LE DUC D£ REICHSTADT
La république repoussée ^ une Race nouvelle non promue à la coulronne^ restait le choix entre deux espèces de légitimités : le duc de Bordeaux, héritier d'une grande race; le duc de Réichstadt, héritier d'un grand homme. Ces deux légitimités, qui , à différentes distancés dans les temps , avaient une source semblable, l'élection populaire, pouvaient convenir également à la France. Ce que l'antiquité conférait au duc de Bordeaux, le duc de Réichstadt le puisait dans l'illustration paternelle. Napoléon avait marché plus vite qu'une lignée : haut enjambé, dix ans lui avaient suffi pour mettre dix siècles derrière lui.
Le duc de Réichstadt présentait en outi'e aux hommes de religion et à ceux que le préjugé du
sang domine^ ce qui complaisait à leurs idées : un sacre par les mains du souverain pontife^ la noblesse par une fille des Césars. Je Fai dit ailleurs, sa mère lui donnait le passé, son père l'avenir» Toute la France était encore remplie de générations qui, en reconnaissant Napoléon II, n'auraient fait que revenir à la foi qu'ils avaient jurée à Napoléon P^ L'armée eût reçu avec orgueil le descendant des victoires.
La monarchie élective a jusqu'ici peu honoré le drapeau dont elle s'est parée ; il n'a flotté que sur la porte des ministres et sous les murs de Lisbonne; il n'a été déchiré que par Ie& vents : la pluie déteint son pourpre et son azur ; il ne reste qu'un pavillon d'un blanc sale, vraie couleur de la quasi-légitimité. Il n'en était pas de même lorsqu'il était attaché à la pique républicaine : sous le duc de Reichstadt il eût été emporté de nouveau par les aigles qui planèrent sur tant de champs de bataille , et qui ne prêtent plus leurs serres et leurs ailes à cet étendard humilié. Le royaume , redevemi* empire , eût retrouvé une puissante alliance de famille en Allemagne et d'utiles affinités en Italie.
Mais l'éducation étrangère du duc de Reichstadt,. les principes d'absolutisme qu'il a dû sucer à Vienne, élevaient une barrière entre lui et la natioa ; on aurait toujours^ vu un Allemand sur un trône français, toujours soupçonné un cabinet autrichien au fond du cabinet des Tuileries : le fils eût moins semblé l'héritier de la gloire que du despotisme du père.