Cruchon. Les banques dans l'antiquité, Paris
3. P. B. Boucher. Traité complet théorique et pratique de tous les papier é de crédit de commerce. (Paris, 1808.)
départ pour éviter que les navires ne fissent un voyage avide.
11 y avait donc là un commerce d'exportation et d'importation à la fois. Ce commerce ne pouvait bien longtemps se régler par le troc primitif. L'impossibilité d'équilibrer la valeur de l'importation et de l'exportation d'une façon équitable et pratique a contraint l'acheteur et le vendeur primitifs à constituer une comptabilité suivant laquelle les parties contractantes se trouvaient au départ du voyageur débitrices et créditrices. Le marchand, grâce à l'établissement du compte, ne se trouvait plus obligé de compléter quand même la cargaison du retour. S'il partait créditeur, il devait forcément arriver à chercher une combinaison pour donner mandat à quelqu'un de toucher sa créance, et pour lui donner une délégation sur son débiteur.
En Grèce la lettre de change était parfaitement connue. On en trouve la preuve dans un passage d'Isocrate \
« Stratoclès était à la veille de partir pour le Pont. Gomme je voulais tirer sur ce pays les plus fortes sommes que je pourrais, je le priai de me laisser ce qu'il avait d'argent, que mon père le lui rendrait dans le Pont. Je regardais comme un grand avantage que mes deniers ne courussent pas les risques d'une navigation, surtout les Lacédémoniens étant maîtres de la mer. L'emprunt que je fis à Stratoclès n'est donc pas une preuve que je n'avais pas de fonds ici, mais vous allez voir que j'en avais chez Pasion. En effet, Stratoclès m'ayant demandé qui lui rendrait son argent, supposé que mon père refusât de payer sur ma lettre, ou que, revenant à Athènes, il ne m'y trouvât plus, je le menai chez Pasion qui s'engagea à lui remettre le principal et les intérêts. Or, si Pasion n'avait pas eu de fonds à moi, croyez-vous qu'il eût répondu aussi volontiers d'une somme de cette importance ^ »
1. Do Mesnil-Marignv. Histoire de l'économie politique des anciens temps de l'Inde, de l'Egypte, de la Judée et de la Grèce, t. 2. Paris, 1873.
2. Discours d'Isocrate connu sous le nom de Trapésitique. {Isocratc,un des dix orateurs attiques né à Athènes 436 av. J.-G.,mort en 338.)
< Il serait intéressant, dit Emile Egger, de retrouver dans l'antiquité même, l'origine de la lettre de change. Aussi, lisant naguère l'essai d'un savant russe, M. de Kontorga, sur les trapézites ou banquiers d'Athènes, parmi beaucoup de faits curieux rasseniblés dans ce court mais substantiel mémoire, je remarquai avec surprise Tassertion suivante : Ils (les trapézites) eurent les premiers l'idée des lettres de change, y.cXAjSiŒTiza a'j;j,6oXa, assertion que l'auteur appuie sur un article d'H. Estienne dans le thésaurus linguœ graecœ. Je recourus donc à ce thésaurus (sous le mot xoXXuSoç) qui, sans citer aucun témoignage ancien se réfère à G. Budé. Or, que dit Budé dans ses commentaires : Sic hodie vocari possunt collybistica, quas litteras collybicas vocant, quasi ad commutandam pecuniam externam institutas ^ . »
Dans tout cela pas un texte qui prouve que y.oXXu6iŒTixcv sj;jioXov ait été employé par un auteur ancien dans le sens en question; pas même un exemple de Tadjectif xoXXu6taTi7,oç, fort bien dérivé sans doute de îcoXXuSkjtyjç mais enfin qui manque jusqu'ici d'autorité.
D'un autre côté, l'auteur du meilleur dictionnaire françaisgrec que nous possédions aujourd'hui. Constant Divernesse, traduit lettre de change par la apY^poTupaxitT-a, xa xoXXuSiaxixa zj'j.SoXo^, citant pour autorité, à l'appui du premier mot Phrynicus qui n'autorise que /.oXX'jôo;; et xoXXuôkjtyjç sans dire un seul mot du procédé commercial dont il s'agit.
Aussi^ quelque convenable, quelque séduisante que soit Texpression /.oXXuSigttixov aupLSoXa pour désigner ce qu'on appelle aujourd'hui une lettre de change, il faut reconnaître que cette expression ne s'est pas rencontrée jusqu'ici chez les anciens 2.
1. C'est ainsi qu'aujourd'hui on peut appeler coUybistices les lettres qu'on nomme collybiques, c'est-à-dire, inventées pour donner en prêt de l'argent appartenant à autrui.