‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 12 sur 67 · MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE

DU S AINT-SIMONISME.

Il y a deux parties à considérer dans les travauit philosophiques des disciples de M. de Saint- Simon : 1"* Une métaphysique transcendante où Fon établit les rapports de l'homme avec l'univers et son auteur; 2** Un arrangement social, conforme à cette métaphysique. Sur tout cela , lès Saint-Simon iens sont fort divisés.

scnl aisément y prendre de rimportance. Au seizième siècle, nos pèwïj trouvaient déjà le protestantisme trop étroit. Presque toutes les sectcft habitent des couTens ou des pays isolés , montagneux. Les institutions de nature féodale ont aussi la propriété de parquer les esprits et de faToriser ainsi la multiplication des sectes. Voilà pourquoi il y eu a tant en Angleterre et en Allemagne. Les étals de l'Amérique dunord ne sont pas une exception à cette remarque . car ils servent d*asylc à toutes les religions persécutées, cl plus il y a de sectes dans un pays, plus il est facile d'en former de nouvelles.

Nous n'examinerons pas en détail les troiît principales sectes qu'on remarque parmi eux.

Ces dissidences prouvent dairement que leur chef ne s'est pas assez expliqué sur les bases dé la religion à qui l'on a donné son nom, pour qu'il soit vrai d'affirmer qu'il en est Fauteur.

Les Saint-Simoniens de V école physique ou physiologique traitent toutes les questions so-* ciales sous le pomt de vue des sciences positives, sans adopter ni dogmes religieux , ni foriues sacerdotales.

Ceux de ï école dualiste ou spirituaïiste admettent la matière dans des rapports de subordination, non d'identité , avec ce qu'ils nomment DieUy V esprit j Vabsolu.

L'école la plus nombreuse, la seule qui ait un sacerdoce, une hiérarchie, un culte, est Pan^ théiste , c'est-à-dire qu^elle professe l'identité de la matière et de l'esprit. Cette identité universelle est Vabsobiy le tout^ Dieu^ dont les attributs trinitaires, V intelligence j V amour et là. forcé sont représentés dans l'humanité parles savons , les artistes et les industriels. Les plus savans > les savans généraux y ontseuls le sentiment complet de ces attributs : c'est à eux qu'appartient de droit divin le gouvernement des peuples.

En étudiant ces trois sectes, on voit que si elles ont des idées communes sur quelques clas-

^ifieatioûs historiques et aiii^i sur de yag^es principes de religion ou de politique i elles iSàî^ fèretit sur les questions premières, de Ift métaphysique et sur toutes les çonsequeneeàquecha^oune en tire, selon sa manière de lès résOtidre;

lies dualistes se rapprochent djavanlïige du christianisme; \e& physiciens se retrandient d4ns les données connues de la science > né se propo^ sant^que de les mieux classer et de leur donuiêr un bilt social.

C'est dans la doctrine des PanthéîsJbes quVm peut voir la prétention d'un édectiame poissé jusqu'à ses dernières limités, jusqu'aux dogmes assez yastes pour concilier les féiités éparaesrdes philosophies et des religions. A^ force de .brè& dredei' idées- dans les systèmes courant^ ils se sont faits religieux; c'est-à-dire qu'ils ont tu l'harmonie del'hun^nité non dans les'pe^nch^ms nécessaires dont l'auteur de l'univers nous ^A pourvus, pour nous dispenser de chercher Hos lois en dehors de nous-mêmes ^ mais daùsik dépouillement incomplet et stérile deÀmaxôiiei^ philosophiques ou des dogmes t*eligieux, dan* «ne métaphysique in^inaire^ où l'on recom-r mande par-dessus toiit: des: liens indéfims a^r^e le ciel, afin d'établir :suf la terre o^ux d'un s^^ cerdoce personnel et arJ>itraire^ '

Les do<;trinaires de l'aneien Globe se livraient

aui'tout à Fanalysé compaiiée des difterentcs philosophîes. Les ^aiats-Siniomens panthéistes leur ont montré un système qui embrassait à la fois les religions et lés philosophies , et comme ils poursuivaient un but social conforme à ce résumé religieux, on conçoit l'avantage de la nQÛyelle égli^ sur les éclectiques les plus impa-* tiens d'élargir leurs recherches.

Le Panthéisme est une doctrine fort ancienne* Plotin d'Alqxandrie^ Giordanus Bruno au moyen âge, Spinosa , et récemmient Schelling , avaient épuisé tout ce que l'on peut imaginer sur l'identité de Dieu et de l'univers, G>mme ces philosophes, les Saint-Simoniens partent de mots indé-»finis. Les attributs du Panthébme, l'intelligence, l'amour et la force, ne représentent, en effets rien de précis qui puisse expliquer la. nature humaine et dévoiler ses rapports avec ce qui l'entoure ou la gouverne. Était-ce la peine de reprocher aux psychologues doctrinaires de chercher l'absolu dans des types sans réalité> de se jeter dans une ontologie vague Set chimérique^ puisqu'on cela on devait les surpasser? Des suppositions en l'air ne conduiront jamais à l'unité expérimentale , la seule unité poèsible dans la science. Ramener les phénomènes secondaires quand ils sont bien connus à des phénomènes^ /généraux, c'est ainsi que procède la raison. La

marche inverse, qui consiste à expliquer ce qu'on croit savoir de la terre par ce qu'on a rêvé sur le ciel, n'est bonne qu'à perpétuer les querelles de mots.

Selon les disciplesde M. de Saint-Simon, lorsque les philosophies ont fourni aux religions des données premières, leur mission est achevée. Les religions, à leur tour, sont minées par de nouvelles philosophies. La dernière religion doit représenter la suprême science. Il faudrait en conclure que le Saint-Simonisme possède le secret de l'univers et d'un nouveau monde social.

Malheureusement, la science i>'est pas faite, et nous croyons qu'on ne peut l'achever avec une théocratie hiérarchique, nécessairement très-occupée de gouverner la secte qui lui est soumise. Inventer et diriger des prosélytes , voilà deux entreprises si différentes, qu'on peut les croire exclusives l'une de l'autre. Aussi le Saint- Simonisme n'a-t-il rien découvert; mais il a classé adroitement les idées d'un assez grand nombre de philosophes français ou allemands , parmi lesquels figure avec honneur M. de Saint- Simon.

Ce dernier imaginait, pour compléter l'encyclopédie, tout autre chose qu'une hiérarchie sacerdotale, accablée de soins incompatibles avec le progrès des sciences.

Il proposait des travaux d^ensemhle entre diverses corporations fort mal constituées , il est vrai, pour s'entendre. Son plan, pour nous serservir de ses expressions, consistait à coaliser les savans, les artistes et les industriels.

' Or, coalition signifie lutte et combat. Les Saint-Simoniens cependant annoncent aujourd'hui, comme le couronnement de leur entreprise, une association unii^erselle, idée et expression qui ne se trouvent nulle part dans les écrits de leur maître , mais dans un traité du docteur Amar, que nous avons déjà cité. Nous pensons que leur enseignement serait plus facile , s'ils s'appropriaient avec plus de netteté la «oncepd'ùne association intellectuelle, mettant en œuvre les passions collectives de la partie pensante du genre humain , pour constater, parfaire et appliquer la science. Ce plan diffère beaucoup de celui de M. de Saint-Simon , et de V Atlantide de Condorcet, qui n'a songé qu'a perfectionner des programmes académiques. Pour le réaliser, les intérêts factices d'une hiérarchie sacerdotale, seront toujours un obstacle.

La véritable hiérarchie, l'aristocratie naturelle des plus capables, est en effet le but final de l'égalité de tous les droits. Elle ne peut s'établir, soitparmi les savans , soit parmi les peuples, que par des institutions qui fassent régner en. toutes choses l'égalité sur le privilège, les

passions s(:>Qiales sur les passions individuelles , et non par des dogmes ontologiques, des maxi-^ n^es ou des statuts antérieurs à d'équitables ins^^ titutiotis. Dû montent que lès statuts , les Bàni** mes et les dogmes ne sont pas ime déduction nécessaire de la libre conscience de toutes les parties intéressées., mais une parole traditionnelle, une cause métaphysique . révélée à queU qiiesuns,une règle primitive et indépendante de Tbomme, leur utilité devient contestable, car la tyrannie commence.

Les travaux d'ensemble de M. de Saint-Simon, les programmes de Condorcet, la hiérarchie scientifique de la nouvelle église, tout cela ne pour-? rait rien changer à l'organisation féodale dès dËasses savantes et industrielles. Ce ne sont que dés projets métaphysiques , plus ou moins ing^ qieux. Et cependant , tant qu'on ne s'occupera point de constituer le self-goçernement de. la science , en dehors des intérêts personnels qut récent encore de toute nécessité , on tentçra vainement de se soustraire à l'anarchie du monde intellectuel et politique. La vraie religion restera voilée (i).

(i) Depuis que les Saînts-Simonicns parlent d'association universelle, ils reconnaissent deux ordres de penchans dans la nature humaine : tégoùme et le dévouement,

Egolsme |i*esl pas exact « car la personnalité étant nécessaire à chaque

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