‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 22 sur 67 · QUE POUVÀIT-ON ÉTABLIR · texte numérisé non relu

QUE POUVÀIT-ON ÉTABLIR

On pouvait faire une de ces cinq choses : prodamer la république ; perpétuer la forme monarchique en élevant au trône une raèe toute nouvelle ; rappeler la dynastie de Napoléon dans la personne du duc de Reichstadt ; maintenir celle (Je saint Louis dans la personne du duc de Bordeaux ; la perpétuer dans la branche cadette.

LA REPUBLIQUEi

11 y a pour tous les ministères , et soys toutes les constitutions^ une phrase à l'usage des majorités. Cette phrase renferme FaVeu d'une vérité de théorie à laquelle on oppose une impossibilité de pratique. Par ce stratagème on se figure désarmer son adversaire et demeurer victorieux. Âinsi^ dan^ les cornmencemens de la Restauration y lorsqu'on proposait des lois d'exception y on disait : « La liberté de la

« presse est une chose excellente , un trésor d'un (( pri^ inestimable , une garantie de toutes les autres (( libertés; mais nous venons vous demander la ceni< ^ure à cause des cir^cons tances. »

A présent c'est la chimère de la république qui a remplacé les circonstances. D*où l'on conclut, en allant dîner, queJa monarchie élective, telle que les peureux l'ont faite , est selon la science et la raison.

Et pourquoi donc la république serait -elle une chimère? Depuis la découverte du gouvernement représentatif, il est prouvé que la représentation se peut appliquer à un grand peuple dans la forme républicaine, comme dans la forme monarchique. Le gouvernement républicain a des avantages incontestables : il est à bon marché; il est fort nobljB; il assigne aux intelligences leur rang naturel. Dieu, dans l'Écriture, ordonne à Samuel de détourner les Israélites de leur dessein, lorsqu'ils se veulent donner un roi. Samuel dit au peuple: « Voici quel (( sera le droit du roi qui vous gouvernera : il pren- (( dra vos enfans pour conduire ses chariots ; il en ' (( fera des gens de cheval , et il les fera courir de- « vaut son char.

« Il se fera de vos filles des parfumeuses, des cui* « sinières et des boulangères;

((Il prendra aussi ce qu'il y aura de meilleur « dans vos champs, dans vos vignes et dans vos « plants d'oliviers , et il le donnera à ses serviteurs.

« Il vous fera payer la dîme de vos blés et du re-

u venu de vos vignes ^ pour avoir de quoi donner à « ses eunuques et à ses officiers. »

Si le gouvernement républicain fut résulté de la révolution de juillet, il aurait mis à l'aise bien des consciences : en lui prêtant serment , on n'aurait rien trahi, car c'eût été un changement de principe , et non un roi substitué à un roi; il n'y eût pas eu usurpation, inais un autre ordre de choses. Quant à moi, qui suis républicain par nature, monarchiste par raison^ et bourbonniste par honneur, je me serais beaucoup mieux arrangé d'une démocratie , si je n'avais pu conserver la monarchie légitime, que de la monarchie bâtarde octroyée de je ne sais qui.

Il n'est donc pas vrai que la république soit une chimère, dans le sens absolu de ce mot; il paraît vrai seulement qu'après les journées de juillet , la France ne l'eût pas adoptée; il paraît encore plus vrai que nos mœurs ne l'eussent pas soutenue. Les éloges de la Terreur et des Terroristes avaient épouvanté les esprits et les souvenirs : nos parens massacrés se levaient de la tombe, et nous demandaient si nous allions boire à la mémoire de leurs bourreaux. La France, pendant les seize années de la Restauration, a fait des pi ogres en politique, mais il nous eût fallu trente ou quarante ans de monardiie constitutionnelle sans révolution , pour nous apprendre le sobre usage des libertés. Les vieilles générations auraient achevé de s'écouler; les jeunes générations , nées sous la Charte^ eussent pris le goût de Tordre légal; peu à peu la royauté

abaissant ce qu'elle avait encore de trop haut^ se fût convertie en une espèce de présidence royale.

Durant cette période d'éducation de la liberté sous la tutelle de la légitimité^ notre exemple^ offert aux autres peuples, eût amené dans leurs institutions des modifications analogues. L'Europe n'est qu'une seule famille : elle a été chrétienne et gothique à la fois; les monarchies des états-généraux existèrent au même moment; elles déclinèrent du même penchant vers le pouvoir absolu : l'Angleterre seule sauva ses franchises par la force de son aristocratie. L'Europe se nivellera dans l'ère moderne comme elle était nivelée au moyen âge. La France ne demeurera pas en contradiction sociale avec les états qui l'environnent : cet isolement n'est pas possible; il y aurait cause de mort pour nous ou pour nos voiSîns.

Si l'avenir de l'Europe eût été conduit selon sa pente; si Ton eût avancé vers cet avenir à travers les monarchies constitutionnelles légitimes, il aurait été républicain. Rentrés dans la carrière des révolutions, il est probable que nous avons imprimé aux libertés un mouvement de recul. On se flatte d'avoir abrégé le temps, d'avoir en douze mois obtenu de la monarchie élective, ce qu'ort n'aurait pas tiré dans douze ans de la monarchie héréditaire : erreur. On a plus vite amoindri le pouvoir de la couronne; mais par celavméme on s'est éloigné de l'état républicain bien ordonné; car on n'a pas encore les mœurs de la chose qu'on a faite. Dans le combat qui existe déjà entre Iqs élémens

populaires trop subitement dilatés et les élémens monarchiques trop soudainement comprimés ; on court fortune de s'abîmer dans uhe démocratie de quelques jours, ou de s'engouflrer dans une tyrannie de quelques heures, Tune ou l'autre suivie de Fànarchie.

La république rejetée après les journées de juillet^ se présentait la question du renouvellement total de la Race royale. Beaucoup de raisons militaient en faveur de cette opinion^

CHAJfG£M£NT TOTAL DE RAGB.

Selon plusieurs, une révolution qui a tout change dans un état monarchique , ne se consolide et ne se termine que par un changement total de Race. Le peuple choisit un roi nouveau , étranger à ce qui s'est passé ; un roi à qui les partis n'ont point de reproche à faire ; un roi qui n'apporte sur le trône ni liens de parenté, ni préjugés^ ni rancune; un roi qui n'a rien à récompenser, rien à venger, qu'aucune ruine n'irrite ni n'accuse. Lui confie-t-on un pouvoir sévère eontre les choses et les individus de l'ancien ordre politique? il n'a pas l'odieux de ce pouvoir : on efface sans anomalie , sans blesser des sentimens honorables, tout ce qui rappelle la dynastie déchue, laquelle ne présente plus qu'un intérêt historique. Ce monarque n'a-t-il qu'une royauté circonscrite? il ne s'en plaint pas ; car il n'a pas la prétention d'avoir possédé antérieurement une royauté

plus complète, et il a été libre de refuser celle qu'on lui a offerte.

Tout est donc, clair dans le choix d'une Race nouvelle ; c'est , comme dans le cas d'une république, une mesure complète. Après les journées de juillet^ on aurait pu s'accommoder de cette mesure; mais ici la difficulté gisait dans le choix de l'hotnme. À l'intérieur était-il possible de trouver une famille assez respectée pour être obéie? à l'extérieur pouvait -on emprunter un roi? Quand ce souverain eût apporté en dot à la France des frontières désirables, jamais le sang français ne se serait soumis à là donlination d'un sang étranger.

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