'entre les deux croisades, de 1254 ^ 1270 :

1. Le continuateur de Guillaume de Nangis rapporte à l'année 1340 la mode générale des barbes longues : « Barbas longas omnes viri, ut in pluribus, nutrire ceperunt.» (Édition Géraud, t. II, p. i85.) «Cette mode nouvelle coïncida avec celle des vêtements et des cheveux courts; mais, selon Viollet-le-Duc, cette mode ne fut pas de longue durée, ni suivie par toute la noblesse. Les barbes étaient pointues, coupées ras des tempes au coin de la bouche, les moustaches courtes et se mariant avec la barbe. » (Viollet-le-Duc, Diction- 7iaire du mobilier, t. Ill, p. 218. Cf. Jules Quicherat, Histoire du costume en France, p. 228.)

2. Voyez, notamment, le portrait de saint Louis peint au registre JJ 67 des Archives nationales (Trésor des chartes) qui date de i3i6 ^il a été reproduit en i853 dans le tome XXI du Recueil des historiens de France, p. i, en 1874 dans l'édition illustrée du Joinville de M. de Wailly, p. Sog, et en 1878 dans l'édition illustrée du saint Louis, p. 40) et les nombreuses miniatures du ms. français 5716 delà Bibliothèque nationale (Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite) exécuté, vers i320, pour quelque membre de la famille royale. Un ms. des Chroniques de Saint-Denis, qui a appartenu à Charles V et qui est aujourd'hui conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève, renferme aussi un portrait de saint Louis barbu; il a été gravé en 1878 dans l'édition illustrée du saint Louis, de M. Wallon (p. 460).

3. Entre autres, Joinville, dont la vie se prolongea jusqu'en i3iq et, parmi les enfants de saint Louis, Robert, comte de Clermont, mort en i3i8, Blanche, morte en i32o, et Agnès, duchesse de Bourgogne, morte seulement en 1327.

SUR l'iconographie de saint louis 5

peut-être Louis IX, qui consacrait un temps assez long aux pratiques d'une piété sincère, avait-il renoncé à se faire raser journellement; peut-être portait-il déjà la barbe en Egypte et en Syrie, dans ces contrées d'Orient où elle a toujours été fort en honneur. Au reste, les tableaux de l'église basse de la Sainte-Chapelle représentent saint Louis dans les dernières années de sa vie, alors, comme le dit M. G. Le Breton parlant d'autres monuments, « alors que les souffrances et les an- « nées avaient altéré les traits de son visage, modifié encore parla barbe « qu'il aurait laissé croître '.» Il faut d'ailleurs, à notre avis, se préoccuper médiocrement du désaccord qui existerait entre le fait de saint Louis barbu et ce que les historiens du costume nous apprennent de la barbe au xiii* siècle. Ne répète-t-on pas, en se fondant sur l'étude des sceaux, que la mode de la barbe était passée à la fin du xii" siècle ^? Et, cependant, si les sceaux représentent dès lors le roi Philippe-Auguste imberbe, les paroles de certains chroniqueurs indiquent que ce prince portait des moustaches ^ (gernons), voire même toute la barbe K

C'est dire assez clairement qu'il ne nous semble pas impossible de reculer la composition des peintures de la Sainte-Chapelle aux vingt premières années du xiv" siècle, c'est-à-dire à la même époque que celle des Cordelières. Et alors on aurait quelque chance d'avoir une image réelle de saint Louis dans la tête royale (planche II) que le dessinateur employé par Peiresc a tiré du tableau du Lavement des pieds, pour la reproduire, semble-t-il, à la grandeur de l'original \ C'était d'ailleurs la

1. Cf. Le Breton, Essai iconographique sur saint Louis (Paris, Aubry, 1880), pp. 27-28.

2. « Raccourcie chez Louis VI, dit M. Demay (Le costume au moyen âge d'après les sceaux, p. 79), elle paraît rasée chez Louis VH, l'est complètement « chez Philippe-Auguste et tous les autres souverains, jusqu'à l'avènement de « Henri II. » Cf. Quicherat, Histoire du costume en France, p. 192.

3. Philippe Mousket , qui écrivait sa chronique rimée vers 1240, parle des moustaches légèrement rousses de Philippe-Auguste : « Felippres, ses fius premerains, || xlnu ans rois fait cis. || A la Gonnesse fut nouris. jj S'ot non Felippes de Gonnesse. || Moult ot la ciere felenesse, j] Grans et biaus fu, et drois et Ions, Il S'ot I poi rousais les giernons.» (Édition Reiftenberg, vers 191 '34-19161.)

4. Voir, dans une Chronique des premières années du xiv" siècle (c'est la chronique présentée au roi Philippe le Long par Gilles, abbé de Saint-Denis), le récit de la vision qu'un chevaher siennois du nom de Jacques, eut, au moment de la mort de ce prince, en 1223, et où il est représenté comme un homme barbu, au visage long et un peu rouge : « Quendam barbatum, longa facie « aliquantulum rubea. » (Du Chesne, Historiœ Francorum scriptores, t. V, p. 261.)

5. Cette tête, dans le dessin du recueil de Peiresc, est altérée par une triple tache que, sur l'avis de M. Dujardin, nous avons laissé subsister dans notre reproduction, de peur d'enlever quelque chose au modelé du nez et de la joue

pensée d'un éruditdu xvii* siècle, Vyon d'He'rouval ', qui, ne se rendant pas compte que cette tête e'tait extraite d'un tableau, remarquait l'attitude penchée du saint roi, rapprochait ce fait d'une anecdote qu'on lit dans Thomas de Cantipré ^, et trouvait là une raison de croire que c'était le « véritable portrait » de Louis IX.

Aucune description de la Sainte-Chapelle ne mentionne les peintures de la Vie de saint Louis que nous a conservées Peiresc et qui, selon une note succincte écrite de la main de ce savant éminent, étaient « de l'autel qui est en la basse église de la Sainte-Chapelle. » Faisaient-elles partie d'un rétable ? C'est ce qu'il est peut-être impossible de déterminer aujourd'hui, car il ne paraît pas qu'on puisse tirer quelque lumière, pour ce sujet, soit de ce que les Archives nationales conservent des archives de la Sainte-Chapelle, soit des notes recueillies par les architectes chargés de la restauration de l'élégant édifice. M. Boeswillwald, qui a succédé à M. Viollet-le-Duc dans la direction des travaux, a bien voulu nous dire, lorsque nous lui avons communiqué les dessins de la collection Peiresc, qu'il espérait utiliser ces précieux documents dans la décoration de l'église basse.

Nous terminerons ce paragraphe en donnant les dimensions exactes des dessins exécutés pour Peiresc et que nous avons dû faire réduire des deux tiers environ.

1. « J'avés oublié, » dit Vyon d'Hérouval dans une lettre adressée le i^'' mai i655 à M. du Breul, à Port-Royal, « j'avés oublié par ma dernière de vous rente dre raison de ce que vous m'avés demandé touchant un portraict de saint « Louis. J'en ay veu dans un registre de M. de Peiresc, qui contient quelques « particularités de ce saint. Je vous l'ay autrefois envoie. Je croi que celui-ci a est son véritable portraict. Il penche la teste. Vous aurés remarqué ceste acte tion de ce saint roy dans Thomas de Cantipré au récit qu'il fait de ce qui « arriva à celuy qui s'en vouloit moquer devant le duc de Gueldres. » Nous devons à l'obligeance de M. Delisle la connaissance de ce passage de la lettre de Vyon d'Hérouval qui fait maintenant partie d'un exemplaire du Joinville, de Claude Menard (publiée en 1607), appartenant à M. le comte Riant.

2. Voici l'anecdote telle que Victor Le Clerc (Histoire littéraire de la France, t. XXni, p. i5q) la traduit d'après Cantipré {Bonum universale de apibus, 1. H, c. Lvii, g 63), lequel mourut en 1272, Nous y joignons les expressions même de Thomas en ce qui concerne la personne de saint Louis : « Un des plus nobles comtes de la Germanie, Othon comte de Gueldre, avait expédié avec une lettre un courrier pour Paris. A son retour, le comte lui demanda s'il avait vu le roi de France, Louis. t< Oui, répond le courrier en faisant des contorsions et des « grimaces, j'ai vu ce misérable roi papelard, le cou tors et le capuchon sur « l'épaule, » II voulut, en parlant, contrefaire cette attitude, et il resta le cou tors toute sa vie. » — « Vidi, inquit, vidi illum miserum papellardum regem, « caputium habentem capitis super scapulam ex adverso suspensum. « Haec dicens, faciens contorsit ex adverso, et sic faciès contorta remansit. »

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