‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 11 sur 67 · DE LA HEUGION SAINT-SIMONIENNE · texte numérisé non relu

DE LA HEUGION SAINT-SIMONIENNE

D'après nos définitions , la religion Saint-Si<monienne est le dernier mot d'un éclectisme dont on voulait à tout prix tirer des dogmes. On peut, selon nous , la considérer comme le point culminant de la philosophie des quinze dernières années. Des hommes d'état ont essayé d'en parler , en falsifiant ses principes qu'ils ignoraient. S'ils la trouvaient ridicule, pourquoi s'en sontils inquiétés? C'est une pauvreté que de contredire de la sorte ses dédains par ses appréhensions. Quant à nous, notre intention est d'examiner sincèrement dans la doctrine néo-chrétienne ce qui nous paraît respectable ou vicieux.

L'histoire nous apprend comment on a formé plusieurs religions , en réunissant dans une espèce de mosaïque céleste les maximes qui régnaient à leur naissance. Cependant les inter-' prétations de la volonté divine avaient un empire absolu sur les néophytes de l'antiquité ou du moyen âge. Leurs sentimens religieux leur étant aussi naturels que l'erreur l'est à l'ignorance , ont le caractère de la poésie et d'une admirable spontanéité. De quelle sainte abnéga-

tioiï d'eux-mêmes ne sont-ils point capables ces pauvres enfans^ dont les sublime^ désirs^ au milieu de la plus grossière barbarie, annoncent l'essentielle moralité et la grandeur des destinées' humaines?

: Mais depuis que, par des efforts de quelques^ siècles, la science a détourné nos regards dti ciel , pour les porter sur les phâiomèiptes du monde et de rhumanité , le sentimient reUgîeiix dans l'ancienne . acception de ce mot s'est coittiniiellemehtafratbli. La formation d'uBee religion classique^ par le temps qui court, est donc une entreprise inattendue. C'est la première feis qu'à. force de logique, on essaie de recfaaulïer Fambur divin; Jusqu'à présent, aucune religion n'avait interrogé l'histoire, pour constatera qiiclle façon elle pouvait s'jr prendre. Aussi , pén* sons-^nbus que, chez les disciples de M. de Saint-^ Simon, l'amour de l'humanité s'enveloppe bien laborieusement de l'amour de Dieu. Ils ont beau travailler à l'apothéose de leur philosophie, et demander aux légendes chrétiennes ces. trésors de béatitude dont le mystère est évajioiii , il y fetudrà renoncer. Ils resteront philosophes et piiblicistes, et s'ils ne trouvent rien de notrveau dans lia science, leur destinée sera de triturer^ comme les wJectiqiies, les lieux commui^ «t systèmes qui régissent le monde.

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Les premiers réformateurs ont présenté jce double caract^e, qui va toujours s'efTaçant, à mesure que la liB€»*té religieuse et politique per** met des discussions plus franches, une existence moins généê.

Gomme, apr^ le dix-huitième siècle et la réypiutk)» de* 89, on poi^vait se mettre à l'aise dan^4fi0 pCMBip^tairas sur le cathplicisme, la i^Hîtrine SaÎAt-^ioiqniei^ne estexempte^de pra-^ tîqu^s.pénibles*ai|ssi bi^nque de subtilité dans lesr di^utes. Ceux 5|ui la {professent se sont epiparés tout bonnement de la tradition pour en faire leur piédestal. Us sont arrivés ainsi à la plus libre expression des commentaires possibles, au dernier terme des sectes chrétiennes (1). Sous

(i) Il serait difficile en efTet de se séparer dayantage du christianismef sans nier la tiiidilion , et dès lors , il ne s'agirait plus d'une secte ^ mais d'une philosophie ou bien d'une religion tout-à-fait nouvelle. D'ailleurs , les communications sont trop faciles en France , les habitudes de la philosophie et de la rérolution sont trop répandues pour que les sectes puis-

^'rapport, cette entreprise religieuse a tout-àfëît le caractère du temps et du pays. L'égKse TOo-chrétieniie est douée du génie bienfaisant éé là révolution française, d'une nature fort expansîve, d'une humeur on ne peut plus accommodante, de même que les puritains avaient la sombre physionomie, l'étroit rigorisme d'une secte religieuse et politique du dix-septième siècle.

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