V. Marcel Vigne, déjà cit
4. François I" et Henri II s'efforcèrent de donner une grande extension aux foires de Lyon. Ils attirèrent par des faveurs particulières les banquiers 2t négociants italiens, allemands, suisses, qui apparaissent à une place J'honneur dans les entrées solennelles de 1515 et de 1548 sous le nom de Les Nations. .
Les banquiers étrangers à la tête desquels se trouvent les Florentins, tous labitués aux grandes opérations de change, donnent aux règlements des 'ires une organisation telle que les capitalistes de tous pays estiment que e placement le plus sûr pour les capitaux disponibles sa trouve dans les cttres de change payables à Lyon après chaque foire.
Les édits favorables aux foires de Lyon et aux étrangers qui les fréquencnt sont datés de 1559 sous François II ; sous Charles IX de 1563 et 1569 ; '•'US Henri HI de 1578 et 1582; sous Henri IV de 1594 et 1595. Par l'édit de Troullier /, '
Ceux qui n'avaient pas pu payer en papier, c'est-à-dire trouver de contre-partie pour opérer virement devaient s'acquitter de leurs dettes en deniers comptants, ou s'ils n'avaient pas d'argent disponible, devaient souscrire de nouveaux effets ai prix de la place, c'est-à-dire au prix fixé le jour de l'assemblée du conlo.
« Et lors, dit Claude de Rubjs, se trouvent gens si immiséricordieux et cruels, que recognoissans celui qui leur demande deniers à change en grande nécessité, et sur le point de faire faillite, s'il n'est secouru, feignent n'avoir argent pour lui prester à Lyon ; et lui font aller quérir sa partie en quelque place du dehors, et d'ordinaire en celle où l'argent a esté à plus haut prix à ces payements-là, et puis le lui font revenir à Lyon par lettre de change avec l'escompte du retour est qui double intérêt qu'il paye de la partie » \
Peu à peu, en se perfectionnant, la lettre de change est devenue, sans que ce fût remarqué, de plus en plus apte à remplir le deuxième rôle qu'elle était appelée à jouer, c'est-à-dire celui d'instrument de crédit.
1563, Charles IX a rétabli à Lyon les foires qui pendant les troubles, avaient été transportées à Ghâlon en Bourgogne. (Pariset. Histoire de la fabrique Lyonnaise. Lyon, 1901.)
1. Les Milanais, les Lucquois, les Génois, les Florentins envoyaient des soies brutes à Lyon ; leurs commissionnaires sur la place les vendaient et en recevaient le prix en cédules à échéances diverses, mais dont les plus rapprochées étaient à trois mois. D'autre part les négociants lyonnais vendaient à ces mêmes commissionnaires achetant pour leurs commettants d'Italie, soit des tissus, soit tous autres produits fabriqués ou naturels, pour le règlement desquels ils pouvaient en recevoir des cédules, ou tirer directement des lettres de change sur les acheteurs étrangers. Cette manière de régler, déjà très simple, était simplifiée encore par l'opération de la cession ou de réchange des cédules, Claude de Rubys en a donné le mécanisme dans son chapitre : « Des changes et paiements », écrit en 1603.
Claude de Rubys avait été pendant trente ans procureur de la ville et par deux fois, premier échevin dans l'ancien consulat des douze. (A, Genevet. Histoire depuis les origines jusqu'à l'établissement dn parquet en 1S45. Lyon, 1890.)
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Au commencement du xiii" siècle, les marchands de Lombardie et du sud de la France établirent sur des bases importantes le commerce des lettres de change et les prêts sur gage.
s affaires donnèrent de très bons résultats, principalement ans le clergé italien, qui trouvait ainsi le moyen d'encaisser aisément ses revenus. Aussi des usuriers lombards s'établirent-ils dans tous les pays.
Une distinction fut établie entre l'intérêt modéré et Tintérêt exorbitant, et quoique les casuistes aient critiqué ces opérations, elles furent néanmoins admises. Les banquiers italiens furent fréquemment autorisés à affermer les douanes en Angleterre, comme garantie, sans doute, d'emprunts qui n'étaient pas régulièrement remboursés.
La ville de Gahors, dans le Quercy, fournit un grand nombre de « changeurs » *.
Les Caorsins sont presque aussi célèbres que les Lombards.
En Lombardie, Asti était célèbre pour le commerce d'argent.
Il existait trois sortes de papier de crédit pour les transactions.
1" Lettres générales de crédit sans indication de destinataire et qui étaient d'un usage constant dans le Levant;
2° Ordres de payer une somme à une personne déterminée ;
3° Lettres de change négociables.
Des exemples de la première sorte sont relatés par Macpherson en 1200. La deuxième sorte est signalée chez les Juifs en 1183.
Dans Rymer sont mentionnées à la date de 1364 des Lit-
1. L'histoire du Quercy est particulièrement agitée du xiii« au xiv» siècle. Les comtes de Toulouse s'en emparèrent au x» siècle. Après la guerre contre les Albigeois, Louis IX s'en empara en 1228. En 1259, par le traité d'Abbcville, il passa à l'Angleterre. Il fut repris par Philippe le Bel et rendu parle traité de Brétigny en 1360. Nul doute que ces changements successifs de domination n'aient développé chez les commerçants du pays l'usage de la banquj et de la lettre de clianf;e.
terse cambitorise qui étaient de vraies lettres de change, et en 1400, elles étaient libellées comme de nos jours ^
Au début, les lettres de change étaient payables en foire. « M. G. des Marez a découvert aux archives communales d'Ypres près de 8.000 titres sur parchemin s'échelonnant entre 1249 et 1291. Il s'est attaché à ceux de ces actes qui relatent une obligation. Ces actes sont connus sous le nom technique de lettres obligatoires. L'échéance de la dette est généralement fixée à telle ou telle foire. :
« Le débiteur et le créancier sont expressément désignés par leurs noms dans le titre. En général, le débiteur doit effectuer le paiement en personne.
« On ne rencontre pas dans le chirographe yprois de clause à ordre ou clause de command passive, c'est-à-dire de clause permettant au débiteur de s'acquitter par l'intermédiaire d'un préposé, d'un nuntius.
< Gela n'empêche pas le débiteur de payer sa dette par l'entremise d'autrui. On trouve régulièrement dans les chirographes yprois la clause à ordre active jointe à la clause au porteur 2. »
On le voit la clause à ordre usitée par les Arabes au viii" siècle se faisait jour en Europe au xiii^ siècle.
On cite d'ailleurs comme exemple ancien de l'usage de la lettre de change, une quittance du pape Grégoire IX de 1233 des billets tirés par les marchands italiens sur les évêques
1. Voir Hallam. View of the State of Europe duriiig ihe middle âges. London, 1869.
Skrvois dans une étude sur les emprunts de Saint-Louis en Palestine et en Afrique (Bibliothèque de Técole des chartes, 1858) cite plusieurs lettres expédiées par la chancellerie royale et conservées au trésor des chartes et qui se rapprochent beaucoup de la forme des lettres de change.
2. HuvELiN. Revue historique, t. LXXVII, année 1901 ; G. des Marez. La lettre de foire à Ypres au xiri» siècle, contribution à l'étude des papiers de crédit.
d^4ngleterre pour racquittement d un prêt fait par le pape au roi Henri 111 ^
En 1302, Charles 11, comte de Provence, en ordonnant à son sénéchal de lui faire tenir à Naples le montant d'une contribution provençale, lui recommanda de le lui expédier par lettres de marchands, per litleras mercatorum ces lettres
de change ^
Dans les centres commerçants du nord de Fltalie, vers la fin du xii« siècle, alors florissaient les villes d'Amalfi, Florence, Gênes, Pise et autres, les lettres de change se multipliaient.
iH Le trafic était à cette époque très intense dans ces villes où
(industrie avait aussi pris un grand essor. Peu à peu Florence concentra les affaires d'échange d'argent avec les branches s'y rattachant, y compris les opérations de banque.
I^Ën 1252, elle frappait les Florins d'or, innovation qui lui
^alut un surcroît de prestige \