‹ Documents pour servir a l'histoire de la médecine a LyonChapitre 10 sur 45 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Ciickls d’oculistes.

Les oculistes romains ont fourni aux épigraphistes un grand nombre de petits monuments pleins d'intérêt. Ce sont les cachet; dont ils sc servaient pour porter 1 la connaissance du public leur nom et ceux de divers remèdes ou maladies oculaires. On en connaît actuellement près de deux cents.

Nous rattachons à notre Ville les praticiens dont les cachets y ont été trouvés ou appartiennent â quelqu'un de nos établissements publics sans qu'on ait de données sur-leur origine. Nous n’ignorons pas tout ce qu'a d'incertain cette manière de procéder. Les pierres gravées sont d’un transport si facile que le lieu de leur découverte ne peut être considéré avec sécurité comme indiquant leur véritable patrie. A plus forte raison, l'absence de tout renseignement rend-elle toute attribution délicate. Cependant, faute de preuves meilleures, il nous parait rationnel de donner ces petits objets au pays qui les possède ou les a recelés, lorsque rien d'ailleurs ne fait penser qu ils puissent être réclamés par une autre localité.

Avant d'en commencer la description nous résumerons rapidement, pour ceux de nos confrères auxquels cette étude n’est pas familière, les connaissances actuellement acquises sur cette branche de l’archéologie. Nous ne ferons pas fausse route en nous appuyant principalement sur les travaux du docteur Sichel et sur ceux de M. Héron de Ville-fosse.

Les oculistes romains pétaient le plus souvent, comme les médecins, des affranchis. Ils suivaient les srations militaires de la Gaule, de la Germanie et de la Bretagne. C’est dans ces pays qu'on retrouve leurs cachets dont pas un peut-être n’est attribuable i l’Italie. Ils fabriquaient et débitaient eux-mêmes leurs collyres qui, à l’état frais, avaient la consistance

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d'une pâte molle qu’on façonnait en bâtonnets oc en petits pains. Scribooiu Largus, Marcel l’empirique sc servent, pour désigner cette operation, des mots pugtre cothria, donner une forme, modeler. On v mêlait quelquefois de l'amidon ou autres substances molles (Amylictu auttm quam /om pnger.dum ai I coliyrium adjuietur, Scrib. Largus, III, 1/). Ces sur une des facequ’on imprimait le cachet. Kiccprionnellcmcnt il était appliqué sur le haut des colivres coules dans des pots de terre ou même sur les pâtes molles de ces vases as-ant leur cuisson.

Les cachets sont en pierre tendre, presque toujours quadrangnlaires ; üportent sur un ou plusieurs de leurs côtés des inscriptions gravées à rebours qui leur donnent le caractère de l'estampille. Clics énoncent le nom de l’oculiste, la nature du collyre, le mode de son emploi ou la maladie quV doit combattre. La découverte faite à Reims de collyres et de cachet' romains démontre d'une minière éclatante la vérité de la plupart de ces assertions. L’analyse chimique a confirmé ce que l'on savait de la composition de quelques-uns de ces remèdes. Il y entre des gommes résines, telles que l'encens, le galbanum, le baume de Judée, la myrrhe et des substances minérales, telles que l'alun, le cinabre, les oxydes de zinc, de fer ou de cuivre. Les maladies oculaires les plus communément citées sont : l'inflammation aiguë ou chronique, les granulations des paupièrele leuconu.

Les cachets semblent parfois avoir changé de proprietaires par association, succession ou cession de clientèle. Les expressions qu'on y rencontre sont conformes aux usages de la médecine antique, aux données fournie-. parles auteurs anciens; l’orthographe se ressent parfois de l’ignorance degraveurs ou même des oculistes ; la forme accuse trop souvent le charlatanisme ou au moins le savoir-faire.

Ces inscriptions ne paraissent pas remonter au-dela du deuxième siècle de l’èrc chrétienne, ni descendre au-dessous du troisième â en juger pa la forme des lettres et par les médailles trouvées avec les cachets, maicette question n'est pas définitivement tranchée.

Arrivons maintenant â la description des pièces attribuables â la médecine lyonnaise.

S — Cachet de Cistvsminus Blasdcs.

11 appartenait à ! ancien cabinet des Jésuites au collège de Lyon et a été décrit par NV alchius, de Boissieu, etc. Il est gravé sur les quatre côtés.

1 C CINTVSAUM BLANDI

EVVODES AD ASPR

2 C CINTVS BLAN

DI D1APSOR OPO

5 C • CINTVS BLAN

DI DLNSMYRNE

4 C CINTVS BLAN

DI SPONG LENI

Traduction et développement.

l* Caii Cinlusmini Blandi ewodes ad lupriludincs.

« Collyre parfumé de Caius Cintusminus Blandus contre les granulations des paupières. »

EVVODES pour EVODES, signifie parfumé.

ASPRITVDINES. Aspérités, granulations , encore nommées scabrilies ou scabrm.t. On employait contre elles les collyres anicctnm (invincible); encodes (au safran); dialepidos (aux squanrmes de cuivre); diamysios (au misy, substance métallique encore mal déterminée) ; diasmyrnts (i la base de myrrhe); opobalsamatnm (au baume de Judée) ; b.ematinum (de sanguine) ; s laetoii (destiné i être instillé), etc.

On soit par cette énumération qu’autrefois, comme aujourd’hui, la multiplicité des remèdes déployés contre une maladie était un gage de la difficulté qu’on éprouvait 1 la guérir.

2® Oui Cinlusmini Blandi diapsoricnm opobalsainalum .

DIAPSOR1CVM. — Le collyre diapsoricnm contenait surtout des astringents métalliques, tels que les oxydes de zinc ou de cuivre. Il est syno-

U'OUCL SOU MSI

nyme du collyre psoricum qui était employé contre les con;onctr. îtc* palpébrales avec démangeaisons et érosions angulaiics.

OPOBALSAMATN M. Au baume de Judée. Le baumic-r, était avant U conquête romaine, cultivé en Judey dans deux jardins royaux, l’un d'environ cinq hectares, l’autre un peu moins étendu, et situés tous deux dan. 1.1 plaine de Jéricho. D'après Strahon, il en existait aussi en Syrie et en Arabie. Les Juifs tendaient à restreindre sa culture pour en tirer un pris plus élevé. Du temps d’Alexandre, les deux jardins ne rapportaient qu’une mesure équivalant à vingt-deux litres de suc que l’on pavait le double de leur poids d’argent. Dans leur lutte contre les Romains, les Juifs cherchèrent à détruire leurs baumiers pour ne point le. Iiisxcr tomber cnrrc les mains de leurs ennemis qui durent combattre aves acharnement pour s’en emparer. Aussi, i leur triomphe. Vcsrasicn et Titus firent-ils montr. de ces arbres au peuple de Rome. On en retirait plusieurs produits : t* le xylobal samum, sarments employés pe>ur les parfums ; quatre ou cinq araprès la conquête ils avaient rapporté au fisc 7? ; 000 sesterces soit 147,000 fir. ; 2* la graine; 5" l'huile appelée hal-aminum ; 4* le suc que laissait écouler l'écorce incisée trois lois par an. Pour donner une idée de la demande qui en était faite, nous dirons que le fisc vendait 1,230 sesterces soit 246 francs la mesure équivalant i notre litre de ce suc qui était revend mille francs apres avoir été falsifié. Le vrai baume de Judée était don, très rare et, le plus souvent, adultéré. I.a préparation des collyres qui en contenaient était fort compliquée.

5* Caii Cinlusmini Blandi diasmymcs.

« Collyre i la base de myrrhe de Cintusminus Rhndus. >■

DLASMVRNES. Le collyre à base de mytriic ;c rencontre sur un grand nombre de cachets, seul ou indiqué contre les maladies suivantes : 4x7*1ludincs (granulations des paupières) ; cicatrices (Icucomas) ; cpipUna (larmoiement) ; impetus (inflammation). Il est associé au collyre dietvk pour être employé post impetum (après la période inflammatoire) ; aux mots r.v <n« (préparé avec du blanc JVvuf).

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