‹ Documents pour servir à l'histoire de l'évolution des effets de commerce et notamment de la lettre de changeChapitre 8 sur 124 · Avant l'ère chrétienne. Vulgate · texte numérisé non relu

Avant l'ère chrétienne. Vulgate

La sainte Bible, t. 5. Dom Augustin Galmet. Paris, MDGGXLIX.

Suivent les noms des témoins. Le mandat est à soixante-seize jours de date. Il constitue une lettre de change, en remplissant les conditions essentielles \

L'intervention de témoins était indispensable en Assyrie^ avec un mode d'écriture qui ne permettait pas Texistence d'autographes d'un caractère individuel.

Et puis, par suite de l'ignorance de beaucoup de ceux qui avaient à faire une opération quelconque, il fallait souvent recourir à une intervention étrangère.

Dans la langue assyrienne, l'acte qui vient d'être indiqué portait le nom de « Sipartu », c'est-à-dire missive, de la racine « supar » envoyer, qui indique essentiellement la notion de remise d'un lieu sur un autre.

Dans de très antiques formules juridiques dans les deux langues suméro-accadienne et assyrienne, on lit :

« La sipartu non payée qui reste à envoyer, contre argent, il Ta échangée. »

Nous constatons ainsi que ces mandats d'un lieu sur un autre étaient négociables, par la formule même consacrée pour l'acte qui constatait cette négociation.

C'est sans doute pour faciliter la négociation de l'efPet à un tiers que dans quelques-uns on ne nomme pas de personne chargée de toucher dans la ville habitée par le débiteur.

A l'absence d'acceptation et d'endossement, on remédiait par le moyen d'un acte spécial constatant la négociation de l'effet, et donnant par suite, au preneur de la lettre de change, un moyen de recours contre le tireur.

Les Assyriens, on le voit, étaient familiarisés de bonne heure avec les conséquences du contrat de change. A Babylone, l'on pratiquait même le renouvellement des effets non payés h l'échéance.

Nous en voyons l'indication dans une note de Revillont,

1, F. Lenormant. Histoire de la monnaie dans l'antiquité, t. I, Ce mandat est conservé à Gonstantinople au musée Sainte-Irène.

li LA LETTRE DE CriANGE

nous fournissant les renseignements suivants : les documents du règne de Nabopolassar, principalement dans les contrats ont été plutôt rares ; du moins, c'est là ce qui résulte des publications des textes cunéiformes. Nous en avons pourtant un certain nombre dans notre collection. Dans Tun de ces textes, nous voyons qu'à la septième année du règne de Nebucha-nezzar, la femme Bui-tam prenant à sa charge une dett( contractée par son mari la troisième année du même règne, et pour laquelle elle s'était portée garante, a bien soin en s( déclarant elle-même responsable, de faire porter la mention

La dette antérieure est détruite.

Uantim mahriti hipatu K

Nous voyons également dans l'histoire du commerce et d( la navigation des Egyptiens que lorsque le jeune Hyrcan s< rendit à Alexandrie pour féliciter de la part de la noblesse d( la Gélé-Syrie le roi Ptolémée Epiphanes (205-181 av. J.-G.) sui la naissance de son fils, Joseph, son père, l'adresse à un correspondant, négociant juif, qui lui avança des sommes considérables, tant pour ses dépenses que pour les présents qu'il fit au roi et à la reine d'Egypte. Si Joseph n'envoya pas de l'argent en Egypte à son 'fils, et s'il pria un négociant de sa nation de payer pour lui dans ces contrées c'est qu'il voulait sans doute éviter les frais de transport et les risques de route en remboursant son ami en Célé-Syrie. Il est bon de remarquer que le correspondant de Joseph était négociant et retirait un bénéfice de change proportionné aux frais de route et aux risques qu'il y avait de faire voyager de l'argent dans un pays tel que l'Egypte.

Comme Joseph ne pouvait rembourser qu'en vertu d'un' ordre par écrit, il est bien clair, qu'offrant un échange de dettes, il ne pouvait offrir autre chose que ce que nous appelons

1. Revillont. a Seulement of accounts in Nabopolassar' s lime. (Cette bro chure est à la Bibliothèque nationale sous le n« 02 d 338.)

aujourd'hui une lettre de change, que l'on devrait appeler lettre d'échange ^

Vers 357 avant Jésus-Christ, époque du passage d'Alexandre le Grand dans l'Inde, le commerce indien usait d'une lettre appelée Oiind Kat Goundi et par abréviation Ondegui, ce qui veut dire papier, petite boule , papier qui doit rouler, circuler. C'était une espèce de billet au porteur, remis par le banquier indien après versement à sa caisse d'une somme égale à sa valeur.

L'Oundegui après mille circuits revenait dans les mains de son auteur ^

. Vers la même époque on trouve des vestiges de lettres de ce genre délivrées par des banquiers à ceux qui voulaient voyager de l'Inde en Chine. Le banquier indien recevait du voyageur une certaine somme pour une lettre d'une valeur égale à la somme complète. Ce titre avait à peu près la forme d'un billet au porteur \

L'idée de délégation devait évidemment augmenter de fréquence au fur et à mesure que les peuples se rapprochaient, que les voyages se multipliaient et que les rapports entre les différentes villes d'abord, entre les différents peuples ensuite, se développaient.

Rien de plus probable que l'usage de la lettre de change se soit rapidement étendu dans les villes maritimes.

Les commerçants ont eu de bonne heure l'idée de charges des navires de marchandises qu'ils envoyaient dans des payr éloignés pour les y vendre. Au retour, il était essentiel d'y placer une cargaison susceptible d'être écoulée dans le port de

1. Boucher. Institutions commerciales traitant de la jurisprudence marchande et des ui^ages de négoce d'après les anciennes et nouvelles lois. (Paris, an X, 1801.)

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