DES CLUBS
- Les prodigieux événemens de juillet ont allumé dans les cœurs généreux de sublimes ardeurs, et, nous l'espérons, elles ne se laisseront pas étouffer par les basses manœuvres de ceux qui voudraient y substituer leur sang-froid et leur intérêt personnel. Malheureusement cette fièvre d'honneur qui a sauvé la patrie n'a fait éclore aucune idée nouvelle. A travers de si puissantes agitations, on sent mille fois plus qu'on ne médite. Comment les clubs , qui datent de la grande semaine , auraient-ils découvert des principes appropriés à nos nouveaux besoins? On peut improviser une révolution^ mais une doctrine il faut l'apprendre, et la philosophie de la restauration n'en a point fondé.
Tourmentés par de confus sentimens qui ne trouvaient ni règle ni sympathie , dans les diverses écoles politiques surprises , bouleversées ou dissoutes par les nécessités imprévues du mo-
ment , les clubistes se sont reportés vers des temps où du moins les passions étaient ardentes comme celles qu'ils venaient d'éprouver en combattant. En même temps , ils devaient accueillir à quelques égards l'une des sectes du Saint-Simonisme (1), celle qui ne se présentant point avec les prétentiorts d'une théocratie sacerdotale , recommandait aussi les intérêts des classes pauvres, les droits de ces frères d'armes qu'on avait vus si grands dans leur misère. Alors qiie le sang du Louvre et de la Grève fumait encore, il était d'ailleurs bien naturel qu'on délibérât parmi les vainqueurs, pour que leur dévouement ne fut pas inutile à la France. Qu'en est-il résulté cependant? Un stérile mélange des principes connus du libéralisme , de quelques formules Saint-Simoniennes et des réminiscences de 93, une assemblée incapable de vues d'ensemble et surtout de vues pratiques. La Société des ji mis du Peuple n'était pas un club populaire, mais un canapé dans un manège, une réunion métaphysique sans lien intime avec les masses, une conférence de soldats savans qui manquaient toutefois du calme nécessaire à la science.
Nous avons dû le dire, et nous n'avons pas
(f) La sede dualiHe,
changé d'avis^ les clubs peuvent sVmparer d'u|je révolution , mais il faut pour cela qu'ils en soient une conséquence opportune et nécessaire. Or, nous ne concevons pas leur nécessité quand la guei're civile est impossible. On paraît avoir, compris enfin que les anciennes assemblées populaires tiraient toute leur force de la situation du pays, vis-à-vis les factions intérieures et les peuples coalisés. En effet, notre état moral, politique, industriel, n'est-ce pas là ce qui doit toujours nous ramener à une appréciation raisonnable des actes du gouvernement et des partis?
Le plus beau territoire du monde partagé entre une population immense et toujours plus nombreuse , de propriétaires intéressés à l'ordre comme à tous les genres de progrès, une aristocratie sans terre et par conséquent privée de sa principale influence , un clergé dépendant des lois où il a cherché ses privilèges , de plus en plus affaibli par les vices de son éducation et les progrès de l'éducation publique , un gouvernement sans appui solide en dehors des suffrages populaires , voilà le (oad des choses. Cette situation où nous voyons plus de contrariétés factices qn^ de périls véritables, n'était pas la nôtre il y a quarante ans, non plus qu'il y a onze mois. Elle est nouvelle; elle exige donc des ex-
Digiti;
pédiens nouveauiL, c'est-à-dire une politique à la fois tranquille et intrépide , qui oublie nos anciennes discordes comme les habitudes mensongères du dernier gouvernement, pour chercher sa règle dans la France régénérée par des institutions.
Au moment de la seconde restauration, après vingt-cinq-années d'existence dramatique , passionnée, mais sans études, nous étions dépourvus d'esprit public. Nous avons acquis bientôt quel* que expérience dans les concessions sans cesse disputées d'un régime représentatif. Cependant, l'éclectisme a interrogé, pendant quinze ans, toutes les philosophies et les constitutions exotiques, sans en tirer autre chose que de nouvelles incertitudes et de timides commentaires sur une Charte octroyée par la mauvaise foi. Les idées de rassemblée constituante, adroitement déguisées, reprenaient un peu de faveur. A ces travaux, les Saint -Simoniens ont ajouté une prétention d'éclectisme dogmatique, appuyé sur une pâle copie des anciennes religions sacerdotales. Les littérateurs et les artistes, entraînés par les philosophes qui sont leurs guides naturels^ se sont jetés dans les imaginations surannées du moyen âge , et sous le nom ai école romantique y ont recommencé les écoles classiques d'un autre temps. Tel est le tableau de notre renaissance morale
sous l'empire de la tradition qui s'est appesantie sur nous , ju^u'à ee que nous*ayons brisé son joug imbécille. ^
- Sous l'influence de la révolution de juillet, les uifis sont devenilii plus craintifs, les autres phis audacieux ; mais nous vivons tous sur le mêiné fond^ d'idées ou de sentimèns , d'électisme •q»e ou de isouvenirs. Les doctrinaires ont perdu ide leur crédit danfe l'opinion des penseurs , en acceptant le pouvoir dont ils n'ont su tirer auf43!i parti nouveau. Incomplète dans ses meilleures parties , leur doctrine ne s'achèvera pas au milieu des soins du gouvernement. Cependant , maigre son impuissance , elle occupera nécessairement une place dans les esprits, aussi long-temps qu'on n'aura pa^ adopté des principes plus solides et plus larges. Les Saints-Simoniens ont hérité de certaines vocations intellectuelles qfie la promotion des doctrinaires au pouvoir devait tourner vers leur entreprise; ils ont profité aussi des nouveaux penchans d'humanité que la révolution de juillet devait exalter dans l'intérêt des classes pauvres. Déçus dans leurs espérances, et n'apercevant aucune bannière qui pût les rallier, les plus ardens soldats de juillet ont cherché, dans les expédiens de nos terribles annales, un remède aux iniquités dont ils s'indignaient, et peut-être un aliment à lefiP inquiète énergie.
, Ainsi s est formé œ tkible jacobinisnie dé ISSOy^ui prend pour modèles imagiMings lè| jajcdbins d'une a^ati^ époque , * de même que ^imitrCi prétendaient imiter les Grecs et les Rô*niiains^ i .. ;
'^ C'est parodier une parodie. Dès qu'on sort des p^sibles habitudes qui pek*nie^nt d'^tudiet* sincèrement le^ besoins d'un pays et de s'y <;dn*former , on tombe inévitablement dans ceé puériles^ aJTectations.
L'assemblée constit^iante avait une^philoso*pfaie^ aussi n'eût-elle besoin d'imiter aiieUn peuple. &6o œuvre fut vraiîfnént grande et ôt*i* ^male. Quand elle emprunta à des pays vdi-^ sins ee qui lui parut convenable à la Frànee ^ ses conceptions n'en furent pas moins indépeh^ dantes. ( On ne pourrait pas adresser Je même éloge aux {dus habiles politiques de nos quinze ckmières années. ) Mais aussitôt que la révôki-^ itiofi fat devèi^ue une guerre à mort entre lès fibctions et les peuples^ les assemblées pôpulifti'jp&^y pour se défendre^ durent appeler à la vie publique une multitude qui ne pouvait eottoe^ ^oîridaiu leur pure vérité les principes d'ôf 4^ sbciai.pvodamés par. t^ sages dû dix-'hûitiié^ Âièele. AWs les hommes d'àetion Yettipéi^^ tèèent souvent sur lès hommes d^état. -^^
> L'intelligence du i^ouvel ordre social fut obs-
cUrcie dans certaines classes demi-savantes, par des souvenirs de collège et des parades théâtrales, où Ton exhumait le génie des républiques de l'antiquité. Or, l'esprit de conquête est inhérent aux mœurs grecques ou romaines.
Tel qui se parait, dans un club, du nom de Brutus, devint baron sur un champ de bataille « La transition est suffisamment indiquée.
Si nous en avons fini avec les pompeux sou<* venirs de nos leçons de collège, nous subissons une influence du même genre. La tradition restaurée de 1815, et le juste dégoût que nous inspirait une littérature prétentieuse et usée, ont également contribué à introduire d'autres formes dramatiques, où la pensée est encore sacri^ fiée à de violentes émotions. Nous avons dit comment la philosophie s'était réfugiée dans les chroniques historiques, par impuissance et par esprit de transaction. En remettant en scène les sujets de ces chroniques, les passions du moyen âge, nous avons continué de reproduire l'esprit guerroyant de ces mœurs grecques et romaines, dont nous étions si fatigués. Les accidens de la hiérarchie féodale, les démêlés des communes, des rois et grands vassaux, les beaux coups de lances des tournois, les guerres de religion, toutes ces données romantiques, n'ont guère ch^gè 1^ nature de nos inspirations. Dans toutes
les situations possibles, c'est toujours le même genre d'existence demi -civilisée que nous re-* cherchons en nos rêveries. Les romantiques n'ont sur les classiques d'autrefois qu'un seul avantage y celui d'une peinture plus amusante et aussi plus fidèle des lieux et des temps qu'ils décrivent (4).
Après les trois journées, Danton et Bonaparte devaient se placer sur le théâtre à côté de Henri III et de Saint-Mégrin. Il est tout simple que les mêmes jeunes hommes qui se passionnaient mélancoliquement pour Vogwey aient aperçu dans la Convention et l'empire un côté très-romantique. La restauration avait circons^ crit notre engouement pour les chroniques dans le moyen âge; cependant, à mesure que les traditions nKidernes commençaient à s'effacer et à lui céder le pas, elle nous permettait d'étendre discrètement le drame jusqu'à des époques plus rapprochées de la nôtre. La révolution de juillet a brisé les dernières entraves de l'art, sans en changer l'esprit et la direction. JusqWà présent son principal résultat littéraire,
(i) Comme lè catbolicbme est la pensée du moyen â^e * il est bon de remarquer que nos faiseurs de chroniques , en relevant la bannière des communes et châtelains , ont facilement obtenu Tassislance du goaTernement, qui , «le son côté, s'efforçait de réaliser lès souveiiii-s de la tradition. ,
c'est la confusion de toutes les chroniques, de mésme que, sous le rapport politique, elle a pour ^nséquence une vaste confusion d'idées-et d'iri-* térêts*
On s'étonne de voir dés copistes delà Conren* tion, ceux qui lui empruntent à froid sa rUéto«* rique véhémente , se prendre en même temps d'une belle tendresse pour le despote qui réussit àehasser les dernières assemblées républicaiïies déyant les baïonnettes de ses grenadiers. Ce mélange de républicanisme et d'engouement bona^ partiste parait une inconséquence. BienxleinoiDS bontradictoire cependant. Ce qu'on admirait jq.*^ dis dans les républiques anciennes , ce qu'^m ad^ mire aujourd'hui dans les chroniques du nloy^Jft âge , dans les annales de notre révolution > ùà les fastes de l'empire , c'est moins l'idée et lé progrès de chacune dé ces époques , qiie leuH émotions et leurs aventures. Ce qui noiis touché paivdessus tout, c'est le drame, c'est-à-dir^lejfeii de certaines passions fort viilgaires. Or, il y ^ du drame et de ces passions dans tous les temps. La mode peut changer les physionomies , le cos* tume , le langage , mais au milieu des plus diverses décorations, le. texte moral des s^rtistes médiocres varie peu. Du moment que les imaginations veulent à tout prix dés spectacles qui les remuent par des effets de moins en moins
1«3 QifiAa|;!é$, e}les en ttcouvent les damnées où il Ji^àr fkâtr etoen vérité^ elles oM bien i^ison. de ^^rcher partout ce qoi les'attire. Brutqs, Charl^magne^ Louis XI , Henri III , Robespierjv* Qix:Bmiaparte , qu'importe ? Si chaque opinion ohoisit les types dont les sentimens ont queltfOB analogie avec elle-même, au fond tous ces types ont utie jsorte de ressemblance. Il y a dans -leur mode d'apparition une entière absence dé Vues profondes, et par conséquent beaucoup de-imoiiotonie. A défaut de pensées neuves , on eopiec Or, comme le besoin de s'émouvoir et d'agir est indépendant de notre richesse inteltëetueUé^ quand on n'a pas de philosophie il ftnjt bien tomber dans les drames les plus uniformes* ^
- ti'école doctrinaire a contribué plus que toute autre à la recherche des fantômes du moyen âgei elle a donc tort de s'indigner qu'on aille puiswà d'autres sources, les mêmes plaisirs dont eltê a donné le secret. A notre avis, on lui doit; bien qu'à son insu, l'enfantement de cette espèce de poéMe tantôt républiclaine et tantôt impériale, qui maintenant la fait trembler. Qu'elle «e rassure pourtant : lorsqu'il n'y a rien de nouveau dans les esprits , il n'y a pas non plus une bktt glande puissance dans les passions. Une cc^e n'a jamais la chaleur d'un tableau origi-
nal. Y eut-il .d'ailleurs beaucoup de verve dam le jacobinisme de 1830, il n'en serait que plus faible, puisqu'il se trouverait par son énergie même plus étranger à tout ce qui Tentoure et de la sorte plus délaissé. Mais nous pensons que les partis jacobins et napoléonistes ont si peu de principes arrêtés, qu'il faut voir en eux une école littéraire plutôt qu'une école politique.
Vainement quelques parodistes feraient les terribles , et les bonnes gens les croiraient sur parole; si les athlètes de la Convention n'avaient fait qu'imiter les anciens , ils n'auraiefat pas dressé un seul échafaud. Comment sont-ils arrivés aux plus épouvantables expédiens que puisse employer la dictature des factions ? Par d'excessives contrariétés qui maintenant n'existent point , par des combats simultanés contre des partis dont la puissance a presque disparu , et contre l'Europe remuée jusque dans ses foademens. Il y a sans doute des intérêts contraires parmi nous et des factions assez languissantes ; cependant , en cas de troubles civiles , les biens du clergé et de l'aristocratie ne pourraient plus être ni une ressource pour ces deux classes , ni un dédommagement pour l'état.
Où trouver dans la nation d opulebs ennemie pour leur faire supporter les frais de nos dis-
cordés ? La gradation de noi fortunée est si peu marquée qu'on ne saurait opprimer une seule profession sans blesser toutes les autres. Ainsi les inquiétudes qui nou^ divisent nous font mieux sentir le besoin que nous avons de rester unis^ et, quoique très-aigris et agités, nous ne sommes jamais moins indépendans les uns des autres que dans les crises commerciales dont tout le tnonde se plaint. Voilà ce qu'oublient sans cesse nos emportés et nos peureux*
Si nous avons montré comment le génie des chroniques, ce nain timide qui se traîne à la suite du géant de là tradition , a dirigé les imaginations en ravivant d'abord le moyen âge , puis récemment les draines contemporains , bien entendu que notre explication littéraire n'exclut pas tous les autres motifs qui peuvent contribuer à la formation des partis. Beaucoup d'ambitions déçues doivent soupirer pour un gouvernement nouveau , uniquement par ce qu'elles y trouveraient de l'emploi ; mais le pays reste indiffèrent à ces sortes de considérations personnelles ^ et quant i^ux chefs de partis ^ni n'en conçoivent pas d'autres, leur importance dépend tout-à-fait du plus ou moins de sincérité> et par conséquent de force morale, que le pou-^ voir actuel oppose à leurs desseins. Si les me- . neurs ne eonsultent ordinairement que leur in-
térét particulier^ l'ima^iiatiDn est par-<lessus tout y G^ qui remue les niasses.
I^es habiles se laissent émouvoir aussi ^ indér peQdammeut de tout motif sentimental pu personnel, par de lEausses argumentations qttef 4a inéthode de l'école historique modçmëa ibtt accrjâditées. Gomme on s'est habitué dans c^te école à ne voir en tous les événemens qu'uïie action et réaction continuelle de certains partis qu'on se figure immuables , on veut absolument expliquer lé temps présent et même Tavetkir par le temps passé. Cette logique , composée de fatalisme et dune érudition qui falsifie la science > est peut-être la jMÎncipale cause dé la fi^ayeqr de beaucoup d'esprits et de l'emportement d* quelques autres. De ce que les partis furieux ont triomphé il y à quarante années y on conclut^ part et d'autre qu'il pourrait bien en arriver autant de nos jours. '
« Il ne faut jamais se laisser déborder en rét+ volution y disent les plus audacieux; le succès doit appartenir au dernier combattant. ^ ï(s se souviennent de la Convention. -— a Quand un pouvoir a été renversé, répondent les hotomefe d'état inquiets, il feiut concentrer en lùi-mêjne cc^ui qui succède, afin de le rendre plus fort. On se laisse entramer, et l'on ^ pwd en acèor^ dant trop aux exigences anarchîques de ce qu'on
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appelle l'opinion. » Pour ceux-*ci, l'idéal 4'wn gouvernement robuste apr^ une révolution i oest Tempire, Le graûd défaut de ces raisonne-* mens a posteriori ^ ç^ de détourner notre arttén-* tion de notre ^tat actuel, qui h'e$t ni la Contrition ni l'empire»' On ^'irrite ain^ mutuellement, les têtes s'égarent en de vains souvenirs, et Ifé^ tude si nécessaire de nos intérêts nouveaux re$te^ sacrifiée à d'étroits préjugés historiques.
En admettant que nous ayons exposé fidèlement les traits di$tinetifs de plusieurs partie; sectes ou écoles qui ae sont succédés depuis la seconde restauration, il nous semble que, scâl sous le rapport intell^tuel y soit par la littârà-^ tare et l'esthétique^ nous avons montré Teit* semble et le lien de tous leurs eiTorts en appi^ rence bieti contraires. De méine que dans leé sciences morale, les esprits qui paraisseiit les plus éloignés les uns des autres, se xencontrent souvent par l'emploi d'une méthode commune , l'éclectisipaç ; de même l'art enlace toutes les ima* ginations par de communs prestiges, malgré la variété de ses tableaux, et la différence des partis qui lui dépendent des illusions ou des flatn t^^ies drami^tiques» Le draine, &k effet, ^'est+il pas. maintenant à l'art, ce que l'éclectisme est à la science; un moyen de rapprocher les temps^ les lieux, les idées, l^s sentimeris? Nos gigan*«
tesques recherches de ce que tous les siècles et tous les peuples ont pensé ou senti , paraissent d'abord Texcèsdu caprice individuel, de l'anarchie; mais en y réfléchissant, on reconnaît qu'il y a très-peu de précision, par conséquent de 1 uniformité et une étendue fallacieuse, dans les oeuvres éphémères de tant d'artistes ou philo- ^sophes qui divaguent dans le temps et l'espace , ne sachant où prendre du nouveau.
On se décourage sous le poids d une érudition sans règle, c'est-à-dire sans philosophie. Les c<]^rs se blasent à l'aspect de ces folles représentations où se trouvent exposées pêle-mêle les objets les plus contradictoires d'admiration , de mépris et de haine ; une indécision pleine de lassitude , ôte à nos caractères toute espèce de force et d'originalitéé Sous l'influence énervante de notre littérature , nos diverses façons de voir et de sentir s'effacent et se mêlent avec une étrange confusion , sous Finfluence pacifique de nos lois civiles et de nos mœurs; nos intérêts se combinant de toutes sortes de manières, achèvent de nous mouler les uns sur les autres. Effrayés de notre première révolution , disciplinés comme un régiment par le despotisme impérial , courbés encore devant les traditions que le peuple de juillet n'aurait jamais renversées, si son bon «ens ne les avaient pas ignorées , nous n'en avons
pas moins la présomption de nous croire tes {dus inventifs et les plus passionnés de^ hommes^ Dé^ nues de religion et de philosophie, nous nous figurons à chaque instant, dans les faibles par-^ tis qui sont aux prises , des conceptions hardief ou , des actes d'enthousiasme ! : / \
Ah! les caractères les plus redoutables, les passions les plus délirantes abondent sur la scène; mais dans le train dçs affaiies, nous sommes bien froids et bien timides. A voir les plagiats de nos philosophes et publicistes, les parodies vulgaires de certains partis, notre aversion pour toutes les idées qui ne sont pas à la mode, l'extrême empressement des sectes les plus étrangères aux opinions reçues, pour se recommander d'un ordre légal arrangé à leur guise, qui dirait que nous frissonnons devant nos moindres œuvres , comme si d'implacables démons nous poussaient vers des abîmes? -Quelque banquier . fort inquiet, arrive-tr-il au pouvoir? on en fait un affreux despote. Un Saint^Simonien compose-t-il un sermon sur l'avenir de la propriété? c'est un Gracque prêchant la loi agraire. Si des conférences politiques sont ouvertes devant un public trop nombreux , on voit revenir les temps où Marat et Saint-Just demandaient des têtes aux clubs populaires. Ce sont des moutons effarés qui ont grande peur les uns
deft autircsi. Au reste^ cette facilité à se créer des lâhtômes prouve avec quelle rapidité une même impulsion se communique dans toute l'étendue de notre pays. En 4es tanps plus tranquilles et plus heureux^ notre disposition subite à nous émouvoir avec un si merveilleux accord , deviendrait sans doute un moyen de propager rapidement des connaissances utiles. On peut aussi
^A oondure hardiment , que Fesprit de secte et i§$ pjtrtis furibonds ne feront plus fortune en
Finance,
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